TUDE
Je a'ai rien à reprendre daas tout ee que dit M. Ortolan sar mes études jusqu'à ma réception comme avocat et comme docteur en droit. J'ajouterai seulement que j'ai été étudiant toute ma vie. Je le suis encore , et je n'ai jamais considéré mes Cours comme terminés. Jusqu'au dernier moment, je tâcherai d'apprendre quelque ehose de plus —
Ma première et ma seconde éducation ont été domestiques ; ma mère et mon père oal été mes premiers instiiiiteurf.
J'ai fréquenté bien peu de iemps les petits collèges de Varzy et de Clamecy, dont l'existence d'ailleurs a peu duré.
Ce n'est qu'après mon arrivée à Paris, à l'âge de seize'à dix-sept ans, que j'ai suivi les Cours publics à
Vécole centrale desQuatre-\a(ions, puis a T Académie de législation, à l'École de droit pour mon doctorat, an Collège de France pour la haute liUéralure y et à la Sorbonne pour le droit canonique.
Sorti des bancs de l'école, j'aimais à y retourner par échappée, et souvent, en passant devant TÉcolc de droit, l'avocat docteur en droit y entrait un instant pour voir comment s'y pratiquait le nouvel enseignement.
Professeur moi-même dans des cours particuliers, j'étudiais et je repassais avec soin ce qui devait faire le sujet de mes leçons. Je ne saurais dire combien de fois j'ai relu les Instituas et le Code civil y ami des textes bien plus que des commentaires.
Logé près du pays lalin , au pied du moût sacré ' , je trouvais un plaisir extrême à entendre les leçons de poésie latine de Lemaire et de Tissot, et celles des autres professeurs célèbres de cette époque.
Pendant plus de deux ans, j'ai suivi avec soin les cours d'histoire ecclésiastique, de dogme et d'éloquence sacrée , professés à la Sorbonne par M. l'abbé Burnier de Fontanelle et par M. l'abbé Guillon.
Ma curiosité m'a conduit même à l'École de médecine et dans les salles de dissection , où je serais allé plus souvent si l'on avait connu à cette époque l'usage du chlore pour absorber l'infection et la mauvaise odeur. Peu de temps avant sa mort, le célèbre Broussais voulut bien prendre la peine de m'exposer (pièces sur table et cervelle en main) le système de la phrénologie, avec cette supériorité d'esprit qui l'a si fort distingué.
* Place Saint- André-des -Arts; — puis rue Hautefeuille , en face de M. Delacroîx-Frainville ; — et rue Pavée- Saint-André, & côté de M. le P. P. Ségnier.
Ayant commencé à étudier le droit avant la promulgation des nouveaux codes, je me suis trouvé, si je puis parler ainsi , sur la lisière de l'ancien droit et du droit moderne; — obligé de connaître ce qui restait du vieux droit coutumier, — le droit de la révolution, — ce qu'on a nommé les questions transitoires , — et enfin le droit nouveau. J'ai dirigé mes lectures sur toutes lés parties de la jurisprudence , du droit public et du droit privé, même sur celles qui étaient le plus hors d'usage ; et je trouvais dans la variété des applications, par exemple dans les matières féodales et canoniques, des aperçus nouveaux qui donnaient à mes connaissances plus d'étendue, d'assurance et de fermeté.
Je lisais toujours la plume ou le crayon à la main, et je ménageais peu les marges de mes livres pour y coter tout ce que je voulais extraire, retenir et retrouver au besoin, — reportant souvent d'un livre sur d'autres tout ce qu'une collation assidue pouvait préparer de facilités pour les recherches ultérieures dont je pourrais avoir besoin.
Dans le même but et pendant mes années de cléricafure, j'ai relu mes auteurs classiques, Virgile, Horace, Juvénal, Lucrèce, Quintilien, Tacite surtout, et j'en ai fidèlement extrait toutes les maximes de droit et de morale et les traits historiques qui se rapportaient à ma profession. Pendant longtemps , je relisais une fois l'an le Traité des études de Rollin, le traité De officiis de Cicéron, les Dialogues sur l'éloquence de Fénelon, VArt poétique d'Horace toujours; je savais Boileau par cœur.
J'ai suivi cette méthode d'extraits jusqu'à l'époque ou la présidence des assemblées législatives m'ayant
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forcé d'aller résider au Palais-Bourbon , je nie suis vu contraint de me séparer de ma bibliothèque et de ne plus étudier que par intervalles et, comme on dit vul« gairement, à bâtons rompus, (Va été pour moi la plus vive des privations.
Pendant les premières années d'exercice de ma profession d'avocat , lorsque j'avais à traiter une question de droit, je ne la travaillais pas isolément, mais je lisais en entier, ou du moins en grande partie, quelque bon traité élémentaire sur la matière à laquelle ma cause se rattachait, afin de mieux en avoir présents tous les principes.
Devenu ancien à mon tour , j'ai admis dans mon cabinet de jeunes avocats dont plusieurs sont devenus des hommes marquants ^ Quelques-uns d'entre eux étaient sans fortune, et je n'en étais que plus attaché à leurs progrès : rien à mon avis n'étant plus digne d'estime et d'intérêt que ces collaborateurs bénévoles qui cherchent dans l'intimité d'une cohabitation avec leurs anciens les moyens d'apprendre et de se faire connaître sous l'égide du patron qu'ils se sont choisi.
Les étudiants, les jeunes avocats m'ont bien souvent demandé des conseils et interrogé sur la méthode que j'avais suivie pour mes travaux. Je ne leur en ai jamais fait mystère , mais en les avertissant que ce qui convenait à l'un pouvait ne pas convenir également à d'autres, et qu'en s'aidant de l'exemple d'autrui, il n'en fallait prendre que ce qui s'adaptait à son génie propre. Je leur rappelais que le chancelier d'Aguesseau , consulté par son fils sur la manière de faire ses
* M. Ortolan en a donné la liste, page 232 de ma biographie, ainsi que celle de mes principaux élèves.