‹ Une abbaye au XVIIIe siècle: Notre Dame d'Hiverneau (d'après des documentsChapitre 2 sur 11 · ARCIS- SUR -AUBE · texte numérisé non relu

ARCIS- SUR -AUBE

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Editeur de la Revue de Champagne et de Brie

NOTRE-DAME D'HIYERNEiU

(D'après des documents inédits)

Lorsque, sortant de la petite ville de Brie-Gomte-Robert par le chemin de Lésiguy, on a, pendant près de trois kilomètres,traversé la plaine fertile, mais nue, dont quelques lointaines rangées d'ormes ou de peupliers rompent seules la monotonie, on arrive au bord d'un agréable et frais vallon.

Au fond serpente, parmi les saules ei les aunes, un petit ruisseau, le Réveillon, modeste affluent de TYère. En face et à droite, des coteaux boisés encadrent les prairies onduleuses.

Jadis, nous dit une ancienne description manuscrite du château de Lésigny *, le voyageur qui descendait la pente de la vallée voyait au Nord, se confondant dans une imposante perspective, au premier plan, les clochers de Tabbaye d'Hiverueau, plus loin les tours puissantes du château de Lésigny et le clocher aigu de la paroisse.

Tout est bien changé de nos jours. Si Téglise élève encore vers le ciel son élégant campanile, les tours qui avaient survécu à tant de siècles et à tant de guerres n'ont pas résisté à la Révolution, et Tabbaye, découronnée de ses flèches antiques, n'est plus qu'une humble ferme où l'on retrouve à grand peine quelques vestiges du passé.

Je n ai pas la prétention de refaire ici Thistoire un peu obscure des origines du couvent d'Hiverneau, ni de rechercher s*il a succédé à Fabbaye de Montéty, détruite au xiii® siècle, ou bien si les deux abbayes ont coexisté pendant un certain temps '.

1. Archives de la famille d^Orléans, Papiers du duc de Penthièvre, Lésigny (Extrait communiqué par M. Camille Bernardin).

2. Lebeuf, qui soutient la première opinion, prétend qu'Hiverneau dut recueillir la succession de Montéty vers 1218 ; il existe pourtant, aux Archives nationales (M. 574)» une charte de Juin 122p portant le sceau du couvent de Montéty, et le Gallia chrisUana en cite une autre de 1217.

Le Gallia ehrisiiana^ Fabbé Lebeuf surtout, dans son Histoire du diocèse de Paris, oui résumé très consciencieusement les anciens documents, et les travaux modernes permettraient à peine de faire à leurs récits quelques rectifications d'une importance secondaire.

Je voudrais simplement, dans ces quelques pages, raconter brièvement la dernière phase de Texistence du couvent, et surtout essayer de montrer quelle était la vie de ce petit monde claustral, composé dô beaucoup plus d^éléments divers qu'on ne pourrait le supposer.

Construit au commencement du xiu^ siècle, à la partie inférieure d'une sorte de ravin qui s'ouvre dans la vallée du Réveillon, à mille mètres environ de Lésigny et sur le territoire de cette paroisse, Hiverneau avait été dans l'origine une abbaye considérable et richement dotée ; mais, comme tant d'autres, elle avait vu se tarir peu à peu les sources de sa prospérité.

Son rôle pourtant, je ne parle ici qu'au point de vue matériel, avait été fort utile à la contrée. Les bruyères, les maigres broussailles qui composaient la majeure partie de son domaine avaient été progressivement mises en culture. Autour du monastère, situé dans un canton fertile, comme sur les plateaux d'un sol plus ingrat, s'étaient élevés des hameaux et des fermes, et les terres, données à cens ou fieffées, nourrissaient une petite population agricole dont Tabbé était le seigneur opulent et révéré.

Mais cette richesse comme ce pouvoir avaient subi bien des atteintes. Aliénées au prix de rentes perpétuelles, les terres avaient fini par ne donner qu'un revenu dérisoire, à cause de l'abaissement de la valeur de l'argent. Les droits de mutation (lods et ventes, reliefs, quints, etc.), étaient plus productifs, puisqu'ils se basaient sur la valeur réelle des héritages ; mais ils étaient irréguliers de leur nature et se percevaient souvent avec difficulté.

Les libéralités des fidèles ne venaient plus suppléer à ce déficit. Il était loin le temps où les rois dotaient les monastères avec les pierreries de leur couronne *, où nobles et vilains, dans l'élan de leur foi, accumulaient à l'envi les fondations pieuses. Les abbayes, les petites surtout, en étaient réduites

1 . On prétendait qu'Hiyerneau avait bénéficié d'une disposition testamentaire de Philippe-Auguste qui consacrait les pierres précieuses et l'or de sa couronne à la dotation d'une abbaye de l'Ordre de Saint-Victor, pioche du pont de Charenton, Voir l'abbé Lebeuf.

à sauvegarder péniblement leur patrimoine. Les nobles, naguère sigénéreux^ payaient à grand peine les. redevances et multipliaient les usurpations ; le clergé séculier, qui n'avait jamais cessé de lutter pour la question brûlante des dîmes, avait, sur bien des points, fini par faire triompher ses revendications.

Le concordat de 1516, en consacrant la prétention des rois de nommer aux abbayes, vint encore aggraver l'état des choses. Souvent laïques, en tout cas vivant loin de leurs abbayes et sans autorité sur les religieux, les abbés comraendataires se préoccupaient plus de toucher leurs revenus que de pourvoir aux besoins des communautés. Aussi beaucoup déclinaient-elles et finissaient môme par disparaître.

Hiverneau fut de ce nombre. En 1561, Simon de Pierrevive, chanoine de Paris, aumônier du Roi, abbé de Jouy et d'Hiverneau, signalait encore la présence de quatre chanoines réguliers ; mais dès 1564, la communauté était dispersée. Jusqu'en 1630, uu seul prêtre fut chargé du service religieux ; à cette époque, un autre lui fut adjoint pour desservir la chapelle d'un château voisin, Villemenon, et on les cantonna dans un petit logement délabré, au milieu des vastes bâtiments en ruines.

Six abbés * succèdent à Simon de Pierrevive sans que la situation se modifie ; le septième, en 1642, est un jeune garçon de seize ans, Alexandre Bonlemps, fils de Jean^Baptiste Bon temps, premier chirurgien de Louis XIII, puis son premier valet de chambre. Notre jeune abbé, qui remplit plus tard auprès du Roi la même charge que son père, résigna l'abbaye en 1656 et eut pour successeurs trois de ses parents : un prêtre, Barthélémy Maillet, un clerc, Jean de Beaulieu de Béthomas et enfin le frère de ce dernier, Eléonor de Beaulieu, commandeur de Malte.

Le couvent cependant dépérissait de plus en plus. Aux ravages du temps, il faut le dire, s'étaient joints les désastres de la guerre. J'ai sous les yeux un lamentable procès-verbal de visite dressé par des experts en 1671^ à la requête de

1 . Jean Himbert ; Nicolas Bréjard, aumônier da Roi ; Charles de Goussencourt, chanoine de Paris ; Claude de Reuil, s' des Marets^ aumônier du Roi, prieur de Saint-Éloi de Longjumeau, puis successivement évoque de Rayonne et d'Angers ; André Merlet, abbé de Saint-Lô, et enfin Jean Desjardins, prédécesseur de Bontemps.

2. Titres i0 la terre de Joncher e, qui est un ancien fief d'Hiverneau.

l'abbé. Ce ne sont que murs effondrés, charpentes pourries, toitures découvertes. Des planchers brûlés et des portes enlevées lors des sièges de Lésigny et de Brie, en 1649, n^avaient pas été rétablies. Bref, les réparations étaient évaluées à 5,000 livres, et les ressources que Tabbé voulait y consacrer ne montaient pas à 800.

On ne fit donc rien ; tout au plus pratiqua-t-on quelques travaux indispensables dans les bâtiments d'exploitation ; car, s'il n'y avait plus de religieux, il y avait un fermier qui cultivait les terres et en outre levait à forfait, à son profit, les rentes, les redevances et les dîmes, Tout cela, affermé 4,800 1. par Bontemps en 1644*, ne rapportait plus que 1,300 1. en 1670. Encore le bail dut-il être résilié cm 1676 comme ruineux pour le fermier, auquel l'abbé fut contraint de payer plus de 5,000 1. d'indemnité K

Cette déplorable situation finit par attirer la sérieuse attention de l'autorité ecclésiastique. L'abbé Lebeuf nous apprend que vers 1684 l'archevêque de Paris nomma un commissaire pour faire la visite des lieux claustraux et de l'église. On se proposait, paraît-il, de suppriiper le couvent et de faire de l'église une simple chapelle.

C'est alors qu'on voit intervenir d'une façon inattendue l'ancien abbé d'Hiverneau, démissionnaire depuis 1656, Alexandre Bontemps, maintenant premier valet de chambre du Roi. Il refuse de laisser détruire sa vieille abbaye et se met en quête des moyens de rétablir la conventualité.

Un pieux ecclésiastique du diocèse deLisieux, Jean Moulin, venait d'opérer la réformation du couvent de Saint-Cyr de Friardel, près d'Orbec, qui appartenait, comme Hiverneau, à l'Ordre des chanoines réguliers de Saint-Âugustin, et il en avait été élu prieur claustral. C'est à lui que s'adressa Bontemps, et muni de la procuration de l'abbé, alors le commandeur de Beaulieu, il conclut, le 30 août 1684, une convention ou concordat. L'acte est fort intéressant et Je vais en donner un court aperçu ».

Après un exposé préliminaire sur l'état spirituel et temporel d'Hiverneau, où l'on constatait que < le service divin se faisait « depuis plus de soixante ans avec peu d'exactitude

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