FAITES EN MAINE ET LOIRE, EN
Rxpeiio crede : aliqoid aropliusin sylvis inventes quam in libris, Ligna et lapides docebunl te quod a magistris audire non possis.
S. Bernard, Opéra, 1. 1 , p. 110.
Dans les iDStruclions émananl de la commission établie au Ministère de Tinstruclion publique, figure la recommandation aux Sociétés savantes de dresser le Catalogue des plantes spontanées dans les divers départements et de le faire suivre du tableau des principales herborisations, présentant Ténumération des espèces les plus notables à peu près dans Tordre où on les observe sur le terrain. La Société académique de Haine et Loire doit se féliciter d'avoir devancé la pensée de la commission des Sociétés savantes, en publiant, avant de connaître ses instructions, le catalogue raisouné des plantes de Maine et Loire (Mémoires, tom. vi) et le tableau des herborisa-
lions de 1859 (Mémoires, tom. yiii). C*est ce motif qui nous encourage à présenter à Tacadémie le résumé des herborisations que nous avons dirigées en 1860, accompagné de plusieurs amateurs et des élèves de Técole supérieure d'Angers.
!• Les fouriheàdx a chaux. — A Texlrémité d'un faubourg de la ville, vers le Nord-Est, se soulevait un monticule de calcaire dévonien, célèbre depuis longtemps parmi les botanistes par le grand nombre de plantes calcicoles qu'ils y rencontraient et qui conli^aslaient d'une manière tranchée avec la végétation des terrains schisteux environnants. Une longue tradition voulait^que Ton ouvrit, 4)ar cette excursion^ la saison des herborisations : les nouveaux adeptes pouvaient sans fatigue, s'initier à la connaissance des principales formes végétales, et leur intérêt était appelé par le grand nombre de plantes vernales qu'offrait celte localité. Des tapis de Potentilla verna, Hedicago minima, Med. ambigua, Med. cinerascens (1), Valerianella eriocarpa, Cerastium obscurum et Brachypetalum^ Thlaspi perfoliatum , Cardamine hirsuta , attiraient d'abord l'attention, puis on y trouvait sucrcessivement les Ophrys aranifera, Orchis ustulata et hirciua, Orobanche eryngii, Althea hirsuta, Leontodon hispidus, Tordylium maximum, Seseli vulgatum, Centaurea scabiosa, Anchusa italica, Chloraperfoliata, Asplenium ruta muraria, Arum ilalicum, Faeniculura officinale, Thesium bumifusum, Scilla aulumnalis, Petroselinum segetum, Kentrophyllumlanatum,FeslucaduriusculaetLemanii,&. Aujourd'hui le botaniste cherche vainement des traces de cette végétation, il contemple avec regret ce sol dénudée! coi ri plélimient bouleversé, ces fragments de roches ilotil Iq mine soulèvo avec bruit les énormr>s éclats... campos ubi Troja fuit. Les champs environnants, ai^ourd'hni couverlâil'htibilaUoiië el de jardins, u otTriront plus
ces plantes infércssantes qiron était heureux de pou voir recueillir à si peu dedislaucedelaville: les Speculariahy brida, Yeronica Iriphylloset acinifolia, Oruilhogalum umbellalum, angustifolium et divergens, dont le rapprochement permettait de saisir facilement les différences, Gladiolus Guepini, Bromus maximus et Gussoni, Calendula arvensis, Sinapis schkhuriana, Berberis vulgaris, Cralsegus oxyacanlhoîdes, etc.
La campagne voisine, que les habitations envahissent de plus en plus, présente-encore quelques épaves de cette végétation intéressante : le Smyrnium olusatrum est à peu près détruit, mais on peut encore recueillir aux bords des haies et des champs. Géranium modestum, Torilis nodosa et heterophylla^ Ficaria grandiflora, Barbarea intermedia, Lithospermum permixtum^ Melicanebrodensis, Draba muralis, Trifolium glomeratum, Rosa leucochroa et sempervirens, Hypericum hirsutum, Carduus tenuiflorus et pychnocephalus, Mespilus germanica, Stellaria neglecta et borseana, Cynoglossum piclum, Ranunculus trichophyllus, sceleratus, bulbosus, etc. Si Ton se rabat vers les prairies de la Haine, on observera Salix viminalis et undulata, Stellaria viscida, Scripus maritimus^ Bientba salebrosa, Sium latifolium et toute la végétation propre aux sols, fangeux.
2. Le bois db la hâie. — A trois kilomètres environ de la ville, vers le Nord-Ouest, le bois de La Haie a été pendant longtemps le rendez- vous de prédilection des botanistes angevins. C'était là que, chaque année, les étudiants de notre ancienne faculté venaient apprendre à connaître lé^ plantes médicinales, auxquelles les régents de ce temps appliquaient avec plus ou moins d'exactitude les phrases de Tournefort. Plus tard les professeurs qui se sont succédé à Angers y firent aussi de nombreuses excursions, et Ton a longtemps parlé des fêtes et des fes-
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lins dont ces lieux ont élé I« théâtre. Le contniste d'une solitude profonde avec le voisinage d*une ville populeuse, Taspect sauvage et agreste du site, ont contribué peutêtre h y conduire les naturalistes autant que les heureuses découvertes qu'ils espéraient y faire ; renloniologiste peut y enrichir ses collections, Ton peut y éludier une nonnbreuse série de reptiles en se garantissant toutefois de la morsure de quelques espèces dangereuses 4elles que les Vipères prester et cbersea; le botaniste de soq côlé y fera de bonnes rencontres, quoique l'on ne puisse pas citerdauscebois aucune de ces plantes exceptionnelles qui caractérisent d'autres localités de nos environs. N'y cherchez point en efiet plusieurs plantes rares qui y oot été indiquées à tort et par erreur, telles que Veronics spicata, Impatiens noli tangere, Pulmonaria officinalis. Orobus vernus, Helianthemum alyss«ndes, etc. D'autres qui y ont réellement été trouvées telles que Epiiobium spicatum, Oxalisacetosella, Veronica montana, Carexdepauperala, ont jusqu'ici échappé à nos recherches.
Les jeunes élèves que nous y avions conduits le 24 mai, étrangers à ces souvenirs du passé, s'ébattaient joyeusement dans cette longue allée du bois alors bordée de superbes tapis de Pedicularis sylvatica, Âjuga reptans, Polygala depressa, Polygonatum multifloruni, Melittis grandiflora, Luzula vernalis et Forsteri, Betula pubescens, et plus rarement, Convallaria maialis.
La partie du bois qui se râpproehe des marais et que Ton désigne sous le nom de bois du Cabinet, offre, lorsque le taillis n*est pas trop élevé, une belle réunion de plantes, telles que Galeobdolum luteum, AcToxa moschatelllna, Mercurialis perennis, Allium ursinum, Phyteuma spicalijjn, Miliuiiâ effiiâum, Clande^tina rectifiera, Salii çapraea, Cypericum pulchrum el hîrsutum, Ranunculus aemorosus 2), Ornilbogalum divergens,Vicia sepium flore
albo, Arum maeulatum, plante bien moins répandue autour d'Angers que TAr. ilalioum. Le Primula grandiflora forme au premier printemps des tapis charmants et Ton trouve réunies ici des variétés à fleurs blanches ou purpurines, qui ne se rencontrent guère à Tétat sauvage que dans des lieux peu éloignés des jardins où ces variétés sont cultivées (3). Je recommandeaui botanistes studieux une série d*Hieracium qui n*ont point encore été suffisamment étudiés.
Après avoir recueilli sur la chaussée qui traverse Le marais les Salix viniinalis et undulata, on s'élève sur des roches schisteuses où rEndymion nutans aux innombrables grappes bleues dispute le sol aux Conopodium denudatum, Ranunculus cbaeropbyllos et Silène nutans, le Corydalis claviculata abonde dans les broussailles voisinons. Puis descendant dans le vallon humide au dessous de Tusine, on peut recueillir Halva moschata, Orchis ustulala et laxiflora, Cirsium anglicum, Viola canina (Vera Linpœi), OEnantbe crocala, Viburnum opulus, Myosotis strigulosa; enfin en revenant parla rive droite de Tétang Saint-Nicolas , on recueille Ranunculus tripartitus , Coridalis solida, Capsella rubella, et toutes les plantes particulières aux schistes que nous avons signalées dans notre résumé de 1859.
3. JMonTREUiL-BELFROi. — La plupart des plantes que nous venons de citer se retrouvent à Hontreuil-Belfroi, à deux lieues d'Angers. Un coteau escarpé dont la base plonge dans les eaux de la Mayenne, offre, dans un espace restreint, une riche herborisation. C'est là que Lunaria biennis se présente avec l'apparence d'une plante spontanée, quoique les jardins qui dominent le coteau inspirent des doutes bien fondés sur son origine première. Mais dans le taillis voisin, aujourd'hui dépendance d'une habitation particulière, vous recueillerez abondamment
Luzula maxima, Mercurialis perennis, Corydalis solida, Doronicum plantagineum (4), Isopyrum thaliclroîdes, Primula grandiflora et Variabilis, Epilobium moDlaDum foliis ternato-verticillalis, CardamiDe impatiens et sylvatica, Oxalis acelosella , Lycopodium claTatum, Salix capraea, Rubus Boraeanus (Genev.), Galeobdolon luteam; un peu plus haut au bord de la rivière, dod loin du pont, les Sculellaria hastifolia, Lindernia pyxidaria et 'Cardamine parviflora ont été recueillis abondamment.
4. Gewnes, Milly. — L*excursion accomplie l*anDée précédente dans une partie de la forêt de Milly nous a?aît inspiré le désir de revoir cette localité sur des points différents, [^e 5 juin le chemin de fer nous amenait à la station des Rosiers. Dans le trsyet qui conduit au bourg, le Lepidium latifolium abonde aux bords d'un fossé.
Le trajet do Gennes à Avor offre un grand nombre de plantes propres aux terrains calcaires : les Àgrostis înterruptaet Avena pubescens, le Crépis niceaensisse monIreoC çà et là. Sur le coteau boisé on recueille Orobus niger, Orcfais simia, fusca, Ophrys apifera et muscifera, Saoicuta europaea, Polygala calcarea, Leontodon hîspidas, Veronica Bastardi, Salvia pratensis. L'Equisetum telmatheya croît dans la fontaine d'Avor dont les eaux limpides sortent d'un bassin aujourd'hui négligé et obstrué en quelque sorte par des débris de tout genre. Nous avons publié en 1850, une notice sur cette curieuse fontaine dont les eaux, selon la tradition du pays, font produire des monstres aux palmipèdes qui les fréquentent et rendent muettes les grenouilles qui les habitent. Ce mutisme des grenouilles n'est pas un fait nouveau dans llhistoire, Pline cite plusieurs contrées où on l'avait constaté. L'Ile de Seriphos, dans l'archipel grec, était célèbre sous ce rapport, et pour désigner une personne stupide et qui ne pouvait parler, on disait proverbialement : C'est une gre-
nouille deSeriphos. Théophmste altribuait ce phénomène à la froideur de Teau. Mais Tourneforl, qui visita cette île au nnois d'août 1700, dit que Teau des marais y était presque tiède et que les grenouilles y faisaient entendre leurs coassements comme partout ailleurs. La température de Teau d'Avor, qui reste presque constamment à 10 degrés, ne doit pas non plus influer d'une manière bien sensible sur l'organisation des batraciens. A l'époque où des bois épais couvraient cette contréOi la nature sauvage des lieux, ces hauts rochers de craie tuffeau dans laquelle l'homme s*est creusé des habitations, cette eau limpide surgissant tout- à-coup dans le vallon, durent frapper vivement l'imagination d'un peuple primitif, adonné au culte de la nature, aussi les monuments druidiques dont ce pays est parsemé, attestent encore Tinfluence de ces idées que le temps a défigurées sans les effacer entièrement.
D'Avor à Hilly on trouve aux bords des chemins Sisymbrium sophia, Alyssum calycinum, Silène conica, un Géranium molle, corollis pallide roseis! et dans les champs. Valerianella auricula, rimosa et hamata, Neslia paniculata, Myagrum perfoliatum, Fumaria parviflora et Vaillantii, Asperula arvensis. Bientôt les friches voisines des bois offrent des tapis de Hippocrepis comosa, de Linum tenuifolium et de Poîygala calcarea; sur divers points de la forêt, nous recueillons les Orobus niger, Carex pallescens et tomentosa, Veronica oflBcinalis caule albide hispido, floribus albidis, caeruleo-striatis, Leucanthemum vulgare, caule hirto, Anthodio msgore. Silène nutans, floribus rubcllis, Pencedanum gallicum et Oreoselinum, Ranunculus nemorosus, (lelampyrum cristatum, Sedum pentandrum, Populus canescens, Ornithogalum angustifolium, Orchis montana, et Orchis bifolia plus tardif et à peine fleuri.
Sur le coleaii opposé déjà exploré Tannée précédeate, se montrent les Globularia vulgaris, Ârabis sagiltata, Ononie columnse (5) et natrix. Enfin sur la route qui ramène directement à Geones, le Simelhys bicolor alors en pleine fleuraison couvrait un espace très étendu, parmi les touffes d*Erica scoparia.