‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 54 sur 95 · CHAPITRE II L'auteur · texte numérisé non relu

CHAPITRE II L'auteur

Uuel regret nous prend de ne pas le connaître autrement que par son œuvre ! Pourtant c'était une âme d'artiste que la sienne, et il n'y a guère que le délicat Adam de le Haie ou Grëban qu'on lui puisse comparer. Mais il a plus d'esprit que celui-ci, moins de longueurs, et il parle une langue plus jolie.

C'était un clerc à n'en pas douter, il connaît trop ses répons et son latin d'église, le but d'édlHcation apparaît trop net dans cette procession des prophètes. D'ailleurs la composition même du manuscrit, qui renferme un drame liturgique, des hymnes, des séquences et des vies de saints^, vient peut-être témoigner encore de la valeur édificatrice attribuée à cette pièce.

C'était un clerc ayant quelques notions de droit sans doute, comme le montrent les termes juridiques qu'il emploie, par exemple, dans les lamentations d'Adam après la faute :

J'ai si mal agi envers mon seigneur Je ne puis entrer en procès avec lui Car j'ai tort et il a le droit pour lui. Dieu quelle mauvaise cause est la mienne • 1

Mais il est plus lettré encore que juriste : sans doute il avait

* Jeu (TAdam, Préface, p. v.

' Nous préférons traduire celte citation comme la précédente; on Pourra se reporter au texte, p. 23.

lu les innombrables romans que vers le milieu du XII® siècle, les jeunes filles nobles ëpelaient à la veillée; peut-être les œuvres de Chrestien de Troyes lui étaient-elles connues, peutêtre aussi r (c Énéas » ou le ce Roman de Thèbes ». Ce qui y fait penser, ce sont ces jolies comparaisons familières aux romans :

<c Tu es plus blanche que cristal, que la neige qui tombe sur la glace de la vallée. »

C'est là qu'il avait puisé ces façons de parler délicates, ces douces paroles que trouve dans son cœur l'homme qui veut séduire une femme. Il n'ignore rien des lois de l'honneur dont la lyrique de son temps exposait les rigoureuses exigences. Aussi Adam se peint-il lui-même comme traître et félon envers Dieu, son légitime seigneur et suzerain.

Est-ce la lyrique aussi qui apprit à notre poète à parler cette belle langue ferme et si française qui porte le cachet de l'âge d'or de la littérature médiévale! Entendez la joie d'Eve quia goûté du fruit défendu et en célèbre la vertu^et la saveur ^ :

ÉVE.

J'en ai goûté, Dieu ! Quelle saveur, Jamais ne sentis telle douceur!

De telle saveur est cette pomme.

Adam.

De quelle?

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