‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 13 sur 125 · MARINET ET LORD WELLINGTON · texte numérisé non relu

MARINET ET LORD WELLINGTON

14 mai 1819.

Dans la nuit du 10 au 11 février 1818, au moment où lord Wellington rentrait en son hôtel rue des Champs-Elysées, un coup de pistolet fut tiré, dit-on, sur sa voiture.

Les recherches les plus minutieuses ne purent faire découvrir aucune trace de la balle que le pistolet aurait dû contenir. Aussi vit-on l'un des journaux qui rendirent compte de cette affaire intituler constamment ses articles de la manière suivante : a Coup de pisto- » let tiré, à balle ou sans balle, sur ou auprès la voi- » ture du duc de Wellington. »

Une instruction judiciaire fut immédiatement commencée. Enfin les soupçons se portèrent sur un ancien soldat nommé Cantillon.

Quelques indiscrétions d'un sieur Marinet, ex-auditeur au Conseil d'Etat de l'Empire , qui s'était vanté auprès de lord Kinnaird d'avoir entendu parler d^un projet d'assassiner lord Wellington, éveillèrent aussi les soupçons sur lui ; et malgré sa qualité de révélateur, il fut arrêté et mis -en jugement avec Cantillon.

L'un et l'autre comparurent devant la cour d'assises le 10 mai 1819.

Comme le gouvernement français attachai tune grande importance à prouver à l'Europe qu'on n'avait négligé aucun moyen de punir Fattentat dont on croyait que le noble duc avait été l'objet, on donna beaucoup de solennité aux débats, et on fit entendre un grand nombre

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de témoins doot quelques-uns étaient venus exprès de la Belgique.

Plusieurs ambassadeurs et généraux étrangers suivaient assidûment les débats. L'affaire dura einq audiences.

Bref, Marinet et Cantillon furent acquittés, et le ministère usa envers Marinet d'une courtoisie telle , que deux passe-ports lui furent offerts, audience tenante, par M. l'avocat général, selon qu'il voudrait retourner en Belgique, ou aller de suite rejoindre sa iamille.

Le ton de la plaidoirie avait été, en général, épigrammatique, et le Constitutionnel du 12 mai, en rapportant cette phrase de ma réplique : u Je n'attaque n point la loyauté du noble duc, et je n'examine point 3) comment H observe les capitulations,yi a parfaitement deviné ma pensée et rendu celle du public en disant que, tt à la manière ironique dont M. Dupin prononça » cette phrase, on crut remarquer que le défenseur » du maréchal Ney avait gardé rancune à lord Wel- » lington. w — Rien de plus vrai.

Aujourd'hui nous sommes alliés avec l'Angleterre dans un but également avoué par la justice et par la politique. Puisse cçtte alliance, scellée sur les champs de bataille de l'Aima et d'Inkermann par la perte du sang le plus généreux mêlé à celui des Barbares refoulés et vaincus, demeurer toujours ferme, et devenir permanente dans l'intérêt de la civilisation et de la liberté I — Mais en 1815 et 1816, ces sentiments n'avaient pas cours dans les cœurs français : Paris occupé militairement, dépouillé de ses trophées, humilié par la présence d'un vainqueur nommé maréchal de France pour avoir envahi la France à la tête des armées étrangères;

Paris n'était nullement admirateur de lord Wellington,

114 LE DLG DK HOVIGO.

cpt Ton ne doii pas être surpris que l'opiaion publique ait pris parti pour les prévenus dans un procès où je sérieux do l'accusation fui remplacé par le ridicule des incidents et le néant du résultat.

En Angleterre , les journaux de l'opposition traduis sirent de leur coté les anecdotes du procès, et ^n amusèrent quelque temps le public des Trois-RoyaumeSv La caricature mémo s'en empara.

Ce qu'il y a d'asseg remarquable j c'est que Napo^ Icon , qui avait eu connaissance de cette aiïaire pai* les journaux, a légué, par son testament, une somme do 10,000 francs à Cantillon en termes qui prouvent, au surplus , jusqu'à quel point il avait été aigri par les mauvais traitements de la geôle anglaise de SaintOrHélène, et par les complots dont il disait lui-même avoir été l'objet.

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