‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 2 sur 120 · PRINCIPALES HERBORISATIONS · texte numérisé non relu

PRINCIPALES HERBORISATIONS

fiâtes en Maine et Loire , en 1859.

L'heureuse impulsion donnée aux études par les cours publics de TEcole supérieure ne pouvait qu'être favorable aux progrès de la botanique à Angers, aussi les herborisations dont le Jardin des plantes est depuis si longtemps le point de départ, eussent été suivies par un grand nombre d'amateurs et d'élèves , si les deux mois les plus favorables n'eussent été constamment pluvieux. C'est en efiTet au commencement de juin que les herborisations sont les plus intéressantes sur les schistes des environs d'Angers : si l'on explore les coteaux voisins de l'étang Saint-Nicolas, on sera frappé de la réunion des plantes remarquables qui s'offriront en abondance, soit au milieu des taillis exclusivement formés de Quercus Toza (1), soit sur les rochers ou les débris des schistes. Ceux-ci présenteront d'innombrables individus des Astrocarpus purpurascens, Sedum Anglicum et Andegavense, Umbilicus pen-

{i) Voyez pour les noms des auteurs des espèces citées, notre catalogue des Plantes de Maine et Loire, ou la Flore du centre de la France.

dulinus, Festuca tmukula, Digitalis ptirpurea; dans les lieax les plus herbeux, les Hdianthemum gfUtatum, Uypericum linearifolium, Galium saxatile, Lepidium Smithii, Endymion nutans, Conofédiurk ddntidatum, Spergula vulgam et Morisonii, Ranunculus chœrophyllos , Plantago carinata, Tillœa mtisœsa , Corydalis claviculala attireront l'attention , tandis qu'on recherchera aux bords des eaux les Cardamine parviflora, Stellaria viscida, RanunctUus triparlitusj Lotus diffusus, Radiola Linoides, Carex lœcigâta, etc.

Hais une autre localité moins céTèfore p^ut-ètre et dont le sol est moins accidenté , offre cependant une association de plantes curiçuses qui ont excité l'admiration des botanistes étrangers que nous y avons souvent conduits, et que nos jeunes adeptes requeilleraient avec plus d'empressement s'ils savaient qu'elles nous sont enviées par les savants les plus célèbres. Sur ce plateau nommé la Plaine de Rosseau, où la roche affleure le sol, le gazon est formé par les Trigonella ornithopodioides , Trifolium suffocatum, subterraneum ^ glomeratum, filiforme, Plantago carinata et coronopus, Sedum anglicum et andegavense, tandis que les petites flaques d'eau présentent l6s Bulliarda VaiUanlH, Myosums mmtmus, Myosotis itctite, etc. Si l'on poursuit l'excursion jusqu'aux carrières dites de Saint-Augustin, on recueillera les Turritis glabra, Çhrysanthemum segetum^ Trifolium maritimum et michelia" num, Calamagrostis lanceolatiiif Ranuncului ophioghssifolius et nodifhr^s, Isnardia palustris, Malva niceœns\s, Erodium borœanum et plus tard Peplis Borœi. — La plpie survenue dans la matinée du 9 juin oonsacréj3 à celle excursion, nous força de Tabréger; à peine pouvions-nous distinguer ces petites plantes qui ciment à s'épanouir aux rayons du soleil, mais qui, en ce moment^, paraissaient tristes et rechignées, affaissées sur le sol, par ceila.

surabondance d^bomidilé. Nous ne regretlAmes pas cependant entièrement nos peioee^ puisque noue pûmes constater ce Jour là Texistence d'une plante qui , bien qu'abondante dans les environs d'Angers, a'y avait pas encore été signalée; trois générations de botanistes, et nous-mème pendant vingt ans, avons foulé aox pieds, sans le remarquer, le Capsella mbella Rent. Si une espèce si facile à distinguer est restée inaperçue pendant si longtemps, n'est*il pas permis d'espérer qu'une multitude d'autres seront écoutées à notre flore par les jeunes botanistes qui doivent nous succéder, surtout s'ils ne sont pas ^arés par les principes de la vidlle routine qui ne tend à rien moins qu'à fermer la porte à totis tes progrès! Depuis longtemps une excursion dans le Saumurois était projetée : le 14 juin, au matin, le chemin de fer nous entraîna dans cette contrée où nous trouvâmes avec étonnement les traces d'une pluie diluvienne qui avait inondé le pays la veille, quoique Angers en eût été préservé. Notre plan était de commencer l'herborisation aux Tufféaux, de remonter le vallon jusqu'à la source du ruisseau, de pénétrer dans une partie de la forêt de Milly, pour gagner Gennes. La première plante qui s'oflkrit à nous en montant à Chenehuite f ut l'Orobanche du lierre asser répandue dans cette contrée; elle s'élevait sur le flanc du coteau, à la crête duquel on eût pu, deux mois plus tôt, recueillir le Doranicum plantagineum, que nous y avions trouvé en 1836 , en même temps que notre OrniUwgahim divergens dont l'aspect nous avait firappé dès cette époque. Le mois de juin est peu convenable pour visiter les antiquités de ce pays; d'épaisses moissons couvrent le camp romain et l'emplacement de l'antique Orvallis; nous ne pûmes qu'y jeter un coup d'œil rapide, mais sur le retranchement du camp, on peut recueillir Vida lalhyraides^ Medicago mimma, Trifolium scabrum et sur-

tout Trif. gracile Thuil ! plante assez rare chez notis ; plus tard on y eût vu Trifolium angustifoliuniy Andryala iniegrifolia que nous ne songeâmes pas à chercher ; dans le sentier très escarpé qui conduit du camp au vallon le Poljfcarpon tetraphyllim est abondant. L'ÀUium ursinum qui pullule le long du ruisseau avait disparu, mais d*au* très plantes attirèrent notre attention : Sedumsexangulare et Cepcsa, Naslvrtium pyrenaieum, Turgenia latifolia, etc. Les champs de Launay dont la végétation indique la présence du terrain calcaire mélangé de sable, sont infestés par le Melampyrum arvense; tandis que nos jeunes élèves y recueillaient les Vida varia , Lathyrus sphcericus et angukUw, nos souvenirs nous reportaient à une époque déjà bien éloignée. Trente-cinq ans auparavant, nous avions visité ce lieu illustré par rhistorien de TAiyou, rexcellent Bodin qui y passa les dernières années de sa vie et dont le souvenir vit encore parmi les habilants... Le voyageur qui espérerait se désaltérer à la fontaine d'Enfer où le ruisseau prend sa source, éprouverait une triste déception. Caché dans une gorge couverte de bois épais, ce petit cratère qui sert de lavoir aux ménagères des hameaux voisins , est rempli d'une eau noirâtre et fétide, d*où s*échappent des exhalaisons d'hydrogène carboné; si l'on doit s'en rapporter aux récits des bûcherons de ces bois, ce serait un gouffre dont la sonde ne pourrait atteindre le fond. Ces diverses circonstances jusliflent le nom que porte cette fontaine qui, peut-être aussi, se rattache aux mystères de la religion druidique. On voit encore un peu plus bas, le long du ruisseau, un petit dolmen presque enfoui sous les éboulements du coteau, et, d'après les érudits, la forêt de Hilly elle-même devrait son nom (Stflva Malli) à l'enceinte consacrée aux cérémonies les plus redoutables du culte cellique. LeSamole, si célèbre chez les Gaulois , croit encore dans le marais

voisin, la plante la plus caractéristique de la végétation de ces bois est Polentilla VaiUantii qui s'avance jusqu'aux bords mêmes de la fontaine, plus haut le bois de Ponpierre est blanchi par les ombelles de YŒnanthe pttnptnâloides, mêlé au Spirœa filipenduia et au Melampyrum cristalum, le Sedum pentandrum Bor. et le Trifolium strk-tum sont assez abondants sur les pelouses humides, tandis que les champs voisins nous offrent Papaver hybridwn et SpergtUaria segelalis ; le Quercus pubtscens est épars çà et là. Le calcaire lacustre perce le sol en quelques en-* droits au milieu de ces bois et sa présence est révélée faci" lement par les Hdiahlhemum vtUgare, Leontodon hispidusy Trifolium médium et rubens, ailleurs c*est une longue bordure de Hippocrepis œmosa , parmi laquelle se montrent Ophrys muscifera et apifera, Cirsium bulbosum, etc.

Après une longue et pénible marche dans ces sentiers des bols, alors transformés en flaques d*eau presque continues, nous fûmes heureux de nous reposer au village des Roches, d*où Ton a en vue le bourg de Hilly. Snr ces rochers et sur les coteaux voisins , abondent les Alyssum calycinum, Silène œnica. Géranium pusillum, Kœleria gra" cilis, dans les champs voisins du fbur à chaux le Neslia panimlata, Turgenia lalifolia, Buplerorum protractum. Sur le coteau opposé, le calcaire d'eau douce superposé à la craie tuffeau, offre un sol aride et blanchâtre où Ton peut recueillir plusieurs plantes rares en Anjou, les BelinnthBmum procumhens, Ononis Columnœ, Linum lenuifolium^ Orohanche amelhystea , Teucrium chamœdrys et plusieurs orchidées. Mais bientôt les bois s'épaississent sur un terrain de graviers où se montrent YErica tetralix et YAita canescens, Aquilegia vulgaris et Neotlia avala. Les vignes des environs de Gennes présentent de beaux individus de Silène gallica, et V Anthémis mixta s'étale autour du curieux dolmen de la Madeleine. Remarquons e.ussi sur le tertre

où s'élève Tantique église de Saiai-YeteriD, le Rubia tinçr ^onm qui y parait naturalisé.

.,L8 petite île de Cennes où qous avions observé autrefois YOrobanche picricUs et YOEnothera muricala, fournit à Qotre collègue à TAcadémie, M. Ernest Sailland, de beaux individus à^Campanula pQlvia,

Le 23 juin, un autre de qos collègues, M. Ledantec, voulut bien se jpindre h Therbarisation, afin de nous dir ériger sur le territoire d'Eooufflant, au lieu où il avait découvert il y a trois aqs le Carex arenaria. On devait en même temps explorer la lande de Saint-Sylvain, Tout Iç pays environnant, autrefois couvert de landes, Test maintenant de moissons ipftisjlées souvent par le Chryianlhe* mum segelum, OdqntUes verna et Enfragia viscqsa, alors en pleine floraison. La lande de Saint-Sylvain et le bois du Ferray, si intéressants vers la fin de mai^ quand lout y resplendit. des fleurs des asphodèles, du Simelhis bicolor -et de YArmma monlana, où i;on peut recueillir le Carex binervis el tapt d'aulres cyper^cées intéressantes, — n'offrent, pour ainsi dire, pluç d'intérêt quelques semaiaes plus tard, quand les bestiaux ont brouté les plantes de toutes paifls, aussi^dûmes nous nous contenter de constater de nouveau la présence du Salix repens, de YEuphorbia pilosa, du Ptng^^'cu/a Imitanica s'élevant sur des tapis à'Anagalli$ tenella. Le Lobelia urens commençait à développer ses grappes yiolettes. Au Perray, le Specularia hybrida était étDuffé sous les hautes herbes qui infestaient les moissons, mais le Chardon Marie couvert de fleurs entourait encore Tancien monastère. Traversant la grande route, nous nous dirigeons vers la haute vallée dÉcoufflanl. Cette contrée, autrefois couverte de landes, est restée en blatic sur la carte de Cassini, qui n'en a pas Indiqué les reliefs, et qui n'y signale pas un ruisseau assez profondément cjçicaissé. . Le coteau calcaire qui la

circonscrit à l^est, offre quelques plantes assez rares, telles que les Orchis hybrida et St'mta, Myosotis sylvaHca, Calaminlha syltaiica^ mais nous dûmes négliger cette localité pour nous rapprocher des prairies. Sur le plateau qui y conduit, la ?égétation des landes , détruite par les défrichements , a laissé quelques lambeaux sur les talus des fossés. Kn y voyant le Plantago carinataf nous avons pu prédire l'apparition prochaine de YAstrocarpus purpurascms qui en effet un peu plus loin couvrait un mamelon formé par Tentassement des graviers et des galets qui composent le sol de ce pays. Ces deux plantes, si abondantes sur nos schistes, sont également arénicoles; on les retrouve dans les alluvions de la haute vallée de la Loire et jusque dans la Sologne, mais la difl'usion du plantain est beaucoup moins générale que celle de Tastrocarpus. — V Anthémis mixta couvrait alors cette contrée de ses larges anlhodes bicolores avec une profusion vraiment remarquable. Parmi les graviers qui bordent le chemin, recueillons les Trifolium arenivagum, Aira canescenSf Corrigiola lilloraliSj etc. — Le Carex arenaria mêlé parfois au Carex ligerina moins abondant se rencontre sur les crêtes arides et sablonneuses. L'existence de cette plante propre aux sables maritimes nous eût surpris, si d^â on ne lui connaissait, dans plusieurs autres contrées, des stations éloignées de la mer. Ce n'en est pas moins un fait intéressant si toutefois cette plante n'a pas été introduite à dessein, ce que l'aspect des lieux ne peut guère faire supposer. Plus bas dans la vallée, des champs sablonneux présentent en abondance les Artemisia campes^ triSj Silène conica,ei Festucauniglumis. Abrité par une haie, un Solanura attira notre attention par son aspect particulier et par sa couleur moins triste que dans ses congénères; une odeur de musc très prononcée, sa tige anguleuse, ses feuilles un peu rudes et ciliées nous per-

mettent de le saluer du nom de Solanum tnoschatum Presl. Cette espèce n*était indiquée jusqu'ici qu*cn Sicile et en Grèce, et c'est une conquête pour la flore de France. Au mois de septembre elle élait chargée de baies noires , mais son odeur musquée s'était singulièrement atténuée. Nos individus sont bien plus robustes que ceux de la Si* cile, *ce qui n'a rien de bien surprenant. Ajoulons que H. Ledantec qui est retourné chercher la plante fructifiée, a constaté, en môme temps, la présence du Leonurus marrubiastrum au bas d'une chaussée qui conduit d'ÉcoufiQant au Pont aux Filles.

Le 15 septembre, nous visitions de nouveau Juigné sur Loire, l'une des localités les plus riches et les plus intéressantes des environs d'Angers, qnoiqu'elle fût à peine citée dans les flores de l'Anjou, avant que nous l'eussions explorée. Là , à côté de presque toutes les plantes spéciales aux roches schisteuses, on peut recueillir dans les excavations des carrières abandonnées les espèces qui vivent dans les lieux tourbeux et au milieu des sphagnes, telles que Epilobium palustre, Vtricularia neglecta, Eriophorum gracile^ etc., tandis qu'à quelques pas se présente la végétation des vallées de la Loire. Les Genislapurgans, Scrophularia canina, SciUellaria hastifolia, etc., n'étaient pins en fleurs et le Peplis Borœi, si prodigieusement abondant dans certaines années, avait été brûlé dans son germe par les fortes chaleurs de l'été. Les bords des boires de la Loire en partie asséchés , laissaient voir les longs rhizomes du Limnanthemum nymphoides rampant parmi les gazons de Marsilea quadrifolia, le Crypsisalopecuroides et dvs formes naines de Blitum rubrum se mêlaient à de très nombreuses touffes de Sdrpus michelianiAS. La nature toujours active couvrait ces vases exondées d'une végétation cryptogame bien digue d'attirer l'attention de Tobservateur à qui rien ne doit rester indifférent; aux frondes

apprimées da Riccia glauca, se mêlaient les petites touffes du Phascum rectum et les globules du Nostoch sphamcum.

Nos recherches dans la vallée de la Loire pour retrouver VErucastrum PoUichU, ont encore été sans succès, mais VŒnothera siuiveolens, le Cyperus longus et celte forme remarquable d'Ononis, désignée dans la Flore du centre sous le nom de confxAsa, étaient encore en fleurs, ainsi qu'un Lappa qui serait le £. pubens FI. cent. 2, p. 758, si les capitules n'étaient glabres, mais peut-ôtre en est-il decetteespèce comme du L. minor qui est tantôt glabre, tantôt aranéeux. EnBn, à Belle-Ile, devant Juigné, nous avons observé Rumex maritimus, Verbasum mosellanum et le Convolvulus stBpium à fleurs légèrement lavées de rose , le Xanlhium macrocarpum y est bien moins répandu que dans les îles voisines.

Linné, au nombre des conseils qu*il donne aux jeunes adeptes de la science, place au premier rang celui de s'habituer à tout admirer, même les objets les plus rebattus : Principium erit mirari omnia, etiam tritissima. Cette recommandation qui parait excessive au premier abord, n'est facilement comprise que par le botaniste à qui une longue expérience a appris que la moindre excursion peut donner lieu & des observations importantes. Cette habitude de tout soumettre au contrôle d'un sévère examen, peut devenir la source de découvertes précieuses : Fini; eril naturam adcuratius delineare qtMm alius (Philos, bot. p. 301). Si cette vérité avait besoin d'une preuve démonstrative , nous la trouverions dans la note suivante que notre très estimable ami H. Lloyd a bien voulu nous autoriser à publier.

A. BORBAU.

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