‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 2)Chapitre 117 sur 129 · U1TE DE LA TROI^ÈME ÉTUDE · texte numérisé non relu

U1TE DE LA TROI^ÈME ÉTUDE

L'adhésion de Bodio à la Ligue ne se justifie point, mais elle peut s'expliquer. A\icua lien personnel ne rattachait plus à Henri III qui, après lui avoir accordé sa fa vqur jusqu'à punir de Texil ses détracteurs, la lui avait retirée aux Élats de Blois. Cette disgrâce était injuste, car Bodin alors combattait pour le véritable intérêt de la couronne, contre la Ligue qui commençait se$ redoutables mené^. Il soutenait que le meilleur appui 4e l'autorité royale , était dai^sle respect des traditions qui, à côté du pouvoir souverain des rois de France, plaçaient les droils de la nation, et c'est dans leur conciliation qu'il, cherchait la solution du problème social qui se posait si nettement à cette grande époque. La cour avait rompu avec ce publiciste incompris. Bodin ne trahit donc point les afiFections et les devoirs d'un favori ; on avait pris soin de l'en délier, depuis 1576, et l'on était alors en janvier 1590. Le Parlement de Paris dont l'action révolutionnaire se propageait de plus en plus , le pressait de céder aux entraînements de la ville de Laon contre lesquels il luttait depuis longtemps. Le tiers parti auquel appartenait Bodin, se demandait où était désormais le pouvoir qui pourrait sauver

la France de Tanarchie, en présence d'une dynastie dé-^ faillante et niëprisëe.

Lé parlement venait de donner son arrêt enjoignant aux habitants de Laon de se conformer à celui du 5 mars ; Bodin céda à une autorité qui lui sembla devoir tracer la route à ceux qui avaient la conviction qu'on changement était imminent et inévitable dans la succession au trône. Ces faits et seis ^rfts antérieurs restèrent comme des pierres d'attente qui devaient le rattacher au pouvoir royal dès qu'Henri IV viendrait le restaurer.

La Ligue trouva en lui nu' magistrat intègre^ un citoyen courageux combattant contre tous les excès. AinsHe 21 mars 1589; il faisait une enquête contre ceux qui avaient essayé de pénétrer dans la prison de Laon ponr y massacrer plusieurs habitants, suspects de royalisme et que les ligueurs avaient arrêtés. Il y avait d'autant plus de courage dans ta conduite du magistrat qu'il luttait en même temps contre le conseil qui dirigeait alors les àU faires de la ville. La situation avait même pris une telle gravité que des commissaires vinrent de Parid avec mission d'insurger Laon. Bodin résista et dans uneénergi^ue réponse fit entrevoir que bientêt l'autorité monarchique reprendrait la place que la Providence lui assurait dans nôtre pays.

En 1593, un Jeune homme arrêté comme espion, fut condamné par le commandant de la viHe' à être pendu; sans autre forme de procès. Une partie de la population s'émut en faveur de cette victime, et lorsque déjà elle était suspendue à la corde, le bourreau fut mis en fuite. La mère de ce jeune homme, dont la voix entraînait la foule, monta courageusement à Téchafand et coupa la corde. Echappant à la mort, le supplicié se réfugia sous un tas de toitk où il allait être ressaisi par l'ordre du commandant, lorsque Bodin accourt, avec 'Hudignation de rbomiine

delu toi qui renemliquei son justici^Me el^Jie place sons la protection des formes juridiques. Sa i^oix, soutenue pac celle du peuple, réduit le commaodaDt à Tioipuissauce»

Lorsque Taocosé comparut devwt la tribunal , il ne se trouva pas un t^côn. BodiA eut la joiexle! faite absoudre UR innocent. . .

A la Onde cette mdrne ann^ i, de i)e 93 du xyv siècle , Bodin ronipit ostensiblement avec la l^gue lor$qu*elle se livrait à ses dernières fureurs, oSiraatlaFri^nee à Tfispagne et repoussant Hei^ri IV. Bodia salua Tavéuement d*un rpi suivant le cœur de I91 France et q/ni répondait aux BSfkrâlions de sa cooscienoe et de sa haute raison.

Les alternatives de la vie agitée de Jean Bodin sont ju* gées ainsi par Bayle, appr^iaiit ses doctrines sur les droits des peuples et sur la puissance 4es monarques : « Il soutint la première lorsqu'il vit que les flatteurs ou. les créatures d'Henri lU proposaient, des choses d*où pouvaient Aattre de grands abus< à laïQbarge età Voppression du peuple,, et il soutint Ifi seconde . lorsqu'il vit la France pleiuQ de factions et déchirée, p^rdeS; guerres civiles qui firent édore une infinité de^ma^if^tes.et d'autres livres où Ton sapait les )ois les pUi^ essentiiriles et les plus fondamentales du gouvernement. On parlait et on. écrivait aussi librement, louchant le pomwnr4es peuples, que si Ton e^t véqu sous un état démocratique, et Ton travaillait à réduire en ecte oe pouvoir là.. On madûnait la translation de lai couronne. On appr(mvait même les assassins qui, sous prétexte de tyrannie, atteqljemt à la vie des monarques. Cela ne pouvait être que d'alBreusee dissolutions. C'est pourquoi Bodin, en s'opposait à une telle licence, se montra très affectionné au hien publiq. H eut le malheur de dén^tenlir ses principes après la mort d'Hepri UI,. oar il entra. dans le pecti^de la Ligue- liais la chute d-un

pécheur n*6tnpédlie pas que les bonnes actions qu*il a fàit^s ne. soient bonnes. »

L'adhésion momentanée de Bodîn èi la Ligue, nous fournit un argument contre la supposition toute gratuite admise par plusieurs historiens, que Bodin avait embrassé la religion protestante, supposition écartée d^à par son testament et par tous les actes de sa vie publique. Certes nçius i)!eutendons point ici juger et condamner le protestantime et nous respectons profondément les croyances r^igieuses de chacun, nous ne défendons point Bodia d'une prétendue conversion comme d*un^ aptioui blâmable ;, mais nous cherchons la vérité des faits qui ont ici la double importance de la biographie et de rhisU)ire.

Pilous sommes heureux de trouver dans le compte-rendu des travaux de notre Société par H. Lafèrrière, membr^cle la Commission centrale, si recommandable pan sa science et sa judicieuse critique, la confirmation de l'opinion que nous avons soutenue^ et nous répétons avec lui que tout, dans la vie de Bodin, écarte sa prétendue adhésion à la religion réformée. Ce qui put contribuer et môme donner naissance à ce bruit de conversion, ce fut principalement son antagonisme avec, les jésuites. Les.deux Barclay eurent à soutenir les mêmes attaques et les mômes imputations.

Ménage, à la page 249, dans ses notes sur la vie de Pierre 4yrault et à propos de la séquestration de son fils, donne une lettre de Bodin , adressée ai^si h cette occasion par Bodin au lieutenant-criminel d'Angers^ son ami, avec lequel il était demeuré en correspondance à Laon. Cette lettire est datée du 27 mars 1595, un an avant Ja mort de son auteur.

Il, faut faire la part des eyagéi:ations des. passions de qçtta époque, mais quand on Ta lue on comprend à quel point les hostilités doctrinales et religieuses étaient port^(^ el.queUe polémique ea résultait,

« Monsieur, j'ay ea et receu plaisir et profit de Toslre 9 livre de Patrio jure. Il m'a semblé digne du sujet, et » très-bien fait : horsmis que vous y procédez un peu trop » doucement, pro rerun^capilalium, atU judidorum pvbli- » corum, Quœsitore. Car il me semble que vous diminuez » Tautorilé de vostre estât. Et ne serois diflBcullé, si j'es- » tois en vostre lieu, de prendre la qualité convenable à » vostre magistral, qui est, à parler proprement, Prodlor njudiciorum publiœrum : puisqu'il est ainsi, que de tous » crimes en France, judtcta publica^ nuïht privala, exer- » cenlur. Et combien que les Commissaires que le peuple » avoit anciennement accoustumé de nommer sur le » champ, s'appeloient Quœstores paricidii ; si est-ce, que » depuis qu'on érigea les Prétures des jugemens publics : » Repetundamm^ Strctriortim. Majeslatis, Peculatus ; ce 9 mol de Quœstores parriddii fut inusilé. Bien esl-til vray, » que tous les Pré leurs publicorumjudidorum ; post kges » Cornilias; avoient de certains Lîeulenans Enquesleurs; » qu'on appeloil Quœsitores ; pour instruire les procès : » comme l'on voit, pro Cluentio: alium èsse Pratorem; n alium, Quœsitorem, Si ce n'est que vous vous eslimez » estre Lieutenant du Séneschal d'Anjou. Lequel toute- » fois n'a point de voix en vostre Siège : nec apud eum » legis actio est : obstant nos Ordonnances : encore que » les Commissions soient octroyées soûls son nom. Quant » à la sommation que vous me faites, il n'en est pas grand » besoin car je croy, et tiens pour assuré, qu'ils ne sonne- » ront mot; et ne comparoistront en jugement, non-plus » que le Pape Jules de Monte, qui somma le Roi Henri II, » de comparoislre devant Dieu, pour respondre du tort » qu'il lui fàisoil de tenir la Mirande. Le Roi m response » qu'il s'y trouveroit, mais qu'il s'assuroil que le Pape 9 ne s'y trouveroit pas. Toutefois, je n'ay pas moins de » sujet d'escrire contre ces pipeurs, que vous • car l'un

I» s'est efforcé de me faire perdre la vie. en celle ville : et » Faulre, Thonneur. Ce dernier est un nommé Possevin ; » qui a fait trois petits livrels en un volume : le premier, • conlre le sieur de la Noue : le second, contre Bodin : et 9 le troisième, contre le Plessis Hornay. Mais il m'a fait » plus de pilié que de mal : tant il est ineple. Et loulefois, » il gouverne Sa Sainteté : qui l'envoya vers le Duc de » Nevers, devant qu'il arrivast à Rome. De quoy le Duc se » plaint en sa Légation, pour la première contuméfie » qu'il a faite au Roi. Mais c'est trop écrit^conlre ces im- » posteurs. Gli satli, sono maehi. Si vostre fils est en 9 France, il faut user de maiu-mise ; et palria polesiate 9 eum vindicare : suivant la ferme que baille Ulpian en la 9 loi première de Aet vindicalùme : fUium ex jure^ non 9 Quiritum, sed Gallorun, vindicando. Car Accurse a tort 9 d'avoir dit, que les François n'ont pas leurs enfans en 9 leur puissance. Encore que la puissance de les tuer, 9 qu'ils avoient du temps de César, leur soit ostée : tion 9 par la loi, mais par une très-mauvaise coustume, 9 comme je pense avoir montré dans ma République. Si 9 vostre fils ne reconnoist son père, il lui faut dénoncer, 9 que vous lui donnerez vostreimalédiclion : car il n'y a 9 rien que Dieu exauce plus volontiers, que les èxécra- 9 lions et les vœus des pères, comme a Ires bien dit Pla- 9 ton. Cependant je prieray Dieu qu'il vous console es 9 autres enfans qu'il vous a donnez Je vous baise les 9 mains.

9yostre^ancien ami, compaignon, et humble serviteur,

9 J. BoBm.

f De Laon, ce 27 mars 1595. >

On sait quelle guerre longue et pénible Pierre Ayrault soutint conlre la corporation où son fils, échappant b la vu. 9

puissance paternelle et aux spUicitations de sa famille , trouva une retraite impénétr^e.

Puisque nous empruntons cette citation à Ménage, faisons un autre rapprochement qii*il nous suggère. Déjà nous avons vu Cigas el Bodin à Toulouse et à Bourges, Tun soutenant l^autori^é du droit romain non seulement quant; au droit civil, mais encore en morale et en droit public et s*appuyaat, sur cette maxime: C'est la raison écrite ; Tautre subordonnant cette ambitieuse assertion à la raison elle-même çm^issant des annales de Thistoire profane et surtout des livres sacrés. . ,

Celui qui s'était permis Tanagramme Andus sine bono, fut sur le point de devenir Andus lui*ntéme. Ménage retrace la négociation importante qui s'établit à cette date de 1595 entre le maire et les échevips de la ville d'Angers et Jacques Ci\jas à qui on proposait la chaire de droit à Angers* Une correspondance active entre Pierre AyrauU et Cujas atteste Tiulérèt avec lequel cçtte prpposition fut suivie. Le registre des Conclusions de rHôtel-de-Ville en tait également foi. La correspondance avec Pierre AyrauU était écrite ^u latin ; mais le père du droit rqmain fut obligé de s'humaniser en s'adressant au corps de ville. VoM sa lettre française dtj !«' janvier 1596, datée à Bourges. .

« A Mesêieurs^ Mtesiewrs les Maire et Escheioins de la ville d'Angers.

» Messieurs, Tay connu par la lettre que M. de Ponson » a écrite à son flls, le désir que vous avez de me retirer n en votre Ville, si tant est, comme je pense que vous » enlepdez, que cettp-cy change d'^slat ; ainsi qu'elle en D est fort menacée : donlje vous dois bien remercier. Car

» combien qae j'aye seure retraicle au Parlement de Gro- » noble : et plusieurs de mes bons Seigneurs et Amis en » ce cas me présentent leurs maisons, et leurs biens : si » prisé-je grandement et estime vostre bonne affection » envers moy : et si vous me la faisiez paroistre pUis clai- 9 rement , mesme en ce qui concerne le traictement que » Ton me faict icy^ si yostre intention est telle que de » me Tentretenir, ou accroistre, suivant ce que j'ay prié » M. de Ponson d'en avertir Monsieur son p^è , je pour- 4 rois peuteslre satisfaire à vos désirs; pourveu que dans >» peu de jours j'en fusse acertainé; devant que les occuiv » rences des affaires de cette Ville me contraignent de » prendre autre conseil. El sur ce, Messieurs, je me re- » commanderai tres-bumblement à vos bonnes grâces, » et prirai le Créateur vous tenir en prospérité.

» Vostre bon ami et serviteur, » Jàcqubs Cujas.

• De Bourges, ce 1 de janvier 1576.

Il est à remarquer que Cujas ne demandait à la ville d'Angers que douze cents livres d'appointement, comme il paraît par cette Conclusion de l'Hôtel de Ville d'Angers: .

« Extrait des Registres de la Mairie d^ Angers , du vendredi 20 janvier 1576.

» En l'assemblée, où estoient M. du Bellay, Couver- » neur, H. le Président du Gast, le Président d'Anjou, le » Maire, le Lieutenant Criminel, le Lieutenant Parlicu- » lier, le Procureur du Roy, le Blanc, Guillaume des » Landes, Bault, Fournier, Lambert, Laurans, Ayrault, » et Ménard, Eschevins et Conseillersde ladite Ville :

« A esté proposé par M. le Maire d'aviser aux moyens 9 de retenir M. Cijû&s, et de lever la somme de douze cens » livres. »

Ainsi Ciyas , obligé de fuir Bourges à cause di^ troubles civils, venait illustrer Tuniversité d'Angers, si un arrêt du Parlement ne Teût appelé à Paris. Cette haute distinction dut le consoler de ses traverses dont il exprimait les chagrins à Pierre Ayrault en en cherchant la cause dans cette allusion empruntée au livre de l'Enéide : Dum scBvœ nuiu Junonis eunt res, La cruelle Junon de Cujas était Catherine de Hédicis.

Dix ans plus tard, la chaire qu'aurait dû remplir Cujas fut occupée par Guillaume Barclay, cet Écossais célèbre qui, Adèle à la religion de Marie Stuart, résista aux séductions de Jacques, roi d'Angleterre, et rappela auprès de lui en France, son fils Jean, né à Pont-à-Mousson en 1582, le grand controversiste, l'auteur de YEuphormion, de VArgéniSs du Traité de la puissance du pape, de l'/con. animorum, du Paromesis ad sectarios, de l'Histoire de la œnquêle de Jérusalem, l'ami du cardinal Bellarmin, le favori de Paul V, qui n'en fut pas moins censuré à Rome et n'en est pas moins compté au nombre des Pères de la foi de son siècle.

En parlant de Guillaume Barclay, Ménage dit : « J'ai ou! dire à mon père que lorsqu'il allait faire sa leçon , il était suivi de son fils et de deux valets* revêtu d'une robe magnifique, avec une grosse chaîne d'or au cou. Il mourut à Angers à la fin de 1605. Son fils Jean s'en alla à Paris, y épousa Louise de Bonnaire qui le suivit à Rome , où il mourut le 12 août 1621. Son fils lui érigea un tombeau à l'église de St-Laurent sur le chemin de Tivoli, d'où sa veuve fit enlever le buste de marbre, parce que le cardinal François Barberin avait fait faire à Bernard Guil laume, son précepteur, un tombeau pareil vis à vis celui

de Barclay. Louise de Bonnaire ne put supporter qu'un pédagogue fît le pendant de son mari (Bayle). »

On nous pardonnera ces digressions qui , ayant pour point de départ la correspondance de Jean Bodin avec Pierre Ayraull , nous ont conduit à passer devant les illustres amis de ce magistrat appelant , à Angers , tour à tour, Cujas et les Barclay.

Revenons à Bodin. Nous Tavons suivi depuis les premières manifestations de sa vie publique et déjà célèbre à Toulouse, nous Tavons vu conduit à la cour par sa vaste érudition et ses œuvres littéraires et philosophiques. Il a paru aux États de Blois avec Tautorité de son mérite et de son caractère. Il y a attaché son nom , en même temps qu*il y trouvait la disgrâce d*Henri II. L'histoire de ces États le place au premier raug des publicistes et des hommes politiques qui ont inauguré la tolérance religieuse et les droits de la nation conciliés avec ceux de la monarchie. Il a posé, dans sa Méthode historique et dans sa République , les principes et les règles de morale qui doivent servir de base au droit international.

La Ligue, combattue courageusement et longtemps par lui^ Ta humilié h ses pieds en lui arrachant un passager, mais regrettable hommage , dans des jours de fatigue et de désespoir, auxquels les plus grandes âmes subissent des défaillances. Ses dernières années témoignent de sou rapide retour aux principes et à la pratique des doctrines de toute sa vie.

Que nous reste-t-il à dire avant de nous heurter à son tombeau placé par son testament à Téglise des Cordeliers de Laon, comme une protestation contre les assertions de ses détracteurs?

Depuis 1678, il avait publié son ouvrage intitulé : Thear trum nalurœ ou Recherches des causes premières de toutes choses et de leurs fins. La tâche était trop vaste et Bo-

din y écboua. Tout autre sans doute eût éprouvé le mèaie sort. Hais outre Tiusuccès dans I^obtention du but, il eut le malbeur de traiter une matière qu*il ne connaissait pas. La physique lui fit complètement défaut, il ne comprit ni le système de Copernic ni la découverte de Galilée. Il se perdit dans les obscurités métaphysiques qu'il entassa dans ses cinq livres, sans en élucider aucune partie. Quant à Tbistoire naturelle il n*en établit aucune notion et, au chaos de cette science, il ne fait qu'sgouter les rêveries de son imagination qui ne s*éleva pas au-dessus des plus vulgaires notions. Disons-le avec M. Baudrillard, tout cela ne mérite pas Texamen quoiqu'il faille s'étonner de rétendue du labeur.

Nous jetterons aussi un voile sur la Démonomanie des sorciers qu'il publia en 1678 sous Tinfluence des croyan* ces du temps ; tout ce qu'on peut recueillir d'absurde dans ces croyances est accueilli et outré par l'auteur. Celui qui s'est élevé si haut dans la philosophie de l'histoire et dans la politique, le publiciste qui avait devancé le xvin* siècle, en signalant les principes sociaux et les règles du droit public qui nous régissent, n'eut pas un aperçu philosophique ni une inspiration de philanthrophie pour reconnaître l'erreur de l'opinion et de la loi sur la croyance aux sorciers.

Il était réservé à la magistrature du siècle de Louis XJV et à ce tout-puissant monarque de faire cesser ces barbares procédures. Bodin, dans sqn traité, enchérit au contraire sur la crédulité fatale du peuple et sur la cruauté des lois qu'il était chaîné d'appliquer aux sorciers.

L'Heptaplomères , resté en manuscrit dans les œuvres de Bodin, qui comprit qu*à cette date une pareille publication était dangereuse, a été diversement apprécié.

11 ne faut pas y voir une profession de foi de Bodin, car il ne conclut pour aucun système religieux quoique ses

tendances au déisme y soient nfiises en relief, soil qu'il les fasse procéder de la tradition biblique soit qu*il les ennprunte à la philosophie.

L'importance de ce manuscrit est dans Térudition de Tauteur et dans la manifestation des idées philosophiques, à celte date du xyv siècle.Leibnitz le comprenait ainsi, et les Allemands^ en. lui donnant asile pendant \rois siècles et en rimprimàntdeut fols, ont continué de le considérer à ce point de vue. Il est aujourd'hui dans les bibliothèques de France, où Ton peut le lire en latin. Il ne comporte pas d'analyse.

Bodin parvenu à Tâge de 65 ans, continuait sa carrière magistrale lorsqu'il fut atteint à Laon par le fléau qui désolait la France, en 1^96. Il fut inhumé aux Cordelicrs de cette ville, suivant le vœu exprimé dans son testament cité par Ménage. 11 nous a été impossible de retrouver sa postérité en Anjou ou ailleurs. Un seul fils^ Jeau, lui avait survécu. Est-ce lui qui est revepu dans, ce pays et y a exercé la charge de maire en 1610 ? ou ne peut Tatrirruer.

Bayle a résumé scrupuleusement tous les jugements portés sur Bodin par ses partisans et par ses adversaires. Peu d'hommes ont suscité autant d éloges et d'âpres critjques que notre célèbre compaUriole. L'histoire et les critiques modernes ont mis sa physionomie dans un jour plus calme et plus net, que Bayle avait entrevu quand il écrivait : Laissons à Bodin , sans controverse > xjna grand génie^ un vaste savoir, une mémoire et une lecture prodigieuse.

N. Plawchbwault.

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