‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 54 sur 120 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PRÉCIS HISTORIODB DE HCB8 AMÉLIORATIOI^S.

Mon assolement , calculs sur la fécondité qu'il donne aux

terres.

En 1829, quand je vins mo flter dans le Craonnais, Tassolemcnt général était biennal , ou plutôt de douze ans. Voici ce qui se pratiquait :

Certains champs, les meilleurs de la métairie, étaient ensemencés en seigle de deux ans Fun pendant six ans , après quoi on les abandonnait; bientôt ils se couvraient de gramenset d'une forêt de genêts (jspartium scoparium ou cytisus scoparius) : les genêts au bout de trois ans étaient hauts d*un à deux mètres , alors de distance en distance on perçait dans ce fourré de larges allées où le bétail en hiver paissait à Tabri des frimais. A sil ans ces genêts avaient deux à trois mètres , on les coupait : une partie so mettait en ruée (litière devant les étables et dans les cours), mais la plus grande partie servait à chauffer le four, où était vendue. L*année même du défrichement, et après deux pénibles labours, on y semait du sarrazin et quelques pommes de terre, auxquels succédait une semaine de seigle et Tassolement biennal recommençait encore pour six ans.

Il est certain qu'après les genêts , le sol enrichi par le pâturage et par une grande quantité de détritus, donnait d'excellentes récoltes, surtout la première année ; mais il faut convenir qu'elles étaient achetées chèrement par huit ou neuf années de jachère ou de pâturage. Dans les terres médiocres le genêt était remplacé par la fougère (pleris aquilina)e[ par Tajonc {Ulex europœus) et dans les mauvaises par Tîgonc nain ((/. Nanus).

Cependant un agriculteur distingué qui pendant longtemps avait habité les environs de Sablé, M. Letorl-Beaucbénc, ancien maire de Craon et membre du conseil général delà Mayenne^ avait déjà importé dans le Graonnais Fusage des composts de chaux de la Sarthe.

La viabilité améliorée permit bientôt de faire venir la chaux à moindre prix. Au moyen de cescomposts je supprime les genéls : le trèfle ordinaire, les pommes de terre, les choux de Poitou les remplacent. Le seigle fait place au froment, les vastes châtaigneraies dont toutes mes métairies étaient pourvues, comme toutes les autres du pays, sont abattues et défrichées. Leur bois sert à agrandir les étables devenues trop petites. Avec les prairies artiBcielles et la chaux, la fougère disparait. Les prés naturels sont fumés avec tous les engrais k ma disposition et d*abord avec la première couche de terre des jardins de ferme transformés eux-mêmes presque partout en prairies. Les purins, jadis perdus, sontréunis aux eaux des cours et dirigés sur les prés. Les déchets du battage remplis de mauvaises graines ne servent plus à faire le fumier pour les terres labourables , mais celui destiné aux prairies.

Je ne sais si mes modestes essais avaient été remarqués, mais quelques années après, en 1839, un comice agricole s*élant organisé à Craon , je fus on ne peut plus surpris de m'en voir nommer président. Honneurs obligent; je crus dès lors de mon devoir de me dévouer tout entier au progrès de noire agriculture. Aidé d'un bon nombre de propriétaires qui sentaient comme moi tout ce qu'il y avait à faire, nous nous mimes résolument à l'œuvre , et je puis dire que nos exhortations, nos publications , mais surtout notre exemple produisirent le meilleur effet , car aucune amélioration n'était encouragée avant d'avoir été réalisée sur nos propres terres. C'est ainsi que les genêts que l'on croyait indispensables ont si bien disparu malgré

les plus vives résistances, qu'aujourd'hui ils sefnbleraieut ridicules.

Mais un immense obstacle s'opposait encore à Tadoplion d'un assolement progressif : les usages.

On avait beau modifler l'assolement dans le courant d'un bail, si le colon venait à quitter la ferme, l'année de sa sortie retombait sous l'empire des vieux usages que chaque localilé et chaque expert interprétait à sa manière, la dernière et la première année du bail étaient donc tou< jours deux amées improductives.

En 1842, des hommes d'initiative , magistrats, experts, présidents de comices, se réunirent pour coordonner et formuler un recueil d'usages plus en harmonie avec les progrès qui se manifestaient de toutes paris, et obligatoire pour tout l'arrondissement. Malheureusement quelques variétés de cultures entre les cantons calcaires d'outre Mayenne et les nôtres, amenèrent des dissidences qui forcèrent à composer deux recueils. H. Rébillard, de Cessé, et moi fdmes chargés du nôtre ; nous eûmes la satisfaction de le voir bientôt adopté presqu'en entier par l'arrondissement de Laval et, lorsqu'on 1852 les six cantons de notre arrondissement se réunirent enfin pour n'avoir qu'un seul recueil, c'est encore le nôtre qui presqu'en tout a été suivi.

A partir de l'adoption de ce recueil, le progrès agricole a été rapide, car un nouvel assolement, où entraient en certaines proportions, les racines, les choux, les prairies artificielles, devenait obligatoire et nos terres, améliorées par les fumures abondantes produites par ces fourrages, purent bientôt porter avantageusement des plantes commerciales.

Frappé de l'aptitude de nos terres pour la production des crucifères, je pensai au colza qu'avait déjà voulu cultiver mon grand père, mais vainement en 1801; sur ma

proposition le comice, en 1841, donna des prix pour cette culture. Dès Tannée suivante^ le canton en produisit 280 hectolitres, en 1848, trois mille, ce qui suppose au moins 150 hectares semés en colza (1) et aigourd'hui ce produit nouveau est doublé. Sans doute cette culture n'est pas faite encore avec tous les soins qu'elle exige, on sent déjà la nécessité d'abondantes fumures, mais l'impulsion est donnée et une nouvelle richesse est acquise au canton.

11 ne suffisait pas d'améliorer nos cultures et d'en introduire de nouvelles^ il fallait les coordonner de manière que loin de se nuire, elles pussent se prêter un mutuel secours; et que tout en donnant le plus fort revenu possible, elles tendissent à accroître la fertilité du sol.

Après plusieurs essais voici l'assolement que j'ai adopté pour toutes mes fermes. Je dis toutes, car jamais il n'est entré dans ma pensée de faire del'une d'elles seule un objet de somptueuse et vaine curiosité; aussi, j'ose le dire, l'exemple donné par les membres de notre comice, bien mieux que tous les conseils, a imprimé à l'agriculture craonnaise une impulsion utile, permanente et une réputation enviée et reconnue par les cantons environnants : nous sommes^ arrivés là non en bouleversant et brisant toutes les habitudes, mais en les pliant et les amenant progressivement aux améliorations évidentes. Une culture artistique eût épouvanté nos agriculteurs et eût plutôt fait reculer, car personne n'est plus pénétré qu'eux de ce vieil adage des cultivateurs romains : bien cultiver est nécessaire, trop bien cultiver est ruineux (2) et ils ne manquaient pas d'exemples de sa vérité.

(1) La statistique publiée en 4841^ par M. le Ministre de TAgricullure, ne fait figurer la culture du colza dans tout le département de la Mayenne que pour 12 hectares.

(â) Benè colère necessarium est, optimè damnosum (Marcus cato

Voici dont Tassolement que j*ai adopté comme le mieux approprié au commerce du pays et aux conditions générales dans lesquelles se trouve le canton.

1'^ sole. Jachère. Elle est nue dans les parties de cette sole trop envahies par les mauvaises herbes. Dans les autres parties elle est cultivée en pommes de terre, betteraves, carottes, colza, sarrazins ordinaire etde Tarlarie, en fourrages verts mêlés, etc., ou laissée pour une petite portion en pâturage amélioré avec la lupuline.

Cette sole exige deux ou trois labours et quand on le peut, un défoncement à là fouilleuse.

Les pommes de terre sont plantées à la charrue sur un seul rang par billons ordinaires d'un mètre do large renfermant une forte fumure. Elles sont hersées dès qu'elles commencent à paraître et au besoin nettoyées h la houe à cheval dans le courant de Tété.

Les betteraves sont repiquées sur petits billons de deux raies renfermant la fumure : ce travail est très-bien exécuté par la charrue à deux versoirs après Tépandage du fumier. Les billons sont espacés de 0°>65 et les plants piqués à la bêche à 0°'40 Tun de Tautre, ce qui exige 34 milliers de betteraves à Thectare. Je fais tremper tous les plants dans une bouillie faite avec du noir de raffinerie, de la bouse de vache et de Teau ; dès que les mauvaises herbes se montrent on passe la houe à cheval à lames horizontales, puis à dents d'extirpateur.

Les carottes sont semées à la volée et sarclées à la main : cette main-d'œuvre est coûteuse, mais nous avons reconnu que le semis en ligne était bien moins productif; d'ailleurs nous n'en faisons pas plus de vingt à vingt-cinq

dere Rusticâ). Le même auteur disait avec le même bon sens : Patrem familias vendacem non emacem esse opportet. Il faut que le chef de la famille aime à vendre et non à acheter.

ares par ferme, une plus grande quantité exigerait trop de bras et devieadrait onéreuse (1).

Toutes ces racines sont fumées à raison de 30 à 40 mètres cubes de fumier d'étable.

Le rendement des pommes de terre, qui était autrefois de 160 hectol., est tombé depuis leur maladie à 80 et même moins ; celui des betteraves est ordinairement de 280 et celui des carottes va jusqu'à 500, à rheclare et plus.

En général nos terres fortes conviennent moins aux racines qu'aux choux et aux autres fourrages verts.

2' sole. V^ froment. Dans les parties de celle sole qui n'ont pas porté de racines fortement fumées, cette céréale reçoit une fumure de 20 mètres cubes par hectare ou le double en compost de chaux. Le rendement moyen est de 19 hectol., un seul labour suffit.

3<> sole. Orge et avoine noire de printemps , avec trèfle ou ray grass ordinaire ou d'Italie, selon la convenance des terres.

Sur cette sole un ou deux hectares sont réservés aux choux de Poitou. Plantés vers la fin de juin, on achève de les faire manger en mai. (Vby. art. 18).

Les grains de printemps son) fumés avec 32 hectol. de chaux en compost. Leur rendement est de 24 hectol. pour l'orge et de 30 pour l'avoine en moyenne.

4* sole. Trèfle rouge ou^ray grass et choux de Poitou.

Si le trèfle a manqué en partie on sème par dessus et sans hersage du trèfle incarnat, ou même des vesces.

(1) Car il est bon de remarquer que certaines cultures, avantageuses quand elles sont faites en petit et qu'elles sont exécutées en quelque sorte aux momens perdus^ deviennent ruineuses quand elle^ nécessitent Tentretien permanent d'un plus grand nombre de personnes ou d'animaux.

S1I r<ÎTissH, il donne en deux coupes jusqu'à cinquante mille kilog, en verL

5*^ el derDîôre sole- 2* froment fumé comme le premier avec de la chaux eo camposls et sur un seul hbour.

On remarquera que par cet assolement le trèfle no rc* vient que tons les cinq ans sur les mêmes terres et même que tous les dix ans sur celles qui ont porté des choux de Poitou;

Que la moitié des terres (1T« 4* el moitié de la 3* sole) produisent des fourrages sans compter : les pailles d*orge et d*avoinc, les coupages mêlés , les navets semés en récolte dérobée après le froment, ni enfin les prés naturels.

Nous avons presqu'enlièremeol abaudonné Tavoine d'hiver. Elle est plus pesante mais aussi épuise davanlagf^ et nous ot>ligerait h restreindre la sole de froment, lequel en déûnilive esl notre revenu le plus sûr.

Depuis quelques années nous essayons la luzerne en petite quantité, elle esl plus profitable que te trèfle, mais dans nos terres si facilement engazonnécs, elle est de bonne heure étouffée par les graminées. Là où elle réussit, c*esl-ii-dire dans les terrains secs et profonds, clUï nous donne quatre coupes excellentes ; elle esl d'un gmnd secours au printemps comme prenner fourrage.

Il m'était dîiïicilc, sinon impossible^ de calculer chaque année et de nie rappeler quel champ devait porter telle ou lotie récolte; et puis mes terres ne sont pas lellemcnl dissemblables qu'on ne puisse les soumettre au même assolement et les faire passer à tour de rôle par les mûmes cultures à peu près. D'ailleurs, en agissant ainsi, c'élail soustraire les meilleurs chantps à Tép aisément, car les colons ne manquaient pas, comme je l'ai dit, de toujours revenir sur ceux-là. C'était aussi forcer à améliorer tes champs médiocres et empocher le retour trop fréquent du Irène.

J'ai donc jeté dans le noiérae moule l'assolement de mes 14 fermes : chacune d'elles possède un tableau dont le double est dans ma poche, et dans lequel tous leurs champs sont partagés en cinq soles conformément au modèle suivant que je prends au hasard et qui concerne la métairie de Malaunay :

os

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