‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 15 sur 125 · LE DUC DE ROVIGO · texte numérisé non relu

LE DUC DE ROVIGO

comme accwé du crime de trahison, et d'avoir pris part au complot qui, en 1815^ avait ramené Napoléon en France,

Mais l'accusé avait prudemment fait défaut , il était contumax : et bien lui en avait pris, car un jugement du 24 décembre 1816 l'avait condamné à mort à l'unanimité.

Labédoyère, Ney, les frères Faucher ^ ceux enfin qui, pour me servir de l'expression d'Ayrault, avaient fait l'entrée aux autres, tous avaient succombé. Mais en 1819 la réaction avait un peu cédé, et il y avait quelque espoir que le duc de Rovigo se présentant en seconde ligne pour se justifier^ l'accusation cette fois serait plm douce et plus mollement poursuivie.

11 se hasarda donc à revenir en France pour y réclamer jugement. Il fut constitué prisonnier à l'Abbaye. Sa famille m'ayant proposé de le défendre, je me rendis aussitôt à sa prison , où je trouvai le comte Jules de Polignac et le général Sébastiani, qui dans tout le cours du procès n'ont pas cessé l'un et l'autre de lui marquer un grand intérêt.

L'afiaire fut portée devant le conseil de guerre le 27 décembre 1819.

Après la lecture des pièces et l'audition des témoins, le duc de Rovigo prononça un petit discours daps lequel il exprimait sa confiance dans l'équité de ses juges, et qu'il terminait par ces mots : « Je sollicite. » de votre bonté, messieurs, d'entendre l'honorable » orateur qui a bien voulii me prêter l'appui de son )) ministère dans une position où l'homme le plus ras- )) sure par sa conscience ne doit point s'en rapporter >» à lui-même \ Je l'ai chargé spécialement de vous

^ Le duc traduisait, sans 8*en douter, Tacite, qui^ parlant du

iid LE DUC DE ROVIGO.

ji rendre compte de la conduite que j'ai tenue pendant yy mon exil, r)

M. le chef de bataillon Cfaambeau ayant soutenu l'accusation, je lui répondis. Mon plaidoyer imprimé avec le procès a aussi été reproduit dans les Annales du Barreau français, tomeX, page 3.

Les juges se retirèrent ensuite pour délibérer, et le résultat de leur jugement fut que le duc, qui trois ans auparavant avait été condamné à mort à l'unanimité, fut cette fois acquitté à l'unanimité.

Il fut mis sur-le-champ en liberté , el suivant la remarque de l'éditeur du procès, imprimé chez Baudoiiin : m Les mêmes soldats qui avaient été commandés » pour répondre de sa personne avant son jugement , n (et peut-être pour le fusiller après, s'il avait été con- » damné), lui ont aussitôt après son acquittement y) rendu les honneurs militaires dus au rang éminent « qu'il occupait dans l'armée. »

Le duc de Rovigo était inscrit le dernier sur la liste dont le maréchal Ney formait la tête ; ce rapprochement m'inspira un vœu que j'exprimai ainsi dans ma péroraison : a Quanta moi, messieurs, puisque la Pro- » vidence a permis que je défendisse le premier et le » dernier des noms inscrits sur une liste fatale, puisse n la voix unanime qui acquittera celui-ci consoler les » mânes de l'autre ! Puissé-je voir aujourd'hui le terme y» de tant de funestes procès^ et désormais n'avoir plus » occasion de prêter le secours de ma toge à ces braves » qui pendant si longtemps prêtèrent à la patrie Thé- » roïque appui de leur vaillante épée I »

trouble que doit naturellement éprouver un accusé réduit à se déft'udre lui-même, s^exprînie ainsi : proprio in metu qui exercitam quoque débilitât eloquentiam.

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