DOUS
Dès les premières années de son existence, l'Académie avait projeté de publier la vie des hommes illustres de l'Anjou. Pocquet de Livonnière avait commencé ce travail dont on conserve plusieurs parties restées manuscrites. En 1762 et en 1770, la compagnie avait décidé qu'il serait publié un recueil de ses travaux tant anciens que modernes, on était entré en négociations avec un éditeur, mais les^ ressources financières manquaient tout à (ait à ce corps privé de revenus fixes, et qui ne pouvait couvrir ses dépenses ordinaires que par les dons volontaires de IX. 3
ses membres. Une cotisation réglée eût paru alors incompatible a?eo la dignité d'académicien. Cependant un assez grand nombre de pièces ont été imprimées soit par leurs auteurs, soit par ordre de TAcadémie : Eloges du roi, discoars, mémoires couronnés, etc.. Citons entr'autres un élog(3 du cardinal dWmboise, par l'abbé Burgcvin, imprimé en 1786, et daas lequel on remarque des idées élevées : les reeneils périodiques du xviir siècle , tels que TAnnée lilléraire de Fréron, le Mei^ure de France, le Journal do Verdun, contiennent un grand nombre de morceauKde liltéralLire émanant de T Académie d'Angers.
Si uu jour la voix de la raison se faisant entendre parmi nous, on voyait tous les corps savants d'Angers se réunir eu uu seul inslilut, mtdtre en commun tous les talents et mufliplier les ressources matérielles, il serait digne de cette nouvelle Académie de recbercher loules ces pièces éparses manuscrites ou imprimées et d'en éditer un cboiz à la gloire de notre pays et de nos devanciers. Si un tel projet, honorable pour tous, se réalisait, nous aurions à nous féliciter d'en avoir inspiré l'idée et peut-être d'en avoir écrit l'introduction.
Lorsque vers la fin de l'année 1831, la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers publia le premier volume de ses mémoires, un de ses membres très versé dans l'étude de notre histoire locale, M. Blordier-Langlois, chercha, dans une introduction historique , à présenter cette association comme une continuation de l'ancienne Académie. Cette idée chère à ce bon vieillard a été depuis reproduite fréquemment dans le sein de cette société, et elle s'est manifestée tout récemment sur le titre de ses publications. Cependant rien dans ses statuts, rien dans les actes légaux qui l'ont constituée ne l'autorise à se rattacher à cette origine. Nous tenons de plusieurs de ses premiers fondateurs qu'une telle pensée n'entra point dans
leur e^rit : ils voulurent créer une association agricole et scientifique, dont le nom n'indique pas même la culture des beHes-lettres(l). A une époque où Tusurpation des litres est si fréquente, il^ peut être permis de discuter la légitimité d'un enfant posthume revendiquant, après un intervalle de soixante-dix années, un nom légalmient éteint.
{i) La première pensée de la création d'une société savante fut conçue vers 1828 par H. Desvaux, qui s'adjoignit MM. Millet et Âdville. A cette époque, tous les membres de Tanciecne Académie étaient morts depuis longtemps, et la succession de cette institution était couverte par la prescription de près de quarante années d*oubH, non moins que par la prescription légale. On songeait si peu à se rattacher aux anciennes compagnies savantes de l'Anjou, qu'on ne se souvint même pas qu'une Société d'agriculture , créée à Angers en 176i, et réorganisée avec le titre de Société libre,'en 1798, existait légalement, et que, seulement tombée en désuétude, elle pouvait offrir un cadre tout formé à la nouvelle société. Ce ne fut que trois ans plus tard (novembre 1831), que M. Blordier-Langlois rappela le - souvenir de ces anciennes institutions. Du reste la Société d'agriculture, sciences et arts a toujours basé ses prétentions â se regarder comme la continuation de l'ancienne Académie, sur la croyance tout à fait erronée que cette Académie seulement tombée en désuétude, n'avait point été légalement abolie. Voye£ les mémoires de la Société d'agriculture, tome 1er (1831) pag. xviil : c Elles n'avaient point été » légalement supprimées, elles n'étaient que tombées en désuétude,
• par Tefiet des circonstances > (Blordier-Langlois) ; tome 8 (1852) page 11 : c Cette compagnie ne fut point abolie, elle ne cessa paa
• d'être, son existence fut seulement suspendue. Ce n'est qu'en l'an-
• née 1828 que quelques personnes studieuses se réunirent pour la
• rappeler â la vie et la reconstituer » (de Beauregard). Les mêmes termes se retrouvent dans la Revue de l'Anjou (1852), pag. 570. Evidemment ces écrivaius ne connaissaient pas ce décret adopté par la Convention sur le rapport de Grégoire le 8 août 1793 et inséré au Moniteur le lendemain : t Toutes les académies et sociétés littéraires m patentées par la nation sont supprimées, t
Ce titre , la Société académique eût pu se l*attribuer avec une plus juste raison, si elle eût eu besoin de chercher ses motifs de gloire dans le passé, et si aucune conneiion pouvait exister entre les (ormes de Tancien régime et les institutions actuelles. Si , à Tépoque où elle s*est constituée, il se fût trouvé à Angers une société dont le nom et le cadre eussent été assez larges pour réunir toutes les forces intellectuelles du pays, pour représenter convenablement les intérêts des lettres , des sciences , du commerce et de rindustrie , les fondateurs de la Société académique se seraient abstenus de la puérile satisfaction d'attacher leur nom à une création nouvelle; vainement une Société plus ancienne se prévaudrait - elle de ses droits acquis et des services rendus , elle ne peut ignorer que le jour où une académie reconnue apporte la moindre modification à son titre et à ses statuts, elle déchire de ses propres mains Tacte légal qui Ta reconnue établissement d*utilité publique. Sa prétention d'absorber dans son sein les autres corps savants de l'Anjou ne pourrait donc se justifier , en présence des prescriptions absolues ' d'un règlement limitant à quatre-vingts le nombre de ses membres.
C'est dans de telles circonstances que, forts de vos loyales intentions, forts de l'adhésion de tant d'hommes d'élite répondant à votre appel, vous avez voulu. Messieurs, préparer un terrain neutre où tous pussent se rencontrer, sans regrets du passé et sans craintes pour l'avenir. L'idée était si juste, si conforme à la raison, qu'elle n'a soulevé aucune objection sérieuse; elle s'est heurtée seulement à des personnalités. Dédaignant des insinuations malveillantes, vous n'avez pas craint de tracer cette nouvelle route et de donner l'exemple ; vous élevant audessus de tout esprit de sec.^te ou de coterie, vous n'avez pas cherché à recruter vos collègues dans un sens exclu-
sif, voas avez appelé tous les hommes honorables, quelque fussent les nuances de leurs opinions, vous n^avez encensé aucune idole, vous n*avez arboré aucun drapeau; dans cette enceinte Thomme religieux vient s'asseoir auprès du libre penseur, sans qu'aucun froissement ttoheux soit à craindre entre eux ; ils seront venus peutêtre avec des préventions, ils se quitteront avec des sentiments d^une estime réciproque. Dans la sphère élevée où vous êtes placés, vous n*avez apporté aucun obstacle à Texpansion des idées ; vous avez admis, dans les publications éditées par la Société, de$ travaux où se reflètent les opinions les plus diverses, toutes les fois que, se renfermant dans les limites des convenances académiques, ils n'ont pas touché aux questions qu'une académie ne doit pas at)order, justifiant ainsi, sous un nouveau point de vue, la devise gravée sur le sceau de la compagnie, diversa sed una. Voilà pourquoi les mémoires publiés par la Société académique, sans autre recommandation que leur propre mérite, ont obtenu les hautes faveurs du Gouvernement, et sont aujourd'hui recherchés par un grand nombre de corps savants de l'Europe et de T Amérique, qui tiennent à honneur de s'affilier à vous. Des débuts si honorables engagent et assurent l'avenir; vous ne pouvez désormais ni rétrogader ni dévier de la voie que vous avez tracée, et, s'il vous reste celte conviction que l'ancienne Académie d'Angers s'est éteinte pbur toujours , du moins son esprit peut-il encore revivre parmi vous.
Tandis que j'évoquais ces souvenirs déjà lointains de notre histoire littéraire, il me sembla voir s'assembler cette réunion d'hommes éminents qui, pendant plus d'un siècle, entretint dans le sein de l'Académie d'Angers le feu sacré des belles-lettres. Revenus parmi nous, initiés aux idées et aux connaissances de notre temps,
ils vioreût d'eux-mêmes prendre plaoe dans le temple que vous avez érigé aux lettres, aux sciences, aux -arts et à rindustrie; ils assistèrent à ces séances si bien remplies par dee lectures agréables ou savantes, ils furent témoins de ces discussions pleines d'alticisme auxqudies chacun peut prendre part, et dont tous profitent, à ces conversations littéraires dont le charme attire à vos réa* nions , des points les plus éloignés de la ville , un si grand nombre de personnes distinguées; ils encouragèrent vos essais, fiers d'y retrouver les plus heureuses Iraditions de leur passé, et prédisant à vos travaux un succès durable, ils vous montrèrent dans le lointain une génération nouvelle, jalouse de marcher sur vos traces, et venant couronner de nouveaux lauriers le faîte de Tédifice que vous ne cessez de consolider et d'embellir à la gloire de cette noble cité angevine qui , sous tous les régimes, conservera religieusement le culte de la vérité, du beàu idéal et des ancêtres.
LISTE GÉNÉRALE DES HBICBRES DE L' ACADÉMIE D'AIfGRRS.
i^ Académiciens nommés par le roi lors de sa fondation.
1685 1 Arnauld, évêque d* Angers.
2 Bechameil de Nointel, intendant de la généra-
lité de Tours.
3 D*Autichamp, lieutenant du roi à Angers.
4 Le comte de Serrant (de Bautru).
5 Arnault de Pomponne, abt>é de Chaume.
6 L*abbé Ménage.
7 Arthaud, chanoine de Téglise d*Angers.
8 Le Pelletier, prieur de Saânte-Gemmes.
1685 9 Héard de Boi9*Simon, chanoine^ de régtise
d'Aagers.
10 Gohia, premier président du présidial d^An-
gers.
11 DuTlessis de Geste de la Branetière.
12 Bemier, docteur en médecine.
13 Chariot, maire d'Angers.
IJ De la Bigottière de PerchamImuU, conseiller au présidial.
15 Verdier, conseiller honoraire, professeur de
droit.
16 Gourreau, conseiller, doyen des écbevins per-
pétuels.
17 De Roye, professeur en droit.
18 Guinoyseau de la Sauvagère , conseiller hono-
raire.
19 Horeau du Plessis, conseiller.
20 Grandet, conseiller et échevin.
21 Pocquet de Livonnière, conseiller, professeur
de droit.
22 Hartineau, avocat du roi au présidial.
23 Martineau de Prince, juge de la prévôté.
24 De Launay, professeur do^droit en FUniversité
de Paris.
25 Pélrineau des Noulis, président de la prévôté.
26 Frain du Tremblay, conseiller au présidial.
27 Nivart, avocat au parlement de Paris.
28 Blouin de la Piquetière.
29 Daburon, avocat du roi au présidial.
30 Brillet de la Villate.
2* Académiciens élus par t Académie,
1686 31 Constantin, grand prévôt d* Anjou (17) ^ * Ce numéro indique celui de racadémicien remplacé.
i686 32 Cupif de Teildras, conseiller au présidial (2S).
1687 33 Gily, ex-ministre converti (32).
1688 34 L'abbé Babin, mdtre-école (7).
35 Hanault, docteur en médecine (12).
1689 36 De Miribel d*Autichamp (15).
37 Porldbic, marquis de Vezins (35).
1692 38 Boylesve de Goismard, conseiller (3). 39 Le Pelletier, évèque d* Angers (1).
1693 40 Léger, grand archidiacre de Véglise d'An-
gers (6).
41 Courdil, ministre de la ci-devant P. R. con-
verti (27).
42 Lezineau, professeur en droit (24).
43 Germain Artbaut, écbevin (16).
1694 44 Charles Reyneau, de TOraloire (9).
45 Le chevalier François du Bellay (19).
46 Bazoudy, avocat du roi (29).
1695 47 Clavel, chanoine de Téglise d'Angers (18).
1696 48 De la Bigollière de Perchambault, président au
parlement de Bretagne (14).
1699 49 De Longueil de la Devançaye (5).
1700 50 Le Gouvello, vicaire général (il).
51 De Court, abbé de Saint-Georges et de Saint-
Serges (8).
52 Hunault, docteur en médecine (28).
1704 53 Janncaux, avocat du roi (43).
1706 54 Michel Poucet de la Rivière, évéque d'Angers (39).
55 Martineau , vicaire général , abbé de Saint- Haur (10).
1708 56 L'abbé Louet (13).
1714 57 De Vaugiraud, grand archidiacre, depuis évê que d'Angers (25).
58 L'abbé du Tremblior de la Varenne (45).
1714 59 Gourreau, conseiller honoraire (38).
60 Aroys du Ponceau, subdélégué de Tinien-
dant (4).
61 Grezil de la Veronnière, conseiller (42).
62 Voisin de la Cerclère, agrégé à la faculté de
droit (22).
63 Pocquet de Livonnière (33).
64 Le maréchal de Contades (41).
1715 65 Rouslille de Valleray (60).
1717 66 Audoin de la Blanchardière, lieutenant général de police (30).
1719 67 Legeudrc, intendant de la généralité (2). 68 Destriché, chanoine de Saint-Laud (55).
1720 69 Labbé d*Autichamp (59).
1722 70 Dupont, procureur de ville (46). 1726 71 Gilly, doyen de Saint-Laud (26).
72 Louet de Lonchamps (37).
73 Lenormand du Bardas, de la chambre des
comptes^de Nantes (49).
74 Toublanc, conseiller de la prévôté (70).
75 Doublard, avocat dugroi (21).
1728 76 Boyiesve de la Haurouzière (48).
77 Poncet, ancien évëque de Troyes (61).
1729 78 Coquereau du Bois Dernier, avocat du roi (44).
79 Potier Dubois, major du château d'Angers (52).
80 L*abbé Rouslille (58).
81 Guérin de la Piverdière (40).
1730 82 L'abbé de la Chalinière (66).
83 Vaultier, chanoine de Saint-Pierre (62).
1731 84 De la Tulaie de Varennes (54).
1734 85 Despreaux, ci* devant gouverneur des pages(20).
86 Boucault, chanoine de la cathédrale (51)*.
87 Pasqueraye du Rouzay, td. (34^.
88 Roger de Campagnole (65).
1736 89 Hullin de la Maillardière (64). 1738 90 Talour de la Yilaière, avocat au parlement de Paris (47).
1743 91 Prévost, avocat du roi (31).
1744 92 Pineau de Lucé, intendant de la généralité (67).
1745 93 Àyrault de Saint-Hénis, avocat du roi (86).
94 Heuou, ctianoine de Saint-Maurille (53).
95 Bertbclot du Puty, docteur en médecine (68). 1746* 96 De Saint- André-Marnais de Vercel, grand vicaire (36).
1747 97 Goeslart de Montsabert (81).
98 Le Corvaisier (89).
99 Du Verdier de la Sorinière (56).
1748 100 Cotelle de la Blandinière, curé de Soûlai^
nés (49).
1749 101 Davy, conseiller (85).
1750 102 De Montecler, doyen de Téglise d* Angers (94). 103 Gontard fils, avocat (87).
1751 104 D*Andigné de Sainte-Gemmes (79). 105 Béguyer de Cbampcourtois (73).
1752 106 Rangeard , prieur de Saint- Aignan d'An-
gors (88).
1757 107 Constantin de Montriou, chanoine (78). 108 Aveline de Narcé (104).
1758 109 De Grasse, évéque d*Angers (57).
110 Guillot, chanoine de Saint-Haurille (98).
1759 111 Carpilhet, vicaire généralt74).
1761 112 De Cajeul, capitaine de dragons (75).
1762 113 Louet de la Romanerie (69).
1763 114 L'abbé Ollivier (71).
115 Gastineau, procureur du roi des eaux et forêts (63).
1764 116 Cotelle, doyen de Saint-Martin ^92). 1766 117 Martineau, avocat (83).
1767 118 Lebreteo, conseiller (110).
1768 119 Comte d'Aulichamp (90).
1769 120 Porter (102).
121 Barat, chanoine de Saint-Martin (84).
1770 122 La Planche de Ruillé (76).
1772 123 De Godde de Varennes (103).
1773 124 Coutouly, médecin (95).
1777 125 Vaillant, chanoine de la cathédrale (106). 126 Desniazières, conseiller (100).
1779 127 Le Boureau de la Garenne des Brelesches ("JOl).
1780 128 Trouillard. chanoine de Saint-Marlin (117).
1781 129 De Launay aîné, avocat {77).
130 L'abbé de Villeneuve f96).
131 De la Sauvagère (80).
1782 132 Labbé Burgevin (97).
1783 133 Merlet-Laboulaye (131).
134 Du Viviers de Lorry, évéque d'Angers (109).
1785 135 Comte de Contades (119).
1786 136 Leclerc(99).
1787 137 Brevet de Beaiyour, avocat du roi (91).
Le sceau de l'Âcadéroie portait d'azur au pâmasse d'or surmonté d'un laurier d'or et aux fleurs de lys sans nombre, avec Téchiquier d'Âi^ou en. bordure.
EHe avait pour emblème un vase plein d'eau avec cette devise : Maculas ostendit et aufert , symbole qu'on peut expliquer par ces mots : Elle éclaire l'esprit et reforme le cœur.
A. BORBAU.
Lu en séance de la Société académique le 7 novembre •l le 5 décembre 1860