‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 30 sur 125 · LE DUC DE VICENCE · texte numérisé non relu

LE DUC DE VICENCE

et à leur publication. Les hautes sources auxquelles l'auteur annonce avoir puisé donnent à son ouvrage une importance historique qui ne me permet point, en ce qui me concerne, de consacrer par mon silence les erreurs qu'il renferme ; la plupart des détails relatifs aux événements et aux négociations qui ont eu lieu depuis le 31 mars jusqu'au 12 avril sont inexacts.

» Quant au congrès de Châlillon , si les événements ont justifié le désir que j'avais de voir la paix rendue à ma patrie, il serait injuste de laisser ignorer à la France, à l'histoire, les motifs d'intérêt national et d'honneur qui empêchèrent l'Empereur de souscrire aux conditions que les étrangers voulaient nous imposer.

)> Je remplis donc le premier des devoirs, celui d'être équitable et vrai, en faisant connaître ces motifs par l'extrait suivant des ordres de l'Empereur :

'i Paris, 19 janvier 1814

ce La chose sur laquelle l'Empereur insiste le

» plus , c'est la nécessité que la France conserve ses yt limites naturelles. G'estlà une conàiiiou sine qud non. » Toutes les puissances , l'Angleterre même , ont re- » connu ces limites à Francfort.

yy La France réduite à ses limites anciennes n'au- ^ rait pas aujourd'hui les deux tiers de la puissance reyy lative qu'elle avait il y a%vingt ans. Ce qu'elle a ac- » quis du côté des Alpes et du Rhin ne compense point Ty ce que la Russie , l'Autriche et la Prusse ont acquis yy par le seul démembrement de la Pologne. Tous ces }' Etats se sont agrandis. Vouloir ramener la France à » son état ancien, ce serait la faire déchoir et l'avilir.

ifiO LE DUC DE VIGENCE.

» La France sans les départements du Rhin, sans » la Belgique , sans Ostende, sans Ani^ers, ne serait w rien.

)) Le système de ramener la France à ses anciennes « frontières ^st inséparable du rétablissement des Bour- ^ bons y parce qu'eux seuls pourraient offrir une ga- » rantie du maintien de ce système : l'Angleterre le » sent bien. Avec tout autre, la paix sur une telle base 9> serait impossible et ne pourrait durer.

» Ni l'Empereur, ni la République, si des boulever- M sements la faisaient renaître, ne souscriraient jamais » à une telle condition. Pour ce qui est de Sa Majesté, sa ji résolution est bien prise ; elle est immuable. Elle ne y> laissera pas la France moins grande qu* elle ne l'a rey» çuê. Si donc les alliés voulaient changer les bases n proposées et acceptées {les limites naturelles), elle ne » voit que trois partis : ou combattre et vaincre ; ou » combattre et mourir glorieusement; ou enfin, si la n nation ne la soutenait pas, abdiquer. Elle ne tient » pas aux grandeurs ; elle n'en achètera jamais la con- 9» servation par l'avilissement. »

D J'attends, Monsieur, de votre impartialité, que vous voudrei bien donner place à cette lettre dans votre journal , et je saisis cette occasion de vous offrir l'assurance de ma considération distinguée.

» Caulaingourt, diic de Vicence. »

A l'apparition de cette lettre, une clameur subite s'éleva dans les journaux royalistes. Ils y virent une insulte et une offense à la maison de Bourbon ! La Gazette de France, \di Quotidienne, le Drapeau blanc, auxquels se joignirent le Journal des Débats et le Moniteur, dressèrent à Tenvi des actes d'accusation contre

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celte publication ; la forme leur paraissait aussi coupable que le fond. En effet, dans cette lettre, n'avaiton pas osé donner à l'usurpateur le titre A* Empereur, comme s'il l'était encore I Et pour rendre l'injure plus poignante, la publication avait eu lien le 21 janvier! Le Constitutionnel et la Renommée, menacés de poursuites, donnèrent en réponse quelques explications. Je les reproduis ici, parce qu^elles renferment un germe de la défense.

Constitutionnel du 26 janvier.

a Le Constitutionnel est menacé d'un uouveau procès. Un commissaire de police est venu saisir le numéro oii se trouve insérée la lettre de M. de Gaulaincourl , duc de Vicence. Nous ne prétendons pas juger les motifs qu'il a eus de faire cette publication. Quant à Téditeur du Constitutionnel, il n'a vu aucun inconvénient à insérer une pièce signée et purement historique ; il n'y a surtout pas remarqué ce qu'y ont découvert les écrivains chargés d'office de torturer le sens des notes et de chercher partout des allusions ou des provocations indirectes. Ils ont envenimé méchamment le passage oii il est dit que le chef du dernier gouvernement, qui avait reçu la France avec les' départements du Rhin, ne pouvait la garder telle qu'elle était en 1789, mais que les Bourbons pouvaient traiter sur cette base. Il a paru évident à IVéditeur que cette assertion n'avait rien d'offensant pour la maison régnante ; qu'elle signifiait seulement que les Bourbons retrouvaient la France telle qu'ils l'avaient laissée, et qu'ainsi le traité de paix proposé à Chàtillon ne pouvait blesser la dignité des héritiers du trône de Louis XVf.

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y) L'éditeur le répète, il n'a vu dans le passage de la lettre de M. de Caulaincourt qu'un fait auquel la malveillaneç seule a voulu donner un sens perfide et une interprétation forcée. ?>

La Renommée du 27 contenait un article plus développé, dont j'extrais seulement le passage suivant :

.« Quant aux outrages que cette lettre renferme contre les Bourbons, personne ne s'en était aperçu; et si, grâce aux subtilités du système interprétatif, sa lecture éveille quelques sentiments défavorables à la dynastie régnante, c'est évidemment à l'officieux empressement des journaux monarchiques qu'elle en sera redevable. Pour nous , nous ne voyons pas ce qu'il y a de honteux pour le Roi à avoir reçu la France telle qu'elle était sous Louis XVL S'il l'e^t reçue avec la barrière du Rhin, et que de gaieté de cœur il l'eût fait rentrer dans ses anciennes limites, le cas serait différent; mais il est rentré dans la France envahie, et la force lui a imposé des conditions que tout autre eût subies comme lui. La position de Napoléon n'était pas la même : il avait reçu la France agrandie par les conquêtes de la République , il devait tomber ou la conserver dans son intégrité. ?'

M. le duc de Vicence, informé que ces journaux avaient été saisis et leurs rédacteurs appelés devant le juge d'instruction, vint aussitôt me consulter.

Après qu'il m'eut donné toutes ses explications sur le fond de l'affaire et sur les moti/s d'honneur qui seuls l'avaient déterminé à écrire sa lettre , nous convînmes qu'il écrirait à M. le juge d'instruction pour déclarer qu'il était l'auteur de cette lettre, et qu'il était prêt à en répondre seul devant la justice.

Par suite de cette revendication, le duc de Vicence

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