P.-H.-H. BODARD DE LA JACOPIÈRE
Lorsqu'un homme de bien, après avoir rempli honora* biement nne carrière scienliSque, a laissé des écrits qui attestent tout à la fois l'étendue de ses connaissances et son amour de l'humanité, c'est un devoir sacré pour cent qui lui survivent de constater les services qu'il a rendus à la science, et de chercher à sauver sa mémoire d'un injudle oubli. La Société académique qui, dans le vasle cadre de ses travaux , doit placer en première ligne la biographie et l'histoire littéraire du pays, accueillera avec sympathie, nous Tespérons, une notice sur la vie d'un $avant recom* mandable, qui, bien que se rattachant à TAnjou par sa naissance, y est demeuré jusqu'ici presque entièrement inconnu. •
Issu d'une famille de finance et de robe fort ancienne en Ai\jou, Pierre*Henri-*Hippolyte Bodard de la Jacopière
uaquit à CraoD le 12 avril 1758, et fit ses humanités au collège de la Flèche. Son frère dné, Henri Bodard de la Jacopière» nommé échevin à Angers en 1782, était procureur duroi au présidial de cette ville, et devint en 1789, membre de la Société des Botanophiles. Il nous est permis de penser que le jeune Bodard fit alors quelque séjour à Angers^ et qu il y puisa dans la fréquentation des amateurs €Uigevins le goût de la botanique, science alors très en faveur dans la bonpe société. Il était entré fort jeune au contrôle des finances à Paris. Doué d* une imagination vive, d*un caractère epjoué, d'un cœur sensible et délicat, il était heureux de trouver dans Tétude des plantes, un délassement aux travaux arides qui lui étaient confiés; il suivit avec ardeur les leçons du célèbre Antoine-Laurent de Jussieu, qui le distingua parmi ses élèves et dont il s'honora toujours d'avoir conservé raffection. Il trouvait du reste dans ses relations de famille un puissant encouragement : une tante qui habitait Meudon, madame Thiroux d'Arconville, femme aussi distinguée par les grâces de son esprit que par ses vastes connaissances (1), n'était pas étrangère à la botanique, et les fréquentes visites qu'il
(1) Mane-Geoeviève d'Arlus , manée à Loois Tbiroux d^ArconviHe, président au Parlement de Paris, belle-sœur et mère de deux magistrats dont le nom rappelle toutes les vertus, Angran d^AUeray, intendant eivii, et Tbiroux de Crosne, intendant de Rouen : elle mérite d'occuper un rang distingué parmi les femmes célèbres de son siècle. Voici ses principaux ouvrages : Vie du cardinal d'Ossat, 2 vol. in-8, i771. — Vie deMariedeMédicis,3 vol. in-8, 1774.— Vie de François 11,2 vol in-8, 1783. —Traité des passions. 1764,— de l'Amitié, 1771.— Pensées et réflexions morales adressées à M"^ d^Alleray , sa soBur, 1 776. — Essais pour servir à Thietoire de la putréfaction, 1766. Tous ces ouvrages ont joui d*itiie réputation méritée.
Elle traduisit «0 outre ua grand nombre d'ouvrages anglais, entre
lui faisait tournaient toujours à l'avantage de leur science de prédilection.
Bientôt il obtint à Harseflle une place Incrative qui lui permit d'étendre ses observations sur la flore du Midi : ses herborisations jusqu'aux landes de Bordeaux lui Brent découvrir plusieurs plantes curieuses alors peu connues, telles que la Vallisnérie et VAnlhericumplanifoliumL. qu*il eut le plaisir d'offrir à son ancientnaître, A. L. de lussiett, qui ne le possédait pas dans son herbier, et à Desfontaines, qui ne l'avait encore trouvé que dans ses voyages en Barbarie.
Cependant le nr^oment était arrivé où les paisibles élucubrations de la science devaient faire place à de redoutables préoccupations. Le régime de la Terreur enveloppait la France entière ; Marseille avait essayé de résister aux ordres sanguinaires de la Convention, une nombreuse armée départementale s'était formée; mais manquant de chefs pour Torganiser et la diriger, elle se dispersa presque sans combattre, et avec ses débris, Bodard alors marié, dut chercher à Toulon un asile malheureusement trop précaire*
Bientôt en effet cette ville, foudroyée par l'artillerie commandée par le jeune Bonaparte, dut capituler : les républicains vont y rentrer, et à leur suite les représentants du peuple vont y exercer les plus sanglantes vengeances.
aatres les Méditations d*Herfey, 1771, et, ce qui est fort extraordioaire de la {art d'une femme, le Traité d'Ostéologie de Monro, ouvrage pour lequel elle fit fabriquer exprès du papier d'une grande beauté, et fit graver 31 planches par les premiers artistes ; 2 vol. io-fol. 1759.
Ce n'est qu'après sa mort que Tauteur de ces ouvrages a été connu, car la modestie de M»» d'Arconville égalait son profond savoir. Issue comme la famille Bodard, d'un aïeul angevin (Haidoiodu Pso), stn oti"* gtne la raUacbe assez à notre pays pour justifier cette note.
Tous ceux qui afaient pris pari à la résistance doivent songer à fuir, et la mer est la seule issue qui leur reste ouverte. Au milieu de Tobscurité d'une nuit de décembre, une foule effarée se porte en désordre vers le port; la mer est sillonnée de barques fuyant à toutes rames, tandis qu'une précipitation funeste en a fait sombrer d'autres , qui couvrent les flots d'épaves de tout genre et de malheureux qui luttent contre la mort, scène affreuse, rendue plus horrible encore par les lueurs sinistres de Tincendie du fort Lamalgue, vomissant comme un volcan les projectiles qui y étaient entassés^
Au milieu de celte scène de désolation, Bodard qui avait à veiller sur les jours de sa jeune épouse et d'un Qls nouveau-né, parvint, grâce à son uniforme, à s'emparer d'une barque et à gagner le large ; mais vainement il fait appel à la générosité des bâtiments anglais, ils venaient d'anéantir une partie de notre marine militaire , leur tâche était remplie 1 Enfin il put aborder la Louiscarde, vaisseau napolitain de 74 canons, où il fut accueilli avec la plus gr^de bonté.
La traversée, constamment contrariée par les vents et par des tempêtes successives, fut des plus pénibles, et après trente jours de navigation, les 2,400 personnes entassées dans le vaisseau furent heureuses de faire quelques jours de relâche à PortoLongone (île d'Elbe). Là, H""' Bodard , épuisée par tant d'émotions et de fatigues , ftit l'objet des soins les plus touchants de la part d'une excellente famille nommée Catalani ; une jeune mère voulut même partager entre son fils et celui de la proscrite, l'aliment qu'il demandait en vain au sein maternel. De tels services restent profondément gravés dans le cœur de celui qui les reçoit, et Bodard ne pouvait les payer que par sa reconnaissance : dans son empressement à mettre en sûreté les jours de sa famille, et à sauver la vie à quelques
autres réfugiés, H Q*avait pu se munir de ses effets les plus précieux, et il ne lui restait alors que huit sous pour tout avoir.
Enfin le 25 janvier 1794, le vaisseau entra dans le port de Naples. Le roi s*empressa de faire donner des secours à tous les passagers. Les tantes du malheureux Louis XV(, Mesdames de France, réfugiées aussi à Naples, leur firent distribuer du linge ; par leurs soins uue colonie fut établie à Castelione près Gaëte. Ce fut là que la famille Bodard passa deux années, dans Tatfente de circonstances plus favorables.
Castelione est bâti en quelque sorte sur les débris de l'ancien Formiae, sur la voie Appienne. Delà jusqu'à Gaële, le rivage offre une suite non interrompue de magnifiques ruines : les Romains opulents avaient couvert cette belle plage de leurs maisons de plaisance, attiréspar la douceur du climat tempéré par l'influence des vents élésiens. Cicéron y possédait une de ces retraites somptueuses dont le séjour lui était si cher. Partout les souvenirs historiques les plus saisissants se présentent à l'esprit : ici le tombeau de Vitruve, là celui de Hunacius Plancus, co modèle de flexibilité politique, qui, après avoir été successivement Tami de César et de Pompée, finit par trahir Antoine pour s'attacher à Octave; plus loin le mausolée de Lucius Atratinus, ami de Cicéron. Mais le nom du grand orateur efface tous les autres; c'est là qu'il courba la tète sous la hache des sicaires d'Antoine, c'est là que la tradition montre encore le monument élevé au lieu même où il fut frappé. En présences des cendres de celte illustre victime des dissensions civiles, l'humble proscrit eût peut-être moins ressenti l'étendue de son infortune si les enseignements de l'histoire et de la philosophie suffisaient à fermer les plaies du cœur. L'étude de la naturey contribue d'une manière plus etiicace, parce qu'en plaçant
sous DOS yeux les perfections des œuvres divines, elle met notre âme en communication avec Tauteur de ces merveilles. Cette végétation luxueuse qui couvre d*uue ver* dure étemelle ces tristes images de la destruction, fournit une heureuse distraction au botaniste exilé, qui en 8t une étude particulière, ainsi que des notnbreux insectes auxquels elle sert de retraite ou d*aliment. Ayant eu sous les yeux, pendant deux jours, pour le dessiner, le gecko des murailles* il eut les lèvres couvertes de pustules produites par les exhalaisons de ce reptile hideux , au regai'd sinistre, redouté sous le nom de $tellio par les anciens, qui en avaient fait Tembléme de la perfidie, et dont rentière inocuité a été peut-être trop facilement proclamée par les modernes (t).
Cependant il crut devoir se rendre à Naples dans Tespoir d*y trouver des secours plus efficaces contre la maladie de M""' Bodard dont la santé s*altérait de plus en plus. Lk, il se lia assez étroitement avec lo docteur Petagna, professeur de botanique à Tuniversité de Naples, et auquel il rendit quelques services pour la rédaction de son ouvrage: Délia facultà délie pianle, Naples, 17%. Le séjour de cette grande ville rendait plus fâcheuse encore sa position déjà si précaire : des amis rengagèrent à entrer au service de Halte, et lui obtinrent un brevet de major. A peine Teut-il obtenu, que M** Bodard (2) succombait
(1) Sa morsnre est sans danger, mais Thumeur sécrétée par sa peau ▼emiqueuse, est acre et vésicanle. En Orient, on est habitué à le voir fréquenter Tintérieur des habitations où il poursuit les insectes dont il fait sa proie, on le voit aussi ramper dans une position renversée à la voûte des églises. On croit que c'est le lézard qui, suivant la Bible, s'introduisait jusque dans les palais du roi Salomon.
{2) M**^ Bodard de la Jacopière était l'aînée des trois demoiselles Yiret, descendantes du fameux prédicateur calviniste Viret, si estimé de la reine de Navarre. La cadette épousa M. de Montai, secrétaire-général
à vingt-cinq ans sous le poids, de Tinforlune, laissant à ses soins un enfant âgé de trois ans, qu'il ne pouvait ni abandonner ni emmènera Halle; il demanda un congé, mais peu après, Halle tombait au pouvoir des Français, pour rester aux mains des Anglais; toutes chances de salut s'évanouissaient ainsi, presque aussitôt qu'espérées; il devait bientôt en faire une nouvdie expérience.
Les nouvelles venues de la France semblaient annoncer des jours plus heureux, le règne de la Terreur avait cessé, et les élections de Tan v faisaient espérer aux émigrés de revoir bientôt leur patrie. Bodard crut le moment favorable pour s'en rapprocher et pour abandonner un pays qui lui rappelait de si tristes souvenirs. Il se rendit à Rome et pendant son court séjour dans celte ville, il fit la connaissance de l'abbé Xuarès, ex -jésuite péruvien, connu par l'édition qu'il a donnée à Rome, 1777, du Prodrome de la flore du Pérou et du Chili, d'après la somptueuse édition de Hadrid. Ce savant cuitivait dans son jardin près du Valican un grand nombre de plantes curieuses, et ce fut là que notre botaniste put étudier dans tous ses états une espèce intéressante alors peu connue, YArachishypogeaL.qmlni inspira l'idée de faire des recherches sur les plantes qui enfouissent naturellement leurs fruits dans la terre. Il connut Hussi à Rome l'abbé Radel , qui avaitàSan-Pietro-in-Vincoliun très curieux jardin botanique, classé, chose rare alors, dans l'ordre des familles naturelles. En même temps il prenait une connaissance sommaire de la végélalion romaine, et ses notes présentent encore la liste des plantes qu'il avait observées au Colysée le 4 août 1797.
de la Drôme, et la troisième M. de La Croix, ancien maire et député de Valence, auteur d'une statii^tique très complète du département de la Drème, itt-4«, Valence, 1836.
Après avoir reço, ainsi que plusieursde ses compagnons d'exU, les bénëdictioais du S. Père Pie VI, il se dirigea vers Pise, mais en y arrivant il apprit le coup d*Élal du 18 fructidor (4 septembre 1797), qui anéantissait de nouveau toutes ses espérances.
A Pise se trouvait aussi émigré un savant médecin dont la réputation 8*étendait d^à au loin, M. de Bienville (1), Frappé des connaissances déjà acquises par Bodard, il Ten* gagea à ne s'appuyer désormais que sur lui-même et à étudier la médecine, lui offrant le secours de ses propres lumières. Hais pendant ce noviciat, il lui fallait pourvoir è son existence et à celle de son fils ; beureust^ment il put èlre attaché en qualité de lecteur à un prince polo^ nais aussi exilé à Pise, et celte fonction lui permit de se livrer avec ardeur à ses éludes médicales. Que ne peuvent le travail et la persévérance chez un homme intelli-
(1) J -B. Loais de Tbesacde Bîeaville, né en 1727 dans U Lotère, est conno par divers ouvrages, notamment par son traité du Erreurs papuittires sur la ionté (La Haye 1775). U sacrifia sa fortoie et sa vie an soulagement des malheureux. En Hollande, secondé par quelques riches familles» il avait établi des hôpitaux, où plus tard un grand nombre de Français trouvèrent les soins les plus touchants. 11 répétait souvent : Luxus est non nécessitas peregrinis uti (fusage des médicaments étrangers est un luxe, non une nécessité ). Bartholiai de Errorihus Danorum, p. 393. Toujours vicliroe de sa générosité, il mourut pauvre à Paris en 1813. M. Bodard, resté son ami dévoué, le pressait de se foire payer de quelques riches înalades ; mon enfant, répondit-il, fai fait mon devoir , Us doivent savoir ce qu'ils ont à faire. La Biographie universelle de Michaud (2« édition) donne la liste des ouvrages de Bienville, mais déclare ne posséder aucun renseignement sur sa vie. Ce même ouvrage a laissé dans un oubli complet le nom de Bodard de la Jacopière, en sorte que les documents fournis par notre notice ont le mérite d'être nouveaux , autant qu'authentiques , étant extraits en grande partie des notes et papiers V^issés par le docteur Bodard.
gent et habitué aux études sérieuses ! Deux ans après , le 25 mars 1799, Tuniversité de Pise lui conférait le titre de docteur en médecine, ce qui ne Fempècfaa pas vers la même époque, de donner la traduction en italien d*un ouvrage français du docteur Voulonne sur cette question : Quelles sont les malaâies dans lesquelles la médecine active est préférable à la médecine ea^ectanle? ouvrage qui avait été couronné par l'académie de Dijon. Il est permis de penser que l'université avait pris en considération deux mémoires importants qu'il venait de publier, et qui devaient assurer sa réputation comme botaniste : nous voulons parler de la description de la véronique cymbalaire, et de la dissertation sur les plantes hypocarpogées, présentées à Tacadémie de Florence en 1798, et imprimées à Pise la même année.
La véronique cymbalaire, assez répandue dans les contrées voisines de la Méditerranée, avait été connue de Tourneforletdéjà figurée par Buxbaum, mais Linné l'avait méconnue et l'avait rattachée à la triviale véronique hédérée : notre auteur en donna une description complète et l'établit sur des caractères positife et irréfragables; elle a été adoptée depuis par tous les botanistes, et tant que la science sera cultivée parmi les hommes, le nom de Bodard restera inséparable de celui de la plante qu'il a su le premier signaler d'une manière rationnelle. Peut-être le célèbre Savi, auteur du F/ora Pisana, avait-il vu avec peine qu'un étranger fit connaître une plante si répandue dans son pays : tout en l'admettant dans son Botanicon Eiruscum publié en 1808, il en fait honneur k Berloloni^ sans faire aucune mention du nom du premier descripteur. Les sciences naturelles ne sont pas exemptes de ces petites injustices qui se retournent ordinairement contre ceux qui ont la faiblesse de s'y laisser entraîner.
Le second mémoire a pour objet les plantes qui enfouis-
sent d'elles-mêmes leors (hiits dans le sol, et pour chacune desquelles il propose ré|»lbète Hypocarpogeus; il décrit ce curieux phénomène dans les sept espèces suivantes : AfUirrhinwn Cymhalaria L. Ttifolium sublerra-neum. Cyclamen europasum^ Glycine ^ublerranea. Glycine tnonoica, Laihyrue amphicarpoi, Arachis hypogea, mais la première et la dernière étaient celles qu*il avail plus particulièrement observées, TArachis surtout lui fournit le st^et d*une monographie aussi coonplèle qu'intéressante,
Ces travaux lui ccmcilièreat bientôt l'estime et TamiU^ des savants professeurs de l'université, Raddi, Savi<, Santi^ Titman, avec lesquels il entretint jusqu'à la fin de sa vie une correspondance suivie. George Santi surtout lui sut gré d'avdr traduit en fjrançais sous ses yeux, ses voyages au Hontamiata et dans le Siennois. L'édition française, publiée à Lyon en 1802, fut un nouveau service rendu aux botanistes, qui y purent trouver les figures et les descriptions originales de plusieurs plantes nouvelles, telles que AUium albuat, Lonicera Hrusca, Quercus pseudo Suber, etc.
Il était attaché à l'hôpital Ste-Claire de Pise, quand l'armée française pénétra dans cette ville. Avec des militaires l'esprit de réaction est peu à craindre , aussi, loin de re* douter leur approche, il prodigua ses soins 6. nos soldats^ et fut même assez heureux pour guérir d'une maladie grave l'adjudant -général Gauthier, qui le prit en amitié ainsi que le médecin en chef AndraL Grâce à leur inter* veution, il put rentrer on, France avec un petit corps de troupes, auquel il fut attaché comme médecin de l'état* m^jor (1801).
Le botaniste qui, revenant d'Italie, traverse le moqt Cénis, ne manque pas d'fi\iouter à sa collection les ricbesr ses de la flore alpine, mais pour lui une émotion bien autrement énergique transportait son esprit et son cœur. Du sommet de ces monts il voyait la terre de France se
dérouler devant lui , il n'en pouvait détacher les^^yeu^jt; H la montrait avec enthousiasme à sonâls qui l*avait quittée ltt>p jeune pour en avoir gardé le souvenir. Noble <ct tou^ chant sentiment qui se réveille plns^ vif et plds inlensé chez Texilé qui a pu craindre de finir ses jours sur la terre étrangère.
-Revenu à Paris, chez cette digne tante, M"« d'Arçon* ville, qui avait encouragé ses premières études, il lui fallut prendre un parti : il eût pu rentrer aux finances où de puissants protecteurs et ses antécédents lui assuraient une position honorable , mais craignant de s'exposer de nouveau à rincertitude des événements, il préféra continuer l'exercice de la médecine.
Eu 1808, la Société de médecine de Bordeaux mit au concours- la question suivante : Quelks sont les substances indigènes qui pew)ent être substituées oveo swxés aux médicaments étrangers ? Le blocus continental rendait alors cette question pleine d'actualité. Les connaissances bo* taniques du docteur Bodard l'avaient mis à même de faire un heureux emploi dos végétaux indigènes, il avait toujours présent à la mémoire l'aphorisme du vénérable Bienville : Lt^ocus est non necessikts peregrinis tuî, il sai* sit avec empreesenoent cette occasion d'exposer les idées qui étaient pour lui l'objet de ses plus chères préoccupations : il n'obtint que le second prix, mais il n'en con* tinua pas moins k suivre et à développer cette pensée phi-* losophique, qui serait partagée par un plus grand nombre de médecins, s'ils ne restaient pas généralement tro^ étrangers à l'étude des plantes. Il reçut à cette occasion d'honorables encouragements d'un grand nombre de savants, Chaptal, Delambre, Dalbergde l'iostitut, Desfon* tàînes, et même du ministre de l'Intérieur, H. de Montalivet.
Hais une thérapeutique uniquement basée sur dessubs-
tances iodigènes demandait la sancticMi d^aipériences nombreuses et variées « aussi , non content de continuer le cours pul>lic de botanique qu*il professait depuis 1804, il obtint du ministre Tautorisation de correspondre sous son couvert avec un ou deux médecins de chaque département, travail immense à cette éipoque où la France comptait 130 départements, et qui devait achever la ruine de sa santé, car les subventions ministérielles suffisaient à peine à payer un secrétaire.
Une plante chez laquelle une amertume prononcée unie à un ardme intense, annonce une action énergique, la Camomille romaine, fut soumise par lui à de nombreuses expérimentations presque toujours couronnées de succès; il en constata surtout les propriétés fébrifuges et il les fit connaître dans un mémoire spécial, en même temps qu'il y signalait les caractères botaniques à Taide desquels on peut la distinguer sûrement des autres plantes qui ont avec elle des ressemblances plus ou moins rapprochées.
C'est au milieu de ces vastes travaux qu'il fit paraître eu 1810, son principal ouvrage: Cours de botanique médicale comparée, 2 vol. in-8<'. Fruit de longues expériences, recueil de ses nombreuses observations et de celles de tous les médecins avec lesquels il était en relations dans tout l'Empire, cet ouvrage réunit encore celles de tous les auteurs de tous les siècles et de tous les pays ; aussi a-t-il été souvent cité comme un répertoire utile et des plus complets de nos richesses médicinales indigènes, et lui valut-it de nouvelles félicitations et d'honorables encouragements de la part de plusieurs souverains, notamment de ceux d'Autriche, de Russie et de Wurtemberg; à cette occasion il reçut môme à l'un de ses cours publics^ une pièce de vers à sa louange de la part du célèbre Fran- * çois de Neufchâteau.
Hais la levée du blocus continental permettant l'arrivée
des substances eiotiques, on oublia peu à peu le digne praticien qui avaii poursuivi avec tant d*ardeur la réalisation d'une pensée de haut patriotisme; la tendance de la nouvelle école h recourir aux préparations chimiques dut y contribuer aussi. La Restauration ne songea donc point à proporlionner les encouragements à un travail aussi vaste, et le modeste homme de bien qui n*avail, dans tourtes ses études, cherché que la vérité^ usé avant le temps, mais heureux du moins d'avoir payé sa dette à la société^ en faisant connattre la valeur des richesses médicinales que nous foulons aux pieds, revint chercher le repos et finir doucement ses jours aux lieux mêmes qui Pavaient vu naître.
Là une de ses plus vives et dernières jouissances était de retrouver dans ses promenades les plantes qu*il y avait rencontrées dans les premières années de sa jeunesse. C'est au milieu d'une famille tendrement aimée qu'il s'éteignit le 25 décembre 1826.
Ceux de ses nombreux amis qui lui ont survécu peuvent encore témoigner de la bonté de son cœur, de la grâce et de l'amabilité de son esprit, de ses talents comme médecin , de la sûreté de son coup d'œil , de la prudence de sa médication, du dévouement et de l'attachement qu'il portait à ses malades et de son aversion pour tout charlatanisme.
H. Bodard de la Jacopière était membre de la société des Géorgiphiles de Florence, des sociélés de médecine de Paris, de Montpellier et de Bordeaux, du cercle médical de la société de médecine pratique de Paris, dont il fut secrétaire-général, de la société des amis des arls d'Aix , d'Evreux, des sciences et lettres de Livourne , des Indefessi d'Alexandrie, etc.
Voici la liste des ouvrages qu'il a laissés :
i. Mémoire sur la Véronique cymbalaire.