‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 2)Chapitre 112 sur 129 · OB LA · texte numérisé non relu

OB LA

SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

DE MAINE ET LOIRE

SBPTIÈHE WOLVHB

bCVSS ODGI^VI

ANGERS IMPRIMERIE DE COSNIER ET LACHÉSE

Chnnaaée-Salnt- Pierre , 13

REniE mmi n issi

École des beaux -arts; son enseigaernent, son influence, ses lauréats , ses élèves maintenant pensionnaires du département. — Sainte-Marie et sa décoration. — Tableaux et statues nouveaux des Musées de la ville. — Musée d'antiquités.

Messieurs ,

Chaque fois que lors de la distribution des prix de TEcole des beaux-arts , j*ai dû prendre la parole au nom de la Commission municipale, tout en insistant sur ta haute portée de l'enseignement qui s*y donne, je me suis encore efiforcé d'indiquer les progrès les plus marqués qu'avaient pu faire les arts au sein de notre ville, et de mieux faire comprendre leur influence complexe et féconde au point de vue moral, intellectuel, artistique et industriel.

Ces discours périodiques, devenus ainsi comme les annales locales de Fart , comme une constatation des faits contemporains les plus saillants , préparées au profit des historiens futurs de TAnjou, se sont trouvés aussi, parâttrait-il, répondre à un besoin actuel et à des aspirations particulières à notre pays, car la presse quotidienne leur a spontanément et largement fiiit accneil, et la Société

académique de sod c6té , leur a bieu voulu accorder une hospitalité non moins flatteuse dans son Recueil.

Chargé cette année par une délégation spéciale du Maire d'Angers, de Thonneur inattendu de présider la distribution des prix de TEcoIe des beaux-arts, je me suis trouvé une fois encore conduit à traiter des sujets qui se ra|q>ortent à ce même ordre de faits et d*idées, et ce discours ayant été reproduit par les journaux, j*ai dû dès lors penser à en faire hommage à la Société académique, mais au moment où je m*y disposais , des réflexions judicieuses que j*ai trouvées dans la Revue des Société savanfes, relativement à Tadmission dans nos Recueils de discours prononcés en dehors des séances , m*ont fait reconnaître qu*il serait préférable de choisir une autre forme pour les comptes-rendus qui vous seraient destinés, et c*est alors que j*ai cru devoir adopter celle d*une Revue annuelle* qui comportant plus d'élasticité dans son cadre, plus d'indépendance aussi dans les appréciations, me permettrait <te donner plus d'étendue à Texamen général des études, des productions et des établissements artistiques en les considérant au delà de renseignement public.

Cette tâche ainsi comprise, aura ses difiQcultés sans doute, mais nous avons espéré dans votre bimveiUanoe habituelle; et nous nous sommes sentis soutenus par la pensée «que nous trouverions en vous, la sollicitude la plus éclairée et la plus sincère pour tout ce qui peut développer ou afifermir le culte des arts dans cette ville; former, épurer le goût et élever le niveau des intelligences dans toutes les classes, activer enfin de plus en plus la pénétration de Tinfluence bienfsâsante de Fart, au sein de cette catégorie si nombreuse des professions industrielles , qui ne peuvent atteindre à la perfection que par une initiation plus complète et plus intime à Tétude du dessin sous ses diverses formes et à ses divers degrés.

Cette otilité plus pratique, cette application plus directe et aussi plus variée et plus féconde en résultats matériels de rinstruction qui se donne ici par TEcole municipale des beaux-arts, tend du reste, Messieurs, à prendre un caractère de plus en plus décidé, grâce à la sage et Tigou* reuse impulsion imprimée aux études, par notre confrère M. Dauban, Téminent artiste qui la dirige.

La Commission municipale Ta pu remarquer cette année encore en consultant les carrières que se proposent de suivre les élèves les plus distingués, et elle Ta pu voir avec d^fbtant plus de satisfaclion , qu*en en reportant le mérite à la sagesse et à la prudence des conseils du maître, elle s^est assurée que ces heureux résultats ont pu être atteints, sans que pour cela il ait fallu rien changer à un mode d'enseignement dont Texcellence et la supériorité ne peuvent plus désormais être contestées au double point de vue de la portée de Téducation artistique et de la rapidité du progrès, et qui dès lors n'a eu rien à perdre, ni de son élévation ni de son eiBcacité sous aucun rapport.

Mais si Thabile professeur a pu ainsi réussir à faire accepter ses conseils aux élèves; s*il est parvenu en môme temps à bien &ire comprendre aux fiimilles tout^ les ressources offertes par notre Ecole pour Téducation de leurs enfants, sans qu'elles aient à craindre de les voir abandonner prématurément les professions auxquelles elles les avaient destinés , c'est aussi que ces familles ont été à même de reconnaître que Tinstruction s'y trouve graduée et ceaduile de telle sorte que, à quelque moment qu'elle vienne à s'interrompre, tout ce que l'élève aura appris jusque-là, lui demeurera définitivement acquis^ ni bien qu'il pourra totyours l'ulitiser pour les travaux industriels qui à on moment quelconque vimdraient à le réclamer.

Si d^ en eflét il a pu s'initier quelque peu à Ja pratique du dessin, oe n*a pas été pour lui le résultat de Tao tion plus ou moins mécanique d*un simple copiste, mais bien parce que pour dessiner ces bustes en ronde-bosse, ces ornements antiques en bas relief, qui dès le premier jour lui sont donnés pour seuls modèles , il a dû s'appliquer à interroger les rapports et les corrélations des formes et des lignes entre elles, par un trayait incessant de comparaison; è dégager, pour les mieux comprendre, les formes réelles des apparences trompeuses que donne la perspective, pour les pouvoir mieux ensuite retnifeer sur le papier avec ces mêmes apparences, enfin, à se livrer ainsi à un labeur incessant de décompo^tion et de recomposition , d'analyse et de synthèse, qui excitant fortement les facultés de Fintellig^ace, tend à former le jugement, à rectifier le coup d'œil et prépare en définitive celui qui s'y livre à comprendre cet agencement merveilleux et harmonique des formes matérielles qui seul constitue l'élégance et le beau dans tous les ol]^ets qu'il est donné à la main de l'homme de créer.

Que si, au contraire, l'éducation artistique ne vient pas à être entravée à un moment donné ; qne si l'élète peut, pendant quelques années encore > poursuivre le cours de ses études, un avenir qui sans doute sera plus ou moins brillant selon le degré de ses facultés naturelles, mais qui lui assurera du moins toujours une position distinguée et avantageuse dans la profession qu'il choisira, lui s^ra certainement ouvert. Les exemples se pressent autour de nous pour le lui promettre. L'influence vivifiante de l'Ecole sur les progrès de toutes nos industries locales, est un fait capital qui se révèle en efifet de toutes parts pour rendre témoignage. Que l'on visite les nombreux ateliers de nos sculpteurs, statuaires ou ornemanistes, de nos peintres- verriers et de nos peintres décorateurs, et ceux

des ébéoisles, fabricants de meubles anciens ou modernes, tapissiers, carrossiers, machinistes, serruriers, etc., ces ateliers enfin, qui dans bien peu de grandes ville offrent un ensemble aussi complet et surtout une même égaillé de perfection dans les produits, et Ton reconnaîtra sans hésitation possible : que si le progrès s'est fait autour de nous si général et si rapide , c*est que Tart a pénétré plus ou moins profondément dans toutes ces industries, et les a imprégnées de sa sève et vivifiées de son esprit ; c'est que tout s'y est animé et que tout y respire de son soufDe inspirateur 1 et il arrivera alors presque toujours qu'en présence des choses qui paraîtront le plus dignes d'être admirées, parce qu'elles répondront le mieux à l'idée de perfection qu^elles comportent, parmi les noms de ces chefs d'ateliers, contre-mattres et même simples ouvriers qui par leur moralité, leur habileté, leur goût épuré sont devenus l'honneur de l'industrie angevine, vous entendrez prononcer des noms qui rappelleront 1^ lauréats ou les élèves les plus méritants de l'Ecole des beaux-arts.

Mais de cette direction toute empreinte de sages réserves, de cette tendance plus directement utilitaire donnée aux études, devrait-on conclure que désormais, notre Ecole n'aura plus d'encouragements, ni d'enseignements spéciaux pour ces natures d'élite, pour ces vocations ardentes et opini&tres qui annonceraient un artiste de plus pour la statuaire ou la peinture d'histoire, et qu'elle voudrait refuser de s'associer pour les diriger à leurs poétiques aspirations? oh ! non sans doute , et ce serait bien mal comprendre l'esprit qui la dirige, et le caractère artistique de l'enseignement qui s'y donne... et les noms de Leroux, Brunclair, Hubiin , Palix, Rohard, etc., qui dès leur apparition dans les écoles de Paris, y ont partout conquis les premières places* et obtenu les médailles d'hon-

neur, seraient là poar protester contre un système qni Youdrait rapetisser renseignement aux applications 4e^ plus immédiates qui peuvent être faites de l*art aux produits matériels de l^industrie.

Tout ce que nous avons voulu dire, c*est donc seulement que, ici, à l'inverse de ce qui se passe généralement dans les autres Ecoles de province, comme l'enseignement fait mieux comprendre tout ce qu*il y a de beauté, de grandeur, de séduction dans Tart en lui-même et cultivé pour lui-même, le mattre, au lieu de s'efforcer comme ailleurs de surexciter Tesprit des élèves qui peuvent être doués de dispositions naturelles , dispositions d'ailleurs si souvent trompeuses 1 Le maître, disons-nous, se croit obligé, en tenant compte des nécessités de fortune auxquelles ils peuvent être soumis, de les retenir le plus possible dans les sentiers plus humbles qui leur avaient été originairement tracés et dont peut-être ils ne pouri^ni s'écarter sans danger pour eux et pour leurs familles.

Et à ceux-là qui croient sentir un cœur d'artiste battre dans leur poitrine , qui plus ou moins animés du feu sacré se croient appelés vers les plus sublimes hauteurs de l'art, on dira : loin de vous engager inconsidérément dans les incertitudes d'un avenir si plein souvent de déceptions amères, restez plutôt fidèles à l'atelier paternel, et Ik, sous l'abri paisible d'une position honorée par la probité et le travail , jouissant de l'aisance modeste qui les aocompagne toigours, vous rencontrerez encore, croyez-le bien, le moyen de donner essor à votre goût et à votre talent dans des oeuvres qui, sous vos doigts inspirés, deviendront alors comme des interprètes de la poésie de vos rêves ^'artiste, comme des créations animées du feu de

votre imagination Benvenuto Cellini a fondu de co^

lossales staluesl... Hais alors que le statuaire est à peu

près oublié au dehors de Fltalie, le ciseleur de ces merveilleuses aiguières, de ces armes précieuses, de ces coupes belles comme les belles patères antiques et tout enrichies des broderies et des bas-reliefs dont son génie sut les pa* rer, c*est le Cellini dont la renommée est seule passée sans rivale jusqu'à nous !...

Et en effet, dans toutes les situations que la vie peut faire à un yéritable artiste, il est toujours quelque voie qui vient à s'ouvrir devant lui , pour qu'il puisse épancher les trésors de poésie qui s'amoncèlent dans son sein : Il est toujours pour lui un instant et un moyen pour atteindre d'une façon quelconque à la perfection en voulant traduire au dehors ses sentiments et sa pensée, et dans tout ce qui constitue les manifestations de Fesprit, quels que puissent être les instruments matériels ou intellectuels qu'il soit contraint d'employer, là où la perfection, nous voudrions dire le beau idéal, se trouve atteinte, un grand but est dès lors réalisé, un grand effet produit, et aussi une grande gloire acquise^ car où se montre la perfection tout lui doit hommage, sans plus se préoccuper des questions de prééminence qui pourraient être agitées entre les diverses branches de l'art, puisque toutes procèdent d'une souche unique : l'intelligence humaine, cette unité immense et complexe, diamant lumineux aux multiples facettes , plus ou moins constellées sans doute de vives clartés, mais qui, essentiellement solidaires entre elles, concourent indistinctement et dans une égale pro« portion à en constituer la valeur générale!

Qui, dans les œuvres de Voltaire, oserait décider du mérite relatif entre ses grands poèmes et ses poésies légères, toutes pétillantes de cet esprit vif, spontané, pénétrant et limpide, dont Alfred de Musset semble seul avoir parfois retrouvé le secret? Qui, venant à comparer les sublimes tableaux d'histoire que nous a légués Racine , aux nalfe

apologues de La Fontaine, oserait indiquer la plaoe que ces deux illustrations littéraires doivent occuper respectivement dans ce magnifique banquet des intelligences auquel les convia le siècle de Louis XIT? Et pour nous rapprocher d'objets qui rentrent plus directement dans le domaine des beaux-arts , n*y a-t-il donc pas pour celui qui vient de parcourir les immenses galeries où sont accumulées les œuvres splendides de David d'Angers, une part, large encore pour Tadmiration, dans la contemplation de ces guirlandes si habilement tressées, si hardiment découpées, et de ces fleurs élégantes dont les pétales, après s'être comme une gaze légère tordus sous le ciseau, semblent d'attendre plus qu'un soufQe de l'air pour se foner et tomber et à côté du grand statuaire, la place n'estelle donc pas assez belle encore pour le grand sculpteur ornemaniste qui fut son père ?

Hais puisque nous nous sommes trouvé amené à parler de la sculpture ornementale, qu'il nous soit permis d'ajouter aussi quelques observations sur la peinture murale d'ornement, pour laquelle semble s'ouvrir un nouvel avenir et qui paraît devoir être appelée à jouer désormais un rôle important comme complément de l'architecture dans la décoration des grands édifices et surtout des édiflc^ religieux. Ce sujet d'ailleurs a pour nous une certaine actualité, car c'est en ce moment, mieux qu'en tout autre, que nous pouvons apprécier les ressources que la peinture décorative peut offrir, soit à la peinture d'hist<Hre lorsqu'elle vient l'accompagner, soit à Tarchitecture aux effets de laquelle il lui est même permis quelquefois d'ajouter. Sous ce double rapport, l'achèvement qui se poursuit des peintures ornementales de Sainte-Marie, est pour nos artisles décorateurs le meilleur des enseignements, et pour les élèves de l'Ecole des] beaux-arts le meilleur complément de leurs études; car après avoir vu cet édi-

flce dans Tétat de nudité où Tarchitecture avait dû le laisser en terminant sa tâche, on peut bien mieux observer comment la peinture a pu compléter, enrichir et embellir l'œuvre de Tàrchitecte sans rien ôter au caractère monumental.

Vous vous rappelez sans doute, Messieurs, que Tan dernier à pareille époque quand nous appelions vos regards sur ce monument, et que vous confondiez dans Texpression d'un même hommage , les œuvres de HM. Appert, Dauban et Lenepveu, nous déplorions ensemble que l'éclatante blancheur des murs nuisît si étrangement à l'effet des belles pages que ces trois peintres d'histoire avaient signées de leur nom et de leur talent. Vous savez aussi qu'à ces premiers travaux, sont venues depuis lors s'eyouter deux grandes compositions dues au pinceau des deux derniers de ces artistes qui, champions généreux autant que vaillants, ne semblent s'être animés dans ce duel de l'art que d'un même esprit , et n'être entrés dans le champ clos que pour arriver à pouvoir se parer des mêmes couleurs , et vous aurez pu craindre encore dar vantage que la nudité des murailles^ par un contact plus immédiat avec JlesJ œuvres nouvelles, ne vînt en contrarier l'effet. Haisfenfin , Messieurs, toutes les craintes que les amis des arts avaient pu concevoir quant à l'achèvement des peintures ornementales de Sainte-Marie, doivent être dissipées,fet sous la double direction de MM. Lenepveu et Dauban, elles sont d^à assez avancées pour que l'on puisse en|préjuger l'effet. Celui qui nous a frappé tout d'abord, c'est que les grandes compositions de la chapelle ont acquis, grâce à l'intelligence qui a présidé au choix des^couleurs|ornementales, une augmentation incontestable de valeur, quant au coloris et aux effets généraux de clair-obscur/C'est en étudiant bien ces riches et élégantes décorations^ que l'on parvient à mieux apercevoir

la part active que peut prendre ce genre de peinture pour ajouter au caractère propre des divers édifices, et aussi l*at(rait particulier qu*il devra avoir pour un artiste, homme de goût , en lui offrant des occasions sans cesse renaissantes, de s'abandonner à toute la verve de ses caprices, à toutes les fantaisies de ses inspirations, et aussi d*y révéler Tbabileté et la souplesse de son pinceau, ainsi que Ventente qu*il peut avoir acquise de la gamme harmonique des couleurs. Il n'est pas besoin, au reste, d'être initié aux secrets de Tart, non plus qu'aux exigences mutuelles de l'architecture et de la peinture décorative, pour reconnaître qu'à Sainte-Marie, tout en s'énricbissant des plus gracieux détails, l'architecture n'a rien perdu de ce qu'elle pouvait avoir de grandiose et de sévère dans l'ordonnance de ses lignes. Ces capricieuses arabesques, ces entrelacs si ingénieusement contouméis, et dont l'œil se complaît à suivre de près les méandres fantastiques, sont dessinés de telle sorte que, vus à distance, iLs se groupent, se massent, de façon à ne pas inquiéter le regard par rien d'incertain et d'énigmatique. Là, dans la couleur tout est harmonie, tout est douceur et suavité dans les tons, et l'on ne rencontre aucun de ces contrastes criards, qui grincent aux yeux comme une note fausse à l'oreille. L'on y remarquera comme nous sans doute aussi, le soin que l'on a mis à circonscrire dans le champ qui leur était donné, les ornements des piliers et pilastres , de manière à ce qu'ils se maintinssent toujours à une égale distance de la ligne perpendiculaire dessinée par les angles , laquelle alors loin d'en être altérée ne se trouve que mieux accusée, ce qui donne aux supports de la coupole et des voûtes, une rectitude perpendiculaire et dès lors une valeur comme apparence de solidité qui sont essentiellement dans la logique architecturale. Enfin, disons le bien haut, on retrouve là le plus par

style byzantin avec tonte sa richesse monomentale, non plus à cet état de pastiche inintelligent, où il s'est produit trop fréquemment ailleurs, dans ces dernières années, mais bien comme un instrument merveilleux et puissant, trop longtemps oublié ou négligé, dont le génie moderne doit s'emparer pour le faire sien, et pour arriver par son emploi raisonné à compléter et enrichir en quelque sorte les effets architectoniques. C'est ainsi qu'à Sainte-Marie, il se présente avec cet attrait particulier qui n'appartient qu'aux œuvres essentieUement originales

Hais je m'aperçois, Messieurs, que je me suis éloigné de notre £cole municipale, avant que ma tâche envers elle eût été entièrement accomplie, bien que toutefois celte excursion à Sainte-^Marie nous en ait en réalité moins séparés qu'on pourrait le croire, puisque nous y avons retrouvé dans les deux peintres d'histoire qui illustrent ses lambris d'anciens lauréats de l'Ecole, et que ce sont aussi deux de ses élèves qui coopèrent à Texécution de ses peintures ornementales. Revenons toutefois encore à noire Ecole, car il nous y faut prendre noie des élèves les plus distingués de l'antiée et dès lors des espérances qu'ils pourront plus tard réaliser.

Vous savez. Messieurs, que renseignement qui s'y donne , comprend : V la sculpture , statuaire et ornement ; 2o la peinture à Thuile d'après modèle vivant ; Z* le dessin xl'après la bosse et d'après nature , tête et académie ; 4*^ l'ornement, dessin et peinture d'après la bosse ; &<" le dessin d'architecture.

Le prix de statujaire , motivé par de remarquables études d'académie en ronde*bosse et basrrelief, a été décerné à H. Chauvinau d'Angers, 20 ans, qui a exposé aussi au concours, quelques études peintes d'après nature, bien loin d'être sans mérite et qui attestent le caractère omnipotent qu'a pris ici l'enseignement.

Quant au premier prix de peinture, il a été obtenu par M. Dandieuf, 19 ans, de Segré. Le Jury a reaiarqoé à côté de ses académies et tètes d*après nature, des études de bustes peintes en grisaille d*après la ronde*bosse, dont les détails sont étudiés avec soin et rendus avec bonbenr dans les parties en pleine lumière, ce qui est toijgours une difficulté.

Le deuxième prix a été décerné à M. Duveau, 18 ans, de Saumur, élève peintre-verrier chez MM. Thierry. On a distingué dans ses études des qualités qui annoncent un coloriste et une entente déjà avancée du clair-obscur pour accuser certains relielb, et cela particulièrement dans une tète de vieillard coiflGi d*un chapeau rond.

Ces deux mêmes élèves ont été aussi les heureux lauréats de la première section de rom^nent d'après la bosse, M. Duveau, ajrant eu le premier prix et M. Dandleut le second , double résultat qui confirme une fois de plus encore ce que nous nous sommes toiyours efforcé de mettre en évidence dans nos discours précéden^ts, à savoir : que pour devenir un ornemaniste distingué, la meilleure des éludes {Hréparatoires est celle de la figure humaine, par cela qu*elle est la plus difficile à reproduire dans ses harmonies , la plus inconstante dans ses détails symétriques, la plus variée dans ses plans et dans ses lignes de contours et de saillies.

Nous nous bornerons à citer ces trois noms, mais en constatant toutefois que dans les deuxième et troisièaie divisions, il y a des progrès qui nous donnent Tassuranoe que nous aurons à vous signaler Tan prochain de di^^es successeurs à nos trois lauréats , de même que ceux-ci avaient eu Fan dernier de si dignes devanciers.

Ceci, Messieurs, nous amène naturellement à vous rappeler les noms de MM. Leroux et Rohard, statuaire et architecte, qui en sortant de TEcole d'Angers, ont obtenu

(f aller temiraer lears éludes à Paris, comme boursiers du département.

Leroux y a débuté, presque avec Tannée , en obtenant la troiisiëme place sur 147 élèves, au premier concours de TEcole impériale des beaux-arts , et il a pu dans le court espace de six mois, se faire également distingua dans les autres cours publics, ainsi que dans les ateliers des premiers maîtres : Ton a pu au reste apprécier ses étonnants progrès , par renvoi présenté par lui au Conseil général. Il ne comprenait pas moins de trois statues, demi-nature, dont une en ronde-bosse remarquable par rétude et par la perfection , un buste également d'après natnre , deux médaillons , portraits de M. Berryer et du P. Ralisbonne, dix bas-reliefis en plâtre, personnages en pied, dont six de la composition de Tauteur et quatre exécutés par lui sur des dessins de Flaxmann et des peintures étrusques. De ces bas-reliefs, ceux qui lui sont propres révèlent dans la science de la composition des études déjà fort avancées et qui ne sont plus guères , il faut bien le dire, dans les habitudes des élèves de notre époque, dont la plupart, surtout parmi les sculpteurs, croient avoir assez fait quand ils sont parvenus à reproduire fidèlement un modèle d'académie.

L'on a pu remarquer en outre dans cet envoi, un dessin d'académie, demi-nature, qui a obtenu la menfion honorable , remplaçant pour la présente année le prix à l'Ecole des beaux-arts de Paris. Dans ce dessin, la figure en pied est complètement dessinée dans tous ses contours, et terminée dans ses formes extérieures en queN ques parties, mais elle présente pour le thorax, Fétude des viscères, et pour trois des extrémités thoraciques et abdominales, les détails complets de Tostéologie ou de la myologie. 11 est évident que pour exécuter un semblable travail de mémoire W faut posséder des connaissances en vu. 2

anatomie bien solides, aussi ne serez-YOUS pas surprte d'apprendre que M. Leroux a suivi assidûmeot les cours d'anatomié de notre Ecole de médecine pendant deux ans, et qu'il y a ainsi puisé dans les leçons du professeur et dans une étude personnelle des objets en nature qui sont en quelque sorte prodigués ici aux élèves studieux, des connaissances qu'i} n'eût certaijiiemeat pu acquérir à Paris même.

Quant & M. Robard, il suffira de dire que parmi les divers projets admis à Texpçsition de Paris ^e<1859, la Commission en a considéré un comme tellement remarquable qu'elle l'a recommandé spécialement à l'attention du ministre. Au reste, M. Rohard , dans tous les cours qu'il suit, ou a suivis à Paris, a récolté la plus ample ny)isson de médailles et de couronnes.

' Le complément indispensable de l'éducation qui se donne soil dans les Ecoles des beaux-arts , soit dans les établissements particuliers, soit enfin par les leçons privées est certainement celui que Ton peut puiser dans les musées, lorsqu'ils sont suffisamment dotés de bons modèles. Aussi le nôtre, qui se trouve dans cette condition pour la peinture autant que ceux des plus grandes villes, et qui, pour la sculpture, ne connaît pas de rivaux, est-il fréquenté par les élèves et par toutes les personnes qui cultivent et aiment les arts et qui sont relativement en plus grand nombre peut-être dans notre ville qu'eu aucune autre. L'intérêt qui s'y rattache sous ce rapport, nous oblige donc à jeter un coup-d'œil rapide sur les tableaux et les statues dont il s'est augmenté pendant les trois années écouléeSklepuis la publication de notre Notice sur les établissements scientifiques et artistiques de la viUe d' Angers , dans laquelle nous avons brièvement inventorié leurs richesses.

Nous ferons remarquer tout d'abord deux tableaui

d^histoire de la plus grande dimensioD, de )f,% Afc^fig^^i élève de David, celle-là qui fit dire à Napol(ioï;iJ*' qi^'U regreliail de ne pouvoir décorer une femme de la. croi^ d'honneur. Us rappellent fidèlement, irop fldèjerneni peuUéire, la manière du grand maître; ce spplle^^j ment des sept chefs devant Thèbes,,el Marsiqi^ltant Vénus... C'est M"''' Hongez elle-même qui ^n a C^Hdon, au musée. • . . • . .'.

Puis viennent : 1^ une admirable copie de Tépi^e (|e la Barque des damnés du Jugement devnieri, dp^jj^a^graui deurde la fresque gigantesque de Michel- Angje,eMcutée à Rome par Lenepveu ; 2"" un beau portrait en pied, de feu. Bineau, ministre des finances^ par Rivière; 3^ qn grand tableau de Flnondation de 1856, figures de plus de 30)C., représentant la visite de l'Empereur sur les carr{ièr€^ inondées, par Anligna, où Ton retrouve en plusieurs, parties le talent plein de verve, de chaleur, de francbiçe et d'abandon de ce peintre, à côté de quelques autres quel* que peu négligées ou trop sacrifiées sous le doubla rapport du dessin et du faire; 4<' enfin un charmant paj^sage de Paul Flandin, nouveau venu échappé de l'ej^sit^on de 1859, qui présente la vue d'une baie de la Méditerrar née, de Sicile peut-ètie, d'un efiel séduisant et dont la couleur lu^iineuse, surtout dans les arbres et les rochers du premier plan, le dispute à Timprévu et au pittoresque des détails. . „

Les quatre derniers tableaux ont été donnés pe^ l'^^tat et il faut malheureusement y joindre encore un paysage, effet de crépuscule, par Vendreuil et un intérieur de. ior rêt , ou quelque chose d'analogue , avec .des personnages impossibles, signé par un YioUet-Leduc qui, sous le rapport du talent, n'est bien certainement que l'homonyme, (jle l'architecte si justement renommé. . ; >

Nous avons dit malheureusement, e^ c'^st uijie expr^Sy

siott que ùous ne rétracterons pas , car à Taspect de ces toiles maietacontreuses on se prend à déplorer malgré soi que notre galerie ait pu être obligée de les admettre à côté des chefs-d*œu?re qu'elle possède. Il en est en effet des ta* bleafux comme des hommes : il y a toiyours pour eux un danger au contact de la mauvaise compagnie et quelles que puissent être leur distinction native et leur valeur individuelle, ils ont toujours à perdre dans une promiscuité trop Intime avec des inférieurs, au lieu d*y trouver comme on devrait lé supposer, une occasion d'en recevoir un nouvel ëclart "par lëf loi du contraste. Qu*an étranger d'ailleurs visite une galerie, soyez bien certain que ce qui restera le plus opiniâtrement gravé dans ses souvenirs, ce sera préôisément le tableau qui aura le plus désagréablement ' choqué sa vue.

ViTaiment; osons le dire, quand on en vient à examiner ces œuvres étranges, on ne peut s'empêcher de se demander quels sont les avantages que l'État croit pouvoir es- I$érer de pareilles acquisitions? Que si, malgré leur incontestable médiocrilé, on peut supposer que des artistes après s*6tre égarés ainsi dans les sentiers les plus obscurs et les plus embarrassés de l'art, pourront parvenir à s'en dégager un jour, pourquoi alors ne pas se borner à leur venir en aide par des secours pécuniaires, dûl^on mérne lés déguiser isous forme de médailles, plutôt que de venir glorifier en quelque sorte par un achat officiel des œuvres malsaines^ et cela pour s'imposer la nécessité de les reverser çà cl là dans ceux de nos musées des départements qui n'ont pas eu à Paris, au moment opportun, de représentants pour éluder ces dangereux présents! Sans doute que nous admettons bien que les fonds destinés à l'encouragemcht des beaux-arts ne doivent pas s'employer exclusivement à l'achat des œuvres des maîtres, d*antant que dé teHes acquisitions ne profitent guères qu'aux mu-

sées de Paris et que les artistes en renom trouvent toujours dans Texeroice mémede leur talent, leïneîUeur des encouragements, mais du moins semblerait-il que l'on ne devrait choisir parmi les oeuvres d*un ordre inférieur que celles qui ont en certaines parties une valenr réelle, et qui pourraient alors être regardées comme les premières étapes de la carrière que chercbe à s'ouvrir un talent sérieux. C'est ainsi, par exemple, que notre mmsée possède un paysage peint par Ruysdaël à Tàge de 16 ans, ainsi que les prix de Rome de Girodet, Gérard, Lethière, Lenepveu et tous cenx de David . d'Angers , qui ne sont certes pas les moins curieuses ni les moins enviées de ses richesses. Mais répandre dans les déparlemeots, comme cela n'arrive que trop souvent, des toiles qui sont au moins des erreurs de Fart quand elles n'en £ont pas des fautes préméditées, c'est deux fbia tegreilable, car comme elles nous arrivent le plus ordinairementhonorées d'un cartouche qui les signale commet Aine muniflcence du Chef de l'État, elles vont forcément^ usurpant les rheilleures places, se placer à côté desmeilleurs tableaux, et leurs défauts n'en devenant que plus saillants, ou elles font tache aux yeux des connaisseurs ^ ou elles tendent à pervertir et à égarer le goût de ceux qui s'ingénient alors à vouloir y trouver un reflet fidèle des lendanoes avouées de l'art contemporain. En un mot il arrive ceci , c'est que lorsque Ton prétend encourager par l'achat de leurs tableaux des artistes qui le plus souvent ne souffrent que d'un mal inhérent à toute médiocrité qui se méconnaît, cette publicité en quelque sorte officielle donnée à leurs œuvres porte une atteinte des. plus funestes au goût public et aux progrès mêmes de L'art.

Que l'on nous pardonne ces observations... Sî nous avons cru devoir les présenter , c'est que nous ayons entendu formuler ceç plaintes ailleurs que dans notre ville,

cl que cependant nul organe de la publicilé^ que nous sax^bions, ne les a encore reproduites. Qu'importe esï effet à la* presse artistique parisienne ce qui peut advenir des départements,, quand elle a bien assez à s'occuper des ohefs-d'œnvre anciens ou niodemes qui Tiennent s*entasser dans les musées de Paris et dans les résidences imdériales, et d'un autre côté comment la presse départementale qui, à tort ou à raison, passe pour interpréter r^pinion des administrations locales, pourrait-^lie discuter convenablement le mérite des dons faits par l'Étal?... It y avait donc ici, pour nons^ membre d'une société dont ia mission ^t d'appeler ta lumière sur toutes les questions qui intéresse nt Tart au point de vue local, un devoir à remplir^ un service à rendre en osant dire la vérité.

Cet exposé de l'état actuel de notre musée ne serait pas compilet sans doute , si en le terminant nous ne disions quelques mots d'un événement qui va ajouter considérablement à son importance ; nous voulons parler du legs fait par M. le comte Turpin de Crissé à notre ville, à la capitale de ce beau pays d'Anjou qui compte sa famille parmi les plus vieilles de celles de ses preux. M. de Crissé, qui sut ajouter à l'éclat d'une si noble origine l'illustration personnelle d'un haut talent comme peintre de pajrsage et de genre, nous a laissé, indépendamment de plufiieurs de ses œuvresies plus remarquables, des collections d'art variées et d'autant plus précieuses que les objets qui les ' compostent ont tous été choisis sous l'influence du gotkt exemé et difficile d'un véritable connaisseur, d'un homme qui eh tout et avant tout était artiste. ' Le don de M. de Crissé ne comprend pas moms, diton, d'une trentaine de tableaux des maîtres modernes parmi^lesquels on cite la Françoise de Rimint, d'Ingres, un Granet; etc., puis des collections de camées antiques, de médailles grecques, de vases étrusques, d'émaux d'une

beauté rare, de dessins originaux, d'estampes des plus célèbres maîtres d'Italie.

Deux salles vont s'ouvrir à la suite de la galerie des peintres modernes, dont la plus grande recevra toutes ces richesses nouvelles qui conserveront alors leur valeur d'ensemble comme pour témoigner de l'étendue, de l'élévation et de la variété des connaissances de celui qui en rassembla les éléments.

Ajoutons que M'»^ la marquise de Crissé, légataire de l'usufruit de ces collections, n'a pas voulu retarder pour la ville le moment de sa jouissance et a spontanément renoncé à l'exercice du droit qui lui était accordé.

Comme on le voit ce legs si magnifique varemplir bien des vides parmi les collections d'objets d'art et doit aussi combler, en partie du moins, pour le musée de peinture, des lacunes dans la série des tableaux modernes, lacunes qui devenaient de jour en jour plus sensibles quand on le comparait à d'autres musées en renom. En efifet si nou^ avons dit que le nôtre pouvait marcher de pair avec ceux des plus grandes villes, c'est que nous ne les considérions que dans leur ensemble, mais si on les voulait comparer dans les productions spéciales à chaque école^ on verrait que si le musée d'Angers l'emporte sur eux tous par l'école française des xvu* et xviii* siècles qui est représentée ici par de véritables chefs-d'œuvre de Mignard, Greuze, Lagrenée aîné, Vien, Joseph Vernet, J.-B. et Carie Vanloo, Watteau, Pater, Desportes, etc., les musées de Lyon, Rouen et Nantes, à leur tour, l'emportent sur le nôtre par les écoles italienne, espagnole, hollandaise ou flamande ; et ceux de Toulouse , Montpellier et Nantes , pour l'école française du xix« siècle. Et si l'on recherche alors comment il est arrivé que notre musée de peinture, qui, il y a 50 ans, était à la tête de tous les autres et notamment des trois derniers que nous venons do nommer, se trouve

niaiatenaDt dislancé dans la peinture moderne, Ton qu'en outre des dons qae les autres ont reçus de la générosité de quelques amis des arts, les administrations locales ont consacré à des acquisitions périodiques des sommes qui ont permis à ces établissements de s'enrichir successirement des meilleures productions de Fart contemporain, tandis que depuis sa création, en dehors d'une emplette de quatre vieux tableaux, nous n'avons vu acheter ici qu'un seul tableau moderne, un paysage de Barbot. Et si alors on vient à demander quel si grand sacrifice pécuniaire la ville aurait à s'imposer pour enrichir chaque année son musée d'une ou deux bonnes toiles modernes, tous les artistes et les connaisseurs répondront qu'une allocation égalant à peine la dixième partie de celle qui est consacrée au théâtre pourrait suffire! Qui ne sait en effet combien les véritables artistes, ceux qui travaillent en vue de se faire un nom durable, sont toujours disposés à accorder des conditions favorables à des musées, qui comme le nôtre, assurent à leurs œuvres une large publicité et une conservation indéflnie que ne peuvent leur promettre les ventes faites aux particuliers?

Il est au reste une considération qui suffirait à elle seule pour motiver une augmentation de la collection des tableaux modernes dans notre musée , c'est l'extension qu'a prise ici l'étude de la peinture à l'huile. Le nombre des amateurs et des élèves a en effet plus que décuplé en peu d'années. Or, il n'en est pas de cette branche de l'art comme du dessin : elle exige une initiation incessante aux procédés pratiques dont l'application varie autant que le talent des maîtres, initiation qui ne peut s'opérer facilement et convenablement que par l'étude attentive et surtout par la copie, qui oblige à cette étude, des tdrieaux modernes dont le coloris n'ayant pas été encore altéré

ou raônie sensiblemeDt modifié peut laisser mieux lire et comprendre la marche suivie par le peintre pour atteindre les effets par lui cherchés. Cette nécessité d'augmenter le plus possible le nombre des tableaux des artistes contemporains devient plus évidente encore si Ton considère qoe ce n*est qu*à grands frais que les amateurs aisés peuvent obtenir des magasins de Paris de semblables modèles et qu'ainsi ce moyen d'étude, si indispensable qu il soit, n'est plus alors à la portée de beaucoup d*artistes et surtout des jeunes gens dont l'École municipale a précisément pour but de préparer l'éducation artistique.

Devons-nous encore ajouter à un autre point de vue que le développement que nous voudrions vonr donner à cette partie du musée d'Angers, augmenterait en même temps l'intérêt qu'il pourrait crffrir aux étrangers, qui lorsque le goût des arts comme celui des sciences tend de plus en plus à se répandre no seront plus guère attirés désormais dans les villes de second ordre qu'en raison de Timportance de leurs établissements publies?

Ne penseriez-vons donc pas» Messieurs, qu'il serait digne de notre Société de faire parvenir à ce sujet un vœu, un simple vœu à notre administration municipale, vœu que votre amour pour les arts, ainsi que la position qui vous a été faite récemment par la haute approbation donnée à vos travaux par Son Excellence M. le Ministre de rinstruction publique, peut vous donner quelque droit de formuler. Ces sortes de dépenses ne sont pas de celles d'ailleurs qui ne laissent aucune trace après elles : des tableaux ainsi achetés restent là pour attester à jamais la sollicitude généreuse et éclairée ^es administrations qui laissent de telles traces de leur passage , et constituent en outre pour une ville un capital réel dont la valeur ne cesse de s'accroître avec le temps : ce sont de ces dépenses qui ont les avantages d'une lM)nne spéculation

de Tart. Bien mieux eût valu les répartir selon Tordre des grandes périodes historiques, c'eût été faire par les monuments rhistoire de Tart et celle des mœurs et des habitudes des liommes des temps passés, et c'est alors que le musée des antiquités fût devenu au regard de ceux des beaux-arts comme un introducteur naturel, un auxiliaire nécessaire, venant apporter aux savants, aux artistes, aux curieux, les premières pages que Fart indigène voulut épeier dans nos contrées avant et après la chute des arts de la Grèce et de Rome.

Après avoir accompli notre tâche pour cette année nous agouterons que si Tintroduction dans les habitudes de notre Société de ces comptes-rendus périodiques, venait à obtenir son approbation, nous nous proposerions d'y joindre des Revues scientifiques dans lesquelles pourraient s'enregistrer à leur date les faits les plus saillants qui signalent la marche des études scientifiques dans le département, et de plus les observations partielles qui dans les sciences naturelles passent souvent inaperçues , parce qu'elles n'offrent pas prises isolément assez dlraportanoe pour donner lieu à la rédaction d'un mémoire. Notre Société possède dans ses titulaires et ses correspondants assez de savants de profession et d'amateurs zélés, pour que nous puissions espérer, en inaugurant ici ce genre de Revue, de lui donner un intérêt sérieux autant que varié.

T.*G. Béraud^

SecréUire-générnl de la Sopiëié.

Lu à la séance de rentrée de la Société académique de Maine et Loire du 9 novembre 1859.

INTIOlilTtS DES ENVIRONS DE CRION.

La Tille de Craon est-elle d'origine gauloise ou tout au moins gallo-romaine ?

Nous croyons que îa solution de cette question acquiert un certain intérêt dans ce moment où de tous côtés l'attention publique se préoccupe de Torigiiïe des moindres localités, et que l'administration supérieure elle-même encourage ces recherches d'où jailliront nécessairement de nouvelles lumières sur notre histoire.

Les monuments dont nous allons nous occuper n'ayant été découverts que depuis très peu d'années, il n'est pas étonnant que personne, avant nous, ait songé à donner à Craon une origine antérieure à l'époque carlovingienne.

Cependant un peùlvan près Renazé, au bord de la grande route de Nantes, avait été remarqué, et prouvait déjà que ce point de notre territoire avait été habité par les Gaulois. Mais cette pierre était-elle bien un monument élevé par la main des hommes, ou tout simplement un jeti de la nature ? Celte dernière opinion paraît pourtant peu probable. Il est difficile d'admettre qu'une pierre élancée, pointue, haute de 4 à 5 mètres, soit tombée seule, isolée de toute autre pierre, et aussi perpendiculairement au beau milieu d'un pré.

Nous avons trouvé en outre près d'une petite ferme nommée la Coiraudière, près St-Clément, un amas de

pierres longues de plus de deux mètres. Elles étaient placées, comme la précédente, au l)ord du chemin qui reliait les Cénomans à la Bretagne. Une d*elles est plate , a plus de 1 mètre de large en tous sens sur 40 à M cent d^épaisseur. Oii Hirail qu'elle aurait formé le dessus d*an dolmen ou table de sacrifice. Plusieurs trous dont elle est naturellement percée devaient la rendre singulièrement apte à y attacher les victimes de Tatominable culte druidique. Ajoutons que la nature grèzeuse de toutes ces pierres entièrement différente des schistes du canton, porte encore il croire qu'elles n'ont pu être réunies là que dans un but religieux.

Tout cela, nous Tavouons, n'est qu'une conjecture, mais on conviendra qu'elle acquerrait un nouveau degré de probabilité si l'on prouvait l'existence à Cpaon d'un établissement romain, car on sait que ce peuple conquérant calquait pour ainsi dire ses circonscriptions territorial^ sur celles déjà existantes chez les peuples vaincus ; or riea ne nous parait mieux démontré que cette existence à Craon d'un petit établissement de population gallo-romaine. Voici les faits sur lesquels nous nous appuyons :

Depuis le Yi« siècle, Craon possédait une église dédiée a saint Clément, et probablement fille de Saint-Clément de Nantes, dont elle dépendait alors. Après bien des vicissitudes, notre église fut donnée dans le xi' siècle à la puissante abbaye de bénédictins de Vendôme qui en fil ua prieuré. Le tout fut vendu pendant laRévolution, et comme le chœur de l'église paroissiale de Sl-Clémenl faisait partie de l'enceinte claustrale, il fil sans ^oute aussi partie de la vente, car le nouvel acquéreur le fit démolir. De ses débris fut hàtic la maison que l'on voit près du clocher, et il est facile de reconnaître que les jambages de sespor* tes et fenêtres sont faits d'une pierre tout autre que colles dont on se sert aujourd'hui.

Mais les plus belles pierres de la démolition du chœur furent réservées et restèrent sans emploi jusqu'en 1853, époque & laquelle le vieux couvent fut revendu pour faire la nouvelle cure. Les pierres en question furent encore réservées et vendues & part à un entrepreneur de notre ville. C'est chez lui que Tune d'elles nous fut signalée comme portant june inscription. On y voyait en effet des caractères romains assez grossièrement gravés, grêles, hauts de 5 à 7 centimètres, en partie effacés. Copiés le plus exactement possible, ils furent soumis ù un savant antiquaire de Nantes, M. Bizeul, qui les lit ainsi :

Augusto

martimulioni

Tiuhciis, Tauri filius

v s L M (Yotum solvit lubens merito).

Cette inscription est renfermée dans un cadre ou carton carré, peu saillant, orné à droite et à gauche d*une patte ou attache simulée.

Nous traduisons ainsi cette inscription :

( A Tauguste Mars-Muletier

Tauricus fils de Taurus Voeu et monument de reconnaissance.

Dans l'ouvrage de M. le baron de Wismes (le Maine et V Anjou), on nous a fait dire que nous regardions Éiulionus comme équivalent de Camulus dont la signiflcaiion est peutêtre encore plus obscure. Nous avons protesté contre cette traduction et nous avons appris avec plaisir qu'au ministère de l'instruction publique on avait été de notre avis. Qui ne sait eu effet que la prétendue civilisation païenne divinisait tout? Tout y était dieu, excepté Dieu même, a-t-on dit avec raison. Et Tertullien ne semble-t-ilpas faire allusion à notre Mars Muletier dans ce passage : « Vous » honorez d'un respect ridicule toutes les bêtes de chaire

» et tous les cheyaux hongres avec leur déesse Hifqxme » (Apol. 16). 9

Quelle dififérence y a t-il à adorer la déesse des chevaux ou Mars dieu des muletiers? Ces deux idées ne sont-elles pas sœurs? Elles sont même beaucoup moins absurdes que de vénérer les bétes elles-mêmes.

Remarquons à Tappui de notre opinion que le village de Craon était placé, comme nous Tavons dit, sur le chemin allant des Arviens chez les Nannëtes, et passant par Chêlelais, Craon, Cossé, le Monl-Jou, depuis Laval, (^e* min impraticable aux chariots et par lequel les transports n'ont pu se faire jusqu'au milieu du xvui« siècle qu'à dos de mulets. Pourquoi donc les entrepreneurs de ces transports ne se seraient-ils pas mis sous la protection de Mars, dieu cher aux Gaulois, en l'invoquant sous l'attribut de leur profession, comme nous voyons qu'ils le faisaient pour les autres dieux ? -— Malte-Brun dit qu'en Russie on voit encore des villages dont la population, formée en corporation, n'est occupée que du transport des marchandises : les mêmes difficultés de communication n'ontelles pas pu créer les mêmes moyens de les surmonter, surtout si l'on admet quelque communauté d'origine entre nos Celtes et les peuples de la haute-Asie ? -^ Ce ne serait pas leur seul point de ressemblance (1).

Quant à l'origine de la pierre qui porte l'inscription, on ne peut supposer qu'elle provienne d'un temple élevé ailleurs qu'à Craon même. On ne va pas au loin^ peut être

(1 ) Un paysan de la Courlande ne souffre point qu'on loue à outrance devant lui ses bestiaux, ils dépériraient infailliblement. — Au printemps, si le chant du coucou le surprend sans argent, il en manquera toute Tannée. — Si parlant pour la chasse , il rencontre une fille , mauvais augure ; s'il rencontre un homme c'est le contraire.

Remarquons encore la forme latine des noms Taurus, Taurictu. Aq vi« siècle» Grégoire de Tours parle d'un autre Craonnais nommé FhriduM,

à Durtal ou à Baugé, par les chemins dealers, chercher une pierre de 78 centim. en carré et de 0n,28 d^épaisseur pour la jeter dans des fondations, car on voit par le mortier adhérent à ses deux faces et par les hachures dont elle porte encore les traces, qu'elle n'avait d'autre cnotploi que de former une assise solide.

Cette inscription dédicatoire cachée dans la maçonnerie prouve seulement, suivant nous, que dans la ferveur de leur zèle nos premiers chrétiens ont voulu faire disparais tre, tout en Vutilisant, ce témoin de leur honteuse ido^ latrie.

Hais de nouvelles découvertes laites depui$ peu oat porté jusqu'à l'évidence la preuve du s^our des Romains dans notre pays.

De tout temps la tradition indiquait ctf tains champs élevés, nommés Provenehères (1), comnoe ayant porté au^ trefois une ville et une église détruites, dit-on, par le seigneur de la Fontaine-aux-*Bretons (2). Hais aucune ruine encore debout ne venait appuyer cette tradition, etsur ioes grands champs aujourd'hui couverts de moissons, l'ancienne peuplade qui avait pu y élever quelques monu-

(1) Dans la commune des Ulmes (Maine et Loire) , sont des buttes appelées Provenchères, La Sarthe possède aussi plu^eàrè lieux du même nom. Ce nom avait donc une signification particulière, et il a tant d*affinité avec Provincia qu'on est porté à croire qu'il «n dérite. Les Romains appelaient Provincia tous les pays oonqms.pap eux hom de ritalie ^Dict. de Trévoux). On pourrait donc supposer aveoc^elqve vraisemblance que le nom de Provinciaria (petite province) fut donné par eux à quelques postes avancés dans le pays conquis pour protéger une colonie agricole. La position élevée de ces provencbères sepiblecait justifier nos conjectures. Le bourg de Quelaines près Craon tire, son nom de Colonia, et cette colonie agricole faisait partie des propriétés de révêché du Mans au l\« siècle.

(2) Petit village près St-Michel-la-Roê. Cette paroisse dépendait de Tancienne seigneurie de Brecbamon ou Bréchanon.

vn. 3

ments n'avait pas plus laissé de traces que n'en laisse après lui le navire qui fend TeaUw Seulement on voyait çà et là épars sur la terre, surtout après les labours et la pluie, quelques minces débris de briques de toute forme et de toute épaisseur. Ces débris sont répandus depuis le sommet des Provencbères jusqu'aux terres qui avoisinent le moulin de Blochet.

Il y a soixante-dix ans les Provenchères formaient encore ce que l'on appelle dans le pays une Champagne (campus), c'est à dire une petite étendue de terres labourables ordinairement très bonnes et où plusieurs propriétaires possèdent un lambeau de terre non clos. Il est probable que ces eraplaoements ftirent les premiers terrains cultivés du pays. Aujourd'hui les Provenchères forment une douzaine de champs clos de haies, comme il est d'usage dans le pajrs, et contenant ensemble une trentaine d'hectares. '

C'est le pki4( élevé de ces champs qui recèle le plus de Aébtis. Il dépend du grand Montemault d'Athée. La ligne qui sépare" cette |>aroisse de celle de Craon passe au bas de ce champ v^s la rivière. Du sommet de ce petit cMeaa la vue s'étend au loin sur une riche campagne. Au midi se déroule une vallée fertile au fond de laquelle se réunissent le ruisseau de Oenazé et l'Oudon pour passer à Craon ; cette ville, ainsi que St-Clémeut et leurs clochers, coutonnent agréablement le coteau opposé, éloigné seulement de 2 kilom. •*- A 500 m. à l'ouest se cache parmi les saules le moulin de Blochet et sa chapelle en ruines , 'ëticien j[)riearé de la Roô. Au xn«isiècle celte abbaye ob* 1lnt ide Tyson de Craon d'y fan^ un bourg et de jouir iseule du cimetière qui en dépendait (1). Or un champ qui semble avoir fait partie de l'ancienne Champagne de Provenchères porte encore le nom de Cimetière. Ce bourg et

(1)45« charte de la Roë.

ce cimetière de Blochet n'auraient-ils pas été une suite de rélablissemeot des Provenchères peu à peu effacé et absorbé par Taccroissement de Craon ? Peut-être ce petit centre de population à côté du chftteau-fort de Craon donna-t-il lieu à des rivalités qui amenèrent sa destruction. Car ce Tyson qui, au xiv siècle possédait Blochet, était bien de la famille des seigneurs de Craon, mais d*une branche cadette qui, à ce qu*il paraît, possédait Livré, car Blochet est de cette paroisse sur laquelle aussi se trouve un montemauU non loin de celui d'Athée. L'Oudon les sépare.

Quoiqu'il en soit, le hasard a voulu que pendant Tété de 1859 le propriétaire du Monternault d'Athée ayant eu besoin de pierres en fit chercher sur le sommet des Provenchères. L'ouvrier y rencontra les fondations de vieux murs, les suivit dans leurs diverses directions pour en extraire les matériaux, et fit paraître ainsi le plan de divers édifices.

Averti de cette découverte, H. Pommerais, juge de paix à Craon et amateur zélé d'antiquités, se joignit à moi pour faire quelques fouilles avant que la charrue et les moissons ne recouvrissent encore, et cette fois pour toujours, ces antiques débris.

Au point culminant de tout le coteau des Provenchères nous avons suivi les fondations d'une construction princi* pale qui devait dominer toutes les autres. Sa forme est un cercle de 23 mètres de diamètre de dehors en dehors. Le sol de cette enceinte est couvert de béton de 40 à 50 cent, d'épaisseur, composé de chaux et de pierres ordinaires du pays.

Autour de cette vaste rotonde étaient de grands bâti • ments carrés. Celui à l'ouest, éloigné seulement de 6",51, avait au moins 41"^ de long. Celui au sud, encore plus rapproché (2b,80) laisse voir des fondations de 23" de long

et semble avoir formé à son point de rencontre a?ec le précédent, une petite pièce sous laquelle passait un conduit ou égout fait avec beaucoup de soin. Le dessous et le dessus sont formés de larges carreaux en terre cuite de Ob,40 de dôié et de 48 à 55 millim. d'épaisseur. Ils sont posés sur un bétonnage semblable à celui de la rotonde.

Tous ces grands carreaux portent en dessous une entaille assez profonde pour aider à les fixer plus solidement.

Les restes du mur de la petite pièce dont nous avons parlé sont revêtus au midi d*un enduit blanc épais de 3 cent, et parfaitement poli, ce qui fait supposer que c^tte face était intérieure, mais nos fouilles n'ont pu rencontrer le mur opposé.

Les parois du conduit sont fails des morceaux des mêmes carreaux joints par du ciment rouge. Ce canal servait sans doute à Tégoût du toit de la grande enceinte. Il est maintenant tout défoncé et obstrué par un terreau noir.

Tous les murs dont nous avons suivi les fondations avaient 0"80 d'épaisseur.

Dans les décombres on rencontre fréquemment des débris d*enduits de diverses couleurs, rouges, roses, blancs, pointillés de bleu verdàtre, toujours épais de 2 à 4 cent, et unis comme nos plâtres quoique composés seulement de chaux et de sable. Ces murs sont faits en pierres schisteuses fort peu dures et prises probablement dans les champs environnants, mais parfaitement noyés dans le mortier de chaux (1) et comme les ouvriers romains tenaient absolument à donner au parement extérieur de leurs murs un appareil quelconque, à défaut de matériaux leur permettant d*en faire un réel, ils en avaient figuré un sur les mortiers, formant des carrés de 0",ai de long sur 0»,18 de haut. Ce qui en reste semble fait d'hier.

(1) Opus insertum ?

CependaDt la grande rotonde portait une petite assise d*un appareil réel composé de cubes de mauvaise pierre de 10 cent, de long sur 0'°,08 de haut.

De là naii cette réflexion que l*emp)ol de la pierre dans le Craonnais doit dater à peu près de celte époque, car assurément si Tusage en eût été antérieur et plus fréquent, les constructeurs auraient connu des carrières de pierre schisteuse beaucoup plus dure et plus grosse, et par conséquent plus solide, comme celle par exemple employée plus tard au vieux château de Crçion.

Aussi pour certaines parties de constructions, où de grandes pierres sont absolument nécessaires, étaient-ils obligés de faire venir on ne sait trop d*où des pierres de calcaire coquillier de grande dimension. De ce nombre sont celle qui porte Tinscription dédicatoire à Mars-Mulion ; — une autre que Ton voit dans le jardin de la cure actuelle de St-Clément, qui a dû former un chapiteau ou une corniche et qui est ornée de zig zags, d'entrelacs grossiers de style latin ; — le tronçon de la colonne qui la supporte, et une infinité d'autres employées à la construction de la maison près du clocher, ou tirées des Provenchères pour la réparation des fermes environnantes. ^

On sait que les toitures en ardoises étaient inconnues des Romains et des constructeurs des premiers siècles de notre ère. Aussi parmi nos débris n'avons-nous pas rencontré le moindre fragment de schiste tégulaire , mais en revauche grande quantité de tuiles à rebords provenant de la couverture des divers édifices. Ce fait à lui seul démontre Tantiquité de ces ruines. Du reste ces tuiles sont telles que nous les avons vues encore employées en Italie. Elles se placent perpendiculairement bords contre bords et leur joint est recouvert d'autres tuiles demi-rondes fixées avec du mortier. Dans cet état , le toit présente une surface plane sur laquelle descendent parallèlement de petits

MlloDS de 13 cent, d^épaisseiir. Les tuiles plaies à retxmk ont 40 cent, de long sur 20 de large. Leur partie supérieure est percée d'un Irou pour les clouer. Elles provenaient de plusieurs fabriques : les unes en terre grossière ont jusqu'à trois centimètres d'épaisseur , d'autres en lerre rouge fine n'en onl que deux.

Les clous qui attachaient ces tuiles nedififèrent des nôtres que par leur tète plus plate et plus ronde. On en trouve de toute longueur depuis 8 cent, jusqu'à 12.

Hais ce qui étonne, c'est que parmi tant de débris de pierres, de tuiles et de carreaux remués par nos ouvriers, nous n'avons pu rencontrer que deux très petits fragments de poterie. Lepremier a ISraillim. de large, encore est-il de deux morceaux dont l'un a été trouvé à plus de deux mètres de l'autre. Il est d'une pâte très fine et très rouge et sans vernis. Le second également non vernissé est un fond de pot. La pâte est fine et blanchâtre, mais si mal purgée des matières hérétogènes qu'on voit à la surface des grains de sable de près de 8 millim. d'épaisseur.

Si on rapproche cette rareté extraordinaire de débris d'ustensiles usuels de la firaîcheur de l'appareil simulé de la rotonde qui semble enfoui d'hier sous les décombres, il est difiBcile de ne pas supposer que toutes ces constructions n'ont eu qu'une durée encore plus éphémère que le camp de Jublains, et si les divers indices d'antiquités que nous avons rapportés, l'épaisseur et la coloration des enduits, la forme de l'appareil, le genre de la toiture, la nature des poteries, etc., concourent à donner à ces débris une date reculée, il faut avouer que la grossièreté des sculptures semble indiquer les siècles postérieurs à la construction de Jublains, c'est à dire la fin de la domination romaine.

Quant à la destination du principal bâtiment, sa forme complètement ronde, sa grande dimension nous porte à

croire qu'il servait à la fois^ de basilique om de prétoire pour rendre la justice et de moyen de défense.

Peut-être aussi, comme les ancienne basiliques^piQr^^ nés, servit-il aux premières cérémonies du cuKe chrétien à Craon, en attendant que fût constraite à St-Clément notre première église avec les. matériaux du tenople de Hars-Mulion, ce qui a pu lui conserver dans lai.twVtion le souvenir et le nom ài'église. La basilique d'où £azouges tire son nom était peut-être un établissement du même genre que le nôtre.

Nous donnons ces conjectures pour ce. qu'elles valent, mais toiiyours reste-t-il constant « aiosique noua l'avions annoncé dans notre notice sur le Craonnais .(le Maim et r Anjou, par M. le baron de Wismes), que bien avant qu'il fût que^Uon de nos villes environnante^ .Craon possédait un centre de population galio-reanaine, tj^aot 4^ una organisation religieuse, civile et militaire- >

De EoDÀRD.

La Jacopière, i5 octobre t859*

Depuis que cette notice est écrite, j'ai lu, dans ia Cha-^ renie Napoléonienne du 6 janvier 1860, un eompte^end» de la séance du 11 novembre 1859 de la Société archéologique de la Charente; en voici un extrait :

« M. l'abbé Ârbellot, curé ardisfirètre de Rodiechouart, 9 adresse un compte-rendu des travaux et des découvertes » faites à Chassenon. H. de Caumont avait Cait voter au » congrès scientifique de Limoges, 300 iir. pour continuer » une entreprise dont la réussite intéresse à. un haut dé^ » gré la science historique ; l'importance de ces fouilles » ne saurait échapper aux Sociétés savant^ ()es départe- » ments de l'Ouest, etc.

» FouiUês de Chassenon. — • On a commencé par fouiller » un des denx petits monticules que M. Michon désigne » sous le nom de Tumuhis et qui sont situés à l*est du 4 palais de Longeât. L^ fouilles ont amené la découverte » d*une tour déeagonale dont la circonférence intérieure » est de 16 mètres« un sol ou aire romaine (c'est à dire un « béton) s'étend au fond de Tédiflce dont les murs cous* V truits en peHt appareil ont 0,50 d^épaisseur, leur base » porte encore la trace de VenduU rouge qui les revêtait.

« Quelle était la destination de ce petit édifice? Nous » avons entendu sur place les conjectures de HM . de Gau- » tnont et Félix deVemeilh. Les hypothèses d'un tombeau, «d'un réservoir étant écartées, M. de Verneilh a pensé • que ce devait être un petit temple ou oratoire domes- » tique. Gbassenon portait autrefois le nom de ville des » Tempei, qui pourrait bien venir par corruption de ville » des Temples. »

Il me semble qu'il y a tant d'analogie entre nos constructions des Provenchères et les ruines de Gbassenon, que j'ai pensé qu'il serait bon de faire suivre mj notice de l'extrait ci-dessus. Sauf les dimensions (Chassenon n'a que 16 mètres de circonférence et la rotonde des Provenchères au moins 69, ce qui indique une autre destination), on y retrouve Voire, les enduits, k petit appareil, absolument comme aux Provenchères, ce qui indiquerait une date identique, d'autant mieux que dans les ruines du palais de Longeât près de Gbassenon, on a découvert une pierre sur laquelle on croit reconnaître des emblèmes chrétiens. Gette circonstance viendrait à l'appui de la date que je suppose aux constructions angevines, comme à

celles de la Charente.

Db BonA&D.

Lu en séance, à la Société académique, le 4 janvier et le i«' février 1860.

PHÏSIOUHilE DE li ttGINE IGGKIE

Qoalibas in lenebris tîUd. . . .

Degilar boo cm quodcnmque est!

(LucRiCK, lib. II, V. 15).

Tout homme est uo abyme.

(Voltaire).

Déjà, dans plusieurs mémoires* nous avons tâché de démontrer, par des observations qui nous sont propres, quel puissant intérêt avaient la justice et Thumanité à s'appuyer sur la médecine pour bien comprendre certaines afiectioos mentales qui troublent, dimiùuent ou détruisent tout à fait le franc arbitre de Tbomme.

Avant de continuer cette élude et de la fortifier par de nouveaux faits, nous avons pensé qu'il n'était peut-être pas inutile d'exposer les principes qui nous ont dirigé dans ce travail que l'on pourrait nommer la physiologie de la médecine légale.

Sans doute, plusieurs des idées que nous allons émettre ici se trouvent déjà jetées çà et là au milieu des observations que renferment nos premiers mémoires ; mais en réunissant, comme en uu seul faisceau, ces éléments physiologiques, ils seront une espèce de préambule naturel à tout ce que nous avons écrit et que nous pourrons écrire

plus tard sur la nécessité de rintervention médicale dans certains faits criminels déférés aux tribunaux.

Alors que dépouillant les langes usés et vieillis de son enfance, Tancienne philosophie s^efforce aujourd'hui de revêtir pour ainsi dire la robe virile, chacun, selon nous, doit apporter son tribut, si faible qu'il soit, à cette r^é> nération humanitaire. — Ce sera notre excuse.

Puisque la médecine appliquée aux aflfections mentales dans certaines causes criminelles, trouve encore aigourd'hui des contradicteurs même dans les hauts rangs de la magistrature , il est nécessaire que le médecin ne se lasse pas, et, qu'avocat né des faiblesses intellectuelles de rhomme, il dise et répète au juge : Tel individu n'est et ne peut être coupable que dans la limite de son degré d'intelligence, et du développement de son sens moral.

Les préjugés peuvent encore comme autrefois relarder ce triomphe complet de la cause de la raison ; mais cette cause ne peut être perdue.

Ce flambeau que Dieu alluma pour éclairer l'homme pendant ce voyage que nous nommons la vie, n'a jeté d'abord que de faibles lueurs ; mais de siècle en siècle, sa puissance lumineuse s'est développée et quand, à l'époque où nous vivons, nous portons un regard rétrospectif sur les temps (passés, c'est avec une admiration mêlée d'étonn^nent que nous contemplons le progrès toigours croissant de la raison humaine, à travers la longue succession des âges.

Sans doute de vieux préjugés luttent encore et longtemps encore, la philosophie accusera la marche si lente et si embarrassée de nos progrès. Ne perdons pas courage toutefois ; dans la vie de l'humanité, chaque chose a son heure. >

Si en dépit des entraves que le principe d'autorité atait rivées pariout autour de la liberté individuelle , cdle^i

n*en a pas moins couquis sou émancipation, soyons certains que la pensée humaine, ce quMl y a de plus sacré au monde, sortira un jour radieuse et libre de la tutelle que si longtemps on s'est cru obligé de lui imposer, et brillera dans tout Téclat de son dételoppement spontané et de son indépendance absolue.

Ce n'est pas une utopie ; le progrès comme Abasterus a derrière lui une voix qui crie sans cesse : Marche, marche.

A peine un siècle s'est éconlé depuis que des juges instruits et, sans doute, consciencieux, condamnèrent èi expirer sur la roue un enfant de 17 ans pour insulte à une procession publique.

Que pense aujourd'hui la magistrature d'un pareil jugement?

Au commencement du xvn* siècle, un malheureux boucher était légalement pendu à Paris pour avoir un vendredi étalé en vente de la chair de cheval.

Que pensaient, au milieu du xvm* siècle, les juges du chevalier de la Barre, de ce jugement fanatique porté sous le règne du plus clément des rois?

Eh! bien, dans cent ans, que diront les juges d'alors de quelques-unes des décisions juridiques prononcées de nos jours?

Le temps et la raison auront marché K les magistrats du XX* siècle n'excuseront leurs prédécesseurs, qu'en présupposant leur bonne foi et leur ignorance de la vraie nature de l'homme.

Telle est la tyrannie de l'habitude et des préjugés qu'en plein xvm* siècle, pour demander que Ton réformât ces slupides et barbares lois, l'avocat général Servan était obligé de procéder par des précautions oratoires. « Hom- » mes sages, s'écriait-il, dites-moi si j'outrage les lois, » parce que j'en demande de plus parfaites, a

En 1515 François I" condamnait à mort les chasseurs endurcis et incorrigibles. Louis XIV modifia ce code draconien; mais croirait-on qu*en 1789, près de 300 ans après François P', les galères et le bannissement étaient encore prononcés contre un simple délit de chasse !

Et des gens s*effrayent de ce que révolution de la pensée humaine marche trop rapidement!

Si quelque intérêt de caste ne se cachait pas sous ces doléances au moins singulières, on ne pourrait trop s'étonner d'une pareille aberration d'esprit.

Répétons donc avec ce prêtre de la Trappe, le docteur Debreyne: « Sans la physiologie et la médecine il est im- 9 possible d'arriver à la solution du fameux problème » delphique : Connais-toi toi-même. C'est là véritable- » ment le premier principe de toute philosophie et de M toute morale, ou plutôt sans lui il n'y a ni philosophie » ni morale. »

Si en dehors de la physiologie et de la médecine il n'y a ni philosophie, ni morale, y aurait-il, par hasard, une justice spéciale, isolée de celte double base?

Evidemment non.

L'homme n'est plus cet être abstrait et métaphysique de l'ancienne philosciphie. C'est un composé double; c'est la résultante de deux substances agissant simultanément et réciproquement Tune sur l'autre.

Pour faire de la vraie philosophie, il ne suflira donc plus de s'abstraire, de se recueillir, en un mot de s'écouter penser. Non, comme dans toutes les sciences, il faut ici le travail de l'expérience, l'examen des faits physiologiques non seulement appliqués à Tobservateur lui-même, mais autant que possible à l'ensemble de l'espèce humaine.

Ne voir dans l'homme que l'âme commandant et se faisant obéir en souveraine, c'est une des erreurs les plus fatales à l'humanité.

En efifet, s*il existe des èlres pensants totalement affranchis des liens matériels, et rien ne s*oppose à cette hypothèse , supposons qu'il nous soit donné d*en faire l'histoire intime, personnelle. Celle science des esprits proprement dits, s'appellerait apparemment Psychologie. Ce serait, si Ton veut, la science de TAnge ; mais ce ne sera jamais que par un abus de mots, et en négligeant les fails physiologiques> que Ton donnera à la science de Thomme, à r Anthropologie , le nom trop restreint de Psychologie.

Rejetons ce mot qui n'énonce qu'un des éléments du problème et disons avec notre savant religieux :

« C'est la physiologie qui nous donne la clef du cœur » humain et qui nous révèle l'homme tout entier, c'est- » à-dire physique, intellectuel, moral et social. »

La physiologie humaine est donc la vraie science de l'homme, la vraie philosophie, la vraie morale et, d'après cela , que Ton s'étonne si l'on a prétendu que la philosophie ne pouvait être que du domaine de la médecine.

Dans le dernier remaniement des études littéraires, on a rayé la philosophie du cadre officiel des Lycées, la logique seule a obtenu grâce. Nous ne savons quel motif a déterminé le conseil de l'instruction publique dans cette importante radiation ; mais , selon nous , les jeunes gens n'ont pas perdu grand'chose, si tant est qu'ils n'y aient gagné, en n'apprenant plus la psychologie habituellement enseignée dans les écoles.

Quand l'homme, selon la noble expression de Pope, sera devenu la principale étude de l'homme; alors la philosophie renaîtra et deviendra nécessairement la plus essentielle partie de nos programmes scolaires.

On n'attend pas que nous entrions dans des discussions métaphysiques, dont jusqu'ici la stérilité des conséquences a prouvé le vide et le néant.

Nous dirons seulement que l'homme est composé d*ins-

tincts et de facultés, de sentiment et de volonté ; personne ne nie cela ; que ces divers éléments ne sont point répartis à rhomme dans une mesure absolue et uniforme, ni balancés dans un équilibre parfait.

Tôt capita tôt sen$u8, a dit un vieil adage plein de raison. SUl est vrai, et nous n*en doutons pas, que dans Thomme, toute maladie est une et individuelle , ne touchant à des affections semblables que par des points généraux ; dans rhomme moral , tout acte libre a sou individualité qui ne ressemble jamais complètement à Tacte d*un autre individu bien que présentant, en général , quelque chose d'identique.

Il y a donc dans le système anthropologique, ce que d'ailleurs présente partout la nature, variété dans Tunité, et les éléments si variés que chacun peut reconnaître en lui-môme, sont la base de toute Téconomie humaine.

Ce ne sont point là des rêves de notre esprit , des illusions métaphysiques , mais bien des faits que démontre Texpérience de chaque jour , comme nous le verrons plus tard quand nous descendrons à l'analyse des faits particuliers.

Quand le système de la sensation et de la table rase fut clairement analysé par Tabbé de Condillac, chacun étonné de voir clair dans un siget si obscur , si impénétrable jusqu'alors , admit d'enthousiasme une explication qui ouvrait au public un sanctuaire où n'avaient encore pénétré que les seuls initiés.

Malheureusement la simplicité n'est pas toiiyours l'indice certain du vrai, et l'on s'aperçut bientôt que le système n'était si facile à saisir, si attrayant de lucidité, qu'en raison des côtés moins lumineux que l'on avait ou dissimulés ou présentés sous un faux jour.

Il ne faut donc point se faire illusipn. L'étude 4e l'homme est complexe, difficullueuse, souvent inextricable. Ptus

les éléments en sont nombreux, plus il fout éviter d*en oublier quelques-uns.

Mais qui pourra se fier à une analyse exacte des conditions de cet ardu problème , si le médecin spécialiste , dont la vie entière a été consacrée à cette noble étude , hésite encore souvent et ne prononce que d*une voix craintive?

Si une pareille étude est utile à tout le monde, elle est incontestablement indispensable à deux ordres de personnes, les médecins et les magistrats.

Le médecin dont Tart ne peut être qu*empiriquo, sans la connaissance intime qui unit le physique au moral, sait fort bien que Tétude de Thomme malade conduit à Fappréciation de Thomme sain ; que tel vice organique influe puissamment sur le caractère individuel et que, selon Texpression triviale, mais très physiologique do Montaigne^ quand le corps a la colique, son voisin ne s'en porte pas mieux.

N'a-t-on pas dit qu'il follait avant de consulter un ministre, s'assurer si ce jour là, sa digestion était focile?

Ridendo dicere verum

Quid vetat?

Horace.

Les magistrats, nous le proclamons avec plaisir, marchent généralement aujourd'hui sur les traces de M. Faustin Hélie et de H. Sacase. Ils ont senti tout ce qu'il y a de vide et d'erroné dans l'œuvre de H. Elias Regnault (Du degré de compétence des^médeans dans raliénatUm mentale. 1830). Ils ne disent plus, et le mot semblait spirituel, que les médecins voient des fous partout, et que, si on, les voulait croire, la justice abdiquerait et les prisons ne seraient plus que des maisons de santé.

Non, au moins dans le ressort de notre Cour impériale,

le magistrat fait volontiers appel à rexpérience et à Tappréciation du médecin dans ces cas assez fréquents où la limite de la raison et de la folie est peu tranchée et presque imperceptible pour quiconque n'a pas fait d*études spéciales et interrogé tes fibres les plus cachées du cœur humain. Il y a plus et nous sommes heureux de le dire, nos magistrats acceptent quelquefois des appréciations médicales qu^ils n*ont pas provoquées.

Est-ce à dire néanmoins que les organes de la justice ont désormais dépouillé complètement le vial homme et abjuré les anciens préjugés? Hélas! il n*en est pas encore ainsi, la science de Thomme a mardié et quelques magistrats sont restés stationnaires.

Si les attaques contre la compétence médicale en justice partaient de quelque juriconsulte obscur, le médecin pourrait peut-être les dédaigner, quoique pour lui rien de ce qui regarde Thumanité ne soit indififôrent ; mais quand la voix éloquente d'un magistrat éminent, parle et s'impose avec Tautorité d'un grand talent, l'homme de l'art, quelque humble qu'il soit, doit se lever pour défendre ce qu'il croit la vérité.

Dans son Traité des donations entre vifs et des testammts (1855) au sujet de Tintervention du médecin dans l'aliénation mentale, H. Troplong dit :

« Lapins grande partie des médecins sont enclins à se » donner sur ces matières une compétence exclusive. »

Exclusive, c'est peut-être beaucoup dire, mais assurément prépondérante, et qui pourrait leur dénier cette compétence? l'art de connaftre rhomm\B n'est-il pas le résultat d'études spéciales que le magistrat n'a ni faites, ni pu faire? Bossue t n'a-l-il pas dit quelque part, que si l'homme pouvait devenir meilleur, c'est par la médecine qu'il y parviendrait?

« 11 y a cependant des médecins qui ont soujenu que

t la monoibàûîenei^nd l'homme iticà^lê qa^éû éë qui » a rapport au côté obsédé de son intelligekice.» - '' Et ces médecins, selon nous; ont eu raison dans quelques circonstances.

Nous avons vu des hommes trembler et tt*oSer traverser un ruisseau de six pouces ; ne- vouloir pas rester debout dix minutes, sur une voie publique /dans la craid'le de mourir, et cependant admini^ratit Feurs affaires làveb unescrUpuleuseexaetrtudô«t remplissant d^illeurs toutes les autres fonctions de la vie civile avec la pleine luddité de leur esprit. = ; • ^ . <

« Le fou dont la démence n*a que des dppiirenl^s par- » tielles est aussi bien fou que celui dont la démeilce 'est » absolue. »

Ici le savant jurisconsulte a été trompé par \é mot démenée, inscrit dans la loi. Avec des études spéciales lé magistrat saurait que la démence n*est jamais partielle, que c'est rannifailation de toutes les facultés humaines, et que jamais un médechi n'a prétendu qu'Un homme en démence pût jamais faire un acte civil, ni mèhne un acte humain.

« Leur jugement {des médecins) ne Saurait toujours 9 ètrele jugement du magistrat; nos points de vue soAt » bien d^rents pour conduire au rhême but. )»

Sans doute le but du médecin sera de guérir, celui du magistrat de sauvegarder la liberté de l'indiTidu ; miais avantoela, il y a une question préalable r un tel jouit-il, thii ou poutyde ses facultés morales? Qui décidera \A question? ést-cô le magistrat? mais d'après quelles données physiô^logiques ? nous arrivons donc encore ioroément à l'intervention médicale. . :

« Je ne veux pas que la médecine légale argumente de > quelques symptômes qui réclament ^ne cdre, pour 4 transformer une susceptibilité maladive, unlrouMestif-

Page 1