‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 53 sur 95 · CHAPITRE PREMIER Échafttud, décors, organisation · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Échafttud, décors, organisation

Sous le porche s'élevait un échafaud à quelques pieds de terre et des escaliers, sans doute, le reliaient à la place où, à quelques mètres de distance, se massait la foule avide de contempler l'enfer dont savons mal la forme, mais qui était peutêtre déjà une gueule s'ouvrant pour livrer passage aux démons ei s'appuyant sur une tour de forteresse, dont parfois s'échappait une fumée sinistre.

Pourquoi les rubriques souvent si complètes n'ont-elles pas pris soin de nous informer mieux de ces décors comme fit l'auteur de ce fragment de Résurrection du XI^ siècle ^ oii le prologue prenait soin d'apprendre aux spectateurs ce que désignaient les échafauds « lius » ou « estais » qui s'alignaient devant leurs yeux et qui se composaient d'un crucifix, d'un sépulcre, d'une geôle, de l'enfer et du ciel, de la Galilée, du château d'Emmaûs, des sièges réservés â Pîlate, à Caïphe et à la Juiverie, à Joseph d'Arimathie et à Nicodème?

L'auteur du Jeu d'Adam nous a cependant révélé que le paradis est constitué par une élévation, sans doute un a échafaud »; celui-ci est entouré de rideaux et d'étofies de soie qui montent assez haut pour que les personnages du paradis soient cachés jusqu\iux épaules. Des fleurs odorantes et des feuillages y sont répandus ; « qu'il y ait là des arbres d'essences

« Publié par Jubinal, cité par Du Méril, p. 68, note 4. G. Paris place cette Résurrection au XIII« siècle. {Poésie au moyen âge, Paris, Hachette, i895, p 237.)

diverses couverts de fruits afin que le lieu paraisse très agréable » ^.

C'est toute une évocation que cette rubrique qui marque déjà une imagination délicate, plus diflScile à contenter, soucieuse des beautés de la nature et désireuse de faire aspirer aux spectateurs un peu des parfums qui réjouissaient là haut les bienheureux.

Mais, peut-être, l'attention allait-elle surtout à Tenfer dont les portes s'ouvraient et se refermaient sans cesse sur les formes grimaçantes des diables que désespérait la venue du Messie, annoncée par les prophètes du haut d'une petite estrade ou d'une chaire dressée à cet effet '.

On s'amusait de la fumée qui s'échappait à grosses volutes des tours infernales 3. Cette présence du lieu maudit n*était pourtant pas un fait nouveau dans l'histoire du théâtre : déjè, dans le drame des vierges sages et des vierges folles qui date du Xh siècle et qui est un mélange de latin et de langue vulgaire, on voit les diables précipiter en enfer ^ celles dont l'âme a trop longtemps dormi dans les péchés.

Ce qui était une invention plus nouvelle et ce qui assigne à l'auteur une place marquante dans l'histoire de la machinerie, c'est ce serpent monté avec art qui s'enroule le long du tronc de l'arbre défendu pour offrir à Eve le fruit qui la perdra.

Ailleurs Abel porte dans le dos une casserole recouverte par ses vêtements, ce qui permet à Caîn de l'assassiner « bellement ^ ».

Tous ces trucs déjà fort perfectionnés exigent la présence

* Jeu (VAdam, p. 3.

« Ibid., pp. 42 et 15.

» Ibid., p. 33.

* Du MÉRiL, p. 237. 11 y a une grande différence entre le drame de rÉpoux et notre Jeu d'Adam, le premier est plus rapproché de la liturgie et est encore presque entièrement chanté. Cf. Tiersot, Histoire de ^ chanson populaire. Paris, Pion, in-8o, 1899, pp. 490-491.

* Jeu d*Adam, p. 41.

constante d'un régisseur attentif, dont il n*est pas question, mais qui est indispensable aussi pour bien grouper les prophètes et préparer leur entrée. Cest le chœur qui les évoque tour à tour, remplissant ainsi les fonctions que nous avons vu déférer ailleurs à saint Augustin.

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