‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 30 sur 120 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

DE

umtm m snns et BËiiEs-iimES

D'ANGERS

L'Anjou , si longtemps et si violennment agité par les dissensions civiles et religieuses, avait vu renaître des jours plus prospères sous la sage administration de Colbert. Angers, séjour d'une aristocratie élégante et polie, d'un clergé nombreux et instruit, d'une Université célèbre, d'une magistrature justement honorée, voyait s'élever peu à peu et se polir à celte école une l)ourgeoisie honorable, fidèle gardienne des traditions religieuses et des bonnes mœurs, et que l'action dissolvante du luxe n'avait pas encore atteinte. Dans ce pays où l'abondance des productions rendait à tous la vie facile et agréable , Tes loisirs devaient naturellement se porter vers les études littéraires. Les chefs-d'œuvre que chaque jour voyait naître sous la plume des grands écrivaihs de ce siècle étaient lus avec avidité et commentés dans des réunions particulières, qui rappelaient aux Angevins, sous une forme plus modeste, celles auxquelles ils avaient pu a. 1

prendre part & Paris chez leur compatriote Ménage, qui chaque mercredi réunissait les beaux esprits du temps dans ces assemblées qu*il nommait ses mercuriales, et où il faisait, disait-il, commerce de nouvelles littéraires et d*élymologies. Au nombre de ceux qui désiraieift le plus vivement la création d*une ioslitution, où Ton pût continuer ces conférences d'une manière réglée et sous un titre officiel, Qgurait le maire de la ville, Jacques Chariot à^ Btottçlorîères, l^mme éclairé, deux fois honora 4u suffrage de ses concitoyens. Mais comme toute fondation devait alors émaner de Tinitiative royale, il résolut d'en obtenir les faveurs par tous les moyens qui seraient en son pouvoir.

Le 31 mai 1684, M. Chariot ayant réuni le corps de ville, démontre l'avantage qu'aurait la ville d'Angers de posséder une Académie à l'exemple de quelques villes du royaume qui se rendent célèbres par ce moyen, se fondant sur le génie qu'ont les Angevins pour l'étude des sciences et des belles-lettres, sur l'état florissant de l'Université, le fameux collège des prêtres de l'Oratoire et la chaire de Mathématiques, qui ont formé divers siyets pour remplir cette Académie , « lesquels communiquant » ensemble dans des conférences r^lées, deviendront 9 capables de servir utilement le public et de soutenir » l'honneur de leur patrie : qu'on a lieu d'espérer qu'une » assemblée de cette sorte excitera dans les cœurs de la » jeunesse une noble émulation de se rendre digne d'y » entrer, et lui fera fuir cette honteuse oisiveté qui fait )• les mauvais et inutiles citoyens »

Le corps municipal accueillant le prejet du maire, arrète : que M. Pocquet de Livonnière, échevin,alorsà Pa* ris, demandera, au nom de ce corps au roi, rétablissement d'une Académie & Angers , et fera tout ce qui sera jagé nécessaire pour faire réussir ce dessein, qui a pour

bnt la gloire et le service de Sa Majeslé, rorneroent et la réputation de celle ville et Tavantage des ciloyeas ; qu*à cet effet il priera M. Tabbé Ménage de lui donner ses conseils et de vouloir bien Tassister de son crédit. En même temps, un placet qui devra être présenté au roi, est rédigé au nom du m.aire et des écbevins, qui y développent les considérations déjà exposées par le maire en faveur de ce projet.

Ce placet fut remis aux mains de H. Grandet , conseiller du corps de ville^ qui, présenté par le comte d*Ârraagnac, gouverneur de la province, et par le marquis de Cbàtcauneuf, ministre et secrétaire d*Etat, fut accueilli avec bienveillance par Louis XIV , à qui il exposa les désirs de ses concitoyens et dont il reçut les promesses les plus favorables.

L*année suivante en effet le roi donna les lettres patentes de rétablissement deTAcadémie royale d'Angers... « Etant bien informé, y est- il dit, que notre province 9 d*Anjou est une des plus abondantes du royaume eu » bons esprits, qu'elle a produit dans tous les temps des » personnages d'un savoir éminent, dont les ouvrages » sont encore aujourd'hui Tornement des plus riches bi- » bliothèques; et que, dans la ville d'Angers, capitale de 9 la province, il y a une Université fameuse et une école » publique Je mathématiques, d'où il sort tous les ans » divers sujets capables des plus hautes connaissanoos, 9 nous avons loué le dessein de plusieurs personnes stu- » dieuses de la ville d'Angers qui, désirant se perfcction- » ner dans les sciences, nous ont demandé la permission 9 de conférer ensemble de leurs études dans des assem- 9 blées réglées , sous le titre et la discipline d'une Aca-

9 demie • En conséquence, l'Académie royale d'An^

gers est approuvée, le nombre des personnes qui la composeront est âxé à trente; l'Académie pourra avoir un

sceau avec telle marque , figure et inscription quMl loi plaira pour sceller tous les actes qui émaneront d*elle ; le roi nomme pour cette première fois les trente membres dont se composera TAcadémie, « laissant aux aca- » démiciens la liberté de remplir les places qui vaque- • ront à Tavenir par la voie de l'élection, conformément » aux statuts, et que lesdits académiciens jouissent des n mêmes honneurs, privilèges, franchises et libertés, » dont jouissent ceux de TAcadémie française, établie » en noire ville de Paris, à Texception du droit de cornn mitUtnm. » Ces privilèges étaient considérables , ils comportaient entre autres Texemption de tout service militaire (1). Ces lettres patentes furent enregistrées en parlement le 7 septembre 1685, et au présidial d'Angers le 15 juin 1686.

Les statuts joints aux lettres patentes contiennent de sages dispositions. La lecture des principaux articles nous retracera l'ordre des travaux de l'Académie, et en quelque sorte la physionomie de ses séances.

l. L'Académie sera composée de trente académiciens nés dans la province d'Anjou, ou de pères angevins. On les choisira, s'il se peut, résidant dans la ville d'Angers. On pourra néanmoins élire des Angevins domiciliés ailleurs, ou des étrangers établis et demeurant dans cette ville, par la considération de leur rare mérite.

n. Elle aura quatre officiers, un directeur, un chancelier, un premier et un second secrétaire.

(1) En 1689, M. de la VUlatteBrouillet fait valoir son titre d'académicien pour s'exempter d'aller servir le roi dans l'arriére-ban qui est convoqué, service auquel Toblige sa qualité de noble, et le lieutenant-général reconnaît qu'il en doit être exempt en vertu des privilèges de TAcadémie. Le 1î janvier 1774 M. Coutouly, médecin, élu par TAcadémie, est menacé d'être commandé pour la patrouille ; TAcadémie, en vertu de ses privilèges, lui enjoint de refuser d'obéir.

III. Le directeur présidera aux assemblées pour y (proposer les matières dont on aura à traiter, et pour y faire garder le boo ordre. Il recueillera les avis des académiciens suivant le rang où ils se trouveront fortuitement assis, et opinera le dernier immédiatement après les officiers.

IV. Le chancelier gardera le sceau de TAcadémie et scellera en cire bleue toutes les expéditions.

V. Le secrétaire tiendra registre de toutes les résolutions qui seront prises dans les assemblées, gardera les titres et papiers de TAcadémie, expédiera tous les actes et écrira toutes les dépèches et toutes les lettres.

YI. Quand la compagnie parlera dans ses lettres, le secrétaire souscrira : Vos très-humbles serviteurs les académiciens de r Académie royale d*Angers, N. secrétaire. Et quand le secrétaire écrira de la part de la compagnie, il commencera sa lettre en ces termes, ou quelques autres semblables: L'Académie royale d*Angers m*a ordonné de vous écrire, etc., et signera la lettre comme si c'était pour ses affaires particulières, excepté qu'écrivant de la part d'un corps, il doit être plus réservé aux termes de sa souscription.

IX. Les deux secrétaires seront perpétuels et à vie. Le directeur et le chancelier seront changés de six mois en sLx mois, et celui qui sortira d'une charge ne pourra être élu pour une autre à la première nomination.

Xlli. Si un académicien fait quelque faute indigne d'un homme d'honneur, il peut être ou destitué, ou interdit, suivant l'importance de sa faute...

XV. Quand un académicien sera reçu, on lui fera lecture des statuts de la compagnie, qu'il promettra d*observer. II signera l'acte de sa réception sur le registre et fera un discours pour remercier la compagnie. Le direc • teur, ou un autre officier en son absence, y répondra par un autre discours.

XVI. Tout homme qui aara sollicité publiqoeoieiif les soflfrages, ou inteqK>sé la recommandation de personnes constituées en dignité pour entrer à l'Académie, en sera immédiatement exclu.

XVII. Lorsqu'un académien mourra, deux de la compagnie seront choisis, Tun pour faire son éloge en prose, et Taulre pour le faire en rers, ou quelques ouvrage^ à sa louange.

XVIII. L'Académie s'assemblera tous les mercredis, à deux heures de l'après-midi, et plus souvent s'il est jugé à propos; elle pourra même être extraordinairement con- Toquée par le directeur.

XX. Ceux qui ne seront point du corps de l'Académie ne pourront assister aux assemblées ordinaires, excepté le sieur évêque, le lieutenant pour le roi dans la ville et château d'Angers, le premier président, le lieutenantgénéral du présidial et le maire de la ville, qui pourront s'y trouver, pendant qu'ils seront dans leurs emplois et dignités, sans qu'ils puissent néanmoins assister aux élections, qui seront laissées libres aux académiciens seuls. (Le procureur du roi fut «goûté plus tard^ sur sa réclamation, au nombre de ceux à qui leur dignité donnait entrée dans l'assemblée.)

XXI. Si quelque personne considérable par sa naissance, passant par la ville, souhaite d'assister à l'assemblée, il y pourra être reçu après qu'on l'aura proposé le jour d'auparavant au directeur.

XXII. Que s'il se rencontre quelqu'un qui désire avoir l'avis de la compagnie ou lui porter quelque parole, ou lui faire compliment, il pourra être introduit dans l'assemblée pour être oui , et , après la réponse qui lui sera faite par le directeur, il se retirera.

XXIII. On laissera néanmoins l'entrée libre h toutes les personnes de condition, à la réception d'un académicieti.

ou dans quelques atrtres occasions solennelles , comme à Tadjudication d*un prix , à Téloge d'un académicien mort, etc.

XXIV. Aux assemblées, le directeur se placera au haut bout de la table, le chancelier et les secrétaires seront & sa droite, et les autres académiciens se placeront autour de la table, comme la rencontre ou la civilité les rangera.

XXV. Le secrétaire écrira exactement et brièvement tout ce qui se passera en chaque assemblée; les délibérations seront signées du directeur, du chancelier et du secrétaire.

XXVI. Chacun dira son avis tout haut, avec toute la civilité qui se pourra, sans sMnterrompre, sans reprendre avec chaleur ou mépris les avis de personne, sans rien dire que de nécessaire, ni répéter ce qui aura été dit.

XXIX. On n*agi(era point dans TAcadémie les matières de religion ni de théologie, et les matières de politique et de morale n'y seront traitées que conformément à l'autorité du roi, à Tétat du gouvernement et aux lois du royaume.

XXX. Aucun sujet de ceux qui seront traités dans les assemblées ne sera divulgué, si ce n'est par Tordre de la compagnie.

XXXI. L'Académie ne jugera que des ouvrages de ceux dont elle sera composée, et si quelqu'autre en présente, elle en dira son avis, sans en faire de censure et sans en donner approbation.

XXXIV. Il y aura des vacations depuis le 8 septembre jusqu'au i2 novembre, pendant lesquelles on ne pourra décider aucune affaire importante, quoiqu'on puisse s'assembler.

Le corps municipal, heureux de voir s'accomplir le projet dont il avait depuis un an poursuivi la réalisation,

décide dans sa séance du 18 décembre 1685, « qu*aflo de » favoriser autant qu*on pourra Texercice et les confé- » rences des académiciens, il leur donne et relaisse la » disposition de la salle du pavillon qui est au jardin de » THôlel-de- Ville, et fera la dépense des ameublements » nécessaires pour ladite salle, avec un fonds de quarante » livres par an pour le bois, la chandelle et autres choses 9 nécessaires. A la charge qu'à perpétuité, un des aca- » démiciens par eux choisi fera chacuns ans, à la pre- » mière assemblée de TAcadémie dans le mois de mai » un discours public à la louange du roi et à Thonneur » de la province. Que pour marquer à notre auguste » monarque la juste reconnaissance que nous devons à » ses grandes bontés, ce corps proposera deux prix qui '^ seront deux médailles d*or, de Teffigie du roi, Tun d*é- » loquence française sur Textirpation de Tbérésie, l'autre » de la poésie française sur Tentreprise de Taqueduc de » la rivière TEure.... qui seront adjugés par les acadé- » miciens à la première assemblée du mois de mai pro- » cbain. De plus que le jour de rétablissement de TAca- » demie, ce corps fera placer une statue du roi dans le » lieu préparé à cet effet, au bruit du canon, des tam- » bours et des trompettes, avec tout Téclat possible »

Le roi ayant écrit le 12 décembre 1685 à M. de Nointel, intendant de la généralité, qu*il désirait qu*il présidât en personne à rinstallation de l'Académie, M. de Nointel fixa au 1«' juillet 1686 cette cérémonie, pour laquelle le corps municipal fit faire des préparatifs annonçant une fête de la plus grande magnificence. Le programme fut arrêté le 28 juin. La milice bourgeoise dut prendre les armes, représentée par un déiachement de cinquante hommes « des mieux faits » de chaque compagnie, cornmatidés par quatre capitaines, MM. Serezin, ci-devant maire, de Danncs, Àndouin, Dupont-Gourreau et des

Plaoes-Gautbier; deux fontaioes de vin, coulant du haut de THôtel-de-VilIe, se répandaient sur la place des Halles... Hais un des académiciens, Pélrineau des Noulis, ayant laissé une relation très-circonstanciée de cette solennité, nous lui en emprunterous les principaux détails.

« Le lundi 1*' juillet 1686, la fêle fut annoncée dès le » point du jour par une décharge de tout le canon, qui fut 9 aussitôt suivie du bruit des4ambours et des fanfares des 9 trompettes. M. Tévèque d'Angers persuadé que l*église » qui participe aux bienfaits des rois, ne doit se con- • tenter de leur en marquer sa reconnaissance par des » prières et par des vœux, mais qu'il est même de son » devoir d'entrer dans les réjouissances publiques que » les peuples font à leur honneur, avait ordonné qu'on » sonnât les cloches de la ville pendant une heure. L'é- » glise cathédrale en donna le signal et fut suivie de toutes 9 les autres.

» Il ne fut pas nécessaire d'avertir les habitants de 9 cesser leur travail et de tenir les boutiques fermées. 9 La joie déjà répandue dans le peuple lui flt oublier le 9 soin de ses propres affaires et le sentiment de ses be- » soins, pour ne penser qu*à contribuer à la magnificence 9 de cette journée, et tous se rendirent en armes sous 9 24 drapeaux, stiivant l'ordre qu'ils en avaient reçu de 9 H. d'Autichamp, lieutenant du roi et commandant 9 dans la ville et château d'Angers. Un très-grand nom- 9 bre de personnes remarquables, non-seulement de la 9 ville et de la province, mais aussi des provinces voi- 9 sines, que l'éclat de celte fête avait attirées, se trouvé- 9 rent dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville, qu'on avait 9 parée de riches tapisseries et de divers portraits de nos 9 rois, de ceux des comtes d'Anjou, tiges illustres des 9 deux maisons royales de France et d'Angleterre, et des » hommes illustres originaires de cette province.

-tù-

9 BientM après, M. révêqae d* Angers, M. rin(eddanf » et H. d'Auticharop, accoropagoés de la plus considé- » rable partie de la noblesse et de quelques-uns des aca- • démîciens, partirent du château, où H. d^Autichanop » leur a?ait donné un magnifique repas, et se rendirent » à l'Hôtel-de-Vilfê au travers d'une double haie debour-

> geois sous les armes. Ils y furent reçus par les oflSciers » de ville, et prirent place dans trois fauteuils autour du » grand bureau destiné pour TAcadémie. Les acadérai- » ciens et les oflQciers de ville se placèrent des deux côtés. «

» Ce fut un agréable spectacle de voir en même temps » les portraits de tons les souverains de cette province, » ceux des hommes de lettres qu'elle a produits dans » divers siècles, et, dans le même lieu, les descendants » de ces derniers qui formaient cette nouvelle Acadé- » mie, et que les images de leurs ancêtres excitaient en-

> core è marcher sur leurs pas et à imiter leurs vertus.

• On voyait d'un autre côté un très-grand nombre » de dames qui semblaient partager avec TAcadémie » rhonneur de cette fête, entre Tesprit et la beauté .* etrà » la tête d*une aussi belle assemblée trois hommes qui » se sont rendus célèbres , H. Tévêque d'Angers (Henri » Arnauld), dans Téglise, H. de Nointel dans la robe, et B H. d'Autichamp dans l'épée.

» Ce spectacle nouveau occupa longtemps les yeux et 9 Tesprit de toute la compagnie, et fit un silence d'admi- » ration qui ne fut interrompu que par la lecture des ' » lettres patentes et des statuts de TAcadémie, de la liste » des académiciens, de Tarrêt de vérification au parle- » ment de Paris, et de Tenregistrement fait au présidial » d'Angers, où H. Martineau, premier avocat du rofdans » ce siège et Tun des académiciens, avait porté la parole » pour le requérir, avec sa grâce et son éloquence ordi- » naires.

» Après cette lecture M. riutendant prit la parole et fit » UD discours qu*on ne saurait assez louer. Il commença 9 par réloge de la province d*Ap)0U et des hommes qui » s*y sont rendus célèbres dans les lettres. Il parla de » rutililé des Académies, des espérances qu*on doit con- » ce?oir de celle d'Angers, de Tobligation qu'elle a d'era- » ployer ses reîlles à louer le roi, son auguste fonda* » teur, et lui-même en donna l'exemple, avec tant de » force et d'éloquence, iqu'il sembla n'avoir rien laissé à 9 faire à cette compagnie, et l'on peut dire qu'il n'établit » pas moins l'Académie par la beauté de cette action que » par les lettres patentes.

» H. Gourreau, conseiller honoraire au présidial d'An-

• gers, et doyen, des échevins perpétuels, répondit au a nom de l'Académie, par un discours qui remplit tout

• ce qu'on pouvait attendre d'une personne qui a donné » dans plusieurs actions publiques des preuves de son » éloquence et de son savoir. Il fit connaître que l'éta- » blissement de l'Académie, quelque avantageux qu'il 9 soit à la province par Tutilité qu'on en doit espérer,

• lui devenait encore plus précieux de la main du mo- « narque à qui nous en sommes redevables. Il fit entrer 9 dans son discours l'éloge de l'Académie française; et,

• quoiqu'il semble qu'on ait presque épuisé tout ce qui 9 peut se dire de la grandeur du roi et do celte illustre 9 compagnie, il fit voir que ces matières fournissent

• toujours quelque chose de grand et de nouveau, quand 9 elles sont maniées par des génies du premier ordre. «

Ce discours, écrit avec une chaleureuse éloquence, est en eflfet fort remarquable. Voici en quels termes il vante les avantages des Académies : € Un grand personnage du 9 dernier siècle a dit avec raison, que les bonnes polices » prennent soin d'assembler les citoyens aux spectacles, 9 comme aux offices de piété, qu^ils s'y lient d'une amitié

plus étroite , et qu^on ne saurait avoir des plaisirs plus réglés que ceux que le magistral autorise par sa présence Vous le savez, Messieurs, les talents sont

partagés : tel excelle dans un art, dans une science, et tel dans un autre. La société d^une Académie rend communs à tous ces divers talents; il se fait enire eux une espèce d*échange de tout ce qu'ils savent ; chacun a pour disciple dans une science celui qu'il a pour maître dans celle qu'il ignore. *L'esprit de l'un, comme un acier préparé, aiguise celui de l'autre, et il arrive insensiblement, bien que la vie de l'homme soit courte, son intelligence bornée, qu'on se rend habile en toute sorte de littérature. La société des esprits n'est pas moins nécessaire dans la vie civile, que celle des biens et du commerce. Qu'un homme étudie seul les jours et les nuits, qu'il vieillisse et qu'il se consume sur les livres, sUI acquiert la théorie d'une science, it péchera dans l'usage qu'il en voudra faire, il n'aura ni la facilité de s'exprimer , ni la grâce de la prononciation ; il ne sera jamais sûr de rien savoir comme il faut et de ne point tomber dans l'erreur, tandis qu'il sera seul juge de ses connaissances. La conférence, cette société d'esprits, donne tous ces avantages ; c'est elle qui polit,

qui redresse, qui raffine les études particulières

de sorte que par ces secours mutuels, rien ne part d'une Académie qui ne soit selon les règles et dans la dernière perfection »

« Ces discours finis, toute la compagnie se répandit sur les terrasses et dans le jardin de rHôtel-de-Ville, où Ton avait élevé la statue du roi. Le lieu ne pouvait être mieux choisi. Cet hôtel, qui peut passer pour un des plus beaux édifices du royaume, fut bâti par Pierre Poyet, lieutenant-général et maire d'Angers, frère atné du chancelier Poyet, et depuis a été l>eaucoup embelli

» par les soios de H. Chariot, dernier maire de la ville, » Ton des académiciens, et celui qui forma les premiers » projets de T Académie pendant son administration. Il est B situé dans un lieu fort élevé, qui, d*un côté, commande » à toulela ville, et de Tautre à une très-belle campagne » arrosée de trois grandes rivières qui viennent se join- » dre en ce lieu, pour passer au travers de la ville qu*elles » partagent en deux. En face de ce superbe bâtiment » est une grande cour balustrée en terrasse, d*où Ton » descend par un double escalier , d*une ordonnance fort

• agréable, dans un jardin séparé de la principale place » publique, seulement par une balustrade de fer, qui le » laisse voir tout entier.

9 C'est dans ce jardin que la ville a fait élever la statue » du roi, où elle est également en vue de rHûteMe-Ville » et de la place publique. Sitôt qu*on Teut découverte, » elle fut saluée par une décharge de canon et par plu-

• sieurs salves de toute la milice. On entendit de toutes » parts plusieurs concerts de trompettes, de hautbois et de » violons qu'on avait disposés sur diverses terrasses, d*où » Ton fit aussi couler des fontaines de vin pendant le )» reste du jour. La joie du peuple éclata d'une manière » surprenante et par des transports qui ne sont connue

• que sous le règne des bons princes.

» Après que ces agréables emportements de plaisir > eurent longtemps occupé tout le monde, les personnes » de qualité furent rappelées dans une des salies de » rHôlel-de-Ville, où M: de la Feauté, conseiller an pré- » sidial et maire d'Angers, sous l'administration duquel » s'est fait l'établissement de l'Académie, avait fait servir

• plusieurs tables de tout ce qu'on peut souhaiter de plus B délicat, sans qu'il eût été presque besoin de le cher- B cher ailleurs que dans la province même.

a Ce régal, qui dura jusqu'à la nuit, fut interrompu

m par rédat d'une illnminatioa qui parai tout d*un coup » dans toutes les maisons et aux clochers de la ville. La » caltiédrale se distingua non -seulement par un feu » qu'elle fit paraître dans ce superbe clocha qui fait » Fadmiration des étrangers et des plus savants archi- » (ectes, mais encore par un très*beau concert qu'elle y » flt entendre. Plusieurs villages de U campagne voi- » sine, situés le long des bords de ces trois rivières, à

• l'exemple de la ville, firent un si grand feu, qu'il sem- B blait qu'on eût voulu prolonger le jour qui paraissait » trop court à la joie publique.

» L'Hûtel-de-Ville fut aussi illuminé d'une manière assez » ingénieuse. Sur le hautdoTescalier paroù l'on descend » dans le jardin et qui fait face à la place publique, on » avait élevé une figure d'Apollon, sur le mont Parnasse, » au milieu des neuf muses. Les rampes de l'escalier » élaient illuminées d'autant de bas reliefs de 112 pieds 9 de long sur 4 de haut, dans lesquels on avait repré- » sente les adions les plus éclatantes de notre grand mo- 9 narque, et celles entre autres qui sont les sujets des deux » prix proposés par la ville. Ces sujets sont le triomphe » du roi sur l'hérésie et le nouveau canal de la rivière » d'Eure. Pour en exprimer le premier d'une manière » qui fût plus sensible aux personnes de la province, on

• avait peint la démolilion de plusieurs temples que » l'hérésie s'était érigés dans l'Aiyou, et presque jus* » qu'aux portes de la ville d'Angers, qu ils semblaient » encore menacer et tenir comme bloquée, mais qu'en- » fin nous venons de voir tomber, et^ ce qui parait bien 9 plus merveilleux^ que nous verrions déserts s'ils sub- > sistaient encore... »

Pourquoi faut-il que dans une fête consacrée & la gloire des lettres, l'adulation ait fait intervenir l'éloge d'un acte désastreux pour le pays, et que la postérité devait flétrir

l*ttoe juste réprobation I Pour rbonneur de rbumamté, joas voudrions du moins pouvoir penser que ces grands )ersonnages vêtus de velours, qui dans ces éloquents liscours venaient d'exalter ces violences tyranniques îxcreées conlre les consciences, en célébrant comme un uira^e la rapidité des conversions opérées sur tous les joints de la France, iguoraienL wcore sous la pression le quels moyens ces prétendues conversions s'étaient si subitement accomplies (1) !

« Sur le frontispice destiné pour les conférences aca-

> démiques et bâti dans le même jardin, on avait élevé

» un groupe qui représentait uft trophée de sciences et

) de beaux arts, composé do livres, de sphères et d*au-

» très instruments de mathématiques, et surmonté par

une Renommée la trompette à la main, avec ces mols:

^re perennitu, pour marquer que quelque durables

que soient les monuments de marbre et de bronze

qu*on dresse aux grands princes, ceux que les hommes

de lettres leur élèvent, les assurent encore davantage

de rimmortalilé. Ce trophée était accompagné de deux

autres pièces illuminées : Tune éiait une fontaine avec

ces mots : Maculas oslendii et aufert, pour marquer les

fonctions de TAcadérnie. On avait peint dans Tautre

plusieurs lauriers naissants spus un grand laurier, avec

cet hémistiche du poète latin : Parva sub ingenti, qui,

s'appliquant au roi, faisait connaître que les lauriers

des hommes savants naissent et s'élèvent à l'ombre

des siens^ et faisant application de cettt» mémo devise

à toutes les Académies qui se sont formées sur le mo-

(1) « Louis XIY contraignit en ce temps les Huguenots de se remfre catholiques, et pour cet effet envoya chez eux des soldats à discrétion, et fit entièrement raser leur temple qu'ils avaient & Sorges. » (Manuscrit de la bibliothèque d* Angers.)

» dèle de rAcadémie française, elle marque que leurs » lauriers sont les rejetons de celui que cette illustre 9 Académie prend pour le corps de sa devise.

» Au-dessous de ces trois figures on avait écrit ces » vers adressés aux académiens d* Angers par un des » premiers hommes de ce siècle (l'abbé Ménage) , qui » lui-même est du nombre de ceux qui composent cette » Académie:

Hellados et Latii doctis non inTidus bortis Hortus hic, Aoniis possit certare viretis. 0 qui illum incolitis lectissima turba, sodales Ter déni proceres, Andin» gloria gentis , Andina hic per quem ParUina Academia certat : Magnanimi berois belli pacisque ministri Floribus augustum Ludovici cingite frontem « Cingite, sed nitidos brebis œyi linquite flores : Quos non aut aestus aut frigora laedere possint , Carpite fulgentes immortales Amarantos (1). »

Nous ne décrirons pas en détail la splendide illumination des diverses parties de THôlel-de- Ville , ces innombrables emblèmes empruntés à la mythologie et à rhistoire, ces devises latines et espagnoles au nombre de plus de cent» des autels ardents, des sacrifices, des tro-

(1) Ce jardin qui n'a rien â envier aux célèbres jardins delà Grèce et du Latium , pourrait rivaliser avec les bosquets d'Aonie. 0 vous qui le cultivez, troupe d'élite, illustres associés au nombre de trente, gloire de la nation angevine , c'est par lui que TAcadémie d*Angers marche de front avec celle de Paris. Vous qur dans les fonctions de la paix et de la guerre servez le plus grand des héros, couronnez de fleurs le front auguste de Louis , mais laissez bientôt ces fleurs éclatantes, cueillez celles que ne peuvent altérer les ardeurs de l'été ni les rigueurs de Thiver, cueillez les brillantes amarantes de Timmor* talité.

phéeSy des obélisques, des phares, des dauphins et une constellation de fleurs de lys, pâlissant devant réclat du soleil royal, excitaient depuis longtemps l'admiration de la foule, lorsque tout-à-coup cette illumination grandiose se transformant en un superbe feu d'artifice ^ il sortit du soleil qui était sur le milieu de la balustrade un très-grand nombre de rayons enflammés, « qui por- 9 tèrent le feu dans plusieurs figures de Tillumination où 9 Ton avait renfermé des feux d'artifice; elles s'allume- 9 rent toutes les unes les autres par des fusées de com- 9 munication, et s*élevant à diverses reprises pour se 9 consumer en l'air, ces pièces finirent par une giran- 9 dole placée sur la tour de Tborloge dans une bombe, 9 sur laquelle étaient écrits ces mots en lettres de feu : 9 Dignos Phœbo concipit ignés. » Ainsi se termina cette journée qui dut laisser de longs souvenirs dans l'esprit de la population angevine.

« La première assemblée de l'Académie se passa dans 9 ces témoignages de bienveillance que se pouvaient^ » donner trente personnes choisies, que la conformité 9 de leurs études et de leurs inclinations avaient déjà » presque toutes liées d'une étroite amitié, qui ont l'a- 9 vanlage de voir leurs occupations honorées de l'estime 9 publique et de se voir en état de goûter, sous la pro- 9 tection du plus grand roi du monde, les douceurs de 9 cette agréable société qui fait le charme des esprits. 9 Dans l'assemblée suivante on élut les officiers. M. Té- 9 véque d'Angers fut élu directeur; M. Gohin, premier 9 président du présidial d'Angers, fut nommé chancelier; 9 H. Gourreau, dont nous avons parlé, et M. Pétrineau, » ci-devant président de la prévôté royale, police et con- » servation de l'Université d'Angers et premier échevin 9 de la ville. Turent faits secrétaires perpétuels. »

L'Académie tint dès lors régulièrement ses séauceSs IX. 2

remplies pendant longtemps par des discours de réception, par des éloges funèbres et par celui du roi, par dos poésies diverses, odes, épîlres, fables, par des traductions et des morceaux de littérature, de morale et de philosophie. Le 14 mai 1687 elle décerna pour la première fois, dans une séance publique, les prix fondés par la ville. Le prix d'éloquence (sur l'extirpation de l'hérésie) fut accordé à l'abbé d'Arnois, prieur de Saint-Thomas de La Flèche (ce discours a été imprimé), celui de poésie (sur l'aqueduc de Maintenon) fût adjugé à une ode composée par H. Magnin, conseiller au présidial de Mâcon. Il faudrait que le mérite littéraire de ces deux morceaux fût bien grand pour faire pardonner aujourd'hui le triste choix des sujets.

Le 2 mars 1689 Jacques H, roi d'Angleterre, venant chercher un asile en France, passa à Angers et fut complimenté par toutes les compagnies de la ville, qui le haranguèrent h genoux. Seuls, le clergé et l'Académie, en vertu de ses privilèges, les mêmes que ceux de l'Académie française, furent admis à parler debout. L'un des secrétaires perpétuels, Pétrineau des Noulis, prononça la harangue dans laquelle il promit au monarque le prompt rétablissement de son trAne. Le roi répondit qu il acceptait avec plaisir les présages d'une compagnie dont les lumières pouvaient pénétrer jusque dans l'avenir.

La philosophie de Descartes qui, s'appuyant sur la méthode d'investigation, devait ouvrir de nouveaux horizons à l'esprit hamain, avait êlé chaudement adoptée par les prêtres de l'Oratoire, en dépil' des défenses de l'Université; un membre de cette savante congrégation, le père Reyneau, reçu à l'Académie, y fit entendre un langage qui dut paraître singulièrement nouveau , lorsqu'à diverses séances de l'année 1695 il expliqua le système de Copernic, lut un discours sur l'optique et développa

la théorie de la vision ; mais cette voii savante resta sans écho parmi ces écrivains voués aux traditions de la littérature légère. D'ailleurs des contestations fâcheuses vinrent alors troubler la quiétude habituelle de leurs réunions.

Louis XIV enlevant aux habitants d* Angers le droit d'élire leurs maires, avait mis en vente cet office qui avait été acheté par François Raymbault do la Foucherie. Ce maire, ne partageant point la sympathie que ses prédécesseurs avaient montrée pour TAcadémie, se disposait à élever dans le jardin de THôtel-de- Ville une coustfuc* tion destinée à des usages qui pouvaient compromettre la dignité de cette compagnie, et qui devait masquer le bâtiment où elle tenait ses conférences. Vainement l'Académie avait protesté contre celte intention, vainement le procureur du roi était intervenu, les matériaux étaient prêts, et le maire, autorisé par le corps de ville, s'obslinait dans ce projet désastreux* On résolut de demander justice au roi lui-même, et à cet effet un placet trèshabilement rédigé fut envoyé à Paris. Les académiciens y exposent que le maire a résolu de faire construire, à l'usage de sa maison et de celle du procureur et greffier de la ville, une buanderie dans le jardin de THôtel-de- Yille, construction qui obscurcirait les jours de la salle et serait contre toutes les bienséances, exposant les personnes de qualité et les académiciens à se trouver en contact avec des personnes de vile extraction; que d'ailleurs TAcadémie avait depuis longtemps Tintention de disposer de cet espace pour l'érection d'une bibliothèque qui, rendue publique par ses soins, viendrait en aide à l'inclination naturelle des Angevins pour les éludes, projet dont l'exécution n'a été Ajourné jusqu'ici que par suite de circonstances involontaires, enOn que cette construction sordide serait une profanation de ce jardin

embelli à grands frais pour recevoir la statue du roi, dont les académiciens se regardent comme les respectueux gardiens. Après une longue procédure et après renvoi des plans des lieux, le 6 septembre 1696, le marquis de Cbàleauneuf écrit que « ayant rendu compte au roi du procès-verbal qui a été dressé contenant toutes les raisons du maire, échevins et procureur du roi de la ville d* Angers, pour faire construire dans un coin du jardin de l'Hôtel-de- Ville un appentis, tant pour servir de buanderie que de serre pour des orangers et autres fleuré, ensemble de toutes celles des académiciens tendant à empêcher celte construction, et de Tavis de H. de Héroménil là-dessus, Sa Majesté a témoigné qu'elle ne veut point que Ton fasse ledit bâtiment, ni même qu'il soit construit ni entrepris aucune autre chose dans les jardins de THôlel commun delà ville sans son expresse permission. » De ces détails peu importants en eux-mêmes ressortent cependant deux faits intéressants : c'est que THàtel-de-Ville possédait dès cette époque un jardin qui devait, dans certaines limites, être livré au public, et que TAcadémie conçut la première le projet d'organiser une bibliothèque publique.

Ce triomphe des académiciens sur rHôtel-de-Ville ramena-t «il la bonne harmonie entre ces deux corps? Il peut être permis d'en douter. Hais bientôt l'Académie dut interrompre ses travaux de 1708 à 1714, « à cause des malheurs de la guerre. »

En 1729 une circonstance sans précédents amène la solution d'une question importante : Un gentilhomme anglais, Jean Cotton, savant dans les langues mortes et vivantes et auteur d'une traduction en anglais de la Jérusalem du Tasse, habitant Angers depuis six années, parut digne des suffrages de l'Académie, mais comme il professait la religion anglicane, on crut devoir eu réfé-

rer au gouvernement. Le cardinal Fleury répond que les scrupules de I* Académie sont fondés. « Le roi ne souffrant 9 aucun exercice de la B. P. en France, ceux qui la pro- 9 fessent sont exclus par conséquent de toutes charges » et emplois dans le royaume. » Cette élection est donc impossible.

H. de la Hotte de Senonnes, élu le 28 juin 1738, ne s*étant pas présenté dans le délai voulu pour être installé et s'étant dispensé de prononcer son discours de réception sous des prétextes reconnus faux, son élection fut annulée le 16 juillet suivant.

Le xYiip siècle allait atteindre la moitié de son cours : un nouvel ordre d'idées se faisait jour de toutes parts, les sciences naturelles progressant a pas de géant multipliaient leurs sectateurs dans les provinces, TAcadémie sembla vouloir aussi entrer dans une nouvelle pliase. Jusqu'alors le registre de ses délibérations restant entre les mains du secrétaire perpétuel montrait des négligences et des lacunes regrettables, on décida qu'il serait mis sous les yeux de l'assemblée à chaque séance, en dépit des réclamations du secrétaire dont cet incident entraîna la démission (9 mai 1747). En même temps le directeur, M. de Bois-Bernier, expose que l'étude de la langue ne doit pas être le seul objet des occupations de TAcadémie, mais qu'étant une Académie royale qui embrasse les belles- lettres, les sciences et les arts, aucun genre d'études ne doit lui rester étranger. On propose de décerner deux prix, l'un de littérature, d'éloquence et de poésie, l'autre de physique : les frais de deux médailles d'or seront couverts par une souscription volontaire de 24 livres, que les membres présents s'empressent de remplir. Le siyel proposé pour le prix de physique fut celui-ci : Les métaux et les animatix ne deviennent-ils électriques que par communication? Des placards envoyés

dans tout le royaume doivent en faire connaître le programme. L'Académie no voulant couronner que des travaux sérieux dut cyourner jusqu'en 1749 sa décision qui fut en faveur du P. Beraud, jésuite du collège de Lyon. Avant de prononcer son jugement, elle s'était aidée des lumières du P. Bertliier, oratorien du collège d'Angers, qu'elle admit dans son sein avec le titre d'associé résidant, et qui lui présenta une dissertation sur cette question : Si tair de la respiration passe dans le sang ? Déjà antérieurement Tabbé Henou, chanoine de Saint-Haurille , avait lu un discours sur l'électricité et deux mémoires sur les pétrifications de l'Anjou, ouvrant ainsi peut-être le premier une carrière qui est loin d'être épuisée parmi nous. L'abbé Menou était élève de Réaumur, et la grande considération qu'avait pour lui cet illustre naturaliste est un sûr garant de son mérite.

Un autre académicien, poële-physicien, M. de la Sorinière, présenta une dissertation sur les fourmis et ce qui est caractéristique de l'époque (1748), « une pièce physico-galante » sur la réfrangibilité de la lumière (1). Mais le docteur Bertbelot du Paty représenta la science d'une manière plus éminente par les nombreux mémoires qu'il lut successivement sur la médecine^ la propriété des eaux de l'Epervière et de Chavagnes, sur la congélation des pierres d'ardoise, sur la nature et les qualités des vins de l'Anjou, enfin sur plusieurs sujets de physique et de botanique.

Plus la réputation de l'Académie s'étendait au loin, plus grand était le nombre des savants et des littérateurs qui sollicitaient Thonncur de lui appartenir; elle se décida donc en 1747 à se choisir des associés étrangers; elle élut d'abord MM. de Béaumur, Voltaire, Hérissant,

(1) Ce littérateur mourut dans un âge avancé, le 28 janfier 1784.

du Molard, Bertrand, Bologne, puis successivement un grand nombre d'autres plus ou moins célèbres, parmi lesquels on peut citer : Titon du Tillet, Desforges-Haillard, Racine fils, le cardinal de Quérini, Fréron, Le Boutlanger, le baron de Beausobre, de Voglie, ingénieur, le marquis de Turbilly, Dreux du Radier, Bucboz, Sigaud- Lafond, Bonamy, de la Faille, Renou de Chauvigné- Jaillot (1), Bureau de la Halle, Tabbé Proyart, Giraud- Soulavie, Florian (2), Aubert du Petit-Thouars, Vigier, le baron de Coursel, Chassebœuf, etc.

L'élection de Voltaire avait eu lieu le 13 novembre 1747, le 26 du môme mois il écrivait de Sceaux au secrétaire perpétuel : m Je reçois. Monsieur, avec une res- » pectueuse reconnaissance, Thonneur que l'Académie » d'Angers veut bien me faire. Permettez que je vous » supplie de lui adresser mes remerciemenls. Je vou- 9 drais bien être à porlée de les faire moi*môme. Ce se- » raH pour moi un devoir et un plaisir. J'aurai au moins » la consolalion de voir mon nom dans votre liste, et je » me flatte que ceux qui m'ont fait l'honneur de me » choisir me conserveront toujours quelque bienveiU » lance. C'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur » d'être, etc. Voltaire. »

Le 30 mars 1750 il adressait de Paris au secrétaire perpétuel, qui l'avait remercié de l'envoi de sa tragédie de Sémiramis, le compliment suivant dont la compagnie ordonna la transcription sur son registre : « Ha vie, » Monsieur, est celle d'un malade condamné par la ûa- » ture à souffrir, mais elle me laisse autant de sensibi- 9 lité pour les bontés dont des corps tels que votre Aca-

(i) Auteur d'un grand ouvrage de Recherches sur Paris ; il fut présenté comme originaire de TAnjou.

(S) Élu par acclamation sur la proposition de Mr" TÉvêque d'Angers.

• demie et des hommes tels que vous m'honorent,

• qu'elle me donne de goût pour les lettres. Voilà mes » consolations. C'en est une grande pour, moi de saisir » celle occasion de vous assurer à quel point j'ai Tbonneur 9 d'être , Monsieur , votre très humble et très obéissant » serviteur. Voltaire, gentilhomme ordinaire du roi, de » l'Académie d'Angers. »

Titon du Tillet avait fait don à l'Académie de son Parnasse français. Réaumur avait envoyé ses précieux mémoires, et la plupart des associés lui adressaient leurs ouvrages : sa bibliothèque acquérait ainsi une importance d'un haut intérêt; pour l'accroître encore, la compagnie décida qu'elle prendrait des abonnements aux feuilles de Fréron, au Journal des savants et à d'autres recueils littéraires. Hais elle dut en même temps veiller à la solidité des armoires qui renfermaient les livres: ils pourront être communiqués aux membres dans la salle , les jours de réunions , avant l'ouverture de la séance , mais aucun d'eux ne sera jamais prêté au-dehors, même sur récépissé^ et sous aucun prétexte que ce soit, disposition qui peut paraître rigoureuse, mais qui n'en semble pas moins souvent indispensable à l'ordre des collections d'une société, en présence de Tincurie coupable d'un trop grand nombre de membres.

Ne pouvant encore publier ses travaux, l'assemblée décide (1754) que des extraits de ses séances seront envoyés au Mercure, au journal de Verdun et aux autres journaux.

Un discours prononcé le !•' mars J758, dans une séance publique à laquelle assistaient les officiers municipaux, produisit une telle sensation sur ceux-ci, qu'à Tissue de la séance ils se réunirent pour écarter toute solidarité avec TAcadémie, et résolurent d'adresser la lettre suivante au C'« de Brionne, gouverneur de l'Anjou ; « Monseigneur, » nous croyons qu'il est de notre devoir de rendre compte

» à Votre Altesse de Faction qui s*est passée, mercredi » dernier, àrAcadémie des belles-lettres de cette ville. La » réception de l'abbé Constantin de Hontriou, bomme de » condition, devant attirer le concours d*une infinité de 9 personnes do différents états , rassemblée se tint dans » la salle de l*bôtel-de-ville , ce qui s'était pratiqué dans 9 quelques autres occasions d'éclat. Après le remerciement n de H. Tabbé Constantin, après la réponse du directeur

> de l'Académie, il y fut lu quelques autres ouvrages. La » séance se termina par un discours de M. l'abbé Cotel de » la Blandinière, académicien, sur l'indulgence que le » public doit aux littérateurs; il y plaça l'éloge de Féne- » Ion, il entra même dans quelques détails sur la disgrâce

• de ce prélat; il dit, entre autres choses , que les aca- » démiciens ne doivent point traiter des affaires de reli- 9 gion, mais que sa langue s*arréterait dans sa bouche

> plutdt de ne pas soutenir des vérités saintes , et qu'il » les annoncerait jusqu'à l'effusion des dernières gouttes » de son sang.

9 II plaça encore dans son discours plusieurs traits à la » louange de Tabbé Poucet , ancien évéque de Troyes, » aussi membre de l'académie d'Angers. Il ne le nomma » cependant pas, mais il le désigna de façon à ne pas se » méprendre; il le loua sur ses talents littéraires et sur 9 ses travaux apostoliques, et dit qu'il avait annoncé les » vérités de l'Évangile devant notre monarque. Il applau* » dit à son zèle et à sa constance dans ses disgrâces et 9 dans ses humiliations : il le loua d'avoir souffert en » chrétien et comme un sainte et il finit en disant qu'il

> s'était soumis avec courage à la loi de Voslracisme.

» Ces traits de louange. Monseigneur, donnés publique- » ment à un évéque qui, par sa conduite, a paru déplaire » à S. H., ont fixé notre attention , et ont déterminé le

• maire à nous assembler pour en rendre compte à Votre

» Altesse. Nous croyons en oatre devoir toqs obserrer 9 que r Académie est enlièrement opposée aux sentimenls » que leur confrère a manifeslés dans son discours , et 9 nous ne doutons pas qu'ils ne prennent des mesures » pour lui faire sentir l*écarl et la faute dans lesquels il » est tombé (1). »

Malgré celle assurance, il ne paraît pas que l'Académie se soit émue de cet incident, du moins Tabbé Rangeard qui, en sa qualité de secrétaire, a consigné sur le registre le compte-rendu de cette séance, n'eyoute aucune réflexion qui puisse le faire penser, en sorte que cette protestation ne nous semble qu'un acte de ser?ile pusillanimité de la part du corps municipal.

L'abbé Poucet dont l'éloge avait semblé si compromettant avait dû résigner l'évéché de Troyes par suite pardtil de sa mauvaise administration financière ; il était chanoine de la cathédrale d'Angers et recteur de l'Université. C'était le neveu de Michel Poncel de la Rivière, membre de l'académie française et évèque d'Angers, l'un de nos prélats les plus recommandables, qui lui-même avait encouru la disgrâce de la cour pour un motif qui doit rester éternellement honorable pour sa mémoire, et que l'académie d'Angers compta trop peu de temps parmi ses membres.

L'Académie étant de fondation royale avait naturellement le roi pour protecteur, mais ses privilèges n*avaienl pas été confirmés par le nouveau gouvernement. Louis XV n'avait donné aucune marque de bienveillance à la compagnie, elle comprit l'utilité d'avoir dans son sein un personnage influent qui pût s'intéresser directement à ses

(\) M. Blordier-Langlois, en publiant ceUe pièce (Angers sous le régime municipal, page 2H). a fait de nombreuses confusions de dates et de personnes.

iniérèls et à sa gloire ci être son organe près de la cour.

Un placei au roi fut donc rédigé et envoyé au mois de juin 1760 : on supplie sa majeslé d*accorder à T Académie un Tice- protecteur et on désigne au choix royal H. le maréchal de Contades ; en même temps on demande la permission de modiOer les statuts et de porter ix quarante le nombre des académiciens. Au mois de décembre suivant une lettre de M. le comte de Saint-Florentin , ministre d'État, annonce que le roi approuve la nomination d'un yice-protecteur dans la personne de M. le maréchal de Contades, mais la modification aux statuts est cyournée, et tout prouve que cet egournemont fut définitif.

C*est donc avec étonnement que nous lisons dans une notice sur TAcadémie d'Angers insérée dans la Revm de tAjijau(iSh2), par H. de Beauregard, et reproduite par lui dans un autre recueil, que TAcadémie oba'n/ de porter le nombre de ses membres à quarante ; l'auteur va même jusqu'à donner les noms des dix nouveaux titulaires qui vinrent la compléter. Nous croyons pouvoir déclarer erronnés ces détails, du reste simplement compilés dans une notice publiée en 1831 par H. Blordier-Langlois, puisque le registre des délibérations ne fait aucune mention de celte importante modification, et puisque aucun des dix noms cités par ces auteurs n'a jamais figuré à aucun titre dans les comptes-rendus des séances. Les dix personnages cités ^ant été admis vers cette époque à la société d'agriculture, comme associés-libres , on peut facilement reconnaître la source de cette erreur, qui du reste n'est pas la seule qu'on puisse relever dans la notice publiée par la Revue de r Anjou, Ainsi, il est tout à fait inexact d'avancer que l'Académie offrit à Monsieur le titre de vice-protecteur, qui aurait été accepté par le prince (i).

(1) U n*est pas vrai ooiwplus que Marmontel ait appartenu à TAcadémie d'Augere, ni que Desforges-Maillard ait été t un de ses membres

Elle se contenta d'envoyer en 1771 , à M. le comte de Provence, devenu duc apanagiste d'Anjou , une adresse de félicitations, et reçut de Monsieur une lettre qui se termine par Tassurance du plaisir qu'il aura à lui donner des preuves de sa protection.

En 1766, l'Académie se vit pour la première fois dans la pénible obligation d'appliquer l'article XIII de ses statuts qui prescrivait l'expulsion d'un membre indigne. M. de Grasse, évéque d'Angers, avait eu des motifs pour retirer à l'abbé Carpilhet ses lettres de vicaire général , le chapitre lui avait enlevé son titre de chanoine honoraire, la faculté de théologie l'avait retranché de son corps, le roi l'avait exilé, et l'opinion publique sanctionnait ces décisions. L'Académie dut à son tour déclarer sa place vacante, faire rayer son nom du catalogue des académiciens , et décida qu'elle nommerait pour remplir sa place « un sujet » capable de lui faire honneur par sa conduite, autant que » par ses talents. » Plus tard, elle eut à exercer les mémos rigueurs contre M. Lebreton, ancien conseiller, et contre M. Davy, autre conseiller, qui était passé en Amérique.

En i783, M. de Lorry, évêque d'Angers très zélé pour le progrès des sciences et des lettres et pour la gloire de l'Académie, lui propose de décerner des prix , et s'offre d'intervenir lui-même auprès de Monsieur , frère du roi et duc d'Anjou^ pour obtenir de lui la somme nécessaire, ajoutant que si le prince ne goûtait pas ce projet, il ferait lui-même la dépense de deux médailles d'or de la valeur de 300 livres chacune, tous les ans, pendant toute la durée de son épiscopat, et il propose pour sujet du premier prix à décerner la question suivante : « Quels sont les

les plus actifs, • comme on le lit dans un Bulletin qui sHntitule « historique. » Desforges , associé étranger , ne parut jamais à aucune séance.

moyens les plus convenables elles moins dispendieux de pourvoir dans les provinces à la conservation des enfants trouvés et de leur donner Téducalion la plus utile à rÊlal?» De nombreux mémoires siir cette importante question furent adressés à TAcadémic, mais aucun d'eux n'ayant approché d'une solution quelconque, le prix ne put être décerné.

Les démarches tentées auprès du prince eurent un heureux résultat. Par décision du 28 février 1784 , Monsieur fait lë fonds de la somme nécessaire pour le prix d'une médaille d*or du poids de trois onces et demie Arappée, aux frais de Monsieur, à la monnaie des médailles à Paris. « La dite médaille sera décernée tous les deux ans, a » l'assemblée de la Fête-Dieu, à l'auteur du mémoire jugé » le meilleur par l'Académie sur une question ou propo- » sition uniquement relative à des objets de bienfaisance, » de patriotisme et d'utilité publique, comme l'agricul- 9 ture, la navigation, le commerce, les arts et les manu- » factures. » Monsieur se réserve d'indiquer la question qui sera l'objet du premier prix à distribuer.

Il y avait loin du choix de ces sigets à ceux que l'Académie avait précédemment couronnés, et l'on y trouve la trace la plus marquée des tendances de cette époque vers les questions économiques.

Lq sujet du prix proposé au nom de Monsieur fut : « Quels sont les moyens les plus simples et les moins dis- » pendieux d'empêcher le débordement de l'Authion et » stagnation de ses eaux, même de rendre cette rivière » navigable dans une partie de son cours ? 9 Le prix fut décerné en 17*86 à M. Moret, ingénieur des ponts et chaus sées, résidant à Poitiers.

M. de Lbrry, de son côté, ayant fourni le fonds d'un autre prix sur « les moyens les plus convenables de ra- » nimer le commerce dans la ville d'Angers, et de rendre

» plus profitable le débit des productions territoriales et » surtout des vins , » rAcadémie décerna ce prix le 13 novembre 1787 à M. Yiger des Hubinières, avocat, qui fut élu par acclamation membre associé résidant. Elle accorda un accessit à un autre mémoire sur lé même sujet, imprimé sous le voile de l'anonyme, mais dont M. Montault, procureur, se déclara l'auteur. Le mémoire couronné) qui a été aussi imprimé, renferme des vues sages et des idées patriotiques qui prouvent par l'accueil qu'elles obtinrent, à qoel point ces idées avaient pénétré dans le sein de l'Académie.

Le second sujet du prix décerné par Monsieur avait pour objet v l'origine , le progrès et changement des » levées qui bordent la Loire , les moyens de les mettre à » l'abri du ravage des inondations, de les rendre plus fa- » ciles au commerce de manière à précipiter le cours do » la Loire par le poids de ses eaux supérieures pour la » forcer de se dégager de ses sables, le tout eu égard aux » droits de chacun. » Le prix fut décerné le 19 novembre 1788, à l'auteur d'un mémoire signé des initiales D. L. M.

Deux fois TAcadémie fut appelée à se prononcer sur des inventions qui avaient la prétention de résoudre le chimérique problème du mouvement perpétuel , mais elle n'eut pas de peine à convaincre d'erreur ces prétendus inventeurs et à leur prouver qu'ils étaient étrangers .aux saines notions des mathématiques.

Mais le moment était venu où ces paisibles luttes de l'intelligence allaient faire place à des débats bien autrement importants. Le dernier procès-verbal enregistré porte la date du 30 juin 1789. L'Académie se réunit encore postérieurement à cette date> mais il est probable que les sujets dont elle s'occupa n'étaient pas de nature à être mentionnés au registre. Il nous a été dit qu'elle était en séance lorsque parvint à Angers la nouvelle de la prise de

la Bastille. L'agitation n'y fut pas moins vive que sur la place publique, dont les clameurs arrivaient jusqu'à cette enceinte jusque-là si paisible et que des statuts impuissants ne préservaient plus contre les invasions de la foule. On comprenait la portée de ce premier triomphe de ta Révolution : avec les murs de la Bastille s'écroulaient à la fois les antiques fondements de la féodalité ei de la monarchie du droit divin ; et l'Académie née du bon plaisir royal, allait voir ses privilèges, les seuls qui fussent regrettables peut-être, puisqu*ils étaient la récompense du savoir et du mérito, s'anéantir pour jamais sous l'inflexible niveau de l'égalité légale.

Dès l'année 1791, l'almanach d'Anjou n'admettait plus TAcadémie au nombre des corps constitués du pays , et lorsque la Convention adopta le 8 août 1793 un décret portant la suppression de « toutes les académies et socié- » tés littéraires patentées par la nation, » elle ne fit que consacrer légalement une dissolution déjà consommée par la seule force des circonstances et que le gouvernement directorial lui-même jugea déBnitive, puisque ce fut en vain que l'un des acadétniciens les plus recommandables et les plus laborieux, Tabbé Hangeard, entraîné par une illusion qui lui était chère, eut recours à l'influence de son ami Larevellière-Lépeaux pour obtenir le rétablissement de notre Académie^ Seule , lors de la réorganisation des corps savants, la société d'agriculture d'Angers fut appelée à une nouvelle existence qui du reste fut éphémère.

L'émigration, la guerre civile et Téchafaud révolutionnaire avaient fait disparaître tous les académiciens, et Herlet-Laboulaye, resté presque seul à Angers, put sans le moindre obstacle, s'emparer des registres, des archives et des collections de l'Académie. A sa mort, ces documents furent recueillis par le collecteur T. Grille qui les tint

enfouis pendant de longues années dans son cabinet. En 1851, la correspondance et d^autres pièces importantes furent dispersées, mais le registre des délibérations, conservé à la bibliothèque de la ville , fournira toujours de précieux matériaux à Tbistoire lilléraire du pays.

L AiaJt^mii^ d Angers eul ses envieux et ses détracteurs (1). Vollaire, malgré les compliments qu'il lui adressait, ne s'épargna pus le malin plaisir de lui lancer une t'pîgràmmi\ lorsqu'il la qualifia de fille l^nnile qui n'a jamais fait parler dette. Marmontel, qui avait réclamé sa eoopi ration, écrivant en 1758: « Il est peu de sociétés V lilléraire^, qui aient contribué au succès du Mercure, » autant que TÂcadémie d'Angers », Marmontel lui aussi,

(1) Bèâ J686. t'clection de H. Constantin, grand prévôt, donna lien »Lix coupleb suivants, émanant peut-être de quelque ambition déçue; ils se chantaient sur l'air à la venue de Noé :

Amis, dans ce fameux trentin , On a placé le Constantin !

Que diaUe veut-on que Ton fasse D'un grand prévôt sur le Parnasse ?

Y veut-on dresser un gibet Pour effrayer ceux de la troupe Qui jusques alors n'avait rien fait Que d^ se donner de la soupe !

Ah ! je me trompe, ils ont raison C'est afin que de leur maison Joignant le lieu patibulaire Ils y voient briller un confrère ; Et comme tous ces Messieurs-là Ne savent point d'airs d'opéra Du moins le Prévôt leur fera Chanter le Salve regina,

(Manuscrit de la bibliothèque d^ Angers).

chercha plas tard , dans ses Mémoires (li?. 8 , p. 3S9), à lui jeter du ridicule dans la personne d*un abbé qu'il avait rencontré dans une réunion au château de Ste-Geromes. Une anecdole plaisante racontée par un écrivain si spirituel, devait nécessairement taire forlune, mais l'abbé Barrât qu'elle concerne et dont nous pouvons aujourd'hui révéler le nom, placé à la tôle de l'Académie comme directeur, s'est-il réellement rendu coupable de la naïveté qu'on lui attribue? Nos recherches n'oui pu résoudre celte question.

Il ne méritait point ces dédains, ce corps savant , qui tout en restant fidèle au respect des croyances religieiiseï^, des bienséances et des principes monarchiques^ sut progresser avec le siècle, qui réunit dans sou sein tant d'hommes recommandables à divers titres. Sans parler de 51énage et de Bernier qui paraissent n'avoir donné aucune marque de sympathie à leurs collègues d*Angers, nous pouvons citer les noms des Gourreau, Pocquel de Livonnière, Pétrineau des Noulis, Frain du Tremblay, Babin, Reyneau, Hunault, Poucet de la Rivière, Louet, Prévost, Berthelot du Paty, La Sorinière, Rangeard, Ollivier, La Sauvagère, Merlet-Laboulaye et de plusieurs autres dont la mémoire doit être honorablement conservée parmi

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