LK GÉNÉRAL HULLIN
Roslaioiil los juges mêmes qui avaient condamné le duo d'Ku^jhion ! Le général HuUin y qui avait préside la iHmuuission militaire, était revenu d'exil : il habitait l^ris. Devenu aveugle, il se fit conduire chez moi; il me raconta les faits avec une franchise toute militaire et des circonstances telles, que j'en fus fortement impressionné. — a Que ne racontez-vous cela au public? lui dis-je. Je ne doute pas que les faits que vous venez de m'exposer feraient sur lui la même impression que sur moi. » — « Ehl me dit le général, est-ce que je puis rien écrire? Que ne me rendez-vous le service d'écrire vous-même ce que je viens de vous raconter? Ma femme est une Nivernaîse; par elle je suis, pour ainsi dire, votre compatriote : voyez ma situation. » — Vivement ému , je lui dis : « Eh bien I oui , général , mais à une condition : vous convoquerez près de vous ceux des membres de la commission militaire qui ont jugé sous votre présidence; vous les présiderez encore une fois; je recueillerai de leur bouche comme de la vôtre vos déclarations sur les moindres faits; et quand je serai bien fixé sur toutes ces circonstances, j'entreprendrai de les raconter. »
Le général Hullin adhéra avec empressement. Les généraux Barrois et Dautancourt furent appelés; ils se
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trouvèrent chez le géDeral au jour indiqué , placés à droite et à gauche de son fauteuil , où il siégeait avec sa grave et imposante figure ; sa femme était présente. J'arrivai * ; il était huit heures du soir. Cette scène fut dramatique. Huilin reprit son récit. A chaque (ait important, je demandais : — u Est-ce vrai, général Barrois? '> — Ce fait est-il exact, général Dautancourt ? — Rap- » pelez bien vos souvenirs. i> — Et j'écrivais pour ainsi dire sous leur dictée. — Il y eut un moment de véritable anxiété : le général Huilin racontait comment, à l'instant où il écrivait au premier Consul pour essayer de le toucher en faveur du duc d'Enghien, Vhomme qui s'était tenu constamment près de lui pendant les interrogatoires lui retira la plume des mains en lui disant : « Cela ne vous regarde plus , général , c'est mon af-
» faire ?> Le malheureux général éprouva une
sorte de frémissement en se retournant à demi sur son fauteuil : a Rassurez-vous, général, lui dis-je, cet homme n'est plus derrière vous; vous êtes avec nous. » Enfin celte scène s'acheva.
Le lendemain , il ne me fallut que quelques heures pour tracer rapidement cet exposé. Pour m^assurer encore mieux de son exactitude, je le relus dans la soirée en présence des mêmes personnes; et l'écrit parut ensuite chez Baudoiiin , avec ce titre : Expli' cations offertes aux hommes impartiaux, par M, le comte HuUin, au sujet de la Commission militaire instituée en l'an XII pour juger le duc d'Enghien. Elles eurent un succès inespéré ; on peut même dire qu'elles furent accueillies avec faveur; car aux Tui*
* J^étais accompagné d'Alexandre Baudouin, éditeur du Procès du duc d'Iânghien et du Mémoire de Ganlaincourt.
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leries même , on entendit plus d'une fois répéter : Ce
pauvre Hullin est bien malheureux I
Le général voulut me témoigner sa reconnaissance : je consentis seulement à accepter la gravure du tableau de Gérard représentant la Bataille d'Austerlitz, que je plaçai dans mon premier cabinet.
Nota. Les Explications pour le comte Hullin se trouvent dans V Appendice au tome IX des Réquisitoires, page 203 ; et dans les Mémoires sur la Révolution, à la suite du Procès du duc d'Enghien.