‹ Une académie sous le DirectoireChapitre 50 sur 54 · Le 31* volume de la collection a paru en · texte numérisé non relu

Le 31* volume de la collection a paru en

troisième classe. Elle fut spécialement chargée de la continuation des recueils diplomatiques. Le principe de la première organisation (1795) était l'unité confondant tout, absorbant tout ; le principe de la seconde organisation (1803) fut la spécialité. Les classes travaillèrent désormais séparément, avec toute facilité de se communiquer leurs travaux et de s'enlr'aider.

L'Institut résolut aussi, après quelques hésitations, dans la séance générale du 5 floréal an IX, de reprendre la publication du Dictionnaire de l'Académie française. L'Académie française n'existait plus. On pensa que, puisqu'il s'agissait de la langue française, toutes les sciences et tous les arts devaient être représentés dans la commission. Les sciences proprement dites, et les arts, ont une langue qui leur est propre, et qui ne saurait être séparée de la langue française, puisqu'elle exprimédes idées nécessaires, et qu'elle a été parlée par de grands écrivains. Le travail n'était pas urgent. La Convention, par une loi du 17 septembre 1795, avait prescrit la publication d'une édition nouvelle du Dictionnaire, préparée par l'ancienne Académie. Cette édition avait paru avec quelques additions en 1798. C'est environ deux ans après cette

publication que fut prise la résolution de Tlnstilut, qui voulul attirer àlui le gouvernement delà langue. Une commission de douze membres fut nommée, dans laquelle Dacier, Naigeon, Daunou et Cabanis représentaient la classe des sciences morales et politiques. Cabanis se démit presque aussitôt et fut remplacé par Ginguené. La résolution de Tlnstitut avait été fort combattue ; elle le fut, même après le vote. On parla d'abandonner Tancien plan, et d'en créer un tout nouveau. Une commission fut nommée pour élaborer ce nouveau système, et elle travailla concurremment avec la commission chargée d'appliquer le système ancien. Elles ne travaillèrent bien activement ni l'une ni l'autre. La collection des notices sur les arts et métiers remonte au ministère de Colbert. Le grand ministre avait conseillé ou prescrit ce travail à l'Académie des sciences, dans la pensée d'associer les savants à Tapplicalion de leurs idées, el d'accoutumer les chefs d'industries à l'étude des théories scientifiques qui fournissent au travail humain son but, ses méthodes et ses instruments, quelquefois même sa matière. L'idée était digne de ce sage et profond esprit. L'exécution n'y répondit pas complètement parce que les savants de cette époque ne savaient

pas descendre, et ne savaient pas qu'on grandit souvent en sachant descendre. L'Académie avait publié successiveraenl VArt du charbonnier ^ 1761, par Duhamel du Monceau, VArt de Vépinglier^ du cirier, etc. Ces petits traités, continués depuis 1761 jusqu'à la veille de la Révolution, étaient au nombre de 86, en comptant VArt de construire lesmachines pour les théâtres, et on annonçait qu'il en restait près de 200 à faire.

Filleau des Billettes, Réaumur, Duhamel du Monceau, de Fougeroux, Fourcroy, de Ramecourt, Baume, y avaient eu successivement la principale part^ Baume en a composé à lui seul plus de quarante. Les progrès toujours croissants de la mécanique et de la chimie, ceux de la fabrication industrielle, ont pour effet d'ôter très rapidement à de pareils traités leur valeur d'actualité. Ils rendent service à l'heure où ils paraissent, et n'ont plus qu'une importance historique à l'heure suivante.

Dans l'origine, l'Académie des sciences avaitseule été chargée de rédiger ces notices ou plutôt d'en surveiller la rédaction, car elle employait des auxiliaires étrangers. A partir de la création de l'In-

1* Maury, Histoù e de l'Académie des sciences, p, 173.

slilut, la seconde classe fut adjointe à la première pour ce travail ; il n'est pas douteux que la collaboration des économistes ne fut très protilable aux savants.

IV. Travaux divers. — Dans toute cette vie commune des trois classes de Tlnstitut, la seconde classe prit sa place, une place très honorable, sans être prépondérante. Parmi les voyageurs, c'est son représentant, Dupont de Nemours, qui se distingue le plus. Pastoret partage avec Camus Thonneur d'avoir continué la publication des Ordonnances. La seconde classe prit aussi, par Baudin des Ardennes, une grande part au règlement des funérailles des membres de l'Institut; par Grégoire, aux relations de l'Institut de France avec l'Institut d'Egypte; par Gosselin et Papon, aux recherches exécutées dans les archives de Gênes, et par Bernardin de Saint-Pierre aux instructions rédigées par l'Institut pour le voyage de circumnavigation de Baudin.

Peut-être convient-il de rapprocher de cette vie publique de la seconde classe les conseils qu'elle donna au gouvernement en diverses circonstances. Nous la voyons, dès l'origine de l'Institut, prendre une délibération pour demander au gouvernement

l'adjonction aux écoles centrales d'une chaire d'analyse des sensations et des idées ; puis après avoir voté en ce sens, elle continue la délibération et revient sur son vote. Le procès-verbal ne mentionne que les votes, sans nommer les opinants et sans résumer leurs discours; il serait curieux d'avoir les détails de la séance. L'introduction de la philosophie dans l'enseignement secondaire aurait-elle effrayé les savants en l'an IV, comme elle a effrayé les gouvernants sous la Restauration et le second Empire? II est plus vraisemblable que les économistes et les statisticiens Font emporté en cette circonstance sur les philosophes. Peut-être aussi a-t-on fait remarquer qu'il n'était pas raisonnable de procéder par des créations isolées, alors qu'il valait mieux reviser l'ensemble du programme. Ce qui donne une grande force à cette hypothèse, c'est la formation d'une commission chargée de rechercher les lacunes de l'enseignement dans les écoles centrales. Cette commission, composée de Baudin des Ardennes, Rœderer et Lacuée, avait la mission de préparer un programme complet, dont la classe se réservait de réclamer l'application. En l'an VI, la classe transmet au ministre de Tintérieur un mémoire de Buache sur la Guyane françaiseavec l'inlén-

iiO UNE ACADÉMIE SOUS LE DIRECTOIRE.

lion évidente de provoquer une transforma lion du régime colonial. En l'an VII, elle communique au gouvernement ses vues sur la division hydrographique du globe. Elle se préoccupe des documents contenus dans les archives de Gênes relativement, soit à nos guerres avec l'Italie, soit à nos intérêts politiques au delà des monts, soit à l'histoire du commerce et de la navigation depuis le xii* siècle jusqu'à la découverte de. l'Amérique et du cap de Bonne-Espérance. Elle envoie au ministre un programme complet des recherches à exécuter dans ces archives. Le ministre s'empresse d'entrer dans ses vues et de donner les ordres nécessaires.

Enfin, je dois encore signaler, comme services rendus à Tlnstitul par la seconde classe, le dévouement de Lakanal,de Daunou et de Grégoire, toujours prêts à prendre en main les intérêts des sciences et des lettres dans le Corps législatif; la noble, la courageuse conduile de de Lisle de Sales quand il lança sa protestation contre la radiation de Carnet, Barthélémy, Sicard, Fonlanes et Paslorel après le 18 fructidor ; les nombreuses relations que Grégoire noua au nom de l'Institut avec les savants étrangers, et la part prépondérante qu'il prit à l'élection tardive des vingt-quatre associés

étrangers qui devaient compléter l'Institut. Grégoire fut chargé du rapport de la commission mixte qui prépara cette élection, et on y lit ce curieux passage : c II avait été question d'élire les vingtquatre associés étrangers immédiatement après les cent quarante-quatre associés français, c'est-àdire en l'an IV. Mais la France était à peine échappée du régime de la Terreur dont les forfaits avaient semé la défiance dans toute l'Europe. La prévention pouvait rejaillir d'une manière fâcheuse sur les savants étrangers que l'Institut aurait élus. La mesure adoptée par vous était donc une marque de prudence pour les savants étrangers et de bienveillance pour leurs gouvernements. Mais enfin le terme de cet ajournement est arrivé... >

Quand les classes de l'Institut avaient vaqué à toutes les besognes dont elles étaient chargées en commun, elles employaient ce qui leur restait de temps aux deux fonctions, après tout, les plus essentielles, à celles qui étaient avant la Révolution et qui sont redevenues depuis 1816 les occupations presque uniquesdesAcadémies; c'est-à-dire, àjuger des concours, à entendre et à discuter des mémoires. Elles étaient souveraines sur ces deux points.

Les opérations des concours commençaient et se

Wi UNE ACADÉMIE SOUS LE DIRECTOIRE.

terminaient dans le sein de chaque classe» sans aucune ingérence des classes voisines. Il n'y avait pas encore de fondations particulières pour des prix; je trouve dans le procès verbal de la séance du 19 nivôse an VI qu'on n'accepta qu'après une longue hésitation le prix fondé par le ministre de l'intérieur pour la question des funérailles : on se demandait si l'Institut avait le droit d'accepter une donation. Depuis qu'il s'est reconnu ce droit, il en a usé largement, car le revenu des fondations s'élève aujourd'hui à 327 782 fr.87 *. En l'an lY, on était réduit à ce qu'on appelle encore maintenant les prix du budget, et comme le budget n'en allouait à chaque classe que deux par année, on avait établi une alternance entre les sections ; chacune d'elles proposait un sujet et décernait un prix tous les trois ans. La section devait présenter au moins trois sujets de prix à la classe, qui choisissait. Si aucun des sujets n'était admis, la section était obligée de faire des présentations nouvelles.

La procédure, pour le jugement des concours, était loin d'être expéditive. Les ouvrages étaient d'abord déposés sur le bureau de la classe, qui leur

Page 1