‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 24 sur 125 · LES DEUX FRÈRES MONTAIN · texte numérisé non relu

LES DEUX FRÈRES MONTAIN

Février 1817.

Le docteur Montait! aîné, médecin de rHôtel-Dieu de Lyon, avait été arrêté le 20 janvier 1816, et sept mois après condamné à cinq ans de détention et 2,000 francs d'amende « pour crime de non-révélation d*un « complot non accepté ni suivi de commencement w d'exécution, maïs dont il était accusé d'avoir en^ » tendu parler chez tm de ses malades! w

Mis au secret dans les premiers moments de son arrestation , et plongé successivement dans divers cachots, il avait contracté dans les prisons de Lyon, qui sont fort malsaines , des maladies graves qui l'eussent prochainement conduit au trépas s'il y fût demeuré plus longtemps.

Ce danger ne pouvait échapper à la tendre sollicitude de M. Montain jeune , qui d'ailleurs, en sa qualité d'homme de l'art (il était aussi médecin), avait toutes les connaissances nécessaires pour apprécier les causes du mal , sa gravité et les suites funestes qu'il faisait pressentir.

Le pourvoi en cassation avait été rejeté ; le recours en commutation de peine n'avait pas été plus heureux; le prisonnier allait être transféré au château d'If, à Marseille. Mais ce nouveau séjour, loin de préparer quelque amélioration dans son sort, lui présageait au contraire une mort d'autant plus certaine que l'insalubrité du climat devait encore l'accélérer.

Dans cet état, Montain jeune obtint comme une fa-

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veur (c'en était une en effet) que son frère pourrait se faire transférer à ses frais à la prison de Sainte-Pélagie à Paris.

Montain jeune était uni à son frère par les liens de la plus étroite amitié ; les sentiments de la nature se trouvaient encore fortifiés par ceux de la reconnaissance; il lui devait Tétat honorable dont il était en possession ; ce frère avait été pour lui un second père.

Que de motifs pour désirer de lui rendre la liberté!

Montain jeune forma ce généreux dessein.

11 obtiiit la permission d'accompagner son frère dans le voyage de Lyon à Paris, et partit avec lui le 10 janvier 1817.

La siirveillance des gendarmes était extrême : à chaqiie changement de brigade , ils prenaient exactement le signalement du prisonnier ; mais toute la vigilance dé ces Argus ne put empêcher que sur la grande route, en plein midi, Montain jeune ne prît le costume foiirré de son frère et he réalisât l'heureux projet de dôimer lë changé à son escorte.

Avant dé preiidre la place de son frère , Montain jeune avait, autant que possible, affecté une tôiirnure qui répôfadîl ail signalement de sa personne.

Je ne veut pas entrer ici dans lés détails de ce déguisement; il siiflSt de dire, pôtir là justification de ceux qiii en furent dupes, que le changetnerit était tel qu'ils ne purent le solipçoiiner ni s'éii apercevoir.

On avait déjà couru plus-ieurs postes depuis que Montain jeune avait pris la placé de son frère ; depuis longtemps les gendarmés se transmettaient les detix voyageurs dans Topiiiibn que M. Montain jetihe était réellement le prisoûnier sur lequel il fallait exclusivement veiller.

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Arrivé à * vers le milieu du jour, le prétendu

prisonnier demanda à descendre et à se reposer. Les gendarmes le suivirent à Tauberge , et le gardèrent à vue dans sa chambre.

Pendant ce temps, Montain aîné, qui était resté près de la chaise de poste sous prétexte de la faire remiser, s'évada, prit la route de Paris, et bientôt après celle des pays étrangers.

Cependant les gendarmes, qui croyaient toujours tenir leur homme, demandaient à Montain jeune oii était allé son frère; il répondit qu'il était sans doute allé rendre une visite en ville.

Un orage affreux qui survint empêcha de repartir le soir même : les gendarmes, qui n'étaient chargés que du prisonnier qu'ils gardaient constamment à vue , ne s'occupèrent plus de l'absent ; et le lendemain ils repartirent avec Montain jeune, croyant que son frère avait pris les devants pour préparer un logis.

Les changements de brigade ne tardèrent pas à mettre fin aux questions sur ce point. Montain jeune multiplia les haltes, les couchées , pour donner à son frère le temps de s'éloigner. Sur le point d'arriver à Paris, il lui eût été facile de s'évader lui-même ; mais il aurait compromis les deux gendarmes préposés à sa garde, et cette pensée l'empêcha de se sauver, comme elle l'a empêché de déclarer en quel lieu s'était opéré soit le changement de costume , soit la disparition de son frère.

Montain jeune arriva à Paris le 19 janvier, et fut écroué à Sainte-Pélagie sous le nom et avec le signalement de M. Montain aîné. Il y est resté sans se faire

^ Montain n*a jamais voulu nommer cet endroit , dans la crainte de compromettre la brigade du lieu.

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