CHAPITRE XIX
PRÀIEIBS.
C'est sur l'amélioration des prairies que j'ai fondé tous les progrès de mon agriculture. Quand je suis venu me
fixer dans le Craonnais, mes prés, comme presque loua ceux du pays, étaienl d'une maigreur désolante, persounn ne songeait k les fumer, plusieurs prés lels que ceux du Hâul-Mcnay, de Salnl-Huberl, des Chenardières elc» après un fauchage difDcile à cause de la rareté des brins d'herbes, n'avaient nul besoin d'Être fautes, il sutlïsaiL de râteler leur mince produit. Les plantes dominantes étaient lo jonCj les carex, lascorsonnère, la douve {Ranunculus flammula) si fatale au jeune bétail » et surtout le genêt anglais, vulgairement nommé Guiapin\ ce petit arbuste très-épineux, donnait à ces prés au moment de sa floraisoti las* pectd'un drap d'or, mais à la fenaison un foin impossible à manier et fort peut nourrissaul.
Au bout de quelques années, le dessècliement de ces prairies et surtout d'abondantes fumures, ont prestiue complétemenl cbassé ces mauvaises herbes, on n'en voit l>lus que quelques restes sur le bord des rigoles où elles semblent sélre réfugiées contre les effets alcalins des engrais.
Presque toutes mes métairies n'avaient pas assez de prés; je donne à la Qn de cet article rétendue des prés que j'ai créés. Le plus important est celui que j'ai formé d'une espèce de bots marécageux nommé la Marsaudrousse* Jadis appendice de la forêt de Craou. Il forme mainienanl la principale prairie de Beauvent; les bestiaux de cette ferme, lorsque j*eo ai pris possession en Î8S2, avaient ce que l'on appelle ici le petit imin, c'est-à-dire qu'ils étaient en si déplorable état qu'ils avaient peine à nïarchcr, leur nourriture était si pauvre, qu'on avait été < obligé de les attacher à Tétable avec des chaînes de fer , parce quUls dévoraient les attaches, bref, toute la prisée du lieu avait été estimée *i,SOO fr.
Après avoir détourné de la Uarsaudrousse les eaux qui îa noyaient et qui, sortant de la forêt, ne contenaient que IX* 14
— Modes matières organiques non azotées et par conséquent acides, je Tai desséchée par des rigoles à ciel ouvert. En même temps je défrichais les parties boisées, et après deux labours profonds je les mettais à pré avec de Tavoine et de bonne graine de pré. Les parties déjà gazonuées furent soigneusement conservées et fumées comme le reste avec tout ce que j'ai pu me procurer : fumiers , terres de jardin, guano, noir animal, cbarrées, poudrettes, composts de chaux. Selon mes essais comparatifs, c*est après la terre de jardin et le fumier , le guano qui a produit le meilleur effet ; par malheur il n*6St pas durable.
Ce terrain dune étendue de onze hectares, presque de nulle valeur et qui produisait à peine 10,000 kil. de foin, en donne aujourd'hui 30 mille de bien meilleure qualité et est loin encore de ce qu'il sera. Grâce à ce changement, les bestiaux de la métairie sont évalués maintenant 5,000 fr. ; j'ai même pu y entretenir un taureau Durbam pur sang, qui a été vendu 628 fr. en 1859 ; il pesait 991 kil. poids vif.
Nous faisons pâturer nos regains ; rarement il serait possible de les faucher et encore moins de les faner.
Avant l'hiver , les taupinières sont étendues sur le pré et les fourmilières fendues en quatre par deux coups de bêche : après avoir relevé les quatre quartiers , on enlève du centre une pelletée de terre, l'eau s'amasse dans ce trou, y gèle et fait périr les fourmis ; au printemps on remet les gazon en place.
Avant de fermer les prés vers le l""' mars (1) les fientes • sont étendues.
(1) Nos nouveaux usages prescrivent la fermeture des prés le W janvier, mais dans la pratique on attend généralement lei*' mars. On a reconnu que jusqu^â cette époque les gelées tardives détruisaient sans profit la première pousse de Therbe.
Quand je suis enLré en possession des qimlorzÊ fermes objet de ce mémoire, elles possédaienl 59 hectares de prés^ elles en ont maiiilenaal 80 (1) ces prés sont annuellement fumiis au moins par tiers.
Partout où je Ym pu, j'ai conduit sur leurs parties les pins sèches les eaux ft^rtiles qui sorlaient des champs labourés et de mes cours et abreuvoirs,