‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 19 sur 95 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Éléments de la biographie de Gk)def!roid de Fon

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I. Historiens de Godefi^id de Fontaines. — II. Sa famille et son m. Confusions de Godefroid de Fontaines avec d'autres pers

— IV. Date de naissance. Premières études. — V. Ses maître:

— VI. Ses rapports avec la Sorbonne. — Vil. Godefroid, cha Liège, de Paris et de Cologne, chanoine et évêque de To VIII. U ne fut pas chancelier de T Université. — IX. Sa mort

De Godefroid se réalise ce qui est vrai de Henri de G Gilles de Lessines, de Siger de Brabant, de Bernier de I

(*) Page 171.

de presque tous les philosophes belges des XlII^etXlV* siècles, et même de la plupart des grands scolastîques : leur histoire reste à faire. On se rappelle quels bouleversements un peu de critique historique, mise en œuvre par les PP. Ehrle et Delehaye, MM. Wauters et De Pauw introduisit dans la biographie de Henri de Gand : la légende qui a défiguré le docteur solennel s'effrita, comme ces plâtrages dont la Renaissance a affublé la pierre dure de nos monuments, et qu'un coup de marteau fait tomber.

La légende, servie par l'ignorance des choses de l'histoire, a b\{ aussi une victime de Godefroid de Fontaines ; des confusions funestes avec des homonymes se sont établies et maintenues; et lorsqu'on dépouille la biographie de notre personnage d'un fisitras d'erreurs et d'hypothèses, on est surpris de voir qu'elle se réduit à une poignée de dates et de faits éparpillés, dont il n'est pas toujours possible de pénétrer la liaison.

Ed dehors de Félix Lajard, qui publia en 1847 une notice Uographique sur Godefroid de Fontaines, dans V Histoire littéraire de France^ nous ne connaissons qu'un opuscule consacré ex professe au savant liégeois : c*est une brochure publiée sans nom d'auteur par H. le baron Wittert, sous le litre : Godefroi de Fontaines, le docteur vénérable, chancelier de fVmversité de Paris, chanoine de Saint-Lambert à Liège, ^iiS-4506 (^). Qu'il nous soit permis de porter un jugement d'ensemble sur les deux historiens dont il sera maintes fois question dans ce travail : ni l'un ni l'autre n'ont marqué la situation de Godefroid de Fontaines dans l'histoire des idées. I^jard, le plus soigneux des deux biographes, a commis néanmoins plus d'une erreur qu'un examen minutieux des documents lui eût fait éviter. Quant à M. Wittert, il écrit en amateur plutôt qu'en historien ; très affirmatif, l'auteur avance beaucoup de faits controuvés; et une foule d'autres, dont il n'indique pas ^^ sources, ne constituent que des hypothèses.

l*) Uége, 1873, 155 pages in-42.

Nous connaissons la famille de Godefroid de Fonlaines. Les comtes de Hozémont sont cités dans les premières années du XI h siècle parmi les dignitaires les plus puissants de la principauté de Liège (^). Us avaient le droit de lever des troupes au service du prince, puisqu'ils avaient leur cri de guerre. Gérard de Rulant, le bisaïeul de Godefroid, « crioit Hozémont (3) ». Toutes les grandes maisons de la principauté, — les de Lexhy, les d'Âwans, les Surlet et d'autres étaient apparentées aux de Hozémont. Gérard Ruland fut le dernier qui porta le titre de comte, « à cause du grand nombre d'enfants qui avoient partagé les héritages dépendans de ce comté et qui en avoient si peu laissés a celuy qui en resta le seigneur qu'il ne put soutenir que la qualité de simple chevalier (3) », — ce qui n'empêchera pas Godefroid de jouir de ressources considérables, et de faire des largesses.

La terre et le château de Fontaines constituaient une dépendance de Hozémont, au même titre que la terre de Horion. Le château, qui sans doute vit, naître le chevalier, existe encore, et une inscription placée au-dessus de la porte du donjon le fait dater de 991. M. Vandricken, à qui nous empruntons ce détail (4), explique le nom de l'ancienne seigneurie par celui d'une source, la source Fontaine- Ferdou^qm alimente les étangs du château et contribue à former le ruisseau des Âwirs (S). « de Fontaines » est la forme orthographique employée par de Hemricourt (6) et que nous adoptons; elle trouve un conré-

(') DE Hemricourt, op cit., p. 5.

(«) Ibid., p. i67.

(») Ibid., pp. dt>6-467.

(*) Horion-Hozémont, Notice historique, (Bull, de la Soc. d*art et d'hist. du diocèse t>E Liège, t. III, p. i2i.)

(») /frûi., p. i2i.

(«) Dans le texte ancien. Le texte plus récent, d'après lequel nous avons reproduit les citations, page 7, écrit « de Fontaine ».

latif dans les termes « de Fontanis » ou « de Fontibus » que portent tous les bons manuscrits {}).

lU.

Or, avant de meltre en lumière la personnalité historique de Godefroîd de Fontaines, une œuvre négative s'impose : il importe de détruire les nombreuses confusions dont il est devenu la victime. Quatre personnages pour le moins se sont superposés sur la figure du savant hesbignon. De là est résulté UQ être composite, tétracéphale et de légende, devenu une énigme pour l'histoire.

i** La plus ancienne confusion est celle de Godefroid de Fontaines Thesbignon avec Godefroid TÉvéque, parfois appelé Godefroid de Condé, qui, de 1230 à 1337 ou 1338, illustra le siège épiscopal de Cambrai, et laissa une sage législation dont la ville de Cambrai a perpétué le souvenir jusqu'au XVII* siècle. C'est ce Godefroid de Fontaine, — auteur présumé d'un traité de divmis officiis, — qu'étudie la Biographie nationale.

La confusion des deux personnages, déjà signalée au XVII* siècle par Bulaeus (^), à qui Lajard se réfère en 1847 (3), est néanmoins reprise par Foppens (}), de Theux (^) en 1871, et Dans (6) en 1891 (!).

2* Assurément plus récente est la confusion de Godefroid de Fontaines avec Godefroi de Brie, franciscain, gardien du

{*) Lajard reproduit les formes Godefridus, Godofridus, Gaufridus, ^fredus, op. cit.j p. 5S0. Les catalogues anciens de la bibliothèque vaiicane publiés par Ehrle, Historia Bibl. roman Pontif., etc., t. 1, Rome, 1890, portent, en outre, GofFredi, Goufridi, Gofredi, Godifredus.

(*) BUtoria Vniversitatis Parisiensis, t. III, p. 680. Paris, 1665-1673.

(*) Op. dL, p. 548.

(*) Bii>lwtheca belgica, 1. 1, p. 371. Bruxelles, 1739.

(*) Op. cit., p. 224.

m Op, cit., p. 45.

couvent de Paris en 1343 et contemporain d'Alexandre de Halès(^). Que Godefroid de Fontaines, un des leaders de Topposition faite aux ordres mendiants, ait embrassé une règle qu'il a dépréciée dans ses écrits : il y a là un antagonisme de faits qui aurait dû mettre les historiens sur leur garde.

Lajard le constate, mais au sujet de cette confusion et de son origine, il commet lui-même un contresens historique qu'il nous sera très utile de relever, a Bien plus, écrit-il, la suscription d'un manuscrit de la Bibliothèque royale (S) lui attribue pendant treize années consécutives le titre et les fonctions d'un couvent de Pans, sans toutefois indiquer le nom du monastère (3j. » Nous avons trouvé facilement, parmi les copies des Quodlibets conservées à la Bibliothèque nationale, le texte visé par Lajard. C'est Texplicit du n^ 3117 (fonds latin), éerit par un copiste du XIV* siècle et que voici : « Expliciunt tituli » quaestionum 13' quolibet et omnium per consequens Reve- » rendi doctoris inagistri Godofridi de fontibus convenlati » parisius ubi solempniter rexit 13 annis. Quo opère expleto » sit laus honor et gloria Jesu Xristo. Amen. Qui dédit expleri A laudetur mente fideliter ».

Voici le « Révérend » Godefroid de Fontaines, à la tête (rexit) d'un couvent de Paris (conventatus) ! L'explicit ne dit pas quel couvent; mais un manuscrit des Quodlibets du XVII* sitele, écrit sur papier d'après les documents anciens, et auquel Lajard emprunte presque tous ses renseignements et accorde un crédit immérité (^), fournit un commentaire significatif à ce sujet : il appelle Godefroid <c custos minoritarum (S) ». Or, une élémentaire connaissance de la terminologie pédagogique

(*) Wadding, Annal minor, an iS4S, cap. II. Rome, 1731-1745. Sur Godefroid de Brie, voir Histoire littéraire de France, t. XXI, pp. 55(>IKi6.

(*) C'est de la Bibliothèque royale de Paris, aujourd'hui la Bibliothèque Nationale, qu'il s'agit.

(») Op. cit., p. 550.

(*) Voir plus loin, chapitre IV.

(«) Man. lat., n» 3118, t. II, fol. 342.

du XUI* siècle eût évité à Lajard et à son cicérone une méprise fâcheuse. En effet, conventatus signifie dodar : « Abitalico conventare, dit Ducange (^), doctoris gradum in academiis obtinere ». Regere est le terme technique qui, à Paris, désigne renseignement effectif et régulier des maîtres. Une ordonnance de la Faculté des arts, du 5 décembre 1275, prend soin de définir les magiitri actu régentes : a Per actu regentem intell igimus eum qui legit qualibet die legibili in scolis in habitu et hora débita... (S) », par opposition aux a magistri actu non régentes », ou honoraires. — La même terminologie était en vigueur dans la Faculté de théologie dont Godefroid était membre. « SolemnUer regere » s'appliquerait d'ailleurs fort mal è l'exercice des fonctions de gardien dans un monastère de Saint-François : il s'agit ici des actes scx)1aires mêmes, ainsi qu'on le verra plus loin. Quant au titre de « Reverendus doctor », il vise tout autre chose que la dignité monacale du maître, et les manuscrits relatifs à l'histoire de la Sorbonne en contiennent l'explication : « Floruit summa cum laude. Dictus propterea in manuscriptis Reverendus magister (3) ». Ces textes fournissent, on le voit, une complète concordance. Le titre de Reverendus trouve d'ailleurs un corrélatif dans celui de « Veneraudus doctor » que lui décerna la postérité. C'est le titre de reverendus qui probablement aura remorqué celui de ctistos chez quelque biographe peu consciencieux, pour qui ce commentaire de custos servait de trait d'union aux qualificatifs : « conventatus, regere, solemniter ». Custos se transmet par ce canal au copiste du n« 3118» (XVII« siècle), et celui-ci le fournit à Lajard.

Notons en terminant que les hommes d'étude de l'ordre franciscain n'ont pas cru à cette incorporation de Godefroid de Fontaines.

(*) Glossarium, etc in voce.

?) Chartul. Univ. Paris., t. I, p. 531.

(*) Man. de la Biblioth. de r Arsenal, no 1022, p. 11, p. ol.

li suffira de signaler :

3^ La confusion de Godefroid de Fontaines avec quelques autres Godefroid: avec Godefroid l'Anglais (Godefridus Anglus), frère mineur qui composa une Infantia satieti Edmufidi {^)^ — avec Godefridus Cornubensis, que le rédacteur du CatcUogus cod. man. colleg. Met ton considère à tort comme l'auteur des quodlibets de Godefroid de Fontaines (S) ; — avec Godefroid de Trano, auteur d'une « somme sur les décrétâtes », erronément attribuée à Godefroid de Fontaines (3).

Tout renseignement sur la date de la naissance ou sur les premières années du savant fait défaut (4).

Fit-il ses premières études à Liège? C'est là une supposition gratuite de M. Wittert {^). Quand des documents officiels citent le nom de Godefroid, — pour la première fois en 1286 ou 1287 (6), — celui-ci apparaît à l'apogée de sa carrière universitaire. Maître en théologie à la Faculté de Paris, il avait dû franchir les longues et pénibles étapes qu'une sévère discipline pédagogique imposait à qui voulait conquérir les honneurs de la plus haute dignité professorale.

Les statuts des Facultés de Paris sont l'œuvre du temps; ils ont été élaborés tout le long du Xllh siècle, mais la première

(<) Lajard, op. cit. y p. 556.

(}) A propos d'une tabtLla super novem quodlibet magistri Godefridi dont il sera parlé au chapitre iV. et que nous avons reconnue d'un& façon certaine. Même confusion des deux personnages chez Hurter» Somenclator Utterarius, t. IV, p. 447. Aeniponta, 1899.

(5) Lajard, op. cit., p. 5n6.

(*> Wittert, op. cit., page i% avance la date de 1225 sur la foi d'ur^ manuscrit qu'il ne cite pas.

(6) Wittert, ibid.

(«) ChartuL Univ. Paris., l. Il, pp. 8 et 13.

codification complète, « de ordine legendi » n'est pas antérieure è 133K (i).

Telle qu'elle apparaît pendant la seconde moitié du XIII* siècle, l'Université de Paris est une association de maîtres, bien plus qu'un groupement d'étudianls. Chacun aspirait à enseigner soit à titre définitif et professionnel, soit à titre passager et honorifique. Non seulement dans la première répartition en facultés et en nations, mais dans les facultés et les nations elles-mêmes, on retrouve l'organisme spécifique de l'âge féodal, la corporation. « La Faculté de théologie qui, au début du XIII* siècle, n'est qu*une association séculière avec un petit nombre de membres, soumis au chancelier de l'université, ne tarde pas à devenir une association mixte, composée non d'individus, mais de communautés régulières et séculières » (S).

On sait que la Faculté des arts était une préparation immédiate aux trois autres facultés, le droit, la médecine, la théologie, mais principalement à cette dernière. Pour être magister in artibus, on exigeait au moins vingt et un ans d'âge et six années d'étude (3). Il n'est pas démontré que le grade de maître es arts ou le grade inférieur de licencié es arts fut officiellement exigé des étudiants en théologie ; mais il est certain que pour suivre les exercices difficiles de l'étude théologique, il fallait être rompu aux matières philosophiques enseignées dans les arts, celles-ci compénétrant en quelque sorte — ainsi qu'on le verra plus loin — toute l'élude de la science sacrée.

0) ChartuL Univ, Paris., 1. 11, p. 691.

ft Voir Thurot, De V organisation de V enseignement dans l'Université ^ Pom. Paris, 4860, p. 409. Nous ne pouvons retracer ici la très <^niplexe organisation de l'Université de Paris. On peut consulter à ce SQJel les introductions du Chartularium Universitatis Paris., les ouvrages ^u P. Denifle et notamment Die Universitàten im Mittelalter bis 1400, ^flin, 1880. L'ouvrage de Bulaeus, Historia Universit. Paris. (Paris, |665-1673), 6 volumes, bien que vieilli, contient des renseignements importants.

?) Ibid., p. 60; cf. ChartuL Univ, Paris., 1. 1, p. 78.

Godefroid de Fontaines, fils de grand seigneur, que les frais d'un établissement à l'étranger ne devaient pas arrêter, alla sans doute fort jeune à Paris s'initier à la spéculation philosophique. Paris, en effet, est devenu sa patrie d'adoption; il y passa la majeure partie de son existence; il se prit d'engouement pour la grande capitale intellectuelle de l'Occident; il y fit venir, jeune aussi, son neveu, fils de Barnage, ce pauvre Renier, dont Jacques de Hemricourt raconte la mort tragique à Warfusée, alors qu'il « se revenoit une fois al pays por vooir son peire et ses amis » (i). Toutefois, aucun document ne consigne la présence de Godefroid dans les écoles de la rue de Fouarre.

Au commencement du XIV® siècle, le cours des études théologiques comportait quatorze années, mais Godefroid vécut sous le régime institué en 1215 par Robert Courçon, cardinal-légat. Pour enseigner, il fallait un minimum d'âge de trente-cinq ans, et huit années d'études ainsi réparties : après cinq ans, les étudiants étaient admis à faire des leçons comme bacheliers; le chancelier exigeait trois années de cet apprentissage avant de donner la licence, ou la permission d'enseigner et de prêcher en qualité de maîtres (3). 11 est donc certain que Godefroid est né pendant la première moitié du XIII* siècle, mais il n'est pas possible de préciser Tannée de sa naissance.

Les relations entre maîtres et étudiants étaient beaucoup plus intimes et plus cordiales au moyen âge qu'aujourd'hui. c( L'étudiant était réclamé par son maître à la prison du Châtelet; c'était son maître qui présidait à ses actes lorsqu'il

(*) Miroir des nobles, p. 171.

(«) Char lui. Univ. Paris., t. I, p. 79 : a Circa statum theologorum statuimus quod nullus Parisius légat citra tricesimura quintum etatis sue annura, et nisi studiierit per octo annos ad minus. . . », etc.

prenait ses grades. Avait-il besoin de quelque dispense, de quelque faveur? Son maître la demandait pour lui à l'assemblée de la nation ou de la Faculté. Les étudiants s'attachaient ordinairement à un maître de leur pays, pour conférer plus librement avec lui et lui demander des explications en dehors des leçons. Les étudiants et les maîtres d'une nation logeaient le plus souvent dans le même hôtel ; souvent ils mangeaient à la même table » (i).

En théologie, comme en arts, l'étudiant devait se réclamer d'un maître connu, et l'immatriculation n*existant pas, l'université ne connaissait l'élève que par l'intermédiaire du maître. « Nullus sit scolaris Parisius, qui certum magistrum non habeat ».

En qualité de bachelier, Godefroid expliqua l'Écriture sainte dans l'école de son maître (% Agréé à la licence par le chancelier de Paris, et après avoir prêté serment qu'il observerait les statuts de la corporation des théologiens, c'est encore sous la présidence de ce maître qu'il fit son argumentation inaugurale et solennelle, le principium.

Divers théologiens passent pour avoir été les maîtres de Godefroid.

Écartons d'abord Gilles de Lessines, dont Wittert avance témérairement le nom (3) : Gilles ne parvint jamais à la maîtrise (^).

La (( Domus Sorbonicae historia » apprend que Godefroid fut disciple de Henri de Gand et de Gervais du Hont-Saint-Éloi (K). Déplus, le manuscrit de la Bibliothèque nationale, n"" 3118,

(*) Thurot, op. cit., p. 38.

I*) Voir Denu^le, Quel livre servait de base à l'enseignement des maîtres en théologie dans l' Université de Paris? (Revue Thomiste, 1894, pp. 149 et suiv.) Cj Op, cit., pp. 17 et suiv.

(*) De Wulf, Le traité « de unitate formae » de Gilles de Lessines. Louvain, 1901, p. 66.

(»j Man. de la Biblioth. de TArsenal, m 1022, p. III, p, 81. Sur cet ouvrage, voir plus loin, p. 20.

T. 1. — Lettres, etc. 2

tome II, déjà plusieurs fois cité, dit de lui: «successit i cathedra magistrali Henrico de Gandavo an. 1290 » (^). Il y ici double erreur, écrit Lajard, puisque, dès Tannée 1281 le docteur Solennel avait définitivement quitté Paris {%

Essayons de faire la part du vrai et du foux dans ces dive renseignements :

1» D'abord, en voulant rectifier les indications manuscrit sur la succession de Henri de Gand, Lajard se trompe. Le do teur Solennel était certainement à Paris à la Noël 1291, ou Pâques 1292, car il prononça alors son dernier quodiibet (;

^ Mais il n'en est pas moins vrai que Godefroid n'a p succédé à Henri de Gand. Ils ont enseigné simultanéme pendant plusieurs années, et simultanément ils ont prési* des disputes quodlibétiques. La lettre de Guillaume de Màco évéque d'Amiens, adressée en 1287 à l'archevêque de Rein nous les montre sur un pied d'égalité, comme deux perso nages d'importance, dont on invoque le témoignage en u matière des plus délicates. La même observation s'applique Gervais de Mont-Sain t-Éloi (^J.

3^ Henri de Gand est maître en théologie depuis 127 Godefroid le devint un peu plus tard. En effet, il fut magisi regens pendant treize ans f^), et il remplissait encore s charges professorales en 1292, quand le pape Nicolas lui confia le soin de diriger une enquête contre le chanceli de l'université (6).

(*) Folio 342.

(«) Op. cit., p. 551.

(3) ËURLE, Beitrâge zu den Biographien beruhmter Scholastikt 4. Heinrich von Cent. (Arch. f. Litter. u. Kirchbngbschichtb, bt 1885, Bd I, S. U.)

(*) ChartuL Univ, Paris., t. U, p. 13 : « Omnes doctores qui hoc an disputaverunt de quolibet, quibus facta est ista questio, videlicet magi^ Henricus de Gandavo, magister Godefridus de Leodio, magister Gervasii canonicus montis Sancti Eligii, et magister Nicholaus de Pressario p nobis deternainaverunt. . . ». etc.

{^) Voir plus haut, p. 12,

(«) Voir plus loin, p. 53.

Conclusion. — Rien ne vient controuver les indications de la Domus Sorbonicae hiitoria^ bien que nous n'ayons pu découvrir les sources où elles sont puisées. Godefroid a pu trouver des maîtres dans la personne de Henri de Gand et de Gervais du Mont-Saint-Éloi, avant de devenir leur collègue.

La forte oi^nisation scientifique des ordres religieux et «irtout des ordres mendiants, qui imposaient l'étude à leurs membres, contribua puissamment à l'éclat de la philosophie et de la théologie dans la grande Université française du lUI* siècle. Mais cette force même ne tarda pas à susciter des rivalités et des conriits dont nous aurons plus loin à relater plusieurs épisodes. Les théologiens séculiers se firent les adversaires des ordres mendiants, et tous leurs efforts tendirent à poser des entraves aux empiétements des ordres religieux. L'incorporation même des réguliers dans l'université donna lieu à des troubles intestins qu'il serait trop long de relater ici, et le milieu du XUI* siècle les trouva puissamment et définitivement ancrés dans la faculté de théologie. En 1353, sur douze chaires de théologie annuellement occupées, neuf étaient la propriété des ordres religieux.

C'est probablement le besoin de contre-balancer l'influence grandissante des réguliers qui inspira à quelques généreux fondateurs l'idée d'instituer de grands collèges, ouverts aux seuls étudiants séculiers, et dont Torganisation scolaire imiterait celle des couvents. Le plus célèbre de ces collèges du Xllh siècle est celui de Robert Sorbon, et le héros de cette ^ude fut intimement mêlé aux premiers développements de eette illustre maison.

L'histoire de la Sorbonne reste à faire. Il existe divers essais, H'état de manuscrit, du XVII* au XVIII* siècle; mais il impor- ^t de contrôler leurs renseignements et de les étudier à la lumière des nombreux travaux récemment parus sur le moyen

âge. Nous avons borné nos recherches de première main, ce qui concerne les rapports de Godefroid de Fontaines avec Sorbonne, aux deux œuvres suivantes :

l"" « Sorbonae origines, disciplina et viri illustres » Claude Héméré. (Paris, Bibliothèque Nationale, lati] man. n** 5494, et Arsenal, man. u*" 1166.)

2» Un traité anonyme « Domus Sorbonicae Historia » de la Bibliothèque de FArsenal possède plusieurs manusci (surtout n- 1020 et 1021) (i). C'est ce traité qui a été cité pi haut.

Vers 1257, Robert Sorbon, chapelain de Louis IX, enc( ragé par la libéralité de son roi, affecta une partie de ses bi€ à l'érection d'un établissement où l'on recevait un certî nombre d'étudiants en théologie, en vue de les former aux d putes et à la prédication. Ils étaient astreints à la vie coi mune, soumis à la direction d*un proviseur; et mal( l'aisance que de nombreuses donations ne tardèrent pas assurer à l'œuvre, la pauvreté de la Sorbonne était, de tous t titres, celui dont elle se réclamait le plus volontiers dans 1 actes officiels. Les maîtres s'intitulaient, — à Tinstar d ordres mendiants, — pauperes magistri de Sorbona. Pensio naires payants ou boursiers gratuits, tous les socii étaient n sur un pied d'égalité : « Omnes nos sumus socii aequales » (2).

Il est intéressant de remarquer que les cours de laSorboni avaient des attaches étroites avec renseignement de la facul de théologie. Les disputes ne furent pas seulement des exe cices ouverts aux internes de la maison, mais des leçoi publiques; et l'on verra plus tard qu'un acte appelé Sorboniq\ était imposé (au XIV^' siècle) à tout maître en théologi c( L'exemple de la Sorbonique, écrit Thurot, montre l'influen

(*) Ces deux manuscrits ont été légués par Ladvocat et sont peut-é son œuvre.

(«) Voir d'autres détails chez Thurot, op. cit,^ p. 423; cf. Férj op, cit., i. II, pp. 12 et suiv.

des collèges sur la multiplication des actes publics dans la Faculté... C'est à la confusion du régime des collèges et des couvents avec celui de la Faculté que j'attribue principalement ce changement dans l'enseignement théologique, et cette confusion put s'opérer, parce que la Faculté ne comptait presque pas d'étudiants en dehors des collèges et des couvents » (^).

Les statuts de la Faculté de théologie nous montrent nettement quel est, à partir du milieu du XIV* siècle, l'ordre des grades et des actes publics : il fallait treize ans pour accomplir tous les actes imposés aux bacheliers, et traverser successivement les trois degrés de biblicus ordinarius, de smtentiarius et debacchalarius fonnatm. C'était un long apprentissage de la maiirise. On devenait professeur et professant. Au XIV« siècle, « chaque bachelier formé soutenait contre ses collègues quatre argumentations : l'une à une aulique (^), l'autre à des vespéries, la troisième pendant les vacances, dans la salle de la Sorkonne, la quatrième lors de l'avent (de quolibet) » (3). Alors seulement on avait le droit d'être présenté au chancelier pour ^'^Ikence; et après un examen de formalité, le chancelier donnait au bachelier, en grande pompe, la licentia d'enseigner, de prêcher. Celui qui avait satisfait aux conditions de ce long stage, avait fait ses preuves : il était admis à exercer officielleoient et définitivement les actes posés jusque-là à titre d'apprenti.

Quant à la maîtrise, ou l'incorporation dans le groupe des maîtres, les actes qu'elle comprenait (Vespéries, aulique et fésompte) étaient plutôt honorifiques. Suivant la juste remarque de Thurot, « la maîtrise était à la licence, ce que les noces sont à la bénédiction nuptiale ».

Malheureusement, pour la période qui vit briller Godefroid de Fontaines, les renseignements qu'on possède sont moins précis, et le plus souvent on est réduit à des conjectures. Voilà pourquoi il serait impossible de déterminer par quelle

(«) Thurot, op. cit., p. 434.

(*) In aula episcopi, .») Thurot, pp. 449-450.

série d'actes scolaires il fut conduit à la maîtrise. Maître, il disputa de quolibet^ et ces disputatUmes générales, comme on les appelle, sont la seule œuvre spéculative qui doive nous intéresser dans ce mémoire. Les chapitres suivants étudieront les particularités historiques qu'on découvre dans les quodlibets de Godefroid de Fontaines; il suffira *de décrire ici, d'une façon sommaire, la physionomie de ces exercices solennels.

Nombreuses et variées étaient les disputes à la faculté de théologie. Toutes cependant avaient ce caractère, que sous la présidence d*un maître, on y traitait les questions sous forme d'objections et de réponses.

C'était la leçon vivante à laquelle chacun était appelé à apporter sa lumière. Les disputes hebdomadaires du samedi, en Sorbonne, n'étaient pas autrement organisées. Or, a les disputes quodlibétiques étaient des disputes extraordinaires que les maîtres tenaient une ou deux fois par an, aux approches de Pâques et de Noël. Elles se distinguaient des disputes ordinaires en ce que les sujets en étaient multiples et proposés librement par les auditeurs, maîtres ou étudiants. Le maître, ou le bachelier sous la direction du maître, répondait aux diverses difficultés qui lui étaient soumises sur chaque matière, et le lendemain, ou un des jours suivants, le maître reprenait les questions et les difficultés de son école; il groupait les sujets souvent fort disparates dans le meilleur ordre possible, et résolvait définitivement les difficultés. Cet acte scolaire final s'appelait déterminer ou détermination. Les écrits nombreux qui nous sont restés depuis la seconde moitié du XIII® siècle sous le nom de quodlibeta ne sont pas autre chose que c«s déterminations ultimes, résultat des disputes extraordinaires, dites quodlibétiques (^) ».

(*) Mandonnet, Siger de Brabant et Vaverroisme latin au XIII* siècle, pp. xcix-c. Fribourg, 1899. Les disputes quo«llibétiques reçurent une grande extension au XIV* siècle. On les retrouve dans toutes les universités fondées à cette époque. Voir l'étude détaillée du D' LnsssEN, ùie quodlibelischen ùisputationen an der Universilàt Kôln. (Programm des Kaiser Wilheln-Gymnasiums zu Kôln. Kôln, 4886, SS. 58-70.)

Tandis que les leçons ordinaires des bacheliers et des maîtres roulaient forcément sur la Bible, les disputes quodlibéftiques disaient des incursions profondes dans tous les domaines du savoir. Dans les quodlibets de Henri de Gand, comme dans ceux de Godefroid, on trouve, à côté de questions de théologie, des sujets de philosophie pure, de morale théologique, de droit canon; on y trouve aussi des questions de circonstance roulant sur des controverses brûlantes. Et quand ces thèses de discipline ecclésiastique ou de politique universitaire étaient traitées par des maîtres en renom, comme Tétaient nos deux compatriotes, on comprend que le Tout- Paris s'y donnait rendez-vous, et que les échos de leurs a déterminations » arrivaient au palais des évéques de France et à la cour de Rome.

L'honneur du grand conférencier que fut Godefroid de Fontaines rejaillit sur la Sorbonne tout entière.

Pendant treize ans, il fut a magister actu regens » et commis ^ la direction d'une des chaires de théologie, représentant ainsi le collège dans l'association des maîtres de théologie, la première en rang dans l'université. Et il y occupe non pas une place quelconque, mais une situation en vue d'homme de science et d'homme d'action que justifieront pleinement les bits dont le chapitre suivant fera l'histoire. Si un cardinal romain l'appelle grande lumen studii (^), il n'est pas étonnant que les annalistes de la Sorbonne lui décernent les plus pompeux éloges. Hemeré écrit de lui, pour les années 1287 et suivantes : a annos tamen provisionis illius (il s'agit de Petrus de Villaprosa, troisième proviseur) plurimum illustravit Gau- Udus de Fontibus... sapienta scolastica inter primarios theologiae aevi sui numeratus) (3) ». Et la « Domus Sorbonicae kisloria »:«... floruit summa cum laude (3) ».

(*) Voir plus loin, p. 54.

P) Man. de l'Arsenal, n« 4466, fol. 308.

(*) Man. de l'Arsenal, n* 4022, p. II, p. 51.

Hais Godefroid de Fontaines a droit, à un autre titre, à la reconnaissance de la Sorbonne.

En effet, il fut du nombre de ces donateurs magnanimes qui assurèrent la prospérité du Collège de Robert de Sorbon. Tandis que d'autres léguaient des immeubles ou des sommes d'argent, Godefroid légua des manuscrits. Cet homme d'étude avait la passion des livres. Un bon et beau manuscrit, à cette époque, représentait une valeur considérable. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir les règlements sévères qui, sous peine d'excommunication, interdisaient dans les collèges et les couvents l'enlèvement des manuscrits; — les statuts universitaires réglant le commerce des librarii, l'achat et la vente du parchemin par les pergamenariU — les taxes officielles relatives au prêt des divers ouvrages (}). Si rares étaient les livres, que la plupart des étudiants devaient renoncer à les posséder en propriété; ils payaient quelques sous parisis aux « librarii » pour les recevoir en prêt.

Or, Godefroid s'était attaché un ou plusieurs copistes dont il put, sans doute, apprécier par lui-même les mérites. Le numéro 15795 (actuel) du fonds latin de la Bibliothèque Nationale à Paris, contenant la a summa de virtutibus et vitiis » de saint Thomas, se termine sur cet « explicit » : « Explicit summa de virtutibus et vitiis édita a fratre Thoma de Aquino, scripta sumptibus magistri Godefridi, canonici Leodiensis, labore Henrici de Bavenchien (^) ». H, Delisle, qui

(*) Voir ChartuL Univ, Paris,, t. 1, p. 644; t. II, pp. 50, 490, 535. Voir dans les tables les mots : librarii, stationarii, pergamenarii. Voir notamment la taxe des livres scolaires dressée en 1304. Chartul., t. Il, p. 107.

{*) Witteri cite, en outre, un copiste du nom de Jean, un peintre ou rubricateur, et un bibliothécaire Henri le Teulonique, tous au service de Godefroid {op. cit., p. 122). M. Witlert ne cite pas ses sources. Nous parlerons plus loin de Henri le Teutonique, qui fut vraisemblablement un étudiant qui suivit les « actes » de Godefroid.

a soigneusement étudié l'ancienne bibliothèque de Sorbonne, aujourd'hui incorporée dans le fonds latin de la Bibliothèque Nationale» écrit que trente-huit manuscrits proviennent du legs de Godefroid de Fontaines (^). Ils comprennent notamment ses propres œuvres (% divers traités de saint Thomas, son docteur favori, et les Quodlibets de Henri de Gand, son adversaire principal. De même le manuscrit de la Bibliothèque Nationale qui contient les ce impossibilia » de Siger de Brabant, est dû à la générosité de Godefroid (3).

La Sorbonne perpétua le souvenir reconnaissant de ces libéralités : elle les rappela dans l'anniversaire célébré le !9 octobre de chaque année : <c Obiit magister Godefridus de Fontibus, magister in théologia, qui legavit domui omnes libros suos scolasticos usque ad valorem (^). » Et à la fin du XV« siècle, quand on éleva les bâtiments d'une nouvelle bibliothèque, un des vitraux représentant les grandes personnalités et les bienfaiteurs de la Sorbonne, fut réservé à Godefroid de Fontaines (5).

Godefroid fut chanoine de Liège, canonims Leodiensis. C'est •e titre que lui décerna le pape Martin V, et il rappelle les

(*) Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1874, t- H, pp. 149^50. M. Delisle fait erreur en ce qui concerne le n» 15841. ^iTTERT, op. dt,, page 41, parle de quatre-vingt-sept livres ei, page 103, de près de cent manuscrits !

(^ Cf. Deusle, tWrf., p. 178.

C) Dkuslb, ibid., p. 1!K). Cf. Baeumker, ÙU Impossibilia des Siger von Brabant. (Beitr. zur Geschichte der Philosophie des Mittelàlters. Munster. 1808, Bd II, Heft 6, S. 40.)

(^ Man. lat. de la Biblioth. Nation., n» 16574, fol. 43\ Cf. Delisle, op. cit., t. II, p. 150, n.

(S) Man. lat. de la Biblioth. Nation., ho 16574, p. 200.

attaches du maître avec son pays natal. Quand il s'agit d'un ce canonicus Leodiensis » tout court, le dignitaire appartient au chapitre de Saint-Lambert. Fut-il en outre archidiacre, ainsi que l'affirme H. Daris (^), sans preuves? 11 est permis d'en douter.

On célébrait l'anniversaire de Godefroid à la collégiale de Saint-Martin à Liège, et à Sainte-Croix, ainsi qu'il résulte des comptes de la collégiale de Saint-Martin (Mense octobri. Pro anniversario magistri Godefridi de Fontanis : valente III modioi 5 st. et 4 quarta spelte) et du uécrologe de Sainte-Croix (25 octobris. Corn, magistri Godefridi de Fontanis presb. quondam Leod. et Parisiensis canonici pro quo habemus VI sext. sp. in granario) (2).

Godefroid fut donc probablement chanoine de Saint-Martin. Dispensé de la résidence suivant Tusage général du temps, le professeur de la Sorbonne ne fit à Liège que des séjours intermittents. Son nom n'est pas cité dans le tableau chronologique des dignitaires du chapitre de Saint-Lambert à Liège, publié par H. E. De Marneffe (3), ni dans le chartulaire de l'église Saint-Lambert à Liège, publié par MM. Bormans et Schoolmeesters (4). Par contre, il intervient dans divers actes d'importance secondaire et d'intérêt local.

En 1284, il prête son concours à Guillaume de Julémont,

(*) Histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant tes XIII^ et XIV^ siècles, 1891, pp. 45 et 46.

(}) Msr Monchamp, qui nous signale ces textes inédits dans le bienveillant rapport qu'il a présenté sur notre étude à la Classe des lettres (Bulletin de la Classe des lettres, etc., 1903, p. 253), se demande si, d'après cela, « le magister Godefridus, chanoine de Saint-Martin et doyen de Sainte-Croix, cité dans Schonbrodt {Inventaire des Chartes de Saint-Martin) et dans Pirenne (Polyptique de Guillaume de Ryckel) ne doit pas être identifié avec Godefroid de Fontaines ». Cette identification est probable, mais nous n'en avons pas découvert la preuve.

(3) Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 1895, 2e sér., t. IX, pp. 433 et suiv.

(*) Bruxelles, 1893-1900, 4 vol.

abbé de Saint-Jacques, pour épurer la discipline de ce monastère (^].

En qualité d'exécuteur testamentaire d'un archidiacre liégeois du nom de Baldard, il s'efforça, mais en vain, d'amener les Victorins de Paris à s'établir au couvent Beaurepart (aujourd'hui le Séminaire épiscopal de Liège), que le défunt leur avait I^ué après l'avoir acquis de l'évéque et du chapitre. Baldard mourut le S des nones de mai 127S (3).

Le document relatif à ces instances du philosophe liégeois se borne à fixer à la date de 1296 la renonciation complète de Tabbé Odon et des religieux de Saint-Victor à tous leurs droits sur Beaurepart (d). Comme déjà en 1288 Jean de Flandre, èvéque de Liège, avait mis en possession de Beaurepart les prémontrés de Cornillon, en faveur desquels est rédigé l'acte

(*) « eodem anno decessit a saeculo venerabilis, religiosus et generosus vir dominus Wilhelmus de Julemont, abbas monasterii S. Jacobi in Leodio... qui coopérante Deo et suffragio multorum expertorum et ^ratorum praesertim magislri Godefridi de Fontibus egregii doctoris, ^eligionem in monasterio suc diu desolatam, muitis laboribus, reni- ^ntibus suis confratribus dissolutioni assuetis, ad statum honestae ^nversalionis et leligiosae vitae salubriter revocavit. » Chronicon Otrndii Zantfliet, apud Hartene et Durand, velerum scriptorum et ïïionumeniorum... amplissima coUectio, Parisiis, 1729, t. V, p. 143. ^- FiSBN, Sancta Legia sive historiarum ecclesiae Leodiensis, Leodii, ^696, p. II, 1. 2, p. 29. Cf. Annales S. Jacobi Leodiensis, dans Pertz, Commenta Germaniae hislorica, t. XVI, p. 643. (') De Thbux, ap, cit.

»*) « ... Noverint universi quod cum dominus Baldardus quondam ^ithidiaconus leodiensis.. situm satis insignem... acquisiverït. . . et Per venerabilem virum magistrum Godefridum de Fontanis canonicum ^eodiensem, dictum locum... nomine executorio ipsius archidiaconi .. ^bis obtulerit. . . loco pracdicio de Bellireditu cum perlinentibus suis ^taliis bonis. . renuntiavimus... Datum et actum anno 1296, mense 'ïiartu. » Voir Daris, Notice historique sur l'abbaye de Beaurepart à Liége^ p. 365. (Bull, de l'Institut archéol. liégeois, t. IX, pp. 310^11 et 36^^.) L'année 1296 style gallican correspond à 4297 nouveau style.

de Tabbé Odon, on peut fixer aux environs de 1288 Tin tion de Godefroid de Fontaines dans Texécution du tes de Baldard.

Hais faut-il conclure de là, avec Wittert, que Godefroic duisit à Liège le mysticisme des Victorins (^)? Faut-il p davantage les rapports de Godefroid avec la cité de Li tenir, avec le même historien, que Godefroid y aurait saint Thomas, lors du passage de celui-ci (2) ; — que luien 1253, introduisit à Saint-Martin et à Saint-Lambert gnement des doctrines thomistes, « comme l'attestent les notes des manuscrits de la Sorbonne (3) ; » — et c se rendit à Paris qu'en 1275 (^)? Rien de cela n'est d tré. Ces aflSrmations valent ce que vaut cet autre gnement de cet étrange historien : que « Godefroid quitt vers 1296 (5) », alors que nous le trouvons en So: en 1303 (6). Il est bien plus probable que Paris fut et ai sa résidence habituelle, et qu'il fit plusieurs séjours raires à Liège et à Cologne pendant l'intervalle qui sépa divers quodlibets. Son compatriote, Henri de Gand, lu dignitaire des chapitres de Tournai et de Bruges, ; même O).

Enfin, Godefroid fit don à l'abbaye de Saint-Jacq Liège de plusieurs manuscrits, notamment de ses quo< de quelques œuvres de saint Augustin et d'un traité d< de Gand. Ces divers manuscrits existaient encore dans la

(*) Op. «7., pp. 31,34.

?) Page 46.

(') Page 21. Il n'y a rien de pareil dans ces manuscrits.

(*) Page 25.

(8) Page 42.

{^) Voir plus loin, page 31.

(') De Wulf, Histoire de la philosophie scolas tique dans les Pat la principauté de Liège. (Mém. cour, et des savants étrangers de ROY. DE Belgique, 1894, t. LI, p. 59.)

thèque que vendirent au mois de mai 1788 les religieux sécularisés. Au sujet des quodlibets, on possède des indications d'Eustache de Streax, prieur de Saint-Jacques, qui détaille en un catalogue daté du 19 mai 1589 et conservé à la Bibliothèque de Bruxelles^ les richesses de la célèbre bibliothèque liégeoise (^). On peut lire dans ce catalogue, écrits par une main ancienne, quoique postérieure à celle du prieur Eustache, ces mots rois en regard des ouvrages en question : « ex dono Godfridi ».

De Hemricourt apprend en outre que Godefroid fut chanoine de Paris (2), mais il ne dit pas qu'il fut du chapitre de Cologne. Cl. Réméré (3) et l'auteur de la « Domus Sorbonicae historia » (*) lui décernent le titre de « canonicus coloniensis ». Quant aux manuscrits, le codex 15483, du XIV" siècle, l'appelle : a canonicus leodiensis, coloniensis et parisiensis » (fol. 314). Les obituaires de la cathédrale de Cologne et les chartes contemporaines conservées aux archives de la ville ne contiennent pas la mention de Godefroid de Fontaines ; mais les archives de l'État à Dûsseldorf, où sont disposés une foule de documents relatifs aux églises de Cologne, renferment plusieurs renseignements que M., le D' Ilgen, de Dûsseldorf, nous î» obligeamment communiqués : dans les années 1287-1295, Godefroid apparaît comme prévôt de l'ancienne collégiale de Saini-Séverin à Cologne (^). Celte prévôté est accordée à

n Cf. l'étude de M. Balau, La Bibliothèque de Vabbaye de Saint- Jacques ^ ^î^tf. (Compte rendu des séances de la Comm. roy. d^mst., 1902, ^' m, {^Bulletin.)

rlOp.cif.. p. 171.

(^) ùp. cit., man. de rArsenal, m 1166, fol. 308.

(*) (^ cit., man. de l'Arsenal, n» 1022, p. II, p. 51.

Pj Sur celte ancienne collégiale, voir Joh. Hess, ùie Vrkunden des ^i^rrarchiùs von St-Severin in Kôln, Kôln, 1881, et ^orb. Schievenbusch, tte ehemalige Collégial u. nunmehrige Pfarrkirche von St-Severin zu '^^In (Amnalen des msTOR. Vereins f. d. Niedbrrhein, Hefi 21/22, pp. 27-70).

Godefroid, « actu Parisius in theologia regenti », par le pape Honorius IV, ainsi qu'il ressort d'une charte de 1287, émanant de Godefroid lui-même. De plus, on conserve à Dûsseldori deux beaux exemplaires du sceau de Godefroid avec cette inscription : a S. Godefridi prepositi S. Severini coloniensis et canonici leodiensis (^) ».

Enfin, Godefroid était chanoine de Tournai, et l'an 1300 il fut élu évéque de Tournai, en concurrence avec Etienne, archidiacre de Bruges. Li Nuisis, son contemporain, donne des détails sur cette élection. Mais Godefroid renonça à tous ses droits à l'épiscopat entre les mains de Boniface VIII. Une bulle inédite du grand Pontife en fait foi {% Notons à ce sujet qu'un manuscrit de Herton Collège, à Oxford (n« 143, fol. 84, RA}, dont l'écriture peut être datée de la fin du XIV* siècle, contient une compilation abrégée des œuvres de Godefroid, sous ce titre : Quolibet Godfridi epUcopi. Est-ce une allusion à l'élection du maître au siège de Tournai, ou peut être déjà le résultat de la confusion qui s'établit entre Godefroid de Fontaines et Godefroid de Condé (3)?

Une légende de date récente a fait de Godefroid un chancelier de l'Université de Paris. Elle est reproduite par Lajard {*) et par Wittert (^). Aucun document certain ne mentionne cette qualité du théologien liégeois, ni les manuscrits de ses œuvres.

(*) Voir la planche ci-contre.

{*) Bulle de Boniface VIII à Gui de Bologne, évéque élu de Tournai, datée du 27 février 4301. TA»' Monchamp publie cette bulle en appendice à son rapport. Op. cit., pp. 257-260.

(5) Voir plus haut, p. 41.

(*) Op. cit., p. 550.

(2) Op, cit., p. 36.

H. Dl WiJLF. — Utai. io-8* de la Classe k Letties de l'icad. roy. de Belgique, l L 1904.

Sceaux de Godefroid.

nî les actes complets publiés par le « Chartuiarium universitatis Parisiensis », ni enfin les annalistes de la Sorbonne, si enclins néanmoins à grandir les hommes illustres du collège. Déjà ce silence est significatif.

Ce qui dissipe tout doute, c'est que les chanceliers de Notre- Dame sont connus : Denifle en a publié la liste pour la période 1209 à 1395 dans les introductions du Chartulaire de l'Université (*). Et Godefroid n'y figure pas.

Aucun document ne fixant le moment auquel mourut Gode- ^oid de Fontaines, nous sommes réduit à rassembler sur <^ sujet quelques données certaines, quoique imprécises.

Le 26 février 1303, il assistait à une réunion tenue à Paris

^ù Ton dét)attit des afiaires concernant la Sorbonne (^). Il serait

^Ùé jusqu'en 1306 comme membre de la Sorbonne « inter

^niores socios », et mourut vers ce temps (3). Sa mort doit se

placer à la fin d'octobre. Le S9 octobre était consacré à son

anniversaire en Sorbonne (♦). D'autre part, on lit dans l'obi-

tuaire encore inédit de Saint-Lambert à Liège, à la date du

% octobre (X Kal. novemb.) : <c Commemoratio magistri

Godefridi de Fontibus pro quo.habemus apud Opey ui modios

^ seitarios spelte ». On a vu, plus haut que des fondations

analogues assuraient son anniversaire à Saint-Hartin et à

Sainte-Croix.

(*) Tome I, p. XIX, et t. II, p. xv.

?) Man. de l'Arsenal, no 4022, p. III, p. 83; Bibl. nat. lat., no 16574, ïoU8*eH3.

?) Man. de l'Arsenal, no 1022, iind.

(^ « Obiit magister Godefridus..., etc. ». Deusle, Le cabinet des •«««wmte de la Bibliothèque Nationale, t. II, p. 150, n.

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