‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 18 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Oodefiroid de Fontaines est-ll Bèl^e ?

«... maistre Godefroid de Fontaines quy

• fut Cannones de Paris et de Saint Lambert B à Liège, et ly uns des plus grans docteurs

• en Théologie quy fuist en nulle Pays. » (DE Hehricourt, Uiroir des Nobles de Hasbaye, édit. Salbray. 4673, p. 171.)

1. Diverses opinions sur la nationalité de Godefroid de Fontaines. — II. Godefroid est Belge.

La Belgique ne connaît pas assez ses grands hommes.

Voici un seigneur par la naissance et par le talent, qui, au plus beau siècle de la féodalité, a su conquérir dans le milieu le plus intellectuel de l'Europe une situation privilégiée.

{}) Les questions étudiées ici seront reprises dans un ouvrage plus étendu qui fera suite à Tédition des œuvres de Godefroid de Fontaines, Le tome I de cette édition vient de paraître : Les qtuitre premiers quod- Uheis de Godefroid de Fontaines (texte inédit), par M. De Wulp et A. Pelzeb. Louvain, Institut de philosophie, 1904 (xvi-360 pages double raisin). Ce volume forme le tome II de la collection « Les Philosophes Belges ».

familier des princes et des papes, auteur de grands ouvra qu'on a lus et recopiés jusqu'au XVII" siècle, possesseur d'i riche collection de manuscrits, dont il fit don à la maison Sorbonne : Godefroid de Fontaines est un Belge de bon a El tandis que nos grands voisins se disputent l'honneur l'inscrire dans le livre d'or de leur passé, personne chez n« ne proteste contre cet accaparement, ni au nom de la vë historique, ni même au nom de cet honneur de la pa auquel personne ne devrait rester insensible.

« Nous sommes fondés à croire que Godefroid de F taines naquit en France », conclut F. Lajard dans une éti de r « Histoire littéraire de la France n qui a inspiré la plu{ des biographes postérieurs (^), et que reprend aussi l'ouvr récent de Féret sur, La Faculté de théologie de Paris au mo âge (^). « Sa patrie fut la Bourgogne, écrit ce dernier » invoquant du reste l'auteur anonyme d'une Domus Sorboni historia dont il sera parlé plus loin (4).

Wadding, l'annaliste bien connu des écrivains franciscains et le P. J. de Saint-Antoine (6) font de Godefroid de Fontai un Anglais, mais leur erreur est excusable : car elle a ; point de départ dans une confusion avec le franciscain Go froid de Brie (7).

On comprend l'abstention prudente de Hauréau, Ueberw Heinze et Erdmann, les principaux historiens de la philo phie médiévale, qui tous trois parlent du philosophe théc gien sans soulever sa question d'origine (S). Ni Budinszky, <

(*) Tome XXI, p. 354. Paris, 1847.

(«; Paris, Picard. 1894-4900.

(») Tome m, p. 247.

(*) Voir page 18.

(*) ScripLores ord, minor,, p. 97. Rome, 4650.

(6) Bibiioth, universa franciscana (Matrili, 1732), t. Il, p. 7. • C) Voir plus loin page 17.

(8) Hauréau, Histoire de la philosophie sœlastiqm, t. IP, p. 137. Pa 1880. — Ueberweg-Heinze, Grundriss der Geschichte der Philosop 2. Tli., ÙU MitUere oder die palristische und scholastiscfie Zeit, S. 5 Berlin, 1898. — Erdmann, Grundriss der Geschichte der Philosop Bd I, S. 408, Berlin, 1896.

a collectionné des documents sur les étrangers incorporés dans l'ancienne Université de Paris (^), ne cite Godefroid sur ses listes.

Quant aux biographes belges, M. Demanet, dans la « Biographie nationale » (S), semble renier Godefroid, puisqu'il n*en parle que pour l'opposer à un second Godefroid de Fontaines un peu plus ancien, et qui lui aussi ne tarda pas à voir les hits de sa vie enchevêtrés dans ceux du personnage dont il s'agit dans cette étude. Les informations de M. Demanet sont empruntées à Lajard, à qui il renvoie du reste. Un second auteur moderne, M. Van Meenen, s'abstient même de citer I Godefroid parmi les philosophes belges dans V « Histoire de la philosophie » publiée par la Patria Belgica (^).

Par contre, il ne manque pas d'historiens qui mettent en avant la nationalité belge du maître et qui notent le lieu de son origine. Citons Devaux (♦), De Theux (5) Daris (6), Wittm (1); mais ou bien ces auteurs ne citent pas leurs sources, on s'ils les citent, ils ne songent pas à en discuter la valeur ; etaucun d'eux ne constate que des documents historiques de premier ordre réduisent à néant les hypothèses sur la nationalité française ou anglaise de maître Godefroid.

'*) Die Universitàt Paris und die Fremden an derselben im Mittelalter. Nin, 1876.

P) Tome Vil, p. 186.

0 Patria Belgica, t. III, pp. 113 et suiv. Même silence à son sujet chez ^ Roy, La philosophie au pays de Liège. (Institut archéologiqub

IJKGEOIS, t. IV.)

i'j Deyaux, Mémoires manuscrits conservés à la Bibliothèque de l'Uni- «fr«tf(i«Lt/^^t. III, p.7U.

(*> Db Theux, Le chapitre de Saint-Lambert à Liège, t. I, p. 2Î4. Ij*,1871.

(') Daeis, Histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant le W^e/ ie XlV^siède, p. 45. Liéjçe, 1891.

0 WiTTERT, Godefroi de Fontaines, le docteur vénérable, ciiancelier de ^'fcù«r«/é de Paris, chanoine de Saint-Lambert à Liège, iSSS-iSOe, P- «. Liège, 1873.

Que Godefroid de Fontaines fut Belge, voici un premier fait qui constitue sinon une preuve, au moins une forte présomption : qu'il s'agisse soit de la vie intérieure des facultés, soit des rapports de l'université avec le pape, les documenls officiels de l'Université de Paris désignent Godefroid sous le le titre : « Godefridus de Leodio (^) », ou « Godefridus de Fontibus, canonicus Leodiemis (î) ». Le chapitre de Saint- Lambert à Liège compte beaucoup d'étrangers parmi ses dignitaires, mais à une époque postérieure à Godefroid de Fontaines. Si celui-ci affectionne entre tous son titre de chanoine de Liège, alors qu'il était en même temps chanoine de Paris, n'est-ce pas que cette appellation rappelait aux yeux de tous ses intimes attaches avec la principauté des princesévéques? Quant au premier titre « Godefridus de Leodio d^ son emploi est plus décisif, si l'on tient compte qu'il est cité après « Henricus de Gandavo », où Texpression de Gandavo ne vise pas une dignité canonicale, mais un lieu d'origine : « Omnes doctores qui hoc anno disputaverunt de quolibet... videlicet magister Henricus de Gandavo, magister Godefridus de Leodio... (3) ». Ainsi qu'on le verra, Godefroid est originaire d'une petite seigneurie du pays de Liège; mais c'est par le nom de la capitale et non par celui d'un village que l'on désigne, à Paris^ le lieu natal de maître Godefroid.

La question d*origine est péremptoirement tranchée par un passage du Miroir des Nobles de Hasbaye, dont fauteur, Jacques de Hemricourt, qui écrivit à la fin du XIV* siècle, jouit d'une confiance indiscutée en matière de généalogie. Voici le

(*) Chartularium Universitatis Parisiensis, t. 11, p. 13. Paris, 1891. C'est à cette importante collection, publiée par Denifle et Châtelain, sous les auspices du Conseil général des Facultés de Paris, que nous empruntons le texte de tous les documents universitaires intéressant ce mémoire.

(«) Ibid., p. 53.

(») Ibid., p. 13.

passage dans son entièreté : « Après vous avoir instruits de la suitte de Monsieur Guilaume fils aisné de Monsieur Gerar de Rulant, comte de Hozémont, nous allons parler du second nomé Monsieur Wery de Fontaine. Il eut trois garçons chevaliers qui sont le vieux Monsieur Bernage de Fontaine, Monsieur Otto de Hozémont et le vieux Voué de Horion... Item Messire Bernage eut trois garçons^ Messieurs Bernage le Jeune, Jean et maistre Godefroid de Fontaine, qui fut chanoine à Paris et de Saint Lambert à Liège, un des plus grands docteurs en théologie qui fut de son temps (i). »

Nous voilà fixés sur Tillustre chevalier de Fontaines, chez qui la noblesse de la science vint rehausser la noblesse de la femille. Les données de Jacques de Hemricourt ont été complétées par les recherches généalogiques de J.-G. Lefort, et récemment par la publication d'une charte de 1253, relative à Tabbaye de Flône. M. l'abbé Evrard, qui a édité ce document, établit ainsi Farbre généalogique de Godefroid de Fontaines (S) :

Génrd Roland, comte de Hozémont.

GaiUanme, eheyalier Wéry de Fontaine,

et chiteUin de Hozémont. tige des seigneurs de FonUine(iS3T-l24i).

Guilfaame de Ronyeroy, Barnage de Fontaine Otto. Gérard. Jean. Godefroid. chitelaiD de Hozémont, le Vieux,

qni Yeiidit cette terre à .

Otto de Fontaine.

Barnaffe de Fontaine Jean. Godefroid de Fontaine, le Jeune.

(*) Edition De Salbray. Bruxelles, 1673, p. 171. Nous citons d'après le texte le plus récent, publié en regard du texte ancien. C'est d'après le texte ancien que nous avons formulé l'épigraphe de ce chapitre.

(«) Evrard, Documents relatifs à Vabbaye de Flâne, (Analectes pour sniTOi A l'histoire ecclésiastique de la Belgique, Louvain, 1892, t. XXffl, p. 453.)

Nous y joignons, d*après J. de Hemricourt (4), les ar la famille de Fontaine. Godefiroid portait d'or au sav gueules, comme toutes les branches de Hozëmont.

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