DU THÉÂTRE
De Tari dramatique en France. — Ses origines, ses transformations.
— De la Tragédie. — De la Comédie. — Du Drame. — De quelques théories modernes. — Tendances réalistes du théâtre contemporain. — Querelles entre TAngleterre et la France au xviu* siècle au sujet de Shakespear. — Comparaison entre le thâtre de ces deux nations au xvni« siècle. — Décadence de Shakespear.
— Le Théâtre détenu enseignant. — Des Tragédies de Voltaire.
— Rapports entre les tendances de la littérature théâtrale et celles de Topinion en France. — Période républicaine, pièces philosophiques. — Période de TEmpire, pièces guerrières. — Période de la Restauration. — L'Opposition apparaît au théâtre. — Période du gouvernement de Juillet, pièces bourgeoises. — Epoque actuelle; le scepticisme au théâtre. — Conclusion.
Sans vouloir refaire* ici Thistoire du thé&tre en France, nous ne pouvons nous dispenser au début de celte deuxième élude^ de jeter un coup d'ioeil rapide siir Fart dramatique dans noire pays, sur son origine et ses différentes transformations Sorti de TÉglise qui lui donna naissance, le tbéâtjre puisa d'abord dans les événements de la vie du Christ les légendes qu*il offrit au public. Les mystères et les satires furent ses premiers essais; un jour il fit Tenfant terrible, et TEglise le contraignit de porter ailleurs que sous ses voûtes, ses grossières saillies et ses immoralités trop transparentes. Plus observateur avec Tàge, il ne se contenta pas de sujets purement religieux, et peignit les travers de la société. La satire lui attira la colère des grands, et ce fut à travers mille obstacles qu'il parvint enfin au xvi« siècle à prendre un certain dévelop-
penwit. Alors, pour la première fois, on vit qudqnes essais de comédie, débarrassés des grosses boufitonDeries des Confréries et des Basochims, et I*on put prédire à l'art dramatique, en France, un rapide progrès.
Jusque là pouvons-nous apercevoir quelque principe fixe qui domine les œuvres du théâtre? L'idée religieuse mal comprise et rendue sous une forme peu décente, voilà ce que nous trouvons tout d'abord; la satire violente et trop souvent personnelle, voilà ee que nous rencontrons ensuite. L'art fait donc entièrement défaut dans ces premières productions.
L'art dramatique en effet. a besoin d'une sdence pm^ fonde, et le poète qui veut émouvoir la foule, doit s'y préparer par une étude longue et patiente de la nature et du cœur humain. L*àme du spectateur vibre à l'unisson de celle du héros qu'il admire on de la victime qui lui arrache des larmes. La vérité doit se joindre à la grandeur dans la peintore des passions dont le développement fait naître les événements qui vont se dénouer au théâtre. Or, dans ces premiers essais, la vérité et la grandeur sont remplacées par le grotesque et l'invraisemblable. C'est ce qui nous dispense de nous y arrêter plus longtemps.
Hais une idée grande et vraie ne suffit pas au drame^ la pureté de la forme en est un élément indispensable. Or, la forme ne s'épure qu*au xvii« siècle, en France ; c'est donc à cotte époque seulement que l'art dramatique en possession de tous ses moyens va prendre réellement son essor. Une idée nouvelle va le dominer alors et lui donner sa force ; c'est Vidée historique. La tragédie va se sé^ parer de la comédie et lui laisser la satire des mœurs et la critique des personnes; elle va se consacrer aux grands événements de l'histoire, faire revivre les grandes figures des siècles passés, et présenter à la société moderne des modèles grandioses, en même tmips qu'elle va lui donner
deslegoasde Tertu^ La oomédie va deTenir philosophe; maïs elle saura cacher sous une fine raillerie et sous de gais paradoxes ses plus sérieux enseiguemeuts. Corneille, Racine et Molière, résument Tart dramatique à cette grœde époque; de nombreuses doctrines ont essayé de les battre en brèche, le temps en a Mt justice, et les ty* pes qu'ils ont créés sont encore jeunes et le seront tour jours, parce qu'ils représentent des passions sans cesse en lutte, et dos vices ou des travers inséparables de la nature humaine.
Puis une nouvelle forme parut. Né, selon les uns, des agitations politiques, expi«ssion, selon les autres, dn progrès des idées qui s'agrandissent et se complètent chaque jour, le drame où la comédie vient se fondre avec la tragédie, où le rire vient se mêler aux larmes; le drame, forme plus vraie, parce qu'elle se sert de tous les moyens que lui offre la nature. Le drame, c'est le monde moderne, où la misère en haillons vient jeter son cri de douleur au milieu d'une fête, où l'ironie de la fortune vient jeter en passant un sarcasme au milieu d'une douleur poignante. Telles sont les phases qu'a parcourues l'art dramatique, telles sont les transformations qu'il a subies.
Lebutdel'&rt, c'estlebeau, avons^nous écrit dans notre première étude; et le beau se confond avec le vrai. Là doivent tendre tous les ^foris des écrivains qui veulent soumettre leurs œuvres au public, peu importe la forme qu'ils ont choisie: prose ou v^s, tragédie, comédie, drame ou roman. Là doit tendre le développement de la pensée humaine, sinon, il n'arrive qu'à des œuvres stériles et d'une courte durée. Non-Seulement on semble oublier le but de l'art au théâtre, comme on l'oublie dans la nouvelle et le roman de notre époque; mais encore un certain nombre d'auteurs, les uns de bonne foi et croyant créer aussi, un genre nouveau, les autres daiis le seul dé*
sir de se singulariser quelque peu, marcheot en sens contraire, et s'éloignjBnt à plaisir de ce but qu'ils devraient s'efforcer d'atteindre.
Quelques-uns prenant ouvertement leur parti, portent au théâtre toutes les trivialités de la vie, et comme leurs confrères du roman se croient sufiBsamment justiQés parce qu*ils ont rencontré ces trivialités quelque part dans la société. Je ne parle pas seulement ici des trivialités de pensée, mais aussi des trivialités de langage. La franchise du roman réaliste serait-elle donc inadmissible au théMre, 'et ce qui fait la fortune de certains livres ne pourrait-il pas faire le succès de certaines pièces ?
On a tout dit, tout dépeint, tout enseigné dans le roman contemporain, sans essayer de déguiser sous une forme élégante des obscénités que Ton distribuait à la foule. Pouvait-on être plus circonspect au th'éàtre ? Cette tendance du théâtre à devenir réaliste est loin d'être nou^ velle, et je ne crois pas inutile de rappeler la querelle qui s'éleva au xvii" siècle entre les partisans de l'art dramatique en France et les partisans de l'art dramatique en Angleterre^ entre les disciples de Corneille et de Racine d'une part et ceux de Shakespear de l'autre , entre M» de Voltaire et le secrétaire de la librairie do Paris.
Corneille avait paru : Racine avait donné sescheJEs-d'œuvre , quand par une réaction soudaine on voulut ériger le poète anglais en dieu créateur de Fart sublime du théâtre, et l'on prétendit que le théâtre avait reçu de ses mains (^existence et la perfection. Cette assertion jetée soudain à la face du xvii' siècle avait-elle sa raison d'être ; et malgré les heureuses créations du peintre de Macbeth, pouvaiton comparer l'ensemble de ces ouvrages aux chefs-d'œuvre de nos deux poètes français?
Un premier argument pouvait être opposé tout d'abord; l'art progresse d'une façon continue dans le monde^ et son
progrès est la somme de ses développements saccessife chez les diflfêrents peuples; du moment oùlacifilisation permet réchange des idées entre les nations, toutes nnirchent simultanément, d*un pas plus ou moins rapide il est vrai ; mais les succès de Tune enseignent à Tautre ce qu*dle n'eût pas trouvé seule, et la dernière invention a bien des chances pour surpasser ses devancières, comme la dernière forme dans Fart doit nécessairement être plus parfaite que celles auxquelles elle a succédé.
Par forme, je ne ^eux pas parler de ces changements engendrés par une mode éphémère, caprice de salon, ou bien une fantaisie du prince; mais d'une manière notwdU consacrée par le temps, conQrmée par l'opinion . Csht recelé réaliste dont nous allons discuter et combattre les doctrines dans Tart dramatique , prétend apporter , eHe aussi, une forme nouvelle : et nous essaierons de prouver ici, comme nous croyons Tavoir fait pour le roman , que la forme réaliste est de beaucoup inférieure à celles qui Tout précédée.
Un second argument ressort de la comparaison des moyens employés par le poète anglais et par ses deux rivaux. Au premier, peu importe le choix du personnage, prince ou savetier, soldat ivre on grand capitaine; il laisse à chacun ses traits, son langage et ses habitudes , et ternit ses drames des plus ajoutants tableaux sans se douter que cela jure à côté des peintures nobles et grandioses qu'il sait aussi créer avec un incontestable talent. Aux derniers les grandes passions seules prêtent leurs luttes émouvantes, et les paroles qu'échangent leurs héros sont toujours à la hauteur des situations où ils sont placés.
Mais Sbakespear est plus vrai que Corneille et que Racine; le commun des hommes ne parle ni ne pense comme les héros de ces deux poètes , tandis qu'il agit et s'exprime comme les personnages de Sbakespear.
Est-il besoin d*aller an thi^àtre pour y entendre les ordurières plaisanteries des tavernes et des basses-rues ? Je pourrais citer plus d'un passage de ce genre chez le poète anglais, si je ne craignais de blesser les convenances les plus usuelles. Le lecteur hardi pourra s'en convaincre en lisant dans Toriginal le r61e de lago, dans OtheUo ; la déclaration d'amour du roi Henri Y à Catherine , fllle de Charles Vi, roi de France, dans Hemi V,* les rélleiions du fils d'HamIet sur sa mère remariée un mois après la mort de son époux ; la scène des fossoyeurs dans la même pièce; les facéties qu'échangent ecitre eux les plébéiens de Rome, dans la Mort de César; voilà pourtant ce qu à notre époque on reproduit au théâtre sous prétexte de liberté d'allure et de couleur locale. Shakespear doit- il son immortalité à la licence de sa muse, et ne devrait-on pas l'imiter plutôt dans ces immenses créationsrestées comme types à côté de Polyeucte, des Horaces, d'Auguste et d'Athalie?
Les situations bizarres et les sentiments d'exception qui peuvent fournir au roman des analyses curieuses ne sont-elles pas déplacées au théâtre ? On ne doit pas discuter longtemps sur la scène, on doit agir ; et si les personnages ne sont pas facilement compris du spectateur, i) se laisse aller à la fatigue et ne s'intéresse plus à une in^ trigue dont il ne peut prévoir le dénouement. L'intérêt de l'action n'est pas moins inséparable de l'élévation des pensées qu'il ne Test de la vérité des personnages, et la pureté du style ne doit pas être sacrifiée au désir de reproduire exactement les dialogues qu'ont dû peut-être prononcer des héros de bas étage.
Qnant à l'unité d'action, dont Shakespear s'est toqours affranchi , nous verrons comment on la respecte de nos j0nrs et quelles conséquences entraine après elle rinfirac** tion à cette loi fondamentale de Tari dramatique. VII. 8
Cet engouement pour Sbakespear tomba lûea fHe^ et les critiques anglais ne se montreront pas indulgents pour leur poète national ; Rymer écrivit en 1693 dans on livre sur rexcellence et la corruption de la tragédie» cetlio phrase peu courtoise « qu'il n'y a point de singe en Afrique, point de babouin qui n'ait plus de goût que ^atkespear. « Marnûontel ne poussa pas si loin la critique; admirateur du poète anglais dans ce qu'il a, écrit/ de vraiment beau, il s'est borné à indiquer les progrès du goûfc en AngleierrB : « On abrège tous les jours Shakespean, j» a-t-il dit; on le châtie; le célèbre Garridt: vient tout » nouvellement de retrancher sur son théfttre la scène des j» fossoyeurs et presque tout le cinquième acte. La pièce » et l'auteur n'en ont été que plus applaudis. » On devrait bien user du même procédé en France pour un bon nomr bre de pièces en vogue à notre époque.
Parmi les moyens mis en œuvre par Sfaakes|>ear dan/& le but d'émouvoir son public, il en est encore un fort employé de nos jours, et que l'on doit ranger, ce me semble, au nombre des abus que nous avons signalés, c'est la multiplication des assassinats de toute sorte dont il sème chacune de ses pièces : je ne sais si la société anglaise au temps de Shakespear était aussi féroce qu'il nous Tai dépeinte, mais ce que j'affirme, c'est que le jour où l'on acceptera sur nos théâtres la rénovation de pareils moyens, il faudra envoyer aux petites maisons tous les faiseurs de statistique criminelle.
Malgré ces quelques doutes sur l'exactitude du portrait que nous a laissé Shakespear de la société anglaise, nous devons reconnaître que Tesprit de ses pièces était jusqu'à un certain point celuii de la nation qui les applaudissait, car s'il est une forme dans laquelle lesmœurs.d'ua pays viennent se refléter, c'est la f^rme dramatique surtout; sur la scène, l'auteur ne parle plus seulement
il5
à resprU'd*iin: homme intelligent qui discute; froidement ■> un livre ; il s'adresse a la foule et la foule Taoclanie ou le ^ sifBe avec la promptitude et la siM>ntanéité quelapass^iôn met toivjours dans les actes qu'elle accomplit. Il est vrai de <lire aussi que la foule, à cause même de cette prompj^ titude à porter un jugement, acpueiUe souvent ce qui biesseraibà la.réfieiion et se laisse prendre facilement à un spectacle qui parle aux yeux ; mais alors le succèisf n*est pas dûrdble , ropinion se forme bientôt et la froideur succède à Tenthousiasme. Shadcespear osi/ grossier. dans son*dialogue; mais il parle la langue du plus grand nomr bre des Anglais de son temps; la seule cbosd qui étonne, c'est que les* rois et la cour l'applaudissent comme la / plèbe. Il est superstitieux, mais à son époque,, on c^oit partout en(5ore aux sortilèges et aux appsùritions.
Il est souvent iœmômK mais Ija cour même lui en donne l'exemple^ et les bruits de la taverne ne sont que les ëcboa . des orgies, des grands. Bien souvent aussi y en dehors de ce& déCauts dont je ne parle ici que parce qu'ils ont été imités de nos jours et repnoduits comme autanl 4e beau-^ tés, il faut placer encore une double source d'erreurs 4. conséquence de l'activité de ce puissant génie : la pourf suite incessante des pensées les plus vagues, et le mysti'* cisme qui se mêle aux détails les plus incohérents.
Mai& revenons à notre théâtre? Après Corneille^ Raoine et Blolière, le théâtre prend une physionomie nouvelle. Il ne borne plus ses leçons, àirhistoire, il tend à empiéter sut le terrain de la philosophie. Vdtaire apparaît partout^ 1 spirituel causeur, il distribue ses idées dans une corres^pondanoe inimitable, mais il n'0ublie |)as Tinfluenee que : peut lui donner le journalisme naissant ; eonteur plein de > finesse , il se sert de l'apologue pour faire triompher sa doctrine , mais il est en même temps sur la scène, et dans sesitragédies nombreuses, il ne cesse pas un jour d'invor
quer rindividualité bumaioe et de lui montrer dans un procbaÎD avenir, sa complète émancipation.
C*esi ainsi qu'ayant toujours sous les yeux les abus et les vices d'une société dont il connaît les plus secrets mystères, il les combat dans cbacune desesœurr^; dissertations pbilosopbiques, contes^ poésies ou dranœs, tout lui est bon pourvu qu'il atteigne Tennemi qu'il veut abattre.
L'ennemi était partout, et Voltaire frappait de tous oô* tés; en vain l'bjrpocrisie voulait re^oster son masque fortement ébranlé par la muse de Molière, Voltaire ne lâchsdt pas prise, et Tartufife vaincu se vengeait comme il se venge encore par des calomnies et des mensonges; beureusement il n'a plus sous la main l'arme si commode des lettres de cachet. Le rôle de réformateur est d'autant plus dangereux que celui qui le prend frappe plus juste; au théâtre surlont il excite bien des colères , car on oublie quelquefois une observation discrète , on pardonne rarement une réprimande publique ; voilà où prend sa source la haine dont on poursuit Voltaire, haine dont les plus grands esprits de notre époque ont quelque peine à se défendre. Autour d^s pièces de ce grand poète, viennent se grouper un grand nombret d'œuvres moins importantes, quoiqu'inspirées par les mêmes idées, par les mômes besoins de réforme; il n'y a plus de tribune et la presse encore à son début est impuissante à traduire la pensée qui déborde. La scène devient le Forum, où sous des allégories transparentes se débattent les intérêts du moment. Voltaire combat l'intolérance religieuse et défend la liberté de conscience; Beaumarchais plus sceptique encore raille les débris du monde féodal près de s'éteindre, et critique les entraves semées autour de l'homme du peuple; il montre dans l'avenir le triomphe de l'intelligence et du savoir, sur la noblesse du sang et de la ri-
cbesse. Ce mouvement remarquable qui se produit au théâtre^ ne le trouvons-nous pas partout dans les autres branches d*études qui occupent l'esprit humain ? La philosophie abandonne le domaine de la spéculation pour donner une solution aux questions dé réformes sociales qui commencent à naître; le pamphlet répand en les exagérant ces doctrines nouvelles qui deviennent entre ses mains les armes d*une vengeance trop longtemps contenue; la poésie elle-même, chez ceux qui ont le loisir de rêver, semble elle aussi prendre une allure nouyene. Enfin 1789 arrive, et le mouvement littéraire s*arrète quelques années dans les trois branches d'études dont nou9 nous occ^ipoos ici. L'éloquence politique est tout alors : inutile de rappeler ses triomphes. La constitution s'établit, et les théâtres reprennent leurs travaux. A Paris Ton ne saurait vivre longtemps sans eux , et c'est là encore que la feule qu'une idée domine va. chercher l'écho de ses inspirations soudaines, sortes d'un besoin longtemps comprimé, et mères d'institutions à peine entrevues tout d'abord. Pendant la période dé la Révolution, nous retrouvons l'application journalière dupribcipeque nous venons d'émettre; tout dans les spectaclea, jusqu'aux parties les plus accessoires, reflète les idées du moraeùt ; décors, musique, danse, costumes, tout se plie au grand mouvement; Thistoire, la philosophie, le doute, nous étaient apparus au théfttre ; l'égalité prend leur placé ; trop souvent aussi , il faut bien le dire , elle se cache sous le masque de la licence. Des abus se produisaient dans la société, ils devaieni se reproduire au théâtre. Haiscémme tous les abus qui résultent de cortimotlous violentes, ils ne duraient qu'un jour, et les chefs-d'œuvre qiri quelques années auparavant avaient averti pour ainsi dire la raison humaine du rôle qu'elle allait jouer bientôt, restaient mdtres de la scène.; ils y étaient applaudis alors, comme
.1îI8
;ils Voni été^epuis par défi esprits plus oaUnes^ conuBeils te: sont encore, par ceux qui( sans passion, rechercbent partout le vrai., le beau, rhoiméle. Ces chefâ-d\BiiTfe , , le Moniteur de Tépoque nous en donne tes titres :iceacMit < le Bofbiev^M SéviUe à côté d'une piôœ de ciroonslance, le :J)épart.4eSi»o^taimwilionawc; .ce^ $ani Brùanmtus à c^té de \a^Ugm-des tyram; Brulm , Méropê, Muhom^^ à e6ié de la Mari de Beawepaire; ce sont JBimdiuê, BajaaH, la Mori deCésar^ ^ côté de TalMis qui se fait jour dans une pièce heureusement oubliée à notre époque; /6i)e5polîMne national déccmfri. par 46<> sanê-culoties. Nous ne devons pas nous arrêter aux erreurs inséparables des passions, t lorsqu'elles sont surexcitées, par quelque cause que ce . soit; voyons seulement le bien accompli, le bicffi accepté pat ks géniérartions qui en héritent et qui le Jugeait sainement, dégagées qu'elles sont des préoccupations et des rivalités, du jour; constatons aussi le oaraetère des œn^ ^res jouées.à répoque dont nous parl(ms, et restées dans la littérature française à une place que les plus. mal veillants osent à peine leur contester. Deaipièces que dous avons •non^mées au haasard .parmi un bien grand nombre, car nous avons parcouru le programme des théâtres pendant Texistence de la Gonvenëon nationale et-dans les aneées ' ^ui Tontsume, la plupart nous soi^t connues par leur titre. seul :' leurs auteurs sept ouUiés: ils ont passé «avec 'les événements qui ont inspiré letnrs ouvrages; .d'autces au contraire sont restées comme les principes qu'elles avaient pour but de soutenir, comme les vérités qu'elles avaient pour mission de défendre ; patmi ces derniôces , disons- le, deux sontde Beaumarchsâs, toutes tes autres sont de Voltaire.
• Voltaire était radversaire des exagérations . de Sbakespear; il admirait le génie du poète ang)ais;4Cnai6â voyait ses défauts, il les signalait parce qu'il les croyait daoge-
reax en littérature; il eût été de nos jours Tadversdirè de ceux de nos auteurs qai imitent oes défauts, qui cher- €bent en les reproduisant sur noUtfe scène, à conquérir un nom et de beaux bénéfices.
Au commencement du xix« siècle, nous ne rencontrons rien de tnen frappant; quelques fines esquisses des figures deTépoque, quelques spirituelles critiques des mœurs nouvelles, sous la plume de Picard, Àndrieux, Collin d^Harleville, animent encore la scène comique; mais ces œuvres d'un incontestable talent ne nous ont laissé aucun type.
Continuons notre excursion dans rhistoire du tbéâtre en France. Sous FEmpire le caractère de la nation se modifie encore; les modes s^en ressentent, la littérature ne reste pas non plus en dehors du mouvement; mais nous approchons d'une époque où la forme dramatique va changer ses allures ; le drame va remplacer la tragédie de Racine, de Corneilie et celle de Voltaire; les pièces, de circonstance vont passer encore, rapides comme les événements et les gloires dont elles sont le reflet , jusqu'à ce qu'un calme nouveau permette à la pensée de se recueillir pour donner le jour, dans le repos, à quelque création durable.
Au moment où la première Restauration s*accompfit, M. Victor Hugo n'a que douze ans; mais MM. de Vignjr, Ancelot, Guiraud, Brifiant^ sont déjà connus, ou sur le point de Tétre (1). Ducis, on le sait, avait résisté à toutes les offres de Napoléon : « Général, lui disait-il un jour » qu'il se promenait avec le premier Consul dans les jar- » dins de la Malmaison, voyez-vous ces canards sauvages » qui passent sur noire tôte; ils sentent toiyours de loin
(1) Nettement. listoire de la littérature française sous la Restanr^* tion, t. I, p. 202.
n lV)deur de la poudre; eh bien, je me suis fiait canard 9 sauvage. « Le Moniteur à quelque temps de là Tatait proclamé sénateur : Ducis ne voulut pas accepter, ei quand on lui oflfrit la croix de la Légion-d'honneur : « J'ai 9 déjà refusé pis, répondit-il. »
Avec la restauration, des œuvres nouvdles se présentent à nous sur la scène; en 1826, des acteurs anglais viennent à Paris jouer les drames de Shakespeare on s'émeut, on se passionne, et parmi la jeunesse d'alors couve ridée d'une réforme au théâtre, idée qui bientôt va trouver son expression dans un manifeste célèbre. H. Victor Hugo lit à quelques amis sa préfac&de CromwtU; le nouveau code de littérature dramatique est discuté dans les réunions de la rue de Vaugirard ; il est accepté, et la nouvelle pléiade inspirée par Shakespear, marche avec enthousiasme vers uue gloire qu'elle se croit assurée d'atteindre.
Avant ce mouvement dont l'impétuosité détourne à son proQt l'attention encore mémo aiyourd'hui, lorsqu'on l'étudié dans Thistoire, la Restauration n'avait*elle rien produit au théâtre? Rappelons les succès qu'avaient obtenus déjà les Yipres Siciliennes et le Paria de Casimir Delavigne; Clytemnestre et Saûl de Soumet; les Mâchabie$ de Guiraud ; Marie Stuari de Lebrun ; Saint Louis de Ancelot.
La comédie avait plus de succès encore : Casimir Bonjour, Andrieux, Désaugiers, MerviUe, Scribe surtout, avaient replacé la comédie française a un rang qu'elle n'avait plus occupé chez nous depuis Molière.
Ce fut pendant l'hiver de 18i9 à 1830 que la nouvelle école prit réellement une place glorieuse au théâtre; la Restauration avait cru pouvoir ranimer un passé déjà trop loin d'elle, elle n'avait pas songé que l'idée hésite parfois dans sa marche, mais ne retourne jamais en arrière; ro{H-
nipn marchait, et de vives discussions dans le monde politique pouvaient faire pressentir un changement prochain. La littérature devait comme topjours recevoir le contrecoup de Topinion générale; Uemani parut; M. Alexandre Dumas ût jouer Henri III; on voulut essayer une réhabilitation de la tragédie classique^ on échoua; la censure, il est vrai, défendit la représentation de Marion Delorme, sous prétexte que le rôle abject qu^'y jouait Louis XIII pouvait donner lieu à des allusion^ blessantes à Tégard dp monarque régnant. Lecoup n*en était pas moins porté, et 1^ victoire restait à Técole romantique.
Dans récole romantique, nous trouvons la dernière transformation de Tart dramatique en France. On connaît trop les pièces qui ont fait bruit au théâtre depuis 183Q pour que npus ayons besoin d*en rappeler ici les dé* tails.
S'éloigner d'un milieu trop limiXé, pour embrasser Thumanilé tout entière; abandonner les rois et les grands, pour peindre enfin sur la scène les passions d'une classe d'hommes trop oubliée jusqu'alors ; laisser de côté des situations convenues pour aborder des situations vraies, tel était le but de l'école nouvelle. Bien des essais ont été fait^ par des écrivains de talent ; peu d'eçuvres ont résisté au jugement des contemporains, eux-mêmes; les auteurs à^ nos jours seraient^ils plus heureux que leurs devanciers, et le nouveau caractère qu'ils s'efforcent depuis quelques années de donner à leurs pièces, produhra-t-il des œuvres plus durables? Nous ne le pensons pas; les situations empruntées è la vie privée, ne sont pas assez dramatiques pour intéresser longtemps à la scène; on les exagère pour en augmenter l'efifet; on les défigure pour les rendre moins triviales ; heureux quand on ne se borne pas à quelques dissertations monotones, à quelque. dialogue sur un siûet philosophique ou social, fort diffl-
<cile à débiter pour Facteur, et toujours fatigant à écouter pour le spectateur. Si nous igoutons à cela, Fabus constant dé Fanalyse sur les moindres détails, nous aurons complété la physionomie du drame, telle qu*on nous le présente depuis quelques années. Loin de nous la pensée de nier le talent des auteurs; mais les mots spirituels qui font le succès d'une comédie, ne sauraient rempla* cer dans le drame la lutte des grandes passions. €es passions sonrt- elles mortes aujourd'hui? et ces pièces où nous ne Toyons plus ni règles, ni lois, ni morale, sontelles Texpression du scq)ticisme de notre époque? On ne croit plus à rien aiqourd'hui, nous disent ces jeunes blasés qui se croient trop vieux déjà pour se donner la peine de penser à quelqne chose de sérieux; quoi de plus ridicule que ces passions romanesques données aux personnages du théâtre? Voyons-nous rien de semblable dans le monde? On y vil plus doucement que cela; on rêve un peu moins; on s^occupe un peu plus du $oHde, ûnrM; notre siècle est un siècle d*affiâres; on gagne de Fargent pour avoir le plaisir de rêver ensuite ; ne vous étonnez donc pas des nouvelles ailnres du théâtre. Il marche avec son temps ; on y joue à la bourse ; on y commente ie code civil, voire même le code de procédure; on y gagne des rentes, on y épouse des filles fori bien dotées, puis on roule carrosse, sans s'occuper des belleis passions de H. Victor Hugo.
Etes- vous bien sûr que ces dehors si cahnes, que cette existence aux heures si bien réglées, ne cachent plus de passions? Soulevés le masque, vous Terrez I^omme, non plus tranquille, enjoué, souriant, s'occupent d'afbires comme 41 prendrait son déjeuner; vous le verrez arvide, inquiet, jaloux, haineux, tout entier à la passion la phis terrible, Fintérèt.
Lorsqu'il a remis son masque et rajusté sa chevetatB,
avons- nous besoin pour le voir de nous rendre au théâtre? Au bal, à la promenade, au cercle, partout nous le coudoyons assez; nous le connaissons trop sous cette face froide et nidnoitolle, |)0ur en lâuppoiSer lon^tamps la vue dans notre stalle au théâtre.
L*homme à la mode, quand il a des ridicules, est un sujet convenable pour la comédie ; pour le drame, bannissez la mode, ou rejetez-la du moins au second plan ; la mode n'a rien de vrai^^et le drame ne peut émouvoir s'il ne nous montre la vérité.
La comédie elle-même ne nous intéresserait pas longtemps, si elle n*avait que la mode et ses ridicules à son service; elle aussi doit faire tomber le masque; si le masque est ârôlë, tant mieut, iiniaison rira bien plus volontiers encore de rhomitie rendu ridicule par les efforts ({ull'ftiit pour s'affubler d'un maàtiHé qui n*est pas taillé à sa mesure. '
Méle^-Vous ces deux genres, comme oti le faK si souvent aivourd'hui, n'oubliez paâ que vous ^iariez à des hommes, et 4aè ceux que vous mettez en scène ne doivent pas être seulement des personnages k la mode ; faitesles vivre, palpiter et sentir; qû^lls s'émeuvent et se passionnent; alors seiriement vous verrez s'émouvoir et se passionner votre public.
• Ch. QtJKls.
îmU m JEIN BDDIN.