‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 2)Chapitre 113 sur 129 · VII · texte numérisé non relu

VII

» perficieU ea qii^ de c^aUératipDs pniloQijlos 491 abo- » lissent la raison. «

. Ja^iais qiédecîn,. que nous sachions^ n*« transformé une susceptibilité maladive, un troiAle SMperficiel^ en wu altéraiim profonde qui abolU la rmsùn : mais comnaenous J'avons fait voiir dapa.un travail sur l^s Bizarreries de. Vesprit humain (185S), de simples bizarreries, des singularités d*esprit sopt quelquefois lepoiut de départ d'une véritable alié^atipn meoAale quise déclare plus tard.

,5 Je pense gue la médecine légale, malgré ses prétea- » tions, n*a ajouté aucuns progrès sérieux aui doctrines » reçues dans |a juriapfpdence.eitqu'eUe ne doit en rien ;»lespiodifler* » . : .

Ce fatalisme qui veut que la science de rbumne il*ait fait aucup pi^grês depuis d'Aguesseau à quelque cbose ^ui glace rame. .Nous aimerionB autant entendre dire que la jurisprudence du i;viu« siècle n*a rien gc^né depuis 89. ^ Pour toutQ réponse à cette assertion , nous renvoyons l^ lecteur au beau travail de Vbonorable M« Saoase » conseiller à la Cour de Toulouse et à Fintroduction à un traité sur raliénaiion mentale de H. Henri Brochou. Voir aussi labrochiiire du dQOteur;Vingtrifiier (1852), Des aliénés dans les prisons et devant lajusUee^ les travaux du docteur Morel, direoieur de SaîAt-Yon (Seine*Inférieure), et tant ^'autres.

Quand le progrès se manifeste de toutes parts , quand Vactiviié humaine dévore les obstacles et ne dit jamais : C'est assez , i quelle ûause peutron attribuer cette espèce de b^ltedans Télude des faits psychologiques et cette tépulsion que i. quelques sommités judiciaires : semblent montrer pour les recherches médicales dans le domaine des altérations morales ou InteUectuelles? . Sans doute , il faut compter la difficulté si étroitement inhérente à la nature même de ces inveetigationsphjrsio-

l(^que9. En efifet, quelle infinie variété de sensations tant internes que venant du dehors n'est pas à tout moment en contact avec tous les côtés de notre âme, pour ainsi dire ? et cependant c'est au milieu de ce dédale si compliqué que la volonté de Thomnae doit prendre un parti et se déterminer à agir.

11 semblerait, en second lieu, que certains magistrats n'auraient pas vu, san^ quelque déplaisir, la médecine se glisser dans la jurisprudence et menacer d'en envahir une partie du terrain.

Enfin, et cette raison n'est pas la moins importante k signaler, on a cru voir la société compromise par ces discussions sur la liberté morale. Tons les cnminels ne seront plus bientôt que des fous, se dismt-on, et le sentiment de responsabilité devant les tribunaux qui souvent arrête le bras du malfaiteur ne pèsera plus dans la balance et le plateau du crime inclinera de plus en plus et dans une effrayante progression.

Cette p^r, toute panique qu'elle est, n'en est pas moins respectid[>le puisqu'elle naît de l'exagération môme de l'a^moar de la société et de l'intérêt du pays.

Les gens du monde, et dans ce nombre nous com-^ prenons même des hommes de loi, s'imaginent que feindre la folie est chose aisée ; que le médecin, à cet égard , est fetilement dupe de l'imposture.

Eb ! bien, la proposition inverse est justement l'eipnesh sion de la vérité, rien n'est plus difficile que de simuler l'aliénation de quelque espèce qu'elle soit.

Le médedn pourrait, à la rigueur, par inadvertance ou par défaut d'examen, ne pas voir la folie où elle est ; maïs il lui arrivera bien rarement de la voir où elle n'existe pas.

La raison de cela, c'est que le vrai fou cherche, par des moyens souvent ingénieux, à cacher sa folie, qu'il ne mul-

tiplie pas les actes extravagaûts sans mesure. Il s'observe« au contraire, pour manifester quelques lueurs de bon sens et dérober à Toeil scrutateur les désordres de son esprit.

L'homme qui feint prend son rôle à Tenvers; il entasse sottise sur sottise, bizarrerie sur bizarrerie, et par ce manège exagéré rend plus déQant et plus circonspect le médecin qu*il prétend tromper.

Le criminel appelé à rendre compte devant la justice d'un acte nuisible à la société, ne simule guère plus la folie, qu'il n'invoque pour sa défense l'entratnement d'une nécessité aveugle qui lui a forcé la main.

Non, la science médicale ne multipliera pas le nombre des fous, non les hommes de Fart ne verront pas partout des aliénés. Peut-être est-il malheureusement vrai qu'ils ne les voient pas partout où ils sont, les médecins, faute d'initiative, ne pouvant donner leur avis que sur une préalable réquisition.

M. le docteur Vingtrinier, que nous aimons à citer pour sou exactitude, en 37 ans a trouvé 16 fous sur 8,500 accusés de crimes, et 248 aliénés sur 34,500 prévenus de délits: 1 sur 630 à peu près dans le premier cas, et 1 sur 140 dans le second.

Ce chiffre, toutefois, n'a pas toute la rigueur possible , car, ainsi que nous venons de le dire, le médecin n'ayant point d'initiative et n'émqttant son avis que sur l'invitation du magistrat, 11 n'est pas douteux, comme on le verra plus loin, que plusieurs accusés sont soumis à l'égalité de la peine devant la loi malgré certaines abema- Uons intellectuelles ou morales qui naturellement échappent à l'œil de la justice.

Cela sufBt , nous le croyons , pour rassurer les plus timorés sur cette invasion de fous que la médecine devait lancer au m^ilieu de la société.

Que répondrait ud adversaire de la compétence médicale dans les débais judiciaires, au fait que nous allons exposer?

A Tune des assises de 1859 (Haine et Loire) le nommé X. prévenu de vol est renfermé dans la prison cellulaire d'Angers.

Accusé, quelques années auparavant, de nous ne sa* vons quel délit, X. fait le fou, obtient deux certificats de médecins qui attestent la réalité de Taliénation et cet homme est acquitté.

Ce succès, bien inattendu sans doute de X., rengage à essayer le même moyen, dans uacas à peu près ana-^ logue.

Dans la prison, il prend une attitude haute et flère, répond avec brusquerie et sans suite , se donne certains mouvements automatiques qui ne varient pas. Cette agitation se suspend dès qu'il se croit seul et loin des regards. D'abord il s'était placé en face du léger pertuis de la porte qui permet de voir dans l'intérieur de la cellule; s'apercevant bientôt qu'il était trop en vue, il se plaça derrière la porte elle-même.

Il mangeait d'ailleurs et dormait comme à l'ordinaire.

Un matin , le trouvant au lit, nous lui disons franchement que nous ne sommes point dupe de sa supercherie, qu'il a tort de s'obstiner et qu'un aveu lui serait bien plus utile aux yeux des magistrats.

Ce moment était grave pour lui et pour nous.

Nous saisîmes aisément un instaut d'hésitation. Évidemment il réfléchissait au parti qu'il devait prendre. Sûr vraisemblablement du succès dé son stratagème, il recommença & proférer des paroles dénuées de tout sens.

Un magistrat aussi distingué par son savoir que par sa prudence et sa franchise dut voir cet accusé, et convaincu que la folie était véritable, il sgouta, nous a-t-on rapporté,

« Pour le coup oo ue dira pas que c^ bomme o*est. pas » fou. •

Nous n^avions, nous médecin de la prison, aucun wo^ y m violent à employer pour contrôler la supercherie; d*ailleurs cela p'entrait pas dans nos attributions. X. conduit dans une maison de santé fut soumis à des douches et à la seconde il avoua que sa folie était teinte et tut condamné à 7 ans de prison»

Dans ce fait de folie simulée deux circonstances sont dignes de remarque.

D'abord l'erreur dans laquelle le magistrat tombait nécessairement, puisque, malgré sa science de jurisconsulte, il ne pouvait démêler ce qu'il y avait de faux dans cette scène tFèS|[adrQitement jouée.

D'ailleurs» au milieu même des débats, Thonorable magistrat eut la courageuse franchise d'avouer qu'il aurait donné dans le piège, sans Fintervention des hommes de l'art.

Mais ensuite que dire de ces deux certificats de médecins qui ont une fois soustrait cet individu à une peine méritée?

Eh ! mon Dieu, cela prouve que si des médecins au-dessus de tout soupçon ont pu se tromper, égarer la justice malgré des connaissances physiologiques, à cause seulement de leur peu d'habitude en ces matières, des magistrats à plus forte raison pourront errer si la médecine n*est pas là pour leur prêter son indispensable secours.

L^homme est-il libre ? Dans quelle limite se renferme la liberté hum^e? est-elle absolue, cette liberté; est-elle relative?

Voilà toute la question de la responsabilité morale de rhomme. Point de liberté , point de responsabilité. Liberté variable et relative, responsabilité qui aussi variera

sddti lôs cirooQslailces elles individas. Pénalité par oùm séquent variable dans des cas qui, avamttoiitexamen mo^* rai de Finoulpé, parattraient identiques.

L*lKmune est-il libre? A cette question oq peut répon* dre comme le Vicaire Savoyard à celui qui den^anderait : Dieu pentMl faire de^ miracles? Cèst^^diie que toute réponse serait oiseuse, à inoins dlmiter Zenon et de prouver le mouvement en marchant.

La première et la plu& forte preuve de la liberté bii^ maine,'û*est incontestablement lasentintent intime qq*a rbomme de porter en lui-même celte haute prérogative déniée au reste de la ctléation terrestre* Que répondre en effets à ce terrible argument de Jùvénal?* > '

Prima bopç.e?t uUJp,quod,.8e . ^ . j

Judice, nexao noc^n3 absQlvitur^ , ^ . . . .^ ^

Tout homme coupable se condamne lui-même au ijcir bunal de sa conscience.

Si rhompne p'est pas libre^ pourquoi personne ne pa~ riera-t-il jamais que tel ou tel individu, ne fera pas^ à un moment donné, cent pas, par exemple, vers un but 4éT signé d'avance? ^,

Cetl^ réflexion très juste est due, si notre mémoirç uf^. nous trompe pas, à M. Charles de Rémusat,

D'ailleurs nous .l'avons dc^à dit, chacun porte si pror fondement gravé dans son cœur le sentUneni intime.de sa liberté morale, qu*il ne lui vient pas même ^ Tesprit d'âiléguer pour sa défense rentrainement d'une invUicible nécessité. , . .

Il y a plus, rhomme qu'une maladie mentale a privé du noble privilège des êtres libres et qui n'obéit plus qu'à un instinct aveugle^ revendique souvent cette liberté qu'il a perdue^ et, da^s ces cas, Ip médecin est obligé <^e

5fî

prendre la défenee d*«m malheureux aliéné, qui, dans sa folîe, ^'accuse Jui^méroe.

Combiea d'exemples déplorables d'au pareil délire nV t«Qn pas vus pendant plus de frois siècles- que régaaia sorcellerie?' . . . •

fie malheureuses femmes que Ton avait surreillées pendant leuif^sontmeil, que Ton n'avait pas un instant perdues de vue, n*avoaàient^lles pas, à leur réveil, qu'effectivement elles étaient allées an sabbat? et n'étaitce p0sd'aprëS'>oe: eftDgidier aveu^ qu'<m les tndnait au bûcher?

:. TelleiMait la jijrisprodence è cette époque et les juges qui rappliquaient' n'étaient tfi de malhonnêtes gens, ni des hommes stupides.

Etre libre, 'tîst ôhoisir; cbdlâiir, cfest se déterminer en tre deux bu plusieurs motife; car dire que Ton peut agir sans motif, c'est proprement une absurdité , ce ne peut être un acte humain.

Mais l'usage de cette liberté , cet examen intérieur qui précède la décision ne sont pas aussi simples que renseignait la philosophie' scolaslique. L'élude des instincts naturels, des facultés tant intellectuelles qu'afiëctives^ du sens moral , des habitudes contractées en naissant , a pu séiile donner à la physiologie morale ce degré de certitude ou au moins dô probabilité que comporte la science de rhômme hérissée d'ailleurs de tant de difficultés.

Dé ces dist)ositions innées datis l'homme, c'est-à-dire qui ne doivent pas leur origine à nntorvention des sens, découle nécessairement une spécialité de caractère, d'esprit, de mœurs dans chaque individu, laquelle, sans doute, peut être, souvent même est influencée par l'éducation , mais certainement n'en est jamais le produit ou le résultat.

On voit par (& combien était fausse Ta théorie de ces phi-

iQSophes du siècle dernier, qui, feisant du cerveau nue $^ble ra$t et regardant l'enfance cotaame une cire dépourvue de toute empreinte primitive, se flaitaient dé la modder à ieqr gré et de faire jaillir le feu du génie de toute intelligence que Ton soumettrait à leur méthode d'éduoation.

Cependant le moindre coup d'oeil jeté autour d'eux an* raitpusttfilre pour leur prouver comment, malgré la similitude/de^ conseils, des sDins« des études, se diversifient à l'Uiflnl les. dispositions natives des enfants.

Dan$ toute récbeUedeBaniiimuxâaDS excepter l'homme, l'être apparaît au jour avec un ca^chet spécial qui ne l'abandoQue qu'à la mort«

Toute bonne pbilosQ)dUe doit donc partir .de ce principe que chacun d'ailleurs avec un peu d'examen trouve en lui-même, k savoir : qu'en deborsde l'exerdce des sens et même avantqa'ils entrent en action, une disposition spéciale de l'ordre des instincts ou de celui des facultés, est imprimée de la main de Dieu dans l'organisme hunmok. Disposition à laquelle l'&me.se trouve toujours plus ou moins ^sujettie par la loi d'union qui régit nos den^ substanoesv

Ces empreintes originelles, et l'expérieiice le démontre tous les jours, seront le point de départ de la conduite subséquente. L'âge, le temps, le pays , l'éducation, la re^' ligion, ensemble ou isolément,; pourront en augmenter ou en affaiblir l'énergie, mais au fond, elles sont et demeureront indestructibles.

Cette notion est prise dans la nature. Elle est même devenue banale à force d'être vraie et ce n'est autre chose en langage vqlgaire que ceiie passion dominante que la morale nous avertit de combattre sans relâche et sans faiblesse, parce que la racine de ce mal n'est pas implantée seulement dans une haUtude factice, mais bien, dans

le ocBor de l^homme et fait partie iatégratite de Iut-nî4iiie.

Ce n*est point uneabstraetion philoeopbique, car, aiàri que Ta dit d'Âlembert : « Lafrfiiiosophie n*est que le mi- » roir de cette vérité et de toutes les autres vérités qu^dle • ne fait que réfléchir. »

Veut-on quelques exemples frappants de la ténacité de TindestrucAibilité de ces disposilioA^ primitives ? '

Voyez le plus savant, le plus altère, le pl«s pieox peut» être des Pères de TÉglise latine. La ûalure avait aUumé dans le cœur de saint Jérôme un foyer toiqours incaadescent d'impatience, de oolèro et d'emportement.

Le sol nu sur Içquel U se ooucbait et qu*il baignait de ses larmes, les jeûnes perpétuels, les macérations sans bornçs, les brûlantes prières, même cette trompette terrible du dernier jour qu'il croyait toiqours etrtendrei, rien n'y faisait. Un mot, une contradiotion excitait sa bile, et soudain elle coulait à flot de sa plume implacable, soit pour venger l'Église d'un adversaire puissant, soit pour flétrir ses ennemis personnels.

Saint Augustin, ce prodige de science , d'érudition et d'humilité ne dil>'il pas quelque part : Craptia non mmquàm surrepU servo luo, misereberis ut langi psU a me?

Sans examiner en quoi consiste bien positivement le défaut dont s'accuse le saint Docteur, toujours est-^il qn'îl lutte contre une disposition vicieuse qu'il ne pefft vaincre et dont il demande à Dieu d'être délivré (i )« *

(1) On a beaucoup disputé sur la signification du mot crapula. Il est évident toutefois qui ne s*agit pas ici d'ivresse complète, car saint Augusfm dit au même endroit : Ebrietas longé est à me. Nous pensons qu'il faut entendre par ce mot une certaine pesanteur de tête et d'esprit , suHe de ((uelque excès dans le boire et dans le manger.

Le saint Docteur rapporte que Monique, sa mère, avait une propension native pour le vin : m pourrait-on pas voir dsns là fiiute que dél^ofe ÂjifustiD, une de ces prédisposilioDS béréditaifes qa'il^est éifteila de vaincre et même de modifier?

Le libre arbitre, ou la volonté hutnaiae ne d*6xerçant que par la poodéralion des inotife que la raison doit apprécier avant de^e déternûner à Tacte, on voit, tout d'abord , de quel poids pèsera dans la balance de rftme, un motif apt)uyé sur une disposition que^ pour abréger, nous appellerons innée.

Ce que nous disons des sentiments que la nature a donnés à Thomme dès sa naissaace,Sdoit aussi s'entendre, avec quelque réserve toutefois, de certaines habitudes qui, sans être originelles, se sont formées^ accrues^ fortifiées par un long usage et dont Torigine se confond quelquefois avec le premier développement de la raison.

C'est à bon droit qu'on les a nommées une seoende nature. Le joug qu'elles imposent, bien que souvent volontaire dans le principe, n'en est pas pour cela moins rude et moins dffilcile à secouer plus tard. Ce qui a fait dire à Virgile.

Usque adeo in teneris consuescere multum est ! Tant de 4)os premiers ans l'habitude a de force.

. DfiLlLLB.

Sans doute, l'habitude a cela de particulier que l'homme dans les premiers moments, a.pu ne la pas contracter et partant ne peut toujours s'appuyer sur elle conune sur un motif excusable ou atténuant dans un acte criminel.

Prenons-y garde néanmoins. Ici l'œil de la justice pourrait être en défaut si le médecin ne le dirigeait pas.

Il est en effet, et cette remarque a bien son importance, il est des habitudes contractées de si bonne heure, avant mémetTusage de la raison, que Texamen le plus scrupuleux peut çL peine les distinguer d'une disposition native.

Tous les hommes sont égaux, devant la loi, donc la justice doit être égale pour tous. Mais en quoi consiste cette

égalité? Apparemment eaœ qu'une peine égale 8oil infligée à des fautes égales. Qu'est^e qui constitue le crime ou le délit? Cen*est pas Tacie physique seul quel qu'il soit, c'est la volonté, le consentement délibéré qui a conduit le bras, par exemple dans un assassinat. Toute la gravité de l'acte, toute la moralité dépend donc du libre arbitre de l'accusé , de sorte que plus il y a de liberté morale plus aussi il y a de vraie culpabilité. Donc, c'est ce degré de libre arbitre qu'il faut examiner avec soin dans un inculpé. Le d^ré de liberté morale sera donc le plus sûr thermomètre du degré de culpabilité dans l'homme, et faisant allusion aux paroles de Pascal, nous dirons aussi : Innocence en deçà , crime au delà.

Bon sens à tel degré ; folie à tel autre.

Il faut peut-être comme nous> médecin des prisons, suivre pas à pas les condamnés, les voir dans diverses circonstances, en dehors de l'appareil judiciaire, influencés par rien d'extérieur, dans toute la nudité de leur nature primitive ou acquise, pour se faire une idée un peu exacte du degré d'intention criminelle, de perversité raisonnée que certains criminels ont apporté dans ce que la justice a qualifié crime ou délit. Ces cas, sans doute, seront exceptionnels et le plus souvent le magistrat n'aura besoin que de ses yeux pour bien voir, c'est vrai ; mais aussi ne parlons-nous que de certains faits moraux dont l'évidence est enveloppée de quelques nuages.

L'ftge môme est souvent un élément trompeur d'appréciation : ne sait-on pas que tel enfant, à dix ou douze ans, pense et réfléchit plus sainement quelquefois qu'un jeune homme de seize ou dix-huit?

Chez la plupart des accusés, les antécédents sont inconnus du juge. Le magistrat ne sait pa3 davantage quelle est la famille au sein de laquelle les prévenus ont été élevés. Fera-t-on un crime à un malheureux de n'a-

voir jamais eu sous les yeux que des exemples pervers ou dégradants !

Objecterait-on qu'un pareil examen serait long, très long, entraverait la marche de la justice?

Nous répondons comme nous Tavons déjà fait« qu'il ne s'agit point ici des cas habituels où l'évidence saute aux yeux ; mais bien de ces faits qui ofiBrent quelque chose de louche, pour ainsi dire, et en face desquels la conscience des jurés et des juges ne se sent pas sur un terrain bien assuré et bien solide.

Mais cette étude est impossible — difficile peut-être, impossible non, dans la majorité des cas; — quand Tacte incriminé est prouvé jusqu*à l'évidence et que l'accusé est reconnu publiquement comme doué du sens ordinaire, que veut-on de plus?

Cela s'appelle trancher le nœud gordien; mais c'est tourner la difficulté plutôt que la résoudre. Car la question est précisément de savoir, si ce que le public regarde comme un sens ordinaire, ne sérail pas au contraire un sens vicié par un organisme imparfait, ou détérioré par la maladie ou enfin abruti par une éducation dépravée.

Le magistrat ne voit les prévenus qu'en passant, pendant de courtes séances, quelquefois éloignées l'une de l'autre. L*accusé se place, en quelque sorte, sur un théâtre; il prend et soutient un rôle, revêt un caractère d'apparat dont il se dépouille quand il est rentré dans les habitudes de la vie. Rien de plus commun que de voir des prévenus résister à toutes les sollicitations de la justicei nier énergiquement et avec audace les faits dont on les accuse et après quelques jours de séquestration faire au geôlier les aveux les plus complets et cela presque spontanément.

Quelquefois un rusé coquin et un espèce d'idiot parais* sent avoir le même degré inférieur d'intelligence quoi-

que le premier &*élève bien aunlessus du sens eonimnn habituel et que le second soit beaucoup au-dessous de cette limite.

Il n*y a guère que le médecin des prisons qui puisse sortir la justice de ces inextricables embarras.

Sortons de ces généralités par un seul fait assez Irandié pour quHl ne puisse y avoir d*équivoque.

Nous avons connu à la prison d- Angers un ancien militaire qu'un appétit exagéré, un besoin incessant d'alimentation avait fait mettre à la réforme. Cet homme jeune encore^ d*un caractère doux et paisible, dévorait, c'est le mot, chaque jour une double ration* Cependant^ malgré Tingestion de cette masse alimentaire, Taiguillon de la faim se faisait toujours sentir à ce malheureux et lui rendait Texistence pénible et douloureuse.

Supposons que cédant à Tinstinct presque irrésistible de la faim, ce nouvel Eresychthon eût dérobé le pain de ses camarades. Supposons encore que, près de lui, un autre détenu, nlmporte pour quel motif, eût volé Téquivalent du larcin de cet insatiable mangeur.

Tout étant d*ailleurs égal entreeux, môme intelligence, môme degré de sens. moral, pense^-on qu'une peine égale infligée à ces deux inditidus eût satisfait anx lois étemelles de la justice? non, sans doute, et cela saute aux yeux de tout le monde*

Nous avons choisi cet exemple parce qu'il est à la portée de tous les esprits; mais pour être moins saisissaMe, moins tangible, pour ainsi dire, à Tintelligence et à l'oeil, combien n'exlste-i-il pas dans l'ftme humaine de sensations, d'appétits, de sentiments aussi iqrts, apssi irrésistibles que l'impérieux besoin de la iéim.

L'homme n'est pas le maître, on le sait, de son premier mouvement; ce mouvement précède laTëOexion et celle-ci n'en peut quelquefois arrêter les conséquences.

Un coQcoura latal de circonstanoes; u& état partionlier de rame dans un moment donné, une eioitation actnelle due à des caus^ diverses, peuvent entraîner irrésistiblement la yoloi(ité humaine surprise. ii Timproviste et sans défende contre la tentation.

Comment, en effet, se rendre compte autrement de ces chutes morales si promptes, si brusques ches des personAQS que reoommaqdaient d'ailleurs une austère gra* vite, un honneur jusqu'alors sans tache, une vie, en un mol, qui défiait la censure et môme le soupçon ?

Les auteurs ascétiques qui ont le mieux traité de la vie spirituelle, disent, d'upe voix unanime» qu'il ne but qu'un instant de vaine prescription^ qu*une ré$i^tance presque irr^échie à la grâce pour entraîner un saint dans une chute honteuse et ternir, par un instant d'oubli, vingt ans de sagesse et de vertus.

L'esprit est prompt , la chair est faible , selon l'Ecriture.

Cette sentence traduite en langage physiologique veut dire : Qu'une émotion ^udaine et yioleuie de l'&me bouleverse quelquefois tout l'organisme qui ^réagit à son tour et que la raison perdant alors son équilibre, l'homme, comme un vaisseau sans gouvernail, flotte, s'affaissent succombe.

Trouve- t-on ici cette liberté flère et hautaine, toujours sûre d'elle-même, telle que l'avait rêvée un psychologisrhe de cabinet, lequel, dans ses transcendantes élucubrations, n avait oublié qiie de consulter la nature pour tâcher d'en surprendre les secrets?

Répétons-le, le libre arbitre ne s'exerce qu'au milieu et sous l'influence de mille sensations internes et externes, qui tous les jours, à tous les moments, agitent ou tempèrent, attristent ou réjouisscfnt l'âme des hommes. La conduite que l'on tient à cinquante anà est peut-être

le résultat de quelques impressions reçues dans la jeunesse, dans Tenfànce même.

Il y a plus, un ooup porté à fa lète, une chute ébranlant le cerveau^ une maladie modifiant cet 'organe, même au berceau, auront peut-être, sur toute la yierd'un individu, une inflnmce malheureuse et quelquefois fatale. . Si rébranlement profond du cerveau peut tuer un homme, à un degré moindre^ la commotion peut le rendre idiot. Elle peut en fdire un fou farieux, ou simplement un être bizarre et fantasque. Le caractère doux deviendra irascit>le; là suprématie de la raison sera détrônée par la tyrannie des sens; la fougue prendra la place de la réserve, la cruauté de la douceur.

Ce n^est pas chez les gens du monde, riches, savants, industriels que se recrute la tourbe qui peuple nos prisons, non sans doute. C'est à la misère que Timmense majorité des détenus paye ce fatal tribut. La nature aurait-elle pétri d*un autre limon, d'une boue plus abjecte cette foule de malheureux? Y aurait-il parmi les créatures du bon Dieu, une classe privilégiée, et une caste déshéritée? L'Inde, avec sa race de parias, ne sei ait-elle que Timage de notre humanité? Non, mille fois non. Mieux vaudrait être panthéiste que d'avoir de Dieu libre, intelligent et bon, une si effroyable idée,

Il faut donc chercher ailleurs que dans la nature de rhomme, les causes qui rendent les délits et les crimes plus fréquents dans une catégorie de l'espace humaine que dans une autre. '

Quoiqu'en disent certains philosophes, Thomniie à sa naissance n'est essentiellement ni bon ni mauvais.

U apparaît un jour, avec des propensions qui, bonnes et bien dirigées, en feront un être noble ei digne de la main qui l'a formé ^ mauvaises, au contraire, et noncpr-

ligées ou ameodéeS) le coûdunroftlà la boute, at^désbonneur, peut-être à Tinfamie. '

On ne se donne pas Texistence, on est taroé de l'aoeepter toute faite et avec eUe souvent les vices oiiles vertus de ses parents. * s - , »' )

Tout dépend donc du milieu dans lequd m croître et se développer cette (Mie organisation ^ aux ressorts enccnre inconnus de laquelle est liée, d*uue façon indissoluble, révolution intellecluelle et morale. L- homme, on Ta dit avec raison; est dans Tenfant; aussi tous lespeuplës outils pensé que pour former àes bommes, il (allait d'aboitt s'occuper de former des enfants. > /

Si la meilleure nature se déprave sous Taction incessante du spectacle du vice pratiquéen famille, le catectère primitivement mauvais y contracte une irrémédiable perversité. .. ;n

Quelle désolante conclusion à tirer de ^c^ prémisses j ITentrevoit-on pas déjà comment il s*organise, dansnom^ bre de iTamilles du bas peuple, un atelier de dépravation; pour ainsi dire; et comment de malheureux entants sont initiés de bonne heure, à tous les éléments du vicà, avant môme, disait un ancien, qu'ils sachent ce que c'est ^ue le^meAi antêquam hCBcscianîessemala,

Nous nous rappelons avoir vu à la prison d'Angers ijn petit Breton ftgé d'environ dix ans et que ses 'parents avaient théoriquement exercé au larcin. ; j.

S'H avait commis un vol avec une ruse et une audace au-dessus de son âge, il obtenait de son përe^nne primp d'encouragement. Ce jeune Spartiate moderne, ainsi rompu à toutes les finesses du vol et de la fripoûcierie, aurat-il lutté plus tard, atira-t-il même pu lutter contre Tien^ traînement d'une éducation si précooeraant dépravante!? Ahl qu'il est bien plus à craindre que ce début isij[îrématnré et si hAtif dans te vice ne lui ait^ tracé la roule vn. 5

^ tnèoe diceddikieiit aa bagne et peut^^^^ce à Técha-

faud. (.

' Noad avoDS vu de. ces petits êtres dans r&me desquels jamais -une idée tBorale n'avait été infusée. Ils se pliaient à toutes les exigences de Timmoralité \a, plus ignoble ; formaient déjà jde |>otitSr complots de brigandage et n'auraient reculé devant aucune tentative de crime pour un fiiible salaire, quetqueCdis môme pour une aimple satisfaction d'amouir^propre ou de puérile vanités : .

. Et ron '8 'étonnât après cela, que les prisons regorgent de criminels et Ton dit: te-peuple n'est pas ïnm. A qui la faute? A régoîsme, à riodiSérenoe qui obligent trop de descecndre datis ces baa-fpnds de la société* - Quand on Se targue de la moralité des classes élevées, «cdiDieu.sait. pourtant quelle moralité ! làit-on a^sez loyalement la part des positions respectives? Ne semble-t-il pQS ^oeie pauvre et le riche soient des athlètes destinés à luUer ensemble et que Ire plus faible entre dans la lice, les jambes et les bras liés, tandis que Tautrq est revêtu d'une armure d'acier qui le protège sans gêner ses mou- «vements. ,

' Vaincre unadiwrsaire ainsi dénué de tout moyen de défense, serait-ce par liasard un bie& glorieux triomphel ' 'Plaignons. donc ces déplorables victimes d'une nature sauvent mauvaise et d'une éducation quelquefois plus mauvaise encore^ .^

' Défendra-t-ton au médecin des prisons qui tous les jours, a sous l^s.yeux, ce navrant spectacle, d'élever la -voix et de faire entendre le cri de détresse de l'humanité? j >Que serait chacun de nous, si« jeté dans ces fatales conditionsy il n'avait eu que» se$ fonces natives et sa valeur Innée pour surmonter ce^ effirayants obstacles ?

Un homme recoipmandàble d'ailleurs par sa conduite et ses talents nous disait un jour : Sans la confession» je

serais un scélérat* H avait étudié soa cœur» il sentait fré* mir eu lui les insUncts d*une nature viciée, d'une nature quil n*avait pas été libre de ne pas accepter et alors, avec une noble franchise, il avouait que c'élait à un frein qu*il devait d*ètre honnête hpmme.

Hais ce frein ne Ta pas qui veut. Qu'une habitude invétérée le relâche ; qu'un vice primitif d'éducation l'ait rompu tout d'abord, qui enchaînera Timpétuosité d'une passion souvent irrésistible?

Des hommes sages, tout en déplorant ce qu'il y a de profondément triste dans ce tableau, craignent d'y arrêter leurs yeux et ne voient que la répression.

Il fout, disent-ils, des exemples qui frappent les regards et par l'eflBroi du châtiment paralysent la volonté hésitante peut-être du malfaiteur.

Des exemples ! Hais nous n'en manquons pas et s'ils avaient toute, la valeur qu'on leur attribue, il y a longtemps que le magistrat resterait les bras croisés sur sa chaise curule. Et nous aussi nous en voulons des exemples, car, sans cela, la société serait perdue; mais nous voulons en même temps, qu'ils soient pris parmi des coupables dont les facilités intellectuelles ou morales ne soient pas viciées, c'est-à-dire qui aient la pleine conscience de* l'acte criminel qui leur est reproché.

Un homme haut placé dans la hiérarchie- sociale nous disait un jour : « Quand un individu a tué,2il mérite qu'on 9 le tue. » Hais si c'est un fou, faudra-t-il l'immoler pour le bon exemple? Autant revenir à cette loi de Hoîse qui ordonnait la destruction de l'animal qui avait tué un homme.

Qu'on ne se figure pas toutefois que cette façon d'envisager la peine de mort, soit une idée éclose seulement dans le cerveau du fonctionnaire que nous citons, non et Ton rencontre souvent des gens sensés d'ailleurs , qui

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dans rhomicîde ne voient que Tàctebhit, sans jamais remonter au mobile qui a influé sur la volonté du meurtrier.

n existe, à cet égard , une certaine confusion dans l'esprit de quelques personnes. Qu*il s'agisse de meurtre, de vol, ou d'attentat aux mœurs, n'importe, elles voient d'un côté le péril de la société et de l'autre un individu qui la menace incessamment. Dans cette circonstance, une seule idée se présente à leur esprit, c'est de sauver l'ordre social à tout prix, même au prix d'une tèto mal organisée; sans songer, qu'en pareil cas, il suflBt d'empêcher cette brute liumaine de nuire en la séquestrant et l'éloignant de tout rapport avec les autres hommes.

« Quand sans plainte, sans remords, sans réflexion, un » individu se laisse porter sous l'instrument de mort ei » tombe comme l'animal, qui, sans prévoyance et sam » effroi, regarde stupidement le couteau qui va l'égoi^r, » quel avantage peut-il en résulter pour Tordre public?» (Voir nos Considérations sur la peine de mort^ 1856).

Multiplions les exemples dans l'intérêt général, soR, mais sachons distinguer l'espèce de malfaiteurs et ne confondons jamais la perversité inexcusable avec Tabsenoe de sens moral et le défaut de développement intellectud.

Un châtiment, selon nous, implique deux choses: Exemple pour la société, amendement pour le coupable. C'est ce double but que l'on doit autant que possible se proposer. Il serait bien à désirer que Tun fût toujours le corrélatif de l'autre ; mais cela est rendu souvent impossible par la perversité des individus, et il ne rtôte plus alors que la rigueur nécessaire de la loi.

Nous avons connu des hommes qui de rechute en re* chute, sont parvenus avant le milieu de leur carrière, à subir trente condamnations. En les examinant avec l'intérêt qui s'attache tristement à une nature disgraciée, nous avons pu nous convaincre que ces malheurrax

avaient iBContestablement un vice congénial d'organisation.

Hs n'étaient certes pas fous dans le sens absolu du mot; mais on ne pouvait pas dire non plus, que leur intelligence fût parfaitement saine.

Nous nous demandions alors, si en les renfermant dans une maison de santé, on n'eût pas agi dans leur propre intérêt et dans celui de la société.

Cette question, sans doute, est très délicate. On peut appréhender de porter atteinte à la liberté individuelle ; mais à nos yeux, la tutelle qu*on leur donnerait vaudrait peut-être mieux que cette vie passée presque tout entière dans les prisons.

Nous ne dirons qu'un mot des récidives dont le nombre s'accrott d'une manière efifrayante. Les causes qui y contribuent sont nombreuses et diverses, nous n'avons point à nous en occuper ici. Nous signalerons seulement l'espèce d'aversion que les récidivistes témoignent pour les prisons cellulaires. En général ils s'éloignent des localités où s'élèvent de pareils établissements et s'accommodent beaucoup mieux de la vie commune que leur offrent les prisons ordinaires. J'ai sous les yeux, à la prison cellulaire d'Angers, deux individus, un homme et une femme, ayant habité l'un la prison de Nantes, l'autre celle du Mans : tous deux déplorent douloureusement leur réclusion cellulaire et se promettent bien de n'y pas revenir.

On conçoit d^ailleurs cette horreur de la solitude dans certains hommes qui cherchent toujours à s'étourdir et craignent toujours de se trouver ëeuls ^n présence d'euxmêmes. Une réunion de malfaiteurs leur convient bien mieux ; mais ces rapports journaliers ne faisant que nourrir et développer les instincts mauvais, le régime cellulaire, en les supprimant, u certainement, selon nous, coupé une des racines les plus vivaces du mal.

Chose singulière ! Croirait-on, pour le dire ett | qnHl se rencontre encore nombre de gens instruits qei semblent partager, avec les individns que je ri&os de signaler, rhorreur de la prison oellulaire et qui ea < dent la suppression?

Nous espérons prouver plus tard par des faits breux, combien cet isolement, restreint dans les limites de durée que comportent les prisons départemeotales, influe puissamment sur la moralité du détenu et mdme sur son état sanitaire.

Une autre question encore controversée parmi les médecins, c'est rinfluence héréditaire dans les afiéetioos mentales. Niée par les uns, aflBrmée par les autres, ellea besoin, comme toutes les questions médico-légales, delà sanction de rexpérience et de Tappui de nombretees observations, pour se formuler définitivement en fût physiologique incontestable et dûment établi.

Déjà nous avons, en faveur de celte thèse, rapporté ailleurs quelques faits qui semblent prouver cette fotate corrélation. Et pourquoi, dans les maladies mentales, ne retrouverait-on pas ce qui se voit tous les jours dans les infirmités physiques? Ses goûts, ses instincts, ses T^tos ou ses vices ne font-ils pas souvent partie de Théritage qu*un père transmet à son fils?

Ce côté si intéressant et néanmoins encore peu codoq de Tesprit humain ne doit pas être examiné légèrement, quelques mots ne peuvent suffire pour Télucicter; il mérite d'être appuyé par Tobservation et nous pensoos y consacrer un mémoire à part.

Telles sont les considérations, nous dirions presque tek sont les principes sur lesquels doit s'appuyer la solution de certaines questions médico-légales.

Sans doute le testateur a dû poser une règle inflexiUe et le juge ne peut , à son gré , la restreindre ou Tétradre.

Hais si le magistrat est forcé d'appliquer rigoureusement la loi, it doit avant tout en saisir Vesprit quiest idooates'* tablemeut de ne frapper qu^un vrat coupable, ^«st-ànlire,' celai qui a agi^dvec une liberlépteilaebt entière.^

Gardons-nous donc bien de considérer tous les hoiQincs qui semblent Reconduire nniformémeoti comme étant, en effet doués du tnème sems moral, dv même degré d'in*^ telDgence et de volonté, partant sosceptibler toiqours, dans un cas semUable ; d'enoovsrir la mém« rëspoilfsabi'' lité. On ne peut trop s'élever contre un préjugé phreirqui porte une si profonde atteinte aux droits sacrés de rbu^ manité. .'•'';, lui ^

Dans cet aperçu sommaire d'une pbysiok^ médicale/ nous croyons avdir entrevu les véritables lois <(ui tégi^ sent la nature humaine si faibtd/ si varihUe, t^i Igwrante; Bien ignorante , en effet , car si Tbomme réfléchissait « ilverrait qu'une conduite honnête , une vie sans reproche est encore le meilleur calcul pour privée: 9\u bonhc^^r.;

Toutes ces assertions que nous croyons vraies, n'au^ raient néanmoins, comme tant d'autres not^pn^. métaphysiques, qu'une valeur toujours ua peu «QntestaWf^ si elles n'étaient appuyées sur des Cstits et contr61ée^ par i^'e.^ipiériencei. Aussi le but de notre travail a-t-il été de réuiBtir le plus d'observations possible et recueillies par npys afin de saisir, pour ainsi dire, la nature sur le Hait. jLa 3(^ence de l'homme, pas plus que toute ai|lre,:|ae pejut^çidl^pen.-, ser aujourd*bui du cri^um def obseçvatjqn, directe, spus peine de retomber dans ce vague nébuleux où elle a erré pendant tant de siècles.

Sans doute, ces reôherches physiologiques dans 4e domaine moral exigent , pour être fructueuses et suivies , que le médecin soit placé dans une condition spéciale comme une prison , un asile d'aliénés. Aussi invitonsnous nos confjrères à ne pas négliger cette mine féconde

d'obser valions, persuadé que nous sommes que de cse loyer seul peut jaillir la lumière qui doit édairer les replis si obaôurs eaoore du cœur liamaio.

Que coodure de tout ee que nous ?eQons de dire ? Sinon que Tactioa du physique sur le minral est puissimle el incoutestahle ; qa^il n -est jamais permis d*eQ iàire abs^ traction , quand onr?eut ju3lemeut apprécier un fait moral, EnBn, quUl est rigoureusement vrai de répéter aTec le docteuir Debreyne que nous ayons dé|à cité ;

r La pbysiolpgie est véritablement le premier principe » de toute philosophie et de toute morale, ou plutôt sans » lui, iln^y a ni philosophie ni morale possible, » ni môme de justioe., pouvons-nous egouter.

• C'est placé, à x)e point de vue et pour appuyer cette théorie far des fiûts que nous avons éciit les mémoires suivants:

I. Considérations physiologiques sur la peine de mort (1856).

II. Réflexions physidlogiques sur les alféntats aux mœurs portés devant les tribunaux (1858).

ni. Dés bizarreries , singularités et manies de Tesprit humain, an point de vue de la médecine légale (1859).

lY. De rhérédité dan^ lé^ affections rtièntales.

V^ De rinfluence'de la prison cellulaire sur l'état sanitaire et nûioral dés déténus.

^Ces deux derniers mémoires n'ont pas encore paru.

D' J. Doxojvx.

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