‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 118 sur 120 · EN ANJOU · texte numérisé non relu

EN ANJOU

Dans DOS terrains de sédiment la discordance de stratification a une importance à laquelle il ne parait pas que les minéralogistes aient encore accordé Tattention qu'elle mérite. Sans avoir la prétention de combler la lacune qii*a laissée à cet égard la science locale, nous avons pensé qu*il y aurait un véritable intérêt à consigner quelques observations auxquelles a donné lieu Texamen des couches qui avoisinent nos roches éruptives, et qui en recelant divers accidents du métamorphisme qu'elles ont éprouvé au contact des roches ignées, nous ont en même temps offert quelques espèces minérales rares pour la France.

Nos granités et nos porphyres voisins du terrain bouilles nos aphanites, ont occasionné à leur apparitiou dans le terrain schisteux, des brisures, des dislocations qu'on peut suivre sur une ligne courbe qui part de Beaulieu, gagne Denée, traverse la Loire, arrive à Ingrandes, puis

pënèlre en suivant le cours du fleuve dans le département de la Loire-Inférieure. Notre sol se trouve ainsi sillonné par des bulles de porphyres, de schistes, de steascbisles, de calcaires, d*aphaniles, de poudingues, preuves évidentes d'un grand cataclysme arrivé à peu près à la même époque, c'est-à-dire après que nos schistes ont été déposés.

Ou admet, de nos jours, qu'une roche ignée en soulevant une roche sédimentaire lui a fait subir une transformation particulière, et des auteurs modernes sont'allés plus loin, admettant qu'une roche éruptive a pu modifier les éléments d'une autre roche sans qu'il y ait eu entre elles un contact immédiat et par le seul effet de l'excès du calorique agissant sur la composition chimique du terrain sédimentaire.

Le métamorphisme embrasse évidemment des phénomènes très complexes et dont quelques-uns resteront encore longtemps, sans doute, enveloppés d'obscurité. Car on peut nier, toi est notre avis, avec chance de succès, le métamorphisme dans une roche lorsqu'on ne la voit pas placée au voisinage immédiat des éjections ignées, et qu'on est alors réduit à la supposer par analogie avec d'autres faits plus patents.

On distingue généralement deux sortes de métamorphisme : le Normal on Général, dont la cause nous est inconnue et qu*on retrouve sur une grande échelle dans une vaste étendue de terrain, et le métamorphisme Spécial ou Anormal, comme le dit le professeur Delesse, lequel résulte de causes accidentelles généralement visibles et limitées le plus souvent à une petite étendue.

On pourrait étudier le métamorphisme normal sur nos porphyres des bords de la Loire, sur nos granités aux environs de Cholei qui passent aux gneiss et celui de nos diorites, de la même localité, aux léptinites, etc. etc.

Hais aujourd'hui nous ne voulons nous occuper que de quelques faits qui doivent être classés dans le mélamorphisme par contact; nous aurons ainsi la certitude, en ne perdant pas de vue la roche éruplive et la roche soulevée ou encaissante, de ne pas nous exposer à nous égarer sur la cause et les effets dans notre examen de quelques-unes des modifications subies par nos terrains stratifiés.

Tous les auteurs anciens sont remplis d'exemples d*une roche qui s'est modifiée au contact d'une autre roche. La description de nos schistes, dans les différents mémoires qui ont été publiés, en est une preuve ; mais si nos prédécesseurs ont constaté des faits accomplis, c'est sans en chercher la cause ; nous suivrons l'ordre inverse, nous rechercherons la cause, et une fois trouvée, ces modifications cesseront d'être une énigme pour' nous en nous révélant un élat particulier du schiste modifié lorsqu'il était peut-être encore à Télat pâteux ; mais certainement par suite de son contact plus ou moins immédiat avec une roche éruptive brûlante qui modifia tout ce qui l'approchait.

Les travaux des professeurs Dana, Dufrénoy, Daubrée, Dorlhac, Delesse et d'autres, nous guideront dans nos recherches ; les conseils de ce dernier nous oni été trop utiles pour ne pas nous appuyer sur son autorité.

L'aphanite, dans quelque localité qu'on le trouve, esi accompagné de schiste en général, d'autres fois du cal* Caire devonien passait à l'état de calcaire saccharoîde; mais il n'a jamais perforé ce dernier tandis que le schiste a toujours été dérangé, son horizontabiiité s'est modifiée, quelquefois même, les couches du schiste appuyées sur les flancs des boutons éruptifs sont verticales.

Le bouton éruptif est toujours un composé de plusieurs cônes ou pointes, n'ayant jamais la même dureté, échelonnés les uns sur les autres mais sans solution de cDa-

tinuilé. Preuve éYidente, que raction ignée sur Targile o*a pas été produite d'un seul trait mais bien à plusieurs reprises.

Certainement la pression occasionnée par le poids du schiste argileux apportait une force de résistance qui n'était pas toujours vaincue à la première pression ; une seconde avait lieu, la masse se moulait pour ainsi dire sur le premier cône soulevant de nouveau le schiste ; aussi dans ces conditions le schiste a été profondément modiBé.

D'autres fois, la roche a été soulevée sans que nous puis* sions voir aujourd'hui encore le bouton érupiif. L'état pftteux de l'argile a été légèrement modiBé, sans brisure , sans que les éléments aient été métamorphosés» conservant au contraire la forme d'un arc qui prouve que le schiste, à l'état pâteux, a subi un premier coup de feu, et que le soulèvement a eu lieu sans rupture.

Enfin l'aphanite, lorsque sa pâle homogène a l'aspect serpentineux, le talc au lieu de former des mouches, s'est développé entre les feuillets, et donne à la masse une forme particulière que l'ouvrier met à profil pour extraire des marches, des points de supports pour les portes et entrées des maisons.

Rarement l'aphanite se trouve mêlé au calcaire pour faire ce que l'on a improprement nommé Tophicalce, tandis que ce sont des schistes verts qui se sont unis au calcaire à l'époque où il a été soulevé.

L'aphanite n'a subi aucune modification, seulement ses éléments onl été plus ou moins régulièrement disposés, visibles fréquemment, d'autres fois à peine discernables à l'œil armé d*une forte loupe.

Nous allons d'abord étudier la roche éruptive : l'aphanite, sa composition et les minéraux sut)ordonnés : la Erokidoliu principalement, puis nous passerons au mé*

pbibolites , nos serpentines mênne prendront rang dans f ordre des roches anorlbosées , ainsi que notre phonolite des environs de Yihiers chargé de zéolilés magnésiens.

Celle silicalisalion de la potasse, de la soude et du fer, toutes bases réunies ou séparées, constitue un feldspath, dont une partie seulement se modifie au contact d'un acide ; bien plus à Tair seul la décoloration se fait nalurelleraent. La silice étant un acide faible, qu'y a-t-il d'étonnant qu'une faible partie soit resiée à l'état de silice hydratée ? D'après H. Rose, la silice amorphe se forme en partie par la voie humide ou la fusion comme dans les filons; ou cristallisée formée par la voie humide ou au moins k l'aide de l'eau. La présence de l'eau doit être attribuée en grande partie à la silice hydratée.

L'eau comme substance constituante joue un grand rôle, elle ne fait que compléter la composition de la molécule intégrante, elledoit même contribuer à leur assigner une forme déterminée. Cette eau de composition joue ici le rôle qu'elle joue vis-à-vis du sulfate de chaui.

En général, notre aphanile affecte la forme dioritique; le pyroiène visible est en lamelles vertes ; sa cassure est esquilieuse; en masse, il se débite en bandes plates, rudes au toucher avec mouches de talc vert ; au chalumeau il fond en un émail verdâtre. De plus quelques cristaux de carbonate de chaux magnésien blanc en modifient l'aspect, lui donnant un faciès de roche amygdaloîde. Presque toujours le calcaire est uni au pyroxène et à ses congénères qui se sont groupés dans les fissures occasionnées par le retrait des cristaux calcaires.

Les échantillons pris au centre d'un bouton éruptif, sont avec pyroxène vert, lamellaire, groupé irrégulièrement; tandis que sur les côtés la forme générale affecte des plans schistoides d'une épaisseur variable, se débitant ainsi sous le marteau de l'ouvrier. Accident remarquable

que Ton pourrait à tort aitribuer au voisinage de nos schistes el que nous regardons comme étant simplement dû à la grande quantité de talc laminaire.

La quantité d'eau est variable; au centre elle est un peu moindre que près des bords; elle varie en sens inverse de la densité.

L*acide carbonique qu*on en retire en chauffant provient d'un peu de carbonate de chaux, dont une faible partie est liée à la masse même , surtout au point de contact des filons calcaires, coloré en vert ; tandis que dans les filons mêmes jarpais il n'y a eu de dissolution d*oxyde de fer.

Gisement. — L'aphanite, en perforant le sol, en soulevant nos schistes, leur a donné un cachet indélébile en modifiant leurs éléments, quelquefois un seul, d'autres fois plusieurs à la fois. Alors ce ne sont plus des schistes pour le minéralogiste, et à mesure que la roche éruplive a perdu son calorique, le retrait qui s'est opéré dans la masse, a laissé une ligne de démarcation entre la roche plutonienne et la roche encaissante : retrait qui s'est fait en raison de l'épaisseur de la masse; à la partie supérieure il est presque nul.

Le retrait a donc été plus important sur les côtés que sur le point culminant du bouton éruplif. Ici le schiste dont le contact a été plus prolongé qu'ailleurs s'est donc modifié plus profondément ; tandis qu'en suivant la ligne d'inclinaison, on retrouve encore le schiste argileux normal qui n'a subi pour sa part aucune modification apparente.

Dans des circonstances identiques le passage d'une roche à une autre roche est si fréquent qu'il faut noter, malgré ce coniact immédiat de ces deux roches, qu'il n'y a jamais eu passage de la roche éruptive à la roche encaissante, que la ligne de démarcation n'a jamais été ef-

facrie, et que les phénomènes dMntrusion que Ton retrouve si souvent dans nos porphyres du bec d'Oudon, dans nos granités, comme on peut s*en convaincre en examinant le granité qui forme le parapet du pont de la Basse-Chaine, toutes les taches noires, sont autant de schistes modifiés, métamorphosés, qui ont été englobés lors de Tapparilion de la roche ignée.

Age. — Il est certain que Tapparilion de nos aphanites est int(Tmédiaire entre la période du dépdt de nos schistes et de nos calcaires devoniens qui ont été également redressés, et celle des couches de houille qui se sont déposées plus tard à la base des roches plutoniennes.

Dans certains endroits, on dehors de la Hgne du bassin antbraxifère, nos porphyres verts n'ont également soulevé que nos schistes modifiés, comme à la Roche-aux- Moines, par exemple, à Roche tort-sur- Loire, à la Poissonnière, etc., etc., et si M. Elie de Beaumont rapporte à son dixième soulèvement (le système des Ballons du nordouest au sud-est), le soulèvement de ces porphyres, qui enclosent le terrain houiller, on doit y joindre l'apparition de nos aphanites.

Minéraux subordonnés. — Le minéralogiste, pour définir l'espèce, a eu recours à la chimie; c'est sous l'égide de cette science qu'il a fini par obtenir les révélations sur la constitution des corps, c'est alors seulement que la lumière s'est faite et qu'il a pu voir que parmi les minéraux il en est certains qui se ressemblent, acceptant les mêmes formes géométriques, soumis fréquemment aux mêmes caprices de la cristallisation, propriétés toutes apparentes; que certains corps similaires se décomposaient; que d'autres, au contraire, résistaient à tous les moyens de décomposition que le chimiste possède. Alors le départ des éléments constituants révélait la simplicité de l'un et la composition de l'autre.

Ai|ssi, on a donné primitivement le nom d*asbeste ou d'amiante, dénomination tout à fait arbitraire, qui, désignant une forme et non un objet, doit être rejelée, à tout minéral d*un aspect filamenteux , formant une masse fibreuse avec Qleis libres ou agglomérés, semblables à de la soie; cependant, produits bien différents par leur composition, si on sépare les parties constituantes pouvant tout aussi bien appartenir à Tamphibole qu'aux pyrosènes, appartenant en général à la même classe de silicates non alumineux à plusieurs bases.

Les minéraux subordonnés à Taphanite, sont de deux sortes : ceux qui appartiennent aux filons chargés de calcaire, et ceux qui appartiennent à la masse même.

Minéraux fUoniens, krokidoliie, etc. — La krokidolite, si rare en Frauce, puisqu'elle n'a été qu'une seule fois dans la minette des Vosges, se trouve à Savennières, mais en notable quantité à Denée, à la carrière du Yerinel.

Klaprolb est le premier chimiste qui ait étudié sérieusement ce minéral nouveau pour notre pays. Hausmann lui donna le nom de krokidolite, emprunté à sa structure fibreuse, d'un beau bleu de lavande; mise en poudre, elle conserve sa couleur , sous forme amorphe ou fibreuse, avec filaments plus ou moins adhérents entre eux, superposés les uns sur les autres, fréquemment séparés par une couche de calcaire amorphe, d'autres fois de fer oxydulé. Sa dureté est de 4, sa pesanteur spécifique de 3, 2.

Au chalumeau, elle fond en une scorie noire, aiiirable à l'aimant, même simplement lorsqu'elle n'est que chauffée, soluble dans l'acide nitrique à chaud, se composant comme il suit :

AllALTSES.

De Klafkotb Krokidolite compacte.

Silice 50 00

Proloxyde de fer. 40 50 de mangaDèse. » »

Chaux 1 50

MagQc^sie » »

Soude 5 9

Eau 3 M

Alumiae

Chlore

Potasse

Acide phosphorique.

iOO

SHUMETSII.

Dblsssi

AsbesliforiM.

Aibestifonn

traces.

La présence de Tacide phosphorique n*a rien de surprenant puisqu'on le rencontrera dans toutes les roches ignées, d'après H. Schiel (1). En 1845, Fownes avait annoncé que toutes les roches cristallines devaient contenir des phosphates, aussi nous ne devons plus nous étonner maintenant si dans certaines contrées de notre départe* méat le sous sol composé de gneiss décomposé fournit aux végétaux une partie des éléments nécessaires que Tagriculteur réclame aux engrais.

Bcrzclius, d'après l'analyse de Stromeyer, a adopté la formule suivante (Na, Mg) Si x 3 Fe. Si *x x Aq

Dufrénoy, dans son traité de minéralogie, observe que si Ton regarde toutes les bases comme isomorphes, les relations atomiques deviennent à peu près 9:3:1.

(i) Silliman's american, Journal of sciences, tome xxxi, page 353

Quelques auteurs ont regardé la krokidalite comme un pyroxène ferrugineux ; tel est notre avis, en nous appuyant surtout sur la quantité de fer qu'on retrouve également dans rbédenbergite ou pyroxène ferrugineux , sur la similitude de la pesanteur spécifique, son égale fusibilité ; enfin Tapbanite composé de pyroxène et non d'ampbibole semble établir un rapport entre ces deux composés produits dans des circonstances différentes, je le sais , mais ayant, nous n'en doutons pas, un point de départ commun. Car si à Denée la krokidolite est unie au calcaire flionien, à Cbamptocé on la retrouve au contraire sous forme amygdaloïde unie également au calcaire.

Dufrénoy la place dans les silicates de fer, tandis que le professeur Delesse semble disposé à la rapprocher des amphiboles.

Krokidoliu en masse ou amorphe. — En masse ou amor phe, elle est d'un beau bleu de lavande compacie, avec des nodules de calcaire, aspect nacré, schisteuse, quelquefois se détachant par feuillets, en masse alternanle avec le calcaire, d'aulres fois avec le fer oxydulé magnétique qui, soumis aux agents atmosphériques, se change en oxyde hydraté : mais dans la pâle môme il y a des cristaux de fer magnétique comme dans Taphanile uni au calcaire sur lequel elle se repose avec de gros cristaux de quartz.

Au moment où la volatilisation du calcaire s'est faite, la krokidolite a été volatilisée également. Si la cristallisation n'a pu se faire, cela tient encore à ce qu'elle était mêlée au carbonate de cbau.i non dissoute car le calcaire a conservé sa couleur blanche.

Krokidolite asbesUforme. — Au contraire, lorsqu'elle a pris la forme soyeuse, asbestiforme, elle est privée de calcaire, reposant directement sur la salebande de l'apha-

Dite, cristallisant et obéissant à eette prédisposition , h cette aptitude de former des filaments soyeux, blancs à ' leur extrémité, se fondant facilement à la simple flamme d*uno lampe à esprit de vin.

De plus en retrouve également au milieu du calcaire quelques cristaux de pyroxène ferrugineux.

Minéraux subordonnés à Vaphanite. — Les minéraux subordonnés à Taphanite, n'ont plus la même importance.

l<>Des cristaux de pjrroxène noir soit seuls, soit implantés sur des nodules de quartz ou bien mêlés à la silice granulaire verte.

2* Du fer oxydulé magnétique disséminé dans le feldspath.

8» Du fer sulfuré jaune, en général mal cristallisé.

4"* Du talc laminaire verdàtre, doux au toucher, plus foncé que la masse, formant, en un mot» des mouches verles.

h^ De répidote sous forme cristalline, d'autres fois amorphe.

6" Du cuivre carbonate vert, en petits cristaux implantés sur une salebande à la carrière de Villeneuve près Ingrandes.

DU SCHrSTB ou DE LA ROCHB MÉTlMORPHOSÉB.

Après l'élude de la roche éruptive, nous arrivons à celle de la roche encaissante, de la roche argileuse autrefois et du schiste aujourd'hui.

La présence d'une roche éruplive, une haute pression, une température élevée, une fusion aquoso-ignée, toutes causes modificatrices concouraient à dénaturer une roche à peine formée ; quelle que soit sa nature elle subissait une première altération, une dessiccation complète qui en

modifiait déjà Taspect, Targile se fendillait , du feldspath remplissail le vide formé, le fer s*oxydait et donnait une teinte rougeàtre à Targile. Puis la silice entrait en fusion, le mica, de son côté, finissait par être altéré si la température continuait à réagir.

On doit penser que toutes ces altérations ne peuvent être soumises à aucunes règles particulières, car la composition de nos schistes varie à Tinfini. Entre le schiste ar ?oisior et le schiste argileux tendre il y a un nombre infini de nuances dont aucune ne doit servir de type. Avec de tels éléments, le métamorphisme peut se présenter sous plusieurs faces, sans que Ton puisse, en général, accuser plutôt la nature primitive de la roche qu'une action ignée plus ou moins intense.

En première ligne, nous plaçons notre schiste ardoisier, lisse, solide, sonore, doué d'une légère souplesse, de celte élasticité qui de tout temps a servi à distinguer Tardoise d'Angers; il ne se rencontre jamais dans le voisinage de nos roches éruplives, tandis qu'une autre sorte à pâte grossière, incapable de se polir, avec grains de silice se fendant en gros feuillets ayant la forme de polyèdres rhomboîdaux, avoisine toujours nos roches ignées : lui seul pouvait fournir ce qu'il fallait pour former le feldspath albite que Ton voit dans nos schistes métamorphosés.

Nous ne ferons que dépasser en revue les modifications que nos schistes ont subies, afin d^élablir, par quelques exemples, la preuve du métamorphisme.

Près de nos gravites, nos schistes passent au gneiss, au micaschiste grenalé;à Champtoceaux, par exemple, le mica surabondant s'est développé en larges feuilles, avec peu ou point de silice entre les feuillets.

Près de nos porphyres à pftte verte, à Rochefort -sur- Loire, à Laleu, le schiste était chargé ue calcaire et aujourd'hui la rocbe est composée de nodules de carbonate

de chaux cristallin, une partie du fer s*est suroxydé; mais au bas de la coulée de Serrant, la silice du schiste a été fondue, un feldspath scoriOé s'est formé ; accident curieux et qui ne se req^ntre jamais dans le voisinage de nos granités.

A Savennières, le schiste plus siliceux que dans d'autres localités, s'est transformé en jaspe rose. Si l'on examine attentivement les blocs que l'on trouve à la surface du sol, ils sont cellulaires : cela tient à la formation d'un feldspath qui a été détruit sous l'influence des agents extérieurs.

Une seule fois au milieu de ce schiste qui a une tendance à passer au grès, nous avons rencontré un schiste amygdalaire chargé de nodules de carbonate de chaux, de fer et de manganèse.

La feldspathisation causée par un métamorphisme, donne au schiste une forme particulière. S'il était privé de silice, on en voit certains passer au schiste gneissique au pont Renaud (entre Lire et Champtoceaux), le mica en cristaux verts groupés parallèlement à la schistosité; Talbile sépare chaque couche de mica; il en est de même à Saint-Georges-sur-Loire, dans le voisinage du porphyre rose, à la Poissonnière ; tous ces schistes modifiés ont été regardés, jusqu'à ce jour^ par erreur, comme des amphibolites. Si, au contraire, le schiste était siliceux, il passe au gneiss, comme nous le verrons bientôt en parlant de la sericite.

Ces exemples, qu'on pourrait multiplier, suffiront pour faire comprendre que toutes ces allures de nos schistes, ces amygdaloïdes à Laleu et ailleurs, ces passages insensibles d'une roche à une autre roche, ne sont occasionnés que par le métamorphisme de contact.

Sous le nom de mica, l'on réunit encore aujourd'hui un grand nombre de substances minérales d'une consti-

tution chimique toute différente, de même pour les caractères cristallograpbiqnes. Les travaux de M. Biot , sur la polarisation de la lumière, l'ont d'abord conduil à former plusieurs groupes fondés sur la difiérence de leurs propriétés optiques: les uns possèdent un seul axe double de réfraction, cristallisant dans le système rhomboédrique, d'autres offrent deux axes de double réfraction se présentant sous des formes plus régulières.

L'étude chimique des micas est hérissée de diflQcultés; cependant les propriétés optiques signalées par M. Biot, les analyses chimiques de Regnaud, de H. de Senarmont, les font diviser en deux grands groupes, tout en acceptant les divisions des micas magnésiens, potassiques et de litMne; tous enfin contiennent de Tacide fluorique. Il m'eût été difficile de rechercher dans nos micas les propriétés optiques ; mais quelques essais chimiques et pyrognostiques peuvent aider à les classer convenablement. .

La couleur a une grande importance. Dans les filons de quartz qui sillonnent nos schistes, les micas sont blancs grisâtres, doués d'un éclat métallique, quelquefois verts, alors sous forme écailleuse; mats les agents atmosphé-. riques sont sans influence sur le mica de nos schistes (le contraire a lieu dans nos granités à gros grains). Les micas verts ne se trouvent que dans nos schistes passant^ à l'état de gneiss ; ils sont donc métamorphiques, et jamais dans noire schiste ardoisier il n'est doué de celte couleur caractéristique.

En lames minces , tous sont transparents, la variété verte est presque imperméable à la lumière; mais la di^ vision s'opère toujours dans un plan perpendiculaire à Taxe de cristallisation; ainsi ils appartiennent presque tous au groupe des micas à deux axes et au ^stème rhomboédrique, avec cristaux le plus souvent maclés.

En général, ils sont flexibles et élastiques; en les chauf- X. 18

fani, ces variétés fournissent des indices d*acidefluorique; tous sont attaquables par le l)orax avec un bouillonnement plus ou moins prononcé. Le fer colore le v^rre qu'on obtient, et la couleur est d'autant plus prononcée que le mica est chargé de fer, par exemple, le mica vert; mais il est impossible d'avoir recours à ce moyen pyrognostique pour étudier le mica le plus abondant, celui de notre schiste ardoisier du terrain silurien, qui n'est jamais isolé, toujours sali par d'autres éléments du sdiiste même. Cependant en les rangeant parmi les micas fcrromagnésiens, attaquables par l'acide sulfurique et l'acide hydrochlorique et recherchant les bases, on a à peu près la certitude de ne pas commettre d'erreur.

Le mica joue un rôle très-important dans, la composition de nos schistes par sa proportion, sa couleur, son isolement sur la structure de la i%che dont il fait partie. Dans nos -schistes ardoisiers on peut le regarder comme naturel, c'est-à-dire n'ayant subi aucune altération, tandis que fréquemment il est le résultat d'une action mélamor* phique comme à Saint-Georges-sur-Loire.

D'autres fois, par suite d'une action ignée, le mica forme à lui seul un nouveau minéral, ayant conservé la forme du schiste ; le quartz, de grenu qu'il était, a été fonda et tous les autres éléments, alumine, fer, etc., etc., sem-* blent avoir réagi les uns sur les autres pour former un nouveau feldspath.

A Denée, à la partie inférieure de la roche éruptive, oo voit encore le schiste argileux passant au grès; plus haut le schiste devient doux au toucher; enfin, à la partie extrême il n'a plus aucun des caractères du schiste, tandis qu'il a tous ceux du mica. La structure est toujours schisteuse, mais la foliation (1) est souvent ondulée. D'autres

(1) On donne le nom de clivage on fissures planes è nos schistes

fois, au contraire, ello est à peine apparente, surtout dans la partie de la roche où Faction ignée n*a pas été très-élevée.

Sur le même plan, on voit parfaitement lastratiQcation du schiste, car en examinant les fentes répétées sur le schiste soulevé, distantes d'un mètre et souvent moins, dernières traces de la slratiflcalion, chaque plan offre une lamination différente, simple au contact du schiste argileux passant au grès, composée, au contraire, dans la partie la plus élevée, la plus métamorphosée, de nodules de quartz et des taches noires de fer magnétique; ce ne sont plus les feuillets du schiste, mais ceux du mica sericite avec lames d*albite.

En 1843, le professeur Philipps avait reconnu que le clivage était en rapport avec la compression des fossiles; mais à Denéc nous n'avons pas rencontré de fossiles comme dans le schiste des fourneaux à chaux près Angers; là le» fossiles ont été tellement comprimés, par cela déformés, qu'aigourd'hui on ne peut en déterminer Tespèce tout en reconnaissant des spirifères, des polypiers en grande quantité, sur le calcaire, comme dans le schiste, des orthis, des calcéoles, etc., etc.

Ménard-Lagroie avait déjà remarqué que cette localité des fourneaux était digne de fixer Tattention du minéralogiste ; il avait le premier observé (1) qu'il y avait des couches de schistes alternantes avec celles du calcaire, ces dernières étant plus importantes; mais depuis quelque temps seulement nous avons la certitude que ce calcaire, placé entre deux bandes de schistes à la grauwake, appartient au groupe devonien, que le schiste métamorphique passe au micaschiste, et au grès fossilifère.

ardoisiers non cristallins, et celui de foliation, ou fissures ondulées, â la division lamellaire de nos schistes cristallins. (1) Herborisations de Merlct La Boulaie, p. 11 (1809).

Dcsvaux avait étudié avant nous les schistes de Denée ; il les regardait comme des schistes talqueux, qui ont ordinairement le même gisement que notre mica seridie^ dont le nom indique suffisamment Taspect (Sericus Brillanl).

Sericite. — M. K. List donne le premier ce nom à un minéral composé de lamelles engagées dans du quartz et de Talbite, qu'il observa près de la carrière de basalte de Naurod, minéral de couleur variable, depuis le vert tendre jusqu'au blanc jaunâtre, facilement divisable en la^ melles contournées, ondulées, transparentes; enfin, d'un état soyeux très-prononcé. Mais à la Roche-aux-Moines, la sericite s'est unie à de gros grains de quartz et du feldspath cristallin, la roche est devenue gneissique, la sericite jouant le rôle de mica ordinaire, de plus du fluorure de calcium se trouve au milieu des filons de quartz, formé sans Joute au départ des éléments du mica métamorphosé.

Enfin la sericite n'a pas toujours ce caractère oodulé, clic est earpasse compacte amorphe.

Soumise à Taclion du chalumeau, le mica sericite perd son eau et son fluorure de silicium, les lamelles s'exfolient et donnent en fondant un émail grisâtre ; mais avec le flux on a la réaction du fer, d'autant plus prononcée que le schiste a été moins altéré, décomposé également par l'acide hydrochlorique, mais seulement la sericite est de couleur variable selon le degré de facilité qu'elle a de se diviser en lamelles, toujours douce au toucher et trèstendre.

Ce mica modifié a été longtemps pris pour du talc et ayant d'aiUeursle mémegisement, la même apparence, tout doit portera en faire deux espèces, car le talc est infusible' au chalumeau et inattaquable par les acides.

Du reste, la sericite a la plus grande analogie avec la

damourite, qui se rencontre près de PontiTy, en Brolagne,avec cristaux de disthène, même densité, même cohésion et se comportant, à peu de chose près, de la même manière aux essais pyrognostiques.

L'air humide en modifie singulièrement la forme, surtout lorsque la sericite est foliacée, la division se fait dans le sens des lamelles, le peu d*albite se décompose, et après quelque temps le tout se résout en poussière nacrée, douce au toucher, pour passer ensuite à Tétat de kaolin.

Tels sont les minéraux que nous voulions faire connaître; leur connaissance détruira certaines erreurs, en leur donnant réellement*1e nom qu'ils doivent porter. Ils trouvent aujourd'hui facilement leur place dans la classification de Dufrénoy reposant sur des caractères dichotomiques bien tranchés.

Utilité. — L'aphanite est le sujet de plusieurs exploitations à Denée, à Ingrandes, sur la route de Villemoisan, sur la roule d'Ingrandes à Champlocé, près Saint-Gcrmain-dcs-Prés, etc., etc. A Denée, Texploilation en était facile, la nature de la roche, le Louct passant tout près, la marine enlevait facilement les masses qu'on pouvait extraire; tandis que les anciennes carrières du Haut- Rocher, près Ingrandes, ont été depuis longtemps abandonnées par les ouvriers. L'aphanite étant extrêmement dur , rexlraclion en était pénible et coûteuse.

On s'en sert pour tous les travaux de maçonnerie, à faire des levées aux abords du chemin de fer, etc.

Tous les minéraux que nous avons énumérés, tant dans la roche ignée que faisant partie de la roche encaissante, ne peuvent être d'aucune utilité, seulement ils -sont curieux. ^

Pendant longtemps la krokidolite, qui figurait dans les collections, était rapportée du fleuve Orange, près le cap

de Bonne-Espérance; aujourd'hui TAnjou pourra en céder aux cabinets d'histoire naturelle.

Tous ces minéraux, nouveaux pour notre pays, prouvent une fois de plus que Tétude de notre minéralogie est encore bien incomplète, et qu'on va souvent chercher bien loin ce qu'on a sous la main.

Ch. Menièrb.

Lu ea séance à% la Société Académique, le 7 août 1861 .

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