SYMBOLE DE L'ASTRONOMIE CHALDÉENNE
L'origine du symbole.
Avant le livre, ce grand vulgarisateur de la pensée, le symbole, qui a ses racines dans l'antiquité la plus reculée, ^^it le plus puissant élément pour la représentation de la ^guration humaine. Le symbole ou l'allégorie constitue une ^p^e de fiction dont l'artifice consiste à présenter un objet à ''^prit de manière à lui donner l'idée d'un autre objet; ou, plus explicitement, c'est une figure ou une image qui sert à désigner quelque chose, soit par le moyen de la sculpture ou d^ la peinture, soit par le discours (*). 11 s'ensuit que par ce •^ot on entend la figure ou marque d'un objet quelconque ^yaDt une signification conventionnelle. Selon Auguste Sche-
(*) ùictionnaire de V Académie française, dernière édition, 4878.
1er (^), ce mot dérive du latin « symbolum », provenant à son tour du grec (tu(ji SoXov (simbolon), soit signe, marque, de (TUjjL fiaXXetv (sim ballein), deviner, expliquer, traduit littéralement par le latin « conjicere », d'où : conjecture. Dérivés : symbolique, grec (rupiëoXi^oç (symboliser, symbolisme).
Le christianisme s'empara de ce mode idéal de la représentation humaine ou fictive et en fit le plus puissant propagateur de sa sublime doctrine.
Il a été dit souvent que les chrétiens avaient emprunté l'usage du symbole aux Égyptiens! Pendant un séjour de plus de deux siècles au milieu de ce dernier peuple, les juifs durent, sans aucun doute, s'initier et se former à la pratique de l'écriture symbolique, et, assurément. Moïse, qui était très instruit dans la science des Égyptiens (3), ne négligea pas celle des hiéroglyphes, et nous savons positivement, par saint Clément d'Alexandrie (3), qu'il expliquait par la méthode hiéroglyphique, c'est-à-dire sous de mystérieux symboles d'animaux, les préceptes de la morale. Tel est l'avis de l'abbé Hartigny sur les a symboles chrétiens » dans son Dictionnaire des Antiquités chrétiennes (*).
Dès l'établissement des premiers temples chrétiens, les apôtres de l'Évangile qui civilisèrent le nord de la Gaule, c'està-dire les anciennes provinces belgiques d'alors, encore à demi barbares, appelèrent la sculpture à leur aide pour rendre d'une manière plus sensible à leur intelligence les sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament qui forment l'objet de la
{«) Dictionnaire d'Êtymologie française^ d'après les résultats de la science moderne. Troisième et dernière édition, 4888, gr. in-8**.
(«) Actes des apôtres, chapitre Vil, v. 22. « Depuis, Moïse fut instruit dans la sagesse des Egyptiens et devint puissant en paroles et en œuvres* » — Bien qu'il ne soit guère possible d'établir une chronologie exacte sur les récits de la Bible» on s'accorde cependant à placer entre les années 1725 à 1705 la date de la naissance de Moïse.
(*) Docteur de l'Église au II« siècle, mort en 217. V. ses Stromates, ^•
(*) Dictionnaire des Antiquités chrétiennes. Paris, 1877, gr. in-8», p. "^^ * i
Foi. Le livre n'existant pas encore pour les masses dans son acception générale, il fallait que la figure symbolique le remplaçât. Il ne suffisait pas de parler à l'esprit, il fallait encore s'adresser aux regards pour laisser des traces durables des enseignements de la religion. Le pape saint Grégoire le Grand (S90 f 604), le premier, semble-t-il, aurait dit qu' a il » faut qu'on puisse lire sur les murailles ce qui n'est pas donné » à tous de lire dans les livres », et j'ajouterai qu'il n'existait guère de livres en son temps.
Selon Perkins (^), le symbolisme qui domina l'art religieux, architecture, sculpture et peinture, pendant les six premiers siècles de l'Église, avait pour but, d'après les paroles mêmes de Denys l'Aréopagite (% d'arriver à la vérité par la forme : per formas ad verUatem. Dans son épître à Tévéque Titus, saint Denys parle des formes symboliques comme destinées à couvrir une science secrète, cachée, pour que les choses saintes ne soient point faciles à comprendre aux profanes, mais seulement à ceux qui se sont adonnés à l'étude de la sainteté.
Toutefois, plus de cinquante ans avant la fondation du christianisme, Horace avait déjà fait ressortir Timmense influence de l'art figuré sur l'imagination. L'âme, dit-il, a plus de peine à s'émouvoir des sons que lui envoie Toreille que des fortes images qui lui viennent par les yeux (3) !
Segnius irritant animes demissa per aurem, Quam quae sunt oculis subjecta fidelibus...
<ci
(') Les Sculpteurs i/a/tèn^, traduction française de Ch.-Ph.Haussoullier. Paris, 1869, 1. 1, p. 27.
f^ Saint Denys était un des juges de TAréopage quand saint Paul com- Panit devant le tribunal ; converti par le discours de l'apôtre des Gentils, il fut établi par celui-ci le premier évéque d'Athènes. Il fut brûlé vif vers ^'an 95 de Jésus-Christ.
(') Art poétique, vers 480 et 184. Édition Nisard. Paris, 4849, gr. in-8«.
Au moyen &ge, le peuple n'apprenait pas le catéchisme par coeur, comme aujourd'hui. Un empereur surmonté d'une colombe étendait ses bras autour du crucifix : et cela exprimait les bypostases ou les personnes de la divinité. Lorsque les ordres mendiants se répandirent dans la chrétienté, ils s'armèrent au Xll* siècle de la « Bible des pauvres », au Xlll*, du (c Miroir des âmes »(^). L'art figuré dans les cathédrales était donc un livre que pouvaient aussi lire les ignorants. C'était notamment, une encyclopédie de pierre inspirée aux sculpteurs par la « Bibliothèque des connaissances humaines x> de Vincent de Beauvais », précepteur des enfants de saint Louis (né vers 1200, mort vers 1264) (% sous le titre de <c Bibliotheca mundi » ou a Spéculum majus », et «Spéculum triplex »; par le «Trésor de toutes choses », composé à Paris par le Florentin Brunetto Latini (1220 f 1294), le maître de Dante Alighieri (3); par la Somme de Théologie, « Summa theologis », de son compatriote saint Thomas d'Aquin (1227 1 1274) (*); par la « Légende dorée », Legenda aureœ de l'archevêque de Gênes, Jacques de Voragine (123011298), et surtout par le c( Livre universel du moyen âge : « La Bible historiale » ou l'Histoire scolastique de Pierre Comestor, de Troyes (t 1179) {^), Ces écrits renfermaient et énuméraient tous les faits et toutes les idées qui eurent cours dans la chrétienté depuis son établissement jusqu'à la fin du Xlll* siècle (6).
(*) Pelàdan, Le Louvre et le Peuple. Revue politique et littéraire. (Revue bleue, 5« série, 1. 1, pp. 45, 46.)
p) C'est dans le « Miroir historique » de Vincent de Beauvais (livre XXlV, que se trouve l'histoire de Constantin le Grand, reproduite, au XIII* siècle, en vitrail dans la cathédrale de Chartres.
(>) De son vrai nom Durante.
{*) Dit a le docteur universel » et « le docteur angélique ».
(8) Dit « le mangeur de livres ».
(«) M. DioRON, Iconographie chrétienne. Histoire de Dieu, Paris, i^» in4«».
A ce bagage intellectuel et moral» nous aurions dû ajouter, iors de la publication, en 1898, de notre livre : La sculpture et les chefS'itœuvre de l'orfèvrerie belges (p. 66), 1' « Hortus deliciarum », manuscrit rempli de superbes miniatures formant une Encyclopédie compilée, dit-on, et même peinte, en 1180, selon Didron, par Herrade de Landsberg, abbesse du couvent de sainte Odile, à Hohenbourg, en Alsace.
Selon Robert de Lasteyrie (^), peu d'écrits du moyen âge ont acquis une réputation plus universelle et plus méritée que ce livre, l'un des joyaux de cette belle bibliothèque de Strasbourg, que le bombardement néfaste du mois d'août 1870 a réduite en cendres. Ce fut, on peut le dire, un cri général de douleur parmi tous les savants du monde civilisé quand on apprit que ce célèbre manuscrit de l'art du XII® siècle avait péri dans les flammes et que la seule copie que l'on en possédait avait disparu dans la même catastrophe.
Ainsi qu'il résulte de la bibliographie suivante (2), peu (Touvrages ont été plus souvent décrits que cette volumineuse compilation dans laquelle l'abbesse de Hohenbourg avait réuni, pour l'usage de ses nonnes, de longs extraits des livres ^ints et des commentaires qu'ils avaient inspirés aux Pères de l'Église et aux docteurs les plus renommés du moyen âge. Toute
(*) QaxetU archéologigye, IX« année, 4884, p. 57.
^ Voici l'indication des principales publications qui ont traité de 1 Hortus deliciaruin :
Engelhardt, Herrad von Landsperg, Aebtissin zu Hohenburg, oder ^^ta-Odilien, im Elsass, im zufôlfen Jahrhtmdert, und ihrWerk : Hortus ^ùnarum. Stuttgart et Tubingen, 1818, in 8» de 200 pages avec atlas de *^ planches in-folio. — Une nouvelle édition des planches avec titre en ^Dçais a été donnée à Paris, chez Baer et C'«, en 1877. (C'est dans cette ^^^on, planche VIII, que nous avons pris la figure de l'astronomie, "^sérée page 15.
Lknoble, Notice sur V Hortus deliciarum, dans la Bibliothèqtie de ^^coU des Chartes, 1. 1, 1839, pp. i39-261,
^ï*ACH, Lettres sur les archives départementales du Bas-Rhin. Stras-
rhistoire du peuple juif, l'histoire du Christ et des apôtres s'y déroulaient successivement dans l'ordre même où elles se trouvent dans TAncien et le Nouveau Testament. Chaque extrait des livres saints était suivi de longs commentaires sur le sens mystique des principaux versets, entremêlés de pièces devers, de dissertations théologiques et morales, de légendes empruntées à l'histoire sacrée ou profane, qui en faisaient une sorte d'encyclopédie de tout ce qu'on enseignait, au XII* siècle, en fait d'histoire sacrée, de théologie, de morale, etc., ainsi qu'il résulte d'un travail de Ch. Gérard dans Les Artistes de r Alsace pendant le moyen âge, tome l, pages 51-55.
bourg, 1862, in-8®, pp. 165 et suiv. — Ces lettres avaient d'abord paru dans le Courrier du Bas-Rhin,
Bartholdi, Curiosités d: Alsace. Colmar, 4862, in-S», t. I, pp. 310 et suiv.
F. Piper, Das Martyrologium und der Computus der Herrad von Landsperg. Berlin, 4862, in-8».
Paul Huot, Des Vosges au Rhin, pp. 442-137.
Waagen, Kunstwerke und Kunstler in Deutschland, t. II, pp. 358-368.
Ch. Gérard, Les artistes de V Alsace pendant le moyen âge. Coimar, 4872, t. I, pp. 42 et suiv.
De Bastard, Bull, du comité de la tangua, de V histoire et des arts en France, t. IV, 1857 : Sur la crosse de Tiron.
DiDRON, Iconographie chrétienne. Histoire de Dieu. Paris, 4843, in-K
ViOLLET-LE-Duc, Dictionnairc du mobilier.
R. DE Lasteyrie, Gazette archéologique, IX« année, 4884, pp. 57 et suiv.
Léopold Delisle, Annuaire de la Société de l'histoire de France, 1902, p. 92.
Et enfin : tlortus deliciarum, par Pabbesse Uerrade de Landsbkrg, reproduction héliographique, etc., avec texte, par le chanoine Straub. Strasbourg, gr. in-8°.
Le symbole dans les arts libéraux.
L*introduction, dans les écrits du temps, de motifs profanes date de l'époque où l'art s'est alfranchi des entraves hiératiques, c'est-à-dire du temps où il s'échappa des établissements monastiques. De nouvelles tendances surgirent avec le Xllh siècle. Les artistes laïques sont livrés à leur inspiration, et pourvu ^iu'ils restent pénétrés de l'importance moralisatrice et religieuse de leur mission, l'Église les accueillit et les protégea; ^i", hâtons-nous de le dire, les artistes comprirent le rôle qu'ils ^^'aient été appelés à jouer; pendant un siècle, ils ne dévieront P'^s de la voie qui leur avait été tracée pour l'instruction et l'édi- ^caiion du peuple, tel est l'avis de M. Lévy dans son a Histoire ^® la peinture sur verre (^) ».
C'est ce qui explique, entre autres, dit-il encore, l'adoption, Par les artistes, de la figuration (2), des « arts libéraux » ^^njointement avec des sujets historiques. D'autre part, en ^ail de vitraux, par une loi fidèlement observée des artistes ^u moyen âge, on reproduisait deux fois, à chaque façade, le '^^me sujet, de sorte que cette peinture était la représentation ^^ la statuaire, pourvu, bien entendu, que l'une et l'autre ^ssent de la même époque.
Le symbolisme se faisait ressortir dans les vitraux légenaires, où les sujets (toujours selon Lévy) étaient empruntés ^x Actes des apôtres et aux chroniques religieuses. D'autres
') Histoire de la peinture sur verre en Europe et particulièrement en figue, par Edmond Lévy, de Rouen, architecte, lauréat de l'Académie de de Belgique, avec planches par J.-B. Capronnier, peintre verrier, uxelles. Bruxelles, 1860, in-4o, p. 63.
ibid., p. 36.
fois, ces vitraux étaient théologiques, ils se rapportaient à la vie du Christ ou de la sainte Vierge, ou bien ils enseignaient les dogmes de l'Église sous la forme ingénieuse de la symbolique chrétienne {^).
Or, selon Sidoine Apollinaire (Lyon 430 ou 431 1 488), les vitraux peints remonteraient déjà à son temps.
On connaît le rôle que les « arts libéraux », c'est-à-dire ceux où rinteiligence a le plus de part, a exercé sur la civilisation avant la création des universités (^).
Les mots a arts libéraux » sont la traduction rigoureuse de l'expression antique « artes libérales », ainsi appelés par les anciens parce que Thomme pouvait les exercer sans déchoir, par opposition aux « arts mécaniques » ou manuels, dévolus jadis aux esclaves.
Issus de rÉcole d'Alexandrie, les arts libéraux comprirent d'abord la grammaire, la rhétorique, la dialectique et la géométrie; on leur adjoignit plus tard la musique, l'arithmétique et l'astronomie. Ils constituaient tout l'enseignement classique. Ils ont été mnëmonisés dans ce vers :
Lingua, Tropus, Ratio, Numéros, Tonus, Angulus, Astra.
Nous ferons remarquer que le nom d'École d'Alexandrie a deux sens : s'il désigne quelquefois l'ensemble des savants
1*) LÉVY, Histoire de la peinture sur verre, pp. 67 et 68.
(-) HouzEAU et Lancaster, Bibliographie générale de Vastronomie, t. I, ^^ partie, pp. iO, 13 et 246. Les arts libéraux avaient reçu une sorte de consécration officielle dans les universités de la Renaissance par leur division en « qiiadrivium » et w trivium ». Dans la première classe, le quadriviiim figurait l'arithmétique, la musique (comprenant la théorie acoustique de la gamme et des actîords), la géométrie et rastronomie. (yétaienl les (juatre sciences exactes du moyen âge. — Voir aussi, sur les arts libéraux, La Margarita philosophica, de Reisch, XV« siècle, ainsi que Marti AN us Capella : ?iuptiae philologiae et Mercurii. Ce dernier auteur vivait au V* siècle avant J.-C.
c|ue l'intelligente protection des Ptolémées réunit dans l'Alexandrie d'Egypte, il s'applique le plus souvent à la succes- 2>ion de philosophes qui, du III* siècle de Tère chrétienne jusc]u'à la fin du V* siècle, entreprit d'unir la philosophie orientale à la philosophie greccjue.
Nous ne savons malheureusement pas si l'iconographie des <c arts libéraux » a subsisté dans nos provinces belgiques, soit en sculpture sur les porches d'église, soit en peinture sur les vitraux. On ne peut que regretter, en fait de vitraux des XII* et XIII* siècles qui, peut-être, auraient compris des sujets semblables, la disparition de ceux des abbayes de Lobbes, de Stavelot, d'Orval, de Saint-Bavon à Gand. « Que sont devenues, se demande M. Lëvy, les verrières des églises de Tournai, de ^and, de Tongres et de Liège? Un seul chroniqueur vient à notre secours, c'est celui du monastère de Saint-Hubert, qui parle avec admiration des vitraux donnés vers 1060, par ^^ Adeladis comitissa Areleonis », à l'église d'Anslaro ou Anly (lisez Andage, nom primitif de la ville de Saint-Hubert!). '1 nous apprend que les dessins peints sur cette verrière ne représentaient que des griffons autour desquels couraient des rinceaux et des entrelacs (^). »
î*) Lévy, p. 60.
Le symbole de rastronomie ehaldéenne.
Des sept arts libéraux, l'astronomie a surtout exercé 1 sagacité des savants en ce qui concerne ses origines. Créée p^ la nécessité de se rendre compte du temps en raison du besoi continuel où Ton était de recourir aux astres pour se conduii dans la vie pratique, les anciens assurent qu'elle dérive d< bergers de la Chaldée par l'observation directe des phén( mènes diurnes du ciel ; d'autres évoquent l'observation d< astres par leur réflexion dans un puits, ce qui a donné lie au moyen âge à la configuration idéale de ce puits par u boisseau.
Les anciens avaient personnifié l'astronomie en la transfoi mant en muse Uranie. Ils lui donnaient pour attributs prii cipaux une sphère, une couronne d*étoiles, des instrument de mathématiques. Rangée au moyen âge dans les sept ar libéraux, elle fut alors représentée sous la figure d'une femr tenant à la main une rose des vents, une boule ou un boisse plein d*eau au-dessus duquel sont indiquées des étoiles.
Sur le portail vieux, à la voussure sculptée de la cathédi de Chartres datant du XI1« siècle, ainsi que sur un vitrail la cathédrale de Laon, l'astronomie, comme dans une mi ture du manuscrit de l'abbesse Herrade, est représentée une femme levant les yeux au ciel et tenant un objet ( été considéré comme un a boisseau », l'ancienne mesu? capacité. Or, M. Vercoutre estime que ce n'est pas l'image boisseau (modiuSt mesure de capacité), mais d'un cylindre seulement à une de ses extrémités et ayant pour ob représenter Vitnage dCun puits!
Selon Viollet-le-Duc (*), l'astronomie porte un « boif
(*) Voir son Dictionnaire : Arts libéraux.
plein d'eau pour observer les astres par réflexion par le fait, dit-il, que des étoiles figurent au-dessus de cet instrument. Or, telle elle flgure dans la plus ancienne représentation connue par la miniature de V « Hortus deliciarum » précité. L*abbé Bulteau, dans sa « Monographie de la cathédrale de Chartres (^) », considérant ce boisseau comme une mesure, assure que ce motif est destiné à rappeler que l'astronomie préside aux travaux agricoles! Voici les termes dont il se sert en taisant la description des sujets du second cordon de la vous-
sure du porche vieux : « 5® L'astronomie qui regarde le ciel et porte un boisseau, pour indiquer qu'elle préside aux travaux apicoles; le boisseau est brisé en partie r.
^lon un savant et intéressant article de M. A.-T. Vercoutre : " U puits des anciens astronomes (3) », ce boisseau figurerait ^^ puits, c'est-à-dire représente la manière dont les premiers
^*) P. 62, 4" édition, 4850, vol. in-8o. Bibliothèque royale de Bruxelles, ^ ^764. Voir aussi Tin-folio : Cathédrale de Chartres, n» 57284 de la "^^«le Bibliothèque royale de Bruxelles.
') t^eme scientifique (Reuuerose), du 26 décembre 4903, A* sér., t. XX, '^'*> pp. 808-811.
astronomes s'y prenaient pour observer le ciel, figuration absolument conforme, pense cet auteur, aux habitudes iconographiques des artistes du moyen âge. Pour appuyer sa manière de voir, il ajoute que sur le même porche de Chartres, précisément au-dessous de la figure de Tastronomie, se trouve Ptolémée tenant, de chaque main, le tube qui, de son temps déjà, servait de lunette, ce qui prouverait que le sculpteur, pour caractériser chacune de ses figures, c'est-à-dire pour les différencier, s'est bien gardé de leur donner à toutes les doux le mémo attribut symbolique. Et, en effet, l'abbé Bulteau, continuant la description des sujets du même nom, arrivé au n° 6, dit : « Ptolémée tient dans chaque main un objet arrondi »; et en note : « Dans un manuscrit du XIII* siècle, l'astronomie est accompagnée de Ptolémée, qui examine les astres au moyen d'un tube à quatre coulants. A propos de ces tubes, ils étaient, à ce qu'il paraît, déjà connus d'Aristote et de Slrabon (*).
Une rose de la cathédrale d'Auxerre (Xllh-XV« siècle) représente les sciences comme au porche de Chartres (2).
En fait d'exception, on ne connaît que celle qu'offre le manuscrit d'Attavanti, célèbre Florentin, qui se trouve à la Bibliothèque Saint-Marc, à Venise. Seul des sept arts libéraux, l'astronomie y figure sur le fond du ciel, la tète entourée d'une auréole bleue et portant dans la main droite une sphère armillaire; d'autre part, aux cathédrales de Sens et de Laon, toutes les deux des XII* et Xllh siècles, mais dont le style de la première est pourtant du gothique du XII* siècle, rAstronomie est représentée par une rose des vents dont le milieu est traversé par un double trait brisé, que certains archéologues croient être une des dispositions pour figurer les solstices. A Laon, l'astronomie, assise, a un disque (une sphère?) coupé
(*) PoLYBE {Histoire unit;.,liv.X,c.46) les a décrits déjà chez les Grecs, assure llouzeau, p. 258.
(^} 11 serait bon de consulter à ce sujet les Annales de pkUosopkie chrétienne, t. XIX, p. 50, ainsi que la !?• étude de Mmoqraiphie des vitraux de. Bourges, par les PP. Cahier et Martin.
par un double trait comme dans le bas-relief de Sens. Enfin, Taddeo Gaddi, élève de Giotto, mort en 1360, a représenté l'astrologie tenant la sphère céleste au-dessus d*Atlas parmi les sept sciences, dans un des compartiments de la voûte de l'église Santa Maria Novella, à Florence.
Si nous revenons à Bulteau (^), nous trouvons que le reste de la voussure d'Auxerre est occupé par les représentations allégoriques des arts et des sciences. Chaque science ou chaque art est figuré par deux personnages placés chacun dans une niche; l'un représente une femme assise, simplement vêtue et portant les attributs de la science (qu'elle doit personnifier), comme dans la note citée ci-dessus de son livre; l'autre est un homme, sans doute, dit-il, Tinventeur de la science, ou un écrivain qui s'y est distingué; cet homme est assis; il a un pupitre ou écritoire scriptoriale sur les genoux, etc. (^).
BuflTon, au chapitre : ce Du sens de la vue chez Tliomme » de son a Histoire naturelle (3) », rappelle « qu'en se mettant dans l'obscurité, on peut, avec un long tuyau noirci (à Tintérieur), feire une lunette d'approche sans verre {sic), dont l'effet ne laisserait pas que d'être fort considérable dans le jour ». C'est aussi pour cette raison, ajoute l'illustre naturaliste, que du « fond d'un puits ou d'une cave profonde », on peut voir '^ étoiles en plein midi; ce qui étoit déjà connu des ^ciens, comme il paroît par ce passage d'Aristote : « Manu ^nim admotû aut per fistulam longius cernet. Quidam ex foveis puteisque interdum stellas conspiciunt ».
Aristote remarque, selon Tarlicle de M. Vercoutre, qu'un observateur qui, abritant ses yeux par la main ou qui, regardant par un tube (aiAot;) ne voit ni mieux ni moins bien les uuances diverses des couleurs, voit cependant de plus loin,
(*) Page 61.
(') Pour plus ample explication, consultez l» Didron, Iconographie ^^^étienne. Histoire de Dieu, p. 160; 2« les Annales archéologiques, t. IX, ^^ ïes Annales de philosophie chrétienne.
0 OEuvres complètes j mises en ordre par le comte de Lacépède. ^'oinelle édition, t. X, p. 280.
T. I. — Lettres, etc. 2
comme ceux qui, pour observer les astres, descendaient que^ quefois dans des souterrains (opuyiiia) ou dans des puits ((ppeap Aristote vivait au IV* siècle avant le Christ et, d'autre par ('«allisthène, son petit neveu, connaissait, à ce qu'il paraît, d( observations astronomiques chaldéennes remontant à vini siècles avant Aristote (^).
Or, que dit le Dictionnaire de TAcadëmie française au mol Étoile : « Faire voir à quelqu'un des étoiles en plein midi — Lui donner sur la tète ou dans le visage un coup qui lui caui un grand éblouissement. » Cela signifie aussi, ajoute ce Recuei! « en imposer, en faire aisément accroire à quelqu'un ».
Il paraît que cette figure date déjà de la première édition c l'œuvre collective de Messieurs les Quarante. Au mot Estai de la première édition, qui parut en 1694, on lit : « Quand o donne un grand coup sur la teste de quelqu'un, on di qu On luy fait voir des estoiles en plein midy ! ce que répèt l'édition de 1786, publiée à a Nismes », où il est dit, « Étoile » : « Quand on donne un grand coup sur la tête quelqu'un, on lui dit qu'On lui fait voir des étoiles en plei midi! » Cette édition de Nîmes est d'un nommé Brunet et no de l'Académie même, laquelle avait déjà publié ses éditiom antérieures, à Paris, en 1718, 1741 et 1762,
Et dire que depuis près de trois siècles aucun des immortel qui sont préposés à la garde de la langue française, n'a jamai pensé à faire la preuve matérielle de ce proverbe, en cherchar à savoir ce qu'il renferme de vrai, sur la tête de l'un ou d l'autre de ses confrères !
Ce qui étonne dans le Dictionnaire de l'Académie françaist c'est de voir encore subsister dans la dernière édition (la T datant de 1879) des proverbes ou des figures populaires qu' faudrait définitivement détruire. Ainsi, A la queue gît venin ! ou le venin est à la queue, au mot « Serpent », se di par allusion à la croyance populaire, que certains serpen ont le venin dans la queue, ce qui n'est pas vrai!
(^) Aristote, Traité de la génération des animaux. Édition de 18' t. V, p. 26.
Le « puits de la Vérité » ou la Vérité sortant du puits.
Le puits de rastronomie antique nous amène tout naturellement au « Puits de la Vérité m, ou <c La Vérité sortant du Puits », symbole qui a séduit tant d'artistes, lesquels, interprétant cette figure à leur manière, représentent la a Vérité » par une jeune femme nue ou à peine drapée, appuyée contre un puits ou assise sur la margelle, et tenant à la main un u)iroir, allégorie délicate, où Ton rencontre le désir de rendre hommage à la beauté féminine.
Voici sommairement les considérations de M. Vercoutre à l'égard du a Puits de la Vérité ». 11 faut, pour les établir, remonter à l'origine de l'astronomie, c'est-à-dire aux premiers observatoires. Ceux-ci furent d'abord la plaine ou la colline; la tour de Bélus à Babylone ou la tour d'Alexandrie (^) De constituèrent que des perfectionnements relativement uiofiernes d'antiques observatoires disposés tout autrement, <lit cet auteur.
Houzeau raconte qu'à l'imitation du miroir du phare d'Alexandrie il en existait un tout à fait du même genre à Kaguse en lUyrie; il se voyait encore au XVI« siècle, dans un lieu d'où Ton découvrait la mer. 11 avait la forme d'un « boisseau » ou d'un tambour à un seul fond, et l'on y
{*) I) s'agit ici de la tour construite par Bélus, roi d'Assyrie, qui conquit la Babylonie sous les Arabes, et régna de 1993 à 1966 avant le Cbrist. Quant à la tour (ou phare; d'Alexandrie, située à l'extrémité orientale de l'ancienne ile de Pharos, ce fut le célèbre phare — une des merveilles de l'antiquité — construit par Sostrate de Cnide, sous PtoJémée II, dit Philadelphe : « l'ami de ses frères » (? f !247 avant le Christ). D n'en existait plus que des vestiges vers l'an 4350 de notre ère ; an XV« siècle on éleva dans leur voisinage les fortifications qui existent encore sous le nom de Fort du Phare ou Tour de Pharos.
regardait en tournant le dos aux objets à examiner! Burattini, ajoute Houzeau, en parle d'après des renseignements authentiques, dans une lettre publiée par Libri dans son « Histoire des sciences mathématiques en Italie », 1838, t. I, p. 3i6(^j. Houzeau ajoute : a 11 ne subsiste, surtout, aucune trace que ces appareils aient jamais été tournés vers le ciel ! »
De ce que Houzeau ne parle pas du puits astronomique des Chaldéens, faut-il conclure qu'il n'en a jamais subsisté? Je ne le pense pas, et je partage le sentiment de M. Vercoutre en ce qui concerne l'existence de ces appareils souterrains d'observation, tels que celui-ci le suppose, d'après l'iconographie médiévale. Si Houzeau avait autant visité les cathédrales qu'il a parcouru de livres, dans son profond entendement de savant, il se serait aussi aperçu que le symbole de l'astronomie, peint ou sculpté, dans certaines verrières ou porches, offrait quelque chose d'anormal à tout ce qu'il avait recueilli pour constituer sa laborieuse Bibliographie générale de l'astronomie, à laquelle il avait associé M. Lancaster, alors bibliothécaire de l'Observatoire de Bruxelles, pour la publication de cet important ouvrage. Nulle collaboration ne pouvait lui être plus précieuse que celle de ce jeune savant, qui occupe actuellement avec tant de science et de distinction les fonctions de directeur d^ service météorologique de Belgique à l'Observatoire d'UccJe.
Houzeau aurait aussi dégagé, nous n'en doutons nullementi le symbole « du Puits astronomique » de ses obscurités; ^^ comme le moyen âge iconographique ne lui était pas toutàfai^ inconnu, il en aurait parlé en connaissance de cause (<). SeloO
(^) Houzeau (p. 47), s'appuyant sur Ptolémée {De apparentiù SteUarum)* dit que a pour jouir du brillant coup d'œil de la voûte étoilée, le^ premiers étudiants du ciel cherchaient des endroits découverts, d'où il? pouvaient embrasser une grande étendue du firmament : ils montaient sur le sommet des collines d. £t plus loin : a En Egypte, on allait sur le^ monticules suivre les mouvements des étoiles ». — /Wd., p. 256.
i<) Toutefois, Houzeau a pour excuse ce qu'il dit pages 30(V^1 de sa a Bibliographie » : a Pendant la deuxième époque des monuments astronomiques, celle de la Renaissance, les documents de la science sont
ui, les premiers explorateurs du ciel cherchaient des endroits écouverts d'où ils pouvaient embrasser une grande étendue lu firmament; ils montaient, à cet effet, sur le faîte des colines. D'autre part, il estime que ce n'est qu'au temps du nathématicien grec Autolycos (né en Éolie vers 360 avant le Ihrist) que l'astronomie fut réellement constituée!
Il paraîtrait, selon M. Vercoutre, que les premiers observaîur8(^), partant de l'idée que pour combattre et détruire l'action e la lumière diffuse dans l'atmosphère, il faut écarter celle-ci u rayon visuel, se seraient installés au fond d'excavations laturelles ou créées à ciel découvert pour explorer la voûte éleste et suivre les phénomènes dont celle-ci chaque jour et •haque nuit est l'objet. Ce genre de puits a été en usage jusqu'à ^slote, comme nous l'avons vu ci-dessus par les réflexions le Buffon au chapitre : « Du sens de la vue chez l'homme », ians ses « OEuvres complètes ».
C'est du temps de l'illustre fondateur de la philosophie péripatéticienne (2) que remonte l'usage, en astronomie, des
contenus dans les manuscrits. Les principaux de ceux-ci ont été ou analysés ou reproduits intégralement par la voie de la presse. On y a joint souvent des traductions ; en sorte que nous avons un certain accès îux sources authentiques. Il reste cependant dans les dépôts des biblio- ^èques, des documents précieux qui ne peuvent être étudiés que sur ïes exemplaires uniques. Il est même probable qu'un certain nombre i'ouvrages qu'on regarde comme perdus sont enfouis au milieu de matériaux mal examinés ou dont on n'a pas publié d'inventaire ». (*) Que Jean de La Fontaine appelle spéculateurs dans la fable : Uastro- ^ qui se laisse tomber dans un fruits, de la première édition de ses ouvres. Selon Walckenaer, l'éditeur des œuvres complètes de de La ontaine, cette fable serait la i69<> d'Ésope ! A vrai dire, du temps du »l)uliste, on disait spéculer (voir édition de 1694 du Dictionnaire); c'estdire « contempler avec attention ». En ce sens, il ne se dit proprement le des astres et des phénomènes du ciel. Exemples donnés alors par Lcadémie : « Il a toujours le ciel au bout d'une lunette pour spéculer les très ; il spécule sans cesse ».
;*) Aristote, Traité île la génération des anvnaux, V, I, 26.
tubes sans verre que les Grecs ont nommés av/.oi fauloi). C'est d*alors qu'auraient été élevés les observatoires sur le sol (384-333 ans avant le Christ). D'autre part, Gerbert, qui devint pape sous le nom de Sylvestre H (999), lorsqu'il n'était encore qu*évéque de Hagdebourg, prit la latitude de cette ville pour y établir un cadran solaire, en visant la Polaire a au travers d'un tube » [fistulam] (^). Gerbert, né vers 930, d'une famille obscure, à Aurillac (Auvergne), après avoir reçu une éducation savante dans le monastère de cette localité, était allé se perfectionner chez les Arabes d'Espagne. Il gouverna avec sagesse l'Église jusqu'en 1003, année de sa mort. On assure qu'il possédait des connaissances prodigieuses pour son siècle, en géométrie, en mécanique et en astronomie. Durant son mandat apostolique suprême est compris l'an mille, l'année qui aurait dû être celle de la tin du monde, selon une fausse interprétation, par l'historien Robertson et d'autres, de la chronique de Kaoul Glaber, racontars que Raoul Rosières, dans ses « Études sur l'ancienne France », a mis à néant. Voir à ce sujet ce que j'ai dit dans mon livre : ce La sculpture et les chefs-d'œuvres de l'orfèvrerie belge » (2).
Comme on le sait, l'astronomie a son origine chez les Chaldéens, peuple de l'ancienne Babylonie, entre l'Euphrate (après sa réunion au Tigre), l'Arabie et le golfe Persique. De toute antiquité, ce peuple fut célèbre en mathématiques et en astronomie. Il y joignait les études astrologiques, qui devinrent très estimées à Rome dans les derniers temps de l'Empire.
Mithra, la divinité suprême des anciens Perses, dont les légions de Julien l'Apostat apportèrent le culte dans les Gaules jusqu'à nos provinces actuelles et que le christianisme étouffs au temps de Constantin le Grand, a eu une grande influence, estime-t-on, sur les commencements de la science des astres.
Ce culte, qui, selon les Grecs et les Romains, était l'adoration du soleil, tandis que, selon d'autres, il serait la personnification
(*) HouzEAU, p. !258.
(*) Chev. Maiichal, p. 64.
muzd comme principe générateur et comme peràonni- ; la fécondité qui perpétue le monde, ce culte, dis-je, avait ntroduit à Rome 80 ans après le Christ, selon Stace! Il se iloppa surtout au temps de l'empereur Commode et ne définitivement détruit qu'en 394, surtout par la doctrine igélique (^).
Alexandrie d'Egypte, centre mithriadique se disait d'un itre y> consacré à ce culte, l'abside des Spelae, selon iont, ou le sanctuaire, cette partie du chœur dans laquelle ergé chrétien se rangeait autrefois en cercle à droite et à ehe de l'évêque officiant.
propos d'Alexandrie, H. Cumont rapporte que le patriarche rges, ayant voulu construire une église sur les ruines d'un hréum, provoqua une émeute sanglante. Arrêté par les ^strats, il fut arraché de sa prison par la populace et mis lort le 24 décembre 361.
^r, c'est une réflexion personnelle que je fais à ce sujet, les hréums abandonnés n'ont-ils pas été utilisés d'abord par le te chrétien et celui-ci n'en a-t-il pas suivi le modèle pour ses ptes souterraines dont il y a tant d'exemples dans les dix miers siècles du christianisme?
k)mmc le rappelle M. Vercoutre, d'après Origène et Porphyre
) Consultez Cumont (Franz), Les mystères de Mithra, 2« édition revue, xelles, 1902, in-12. Milhra, selon F. Cumont (p. 3), entend tout, aperçoit t; il est omniscient, nul ne peut le tromper. Par une transition natue, il est devenu, au moral, le dieu de la vérité... ''il est une autorité à laquelle il faudra toujours recourir dorénavant, ce qui concerne le culte de Mithra, c'est celle de M. le professeur nz Cumont. Il lui a consacré deux forts volumes in-4» avec figures, fermant le fruit de ses explorations dans toutes les contrées d'Europe i^éme en Asie Mineure où avait fleuri ce culte. L'ouvrage porte pour ^ • Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, te avec une introduction critique. Bruxelles, 1889, 2 vol. in-^*'. ^ immense travail il a ajouté récemment un in-12 de 186 pages, avec ^res et carte, intitulé : Les mystères de Mithra.
le platonicien (^), Zoroastre (S) aurait, le premier, consacré i culte de Mithra une caverne ou un antre pour la célébrati( de ses mystères ; il ajoute que ces deux classiques parlent < l'hommage rendu dans ces souterrains au « Créateur et pè de toutes choses » ! M. Cumont (p. 33) pense que « l'habitui de consacrer à ce dieu les antres des montagnes est sans dou un héritage du temps où Ton ne construisait point de temple et plus loin, ce serait Eubule (pp. 68-69), qui a écrit d recherches mithriadiques en plusieurs livres, cité par Pc phyre, qui aurait avancé que a Zoroastre est le premier cré teur du culte mystérieux? ».
Selon H. Cumont (3), « s*il faut en croire une légenc rapportée par Porphyre, Zoroastre aurait consacré à Mith: dans les montagnes de la Perse « un antre fleuri et arrosé ( sources », et, dans la suite, ses sectateurs auraient conser rhabitude de célébrer leurs initiations dans des grottes nati relies ou artificielles. Les observations modernes ont confirm* sinon la vérité de la tradition, du moins l'exactitude de coutume relatée par le philosophe platonicien. Les fidèles d dieu perse se sont souvent établis, pour pratiquer leur cuit dans des excavations rocheuses, et ils ont de préférence choi pour leurs sanctuaires les endroits où jaillissait une sourt ou du moins où Teau coulait à proximité ».
Or Eratosthène, bibliothécaire d'Alexandrie sous Ptolém^ Evergète (396-194 avant J.-C), avait remarqué que le joi du solstice d'été (31 juin), le soleil arrive au zénith à Syène dai la Haute-Egypte et que son image apparaît alors au fond d'u puits, remarque précieuse, ajouterai-je, pour ceux qui mette) en doute que les anciens astronomes se servaient d'un puiu
(*) Origène, docteur de l'Église (Alexandrie, enlS5tS53). ApoL d Christ, contr. Cels., t. VI, 22, et son élève Porphyre (Malk ou Malchoi roi des Syriens. Tyr. 233 f Rome, 304). (De antr. nymphar., t. VI.) •(*) Nom que Ton croit signifier la Splendeur (Tor.
{•) Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, publi*^ avec une Introduction critique. Tome I»*, Introduction, p. 55.
Or pour arriver à déterminer par une simple proportion la circonférence de la Terre, Eratosthène mesura le même jour la hauteur méridienne du soleil à Alexandrie, qu'il considérait comme située sur le méridien de Syène. Le complément de cette hauteur lui donna la différence des latitudes de ces deux localités.
D'autre part, Houzeau, en rappelant le vers souvent cité du ^hant second de Lucain :
..., atque umbras nusquam flectente Syene,
que Nisard traduit : a ... et Syène, où le soleil ne produit point Nombre », phrase dans laquelle l'illustre neveu de Sénèque ^^t allusion dans sa Pharsale, à la verticalité de l'astre, le jour du solstice d'été, sur l'Âssouan moderne, ajoute : ce ce jour-là, on percevait l'image de l'astre au fond d'un puits! » Ce puits constitua une curiosité célèbre tant que le soleil y projetait perpendiculairement son image, phénomène qui ne subsiste plus depuis que le tropique est plus au sud.
Voilà décidément un puits qui semble être bien favorable à la thèse de M. Vercoutre (^).
Pour celui-ci, la vérité lui apparaît claire, si l'on admet
que l'antre ou souterrain dans lequel s'accomplissaient les
roysières en l'honneur du « Créateur de l'Univers » n'était
autre chose que le « puits astronomique », comme, ajoute-t-il,
I nous en trouvons d'ailleurs la preuve dans les auteurs préin-
1 diqués. Et il s'en réfère à ce sujet à Origène.
[ Tout cela serait très bien si cet antre ou souterrain avait la
'^' forme d'un puits rond ou carré, n'importe, mais d'où en
^t f^Iité, et non figurément, on pouvait explorer le firmament et
^ suivre conséquemment le cours des astres? ' ; M. Cumont vient de nouveau à notre secours à cet effet. Dans
|r (*) PuisiEUX, La notion de la figure de la terre, de Thaïes à Newton.
;d| (l^tvcK SCIENTIFIQUE, 5« série, t. 4, p. 707, 4904.) — Houzeau, Bibliogror
nh4*
son livre a Les mystères de Mithra », il nous donne le plan des mitbréums découverts à Heddernheim l'ancienne civitas Taunensium, au nord de Francfort (p. 44) et à Ostie (p. 34); ei page 136, le plan d'un spelaeum restauré, d'après les découvertes de Carnuntum, localité sur le Danube non loin d( Yindobona ou Vienne. Or, ce ne sont nullement des puits, mais des souterrains : le premier a 10 mètres de longueur: le deuxième 6 mètres de largeur sur une longueur presque quadruple; le troisième, qui est figuré de face ou en profondeur, a des proportions identiques.
Voici la description qu'en donne M. Cumont (p. 137) : ce Dans les villes romaines, les cavernes perdues dans les montagnes furent remplacées par des souterrains voûtés {spelcea) d'ur aspect beaucoup moins imposant. Mais, même dans ces grottes artificielles, les scènes d'initiation devaient produire sur le néophyte une sensation profonde. Lorsque, après avoir traverse le parvis du temple, il descendait les degrés de la crypte, i apercevait devant lui, dans le sanctuaire brillamment décoré e illuminé, l'image vénérée de Mithra tauroctone dressée dans Tabside, puis les statues monstrueuses du Kronos léontocé phale, surchargé d'attributs, et des symboles mystiques doni l'intelligence lui était encore fermée. Des deux côtés, les assistants, agenouillés sur les bancs de pierre, priaient et se recueillaient dans la pénombre. Des lampes, rangées autoui du chœur, jetaient une clarté plus vive sur les images des dieux et sur les officiants, qui, revêtus de costumes étranges accueillaient le nouveau converti. Des jeux de lumière inattendus, habilement ménagés, frappaient ses yeux et son esprit...)
Or, ce n'est pas tout à fait comme cela que M. Vercoutre nous promène dans le sanctuaire mithriaque, d'après sa version d'Origène. c< Ce philosophe, dit-il, raconte que poui pénétrer dans l'antre de Mithra, on descendait une échelle mystique composée de sept échelons, dont chacun était plad sous la protection d'un astre, le Soleil, la Lune, Vénus, etc. Porphyre, décrivant l'intérieur même de l'antre, le montre disposé de manière à être l'image du (c monde créé par Mithra»;
il ajoute que, à cet effet, on y avait placé, séparés par des intervalles symétriques, les symboles des éléments et des régions du monde (^;. M. Vercoulre y voit, de la part de Zoroastre, le désir d'honorer et de perpétuer le souvenir du premier instrument de travail des astronomes, « le puits ou observa* toire primitif »; l'antiquité se plaisait en même temps à consacrer à Tunivers « les grottes et les antres^ soit naturels, soit creusés par l'homme ». Ce souterrain est appelé en grec ^"tTrjXxwv, c'est-à-dire c< antre », et en latin specus ou spéculum, caverne, grotte, de specio : « voir » ; il s'en est suivi les mots ^^ctare, « observer »; spéculum, miroir; spécula, observatoire, ^^ speculari, guetter ou épier (?), trois mots dérivant de specus : « ^ntre » ou « souterrain ». L'auteur fait à ce sujet la remarque suivante : « Dans les langues grecque et latine, les mots signifiant voir, observer, et leurs dérivés rappelaient à l'esprit Je premier observatoire connu, — c'est-à-dire Vantre ou puits d^^ anciens astronomes ! »
Arrivons maintenant à l'allégorie : La Vérité qui habite et î^i sort du puits! Selon M. Vercoutre, ce serait Démocrite qui» le premier, aurait proclamé que « la Vérité est au fond du puits », c'est-à-dire dans l'observatoire des temps primitifs (:i). c( Il est donc clair, ajoule-t-il, que, dès ce moment, le puits astronomique était considéré comme « un puits de lumière et de vérité! » Mais cette interprétation fut bientôt prise dans un sens contraire à celle que lui avait donnée Oéajocrite, et l'on en vint très vite à croire et à dire, et tout
M Voir encore Cumont, pp. 100 et suiv.
n M. Vercoulre, pour fortifier sa thèse, dit que le célèbre observatoire ^^ Meragah (Maragha, Pers(;), construit au XIII« siècle par Tastronome persan Nassir-Eddin-el-Thoussi [Nassir Eddyn, dit AI-Thoussi, parce qu'il élaiide Thous, ancienne capitale du Khoraçan (1201 f 1274)], présentait une disposition intérieure rappelant, croyons-nous (dit-il), celle des puits astronomiques : il ajoute que cet édifice était aménagé de telle sorte que <^*ïaque matin, les rayons solaires passant par un trou pratiqué dans la <^oipole se projetaient sur le mur, ce qui permettait d'y noter Jes degrés ^ les minutes du mouvement moyen du soleil, sa hauteur dans les *fi^rentes saisons, etc.
le inonde aujourd'hui croit et dit que, dans l'allégorie en question, le puits dit de la « Vérité » représente Tabime d'erreurs et d'obscurité où est supposée cachée, et d'où l'on doit dégager cette vérité! Comme exemple à l'appui, H. Vercoutre cite la gravure de Jost Amman 0), de 1562, représentant le c< temps retirant la vérité de l'abîme et de l'obscurité ». C'est, au surplus, ce qu'avait dit Cicéron dans son Veritatem in profundo Demersam : « La vérité sort de Tabîme ». Hais ce qui excuse Ciceron, c'est que les Romains n'avaient pas connaissance du puits des astronomes, de son temps, aurait-il pu ajouter. En acceptant ma thèse, dit M. Vercoutre, on arrive i comprendre pourquoi la vérité qui habite ou sort du puits, tient en main « un miroir » ; et il fait appel à cet effet à l'astronome Eudoxe de Cnide (% dont un miroir sert de titre à son livre, c'est, dit-il, l'evoTrrpov, le miroir astronomique », et nous pouvons en conclure que cet objet faisait partie de ceux qui garnissaient les observatoires souterrains.
C'est de l'antiquité qu'est partie la fable de « l'astronome qui tombe dans un puits ». Dans l'édition grecque d'Ésope, de Coraï (3), se trouvent, à ce qu'il paraît, deux versions de cetti
(*) Amman ou Amoun (Josse), célèbre dessinateur et peintre, né ; Zurich en 1536, mort en 1591 à Nuremberg, où il s'était établi depuis 1573
(«) Eudoxe, vers 370 avant J.-C.)» écrivit entre autres un Traité te Phénotnènes, qui,assure-t-on, se retrouve presque en entier dans le poèim-' d'Aratus, portant le même titre. Les ouvrages d*£udoxe sont perdu* dit Uouzeau, p. 406.
(5) Paris, 1810, in-8o. (Esope naquit en Phrygie au VI« siècle avant 1 Christ).
Voici les vers qui s'y rapportent :
Un astrologue un jour se laissa choir Au fond d'un puits; on lui dit : Pauyre bète. Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux yoir, Penses- tu lire au-dessus de ta tète.
D'autre part, Walckenaer a conservé, en ce qui concerne le m^ « astrologue », le mot « spéculateur » qui se trouve dans Tédition c* La Fontaine de La Haye (1688), laquelle a paru encore du vivant du poèt^
phrase : Dans l'une un astrologue (astronome), ayant Fesprit et non les yeux tourn.és vers le ciel, fit une chute dans « le puits », eiç To f peap, version très ancienne, et où l'on se dit qu'il doit « être question du puits qui servait d'observatoire; tandis que dans l'autre, où on ne connaît plus le puits astronomique, l'astronome est tombé dans un puits quelconque, « eiç cppeap ». Cette erreur se perpétua, et Platon (Théététe, XXIV) ne parle déjà plus que d' « un puits ordinaire », ce que le fabuliste Jean de La Fontaine répéta en ne parlant que d' a un puits d'eau ou supposé rempli d'eau »; et enfin, Diogène Laêrce (I, Thaïes, 8) fait simplement tomber Fastronome dans un trou. Il y a donc apparence que ce dernier auteur, qui écrivait au II* siècle de notre ère, eut comme une vague intuition de vérité, dit M. Vercoutre, d'autant plus facile à saisir en raison de l'accès du puits qui exigeait l'emploi d'échelles. Ce serait par cette raison que Thaïes (^), selon Platon et Diogène Laêrce, ayant l'esprit préoccupé autre part et voulant descendre dans son observatoire, fit une chute qui fut interprétée malignement, ce qui serait Forigine de la fable (!).
D'autres oublis ou transformations se firent encore. Démocrite considérait, et avec raison, le puits de Fastronome comme un a puits de vérité », autrement dit comme un réservoir précieux de connaissances exactes : en passant des Grecs aux Romains, ceux-ci remplacèrent par le mot fons ffontaine) le mot ce puits », en raison de Fimage que leur offrait la source (origo) (2). Toutefois, l'esprit populaire, ce grand conservateur de tout ce qui concerne les peuples, avait conservé l'idée de c< puits astronomique » avec le sens donné par Démocrite, à en juger par ces deux vers rappelés par M. Vercoutre, du livre : <c Les Beautés de Paris », du poète
[^) Thaïes, né en 630 avant le Christ. On lui attribue la maxime : " Connais-toi, toi-même ». — Platon, né en 429 ou 430? avant le Christ. — Diogène Laërce, né en 190 après le Christ.
(*) Selon Cicéron : origine, principe, cause.
Eustache Deschamps, dit Mord, surnom qui lui fut donné, on ne sait si c'est à cause de son teint ou d'une captivité qu'il subit chez les Maures. Né à Vertus (Champagne) vers 1340, il mourut vers 14d0 (*).
G*est la cité (Paris) sur toutes couronnée Fontaine (source) et puis de sens et de clergie...
Voici, proverbialement et figurément, ce que dit au mot a Puits », la dernière édition (1879) du Dictionnaire de l'Académie française :
— « La vérité est au fond d'un puits » : Elle est cachée, il faut des recherches profondes pour la découvrir. — « Ce qu'on lui dit tombe dans un puits », se dit en parlant d'un homme fort discret, i— « C'est un puits », se dit dans le même sens, d'un homme qu'il est impossible de faire parler sur les choses qu'il doit taire. — ce Cela ne tombe pas dans un puits », on s'en souviendra en temps et lieu. — « Cela est tombé dans un puits », se dit d'une chose dont il a d'abord été question et qui est absolument oubliée. — « C'est un puits de sciences », c'est un homme extrêmement savant. « C'est un puits d'or », c'est un homme extrêmement riche.
En ce qui concerne le mot ce Vérité », voici ce qu'en dit le même Dictionnaire : — ce La vérité est cachée au fond d'un puits ». Il faut tirer la vérité du fond du puits. — ce Le flambeau de la vérité », le miroir de la vérité.
Florian commence la première de ses fables : ce La Fable eC:^ la Vérité » par les deux vers suivants :
La Vérité toute nue
Sortit un jour de son puits.
Quant au complément du Dictionnaire, il me semble plu- ^ logique, en ce qui concerne le mot ce Puits », en rappelant 1 ^
(*) Ses Poésies morales et historiques ont été publiées en 1832 p»^ Crapelet, gr. ïn-S^.
proverbe : « Pénétrer dans le puits de Démocrite », c'est-àdire découvrir la vérité des natures, ce qui s'applique aussi bien aux astres qu'aux choses de la terre!
Nous voilà bien loin, me dira-t-on, de l'allégorie de l'astronomie primitive. Que voulez-vous, j'ai été quelque peu fasciné par la thèse si originale de M. Vercoutre et j'ai voulu l'aider à réaliser le proverbe de Démocrite : « Découvrir la vérité en explorant le passé de l'histoire ».
il se peut que dans ces pages quelques dates ne concordent pas avec celles préférées d'un chacun; je m'en excuse en ajoutant que, seul peut être en la circonstance, le philosophe d'Abdère, qui riait constamment des folies humaines, pouvait me faire pénétrer sous ce rapport dans son puits avec Tassurance que je sois constamment en présence de la Vérité.
Pour finir, disons avec le bon Jean de La Fontaine (^) :
Bornons ici cette carrière;
Les longs ouvrages me font peur,
Loin d'épuiser une matière,
On n'en doit prendre que la tîeur.
0) Voir Tépilogue du Vl» livre de ses Fables, page 280 du tome U de l'édition Walckenaer.