RENE TENTE
le Nord, durant les voyages, était le pémikan, auquel, le plus souvent, on donnait le nom de {oro.
Quand les chargements furent échangés, chacun se mit en route pour le poste qui lui était assigné. Collin Robertson confia à un nommé Clark, commis pour la compagnie de la baie d'Hudson, le soin de conduire l’expédition au lac Athabaska et à la rivière la Paix, tandis que lui-même, accompagné de quelques hommes, au nombre desquels se trouvait Charbonneau, remonta la rivière Rouge jusqu’au fort Douglas, lieu de sa résidence. .
Ce fort, qu’on appelait plus communément
fort de la Colonte, était bâti sur la rive
gauche de la rivière Rouge, à un milk environ plus bas que l'embouchure de l’Assiniboine. Il était entouré d’une forte palissade de pieux et flanqué de tourelles en bois. En 1814, lord Selkirk y avait envoyé des armes
et quelques pièces de canon pour protéger la À
colonie sans cesse menacée de destruction par la compagnie du Nord-Ouest. Pour des raisons que nous verrons plus loin, celle-ci avait maintes fois cherché à indisposer les sauvages contre les colons de lord Selkirk, établis depuis 1812 sur les bords de la rivière Rouge ; heureusement elle n’avait pas réussi dans ce dessein, et les sauvages, loin de se montrer hostiles aux nouveaux habitants établis sur leurs terres, ne leur témoignèrent que de bons sentiments.
Au moment où Charbonneau arriva au fort Douglas, en 1815, les colons venaient d’être dispersés par les employés de la compagnie du Nord-Ouest ; une soixantaine d’entre eux s'étaient réfugiés à l'extrémité nord du lac Winnipeg ; les autres avaient accepté l'offre qui leur fut faite, d’être transportés gratuitement, en canots, jusqu’à Montréal. Lord Selkirk, qui revenait d'Europe, apprit cetta nouvelle en débarquant à New-York, à l’au-
tomne de 1815. Son premier soin avait été
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d'envoyer à la Rivière-Rouge, Collin Robertson, commis dévoué aux intérêts de la compagnie de la baie d'Hudson, avec l’ordre de faire l'impossible pour réparer un tel désastre. Teile était la mission confiée à Robertson au fort Douglas. Mais avant de continuer ce récit, il est bon de faire connaître au lecteur ce qu’étaient les compagnies de traite, quelle fut leur origine, et quelles furent les causes de la guerre acharnée qu’elles se firent l’une à l'autre, jusqu’à l’année 1821, époque où elles se fusionnèrent pour ne plus former qu’une seule coin, ignie, qui existe depuis lors sous le nom de compagnie de la baie d'Hudson, Pour cela, laissons J. B. Charbonneau sur la grève, ou dans le fort Douglas, et remontons quelques années en arrière,
La comyaznie de la baie d'Hudson fut fondie en l’année 1670, par le prince de Rupert, cousin de Charles IL, roi d'Angle-
terre. Dans le principe elle se compoia de
dix-huit membres, presque tous choisis parmi les lords anglais. *
Elle obtint du roi une charte qui lui conférait le droit exclusif de la traite des fourrures sur toutes les terres dont les eaux se jettent dans la baie d'Hudson. Immédiatement après l’octroi de cette charte, la compagnie fit bâtir des forts sur le littoral de la baie, et, dès l’année 1686, elle en avait déjà cinq où les sauvages du Nord et de l'Ouest venaient apporter leurs pelleteries. A cette époque, elle fut troublée dans la possession de ses forts par une compagnie canadienne qui
s'était formée à Québec, en l’année 1681, sous
* Voici les noms des personnes auxquelles la charte de la compagnie fut accordée :
1° Le prince Rupert, comte palatin du Rhin ; 2° Christopher, duc d’Albermale ; 3° William, comte de Branen; 4 Henri, lord Arlington ; 5° Anthony, lord Ashley ; 6° Sir John Robertson, et 7° Sir Robert Oyner, chevaliers et baronnets ; 8° Sir Peter Colleton, baronnet ; 9° Sir Edward Hungerford ; 10° Sir Paul Neele; 11° Sir John Griffith; 12° Sir Philip Cartoret; 13° James Hays; 14° John Kirk; 15° Francis Millington ; 16° Prettyman; 17° John Fenn; 18° John Portman, orfèvre de Londres,
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le nom de compagnie du Nord. Celle-ci envoya une expédition militaire pour s'emparer de tout ce que possédait la compagnie anglaise à la baie. Cette guerre, commencée entre des traiteurs, se continua, pour des raisons politiques, entre les couronnes de France et d'Angleterre. Les forts furent pris et repris plusieurs fois, jusqu’à l’année 1697, où la France demeura maîtresse des bords de la baie d'Hudson. Pendant seize ans elle fut seule à exploiter les richesses de ces contrées ; mais par le honteux traité d'Utrecht, en 1713, la France renonça à ses prétentions sur la baie d'Hudson, et la compagnie des traiteurs anglais rentra de nouveau en possession de ses forts. Durant ces années de guerre, le commerce des pelleteries, qui avait beaucoup souffert, redevint prospère et florissant pour la compagnie de la baie d'Hudson, malgré la concurrence que ne cessèrent jamais de lui faire les Français, du côté du lac Supérieur.
On voit, en effet, que dès 1684, les traiteurs
canadiens et français faisaient tout leur possible pour détourner les sauvages d'aller porter leurs pelleteries à la baie d'Hudson.
Duluth écrivait à M. de La Barre, en septembre 1684: “J'ai fait tous les présents ‘“ nécessaires pour empêcher les sauvages “ d'aller porter leur castor chez les Anglais. ‘ Ces sauvages ont beaucoup de confiance “ en moi, et c’est ce qui me fait espérer qu'’a- ‘ vant deux ans il ne descendra pas un sau- ‘“ vage chez les Anglais de la baie d'Hudson. “ Ils me l'ont tous promis, et s’y sont engagés
‘ par les présents que je leur ai fait faire. ‘ Tous ceux qui composent les nations à “ l'ouest de la mer du Nord m'ont promis “ d'être au printemps prochain au fort que “ j'ai fait bâtir à la rivière à la Manne, dans “ Le fond du lac Alemipigon. Enfin, Monsieur, “ je veux perdre la vie si je n’empêche pas ‘ absolument les sauvages de descendre chez les Anglais,”
Les Français cependant ne réussirent à
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