‹ Un voyageur des pays d'en haut [microforme]Chapitre 4 sur 19 · ELU · texte numérisé non relu

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que le danger n'était pas passé; on appela de nouveau les soldats sous les drapeaux.

Dans toutes les campagnes il y eut le tirage au sort, et tous ceux qui étaient en état de porter les armes vinrent plonger la main dans l’urne de Bellone.

Charbonneau s’exécuta de bonne grâce; mais cette fois il fut heureux, si l’on peut appeler heureux celui qui est exempt de servir la.patrie au moment du danger. Son numéro le dispensait du service militaire. A sa place, plus d’un se serait réjoui, et aurait repris le chemin de son village en bénissant son sort. Jean-Baptiste Charbonneau avait d'autres sentiments ; comme les fiers Romains d'autrefois, il se trouva humilié de la part qui lui revenait ; il avait honte d'aller jouir des douceurs du foyer, pendant que ses camarades allaient exposer leur vie au champ de l'honneur. Son père, Joseph Charbonneau, qui avait tiré au sort comme les autres, se

trouvait à partir pour l’armée : l'occasion pa-

rut belle à Jean-Baptiste de montrer son courage et sa générosité.

‘ Mon père, dit-il, le sort n’est pas juste, il ‘ faut le corriger : vous allez me donner votre “ place; la famille a besoin de vous à la mai- “ son, tandis qu'elle peut se passer de moi “ facilement ; d’ailleurs, je suis jeune et vous “ êtes vieux, la place me conviendra mieux “qu'à vous; la famille y gagnera et la patrie “ ne perdra rien.”

Le père hésita pendant quelques moments avant d'accepter l'échange; il avait son brin

de fierté ; cependant, vaincu par l’insistance

de son fils, il céda, et Jean-Baptiste partit

pour Châteauguay.

Si l’on en croit les récits que lui-même faisait de cette campagne, il se conduisit en brave.

D'ailleurs, tout le monde en Canada sait fort bien que cette petite poignée de soldats qui sauva le pays à la bataille de Château-

guay, ne pouvait être composée que de

braves : leur résistance héroïque le prouve suffisamment.

Charbonneau faisait partie du détachement commandé par les capitaines Lévêque et Debartzch ; ce fut celui qui partit le premier pour se porter à la rencontre du général Hampton.

Le lendemain du départ, ce détachement fut rejoint par le lieutenant-colonel de Salaberry avec ses voltigeurs et une compagnie de milice canadienne. De Salaberry partit en avant avec les voltigeurs, laissant en arrière les miliciens, qui agissaient comme réserve, Il rencontra bientôt les sentinelles avancées de l’armée américaine. Aussitôt nos soldats firent halte et se retranchèrent dans les bois,

Quelques moments après commença une fusillade entre l’avant-garde de l’armée américaine et les voltigeurs; mais de Salaberry, voyant la supériorité numérique des Américains, dépêcha en toute hâte un officier pour

aller chercher quelques miliciens,

Cas æ

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