CARNOT
pour son jeune ami, s'opposa formellement à cette publication. Elleai;iraiteu encore un autre danger. Charles était ancien élève de V Ecole polytechnique ^ école dont l'esprit s'était montré très-hostile à la seconde Restauration j et la défense de Carnot par un élève de cette école l'eût fait accuser d'avoir fanatisé cette jeunesse si brave et si patriote dans le sens de ses opinions.
Avocat , mon dévouement ne pouvait pas prêter aux mêmes objections. Je m'offris sans balancer pour défendre Carnot dans le cas où il serait accusé devant les tribunaux. Il agréa mes offres dans une lettre datée du 27 septembre 1815, de sa maison de campagne de Cernay (Côte-d'Or) , où il s'était retiré.
En attendant, il avait fait paraître pour son apologie un Mémoire énergique où il retraçait avec fierté sa conduite et ses opinions. Il me l'avait communiqué, et j'y avais donné mon entière approbation.
On y avait surtout remarqué cette phrase :
a Ils (les Bourbons) devraient savoir que si c'est par D la grâce de Dieu que les rois régnent, c'est aussi par n sa grâce qu'ils cessent de régner. »
La sensation produite par ce Mémoire fut immense ; mais elle avait aussi accru l'irritation contre lui : et quelque belle que pût être sa cause à défendre, je pensai mieux le servir en lui conseillant, puisqu'il était encore libre, de ne pas s'exposer à être jugé par ses ennemis. Je lui transmis ce que m'avait dit Cambacérès peu de temps auparavant : « Pendant la Révolution , n j'ai souvent été utile à des gens menacés, mais en » leur conseillant de se mettre à l'écart, et de ne pas » se fier à une allégation d'innocence^ que, dans les » réactions politiques , les hommes violents ne recon- » naissent jamais en leurs adversaires, »
CARXOT. 137
Carnot partagea cet avis : et pendant qu'il on était temps encore, il prit des passe-ports près d'une des puissances alliées, et se retira en Prusse, où il fut reçu avec distinction et traité honorablement.
Voici la lettre de Carnot :
a Cerny, 27 septembre 1815.
» Monsieur, — Le suffrage que vous accordez à ma nouvelle défense m'est d'autant plus agréable , qu'étant celui d'un esprit juste et éclairé, il me rassure infiniment sur la crainte que j'avais de l'effet qu'elle pourrait produire. Cependant je sentais qu'elle était indispensable pour établir la vérité des faits, sur lesquels on a cherché à égarer l'opinion publique. Je vous remercie beaucoup de l'offre que vous voulez bien me faire de vos bons offices pour me défendre en cas de besoin : je profiterai de votre bonne volonté et de vos talents, si j'en suis réduit à produire un Mémoire en règle devant les tribunaux ; bien persuadé que personne n'est plus en état que vous de faire ressortir mes moyens, et que nul autre n'y mettrait le même zèle.
» Agréez, Monsieur, l'assurance de mon sincère attachement.
y> Carnot. »