‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 48 sur 125 · LE POETE BERANGER · texte numérisé non relu

LE POETE BERANGER

SES CHA!C80XS.

8 décembre 1821.

En tête de la seconde édition de ce procès, on lit les réflexions suivantes :

a Nous devons rendre grâce aux lois de la censure. Lorsqu'elles n'existaient pas, on s'en rapportait aux journaux du soin de rendre compte des débats judiciaires et de saisir au hasard quelques morceaux détachés des plaidoiries.

ji Ces analyses, faites du moins avec une entière liberté, contentaient le public; il y voyait la défense à côté de l'attaque, et comme il avait, sinon une idée complète, au moins une idée juste et impartiale du procès, il n'en demandait pas davantage.

n Mais du moment que la censure , usant d'une prédilection excessive pour les réquisitoires ^ eut pris soin d'effacer dans tous les journaux ce qui avait trait à la défense des parties, le public, qui ne lisait plus, même par extraits, les plaidoyers des avocats, se montra curieux de les lire en entier ; et ce fut en même temps pour les accusés une nécessité d'en favoriser la publication , afin qu'on sût au moins quek avaient été leurs moyens dejustification.

» Tel est le double motif auquel une élégante Prér face nous apprend que nous sommes redevables du Procès fait aux Chansons de Béranger, joli volume imprimé chez les frères Baudoiiin, du même format que

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les Chansons, et avec cette épigraphe extraite des Chansons mêmes de Béranger :

Si Ton ne prend garde aax chansons, L* anarchie est certaine.

n Ce procès, disent les éditeurs, rendu si piquant parle nom de Tauteur, par le sujet de l'accusation , la réputation littéraire du magistrat qui devait la soutenir, et le talent tant de fois éprouvé de l'avocat chargé de la combattre, avait attiré une foule immense qui s'était encore accrue par l'imprudence qu'on avait eue de ne pas faire garder les avenues de la salle. Elles se trouvèrent obstruées au point que, pour ne pas exposer à des violences les hommes et les femmes qui avaient résisté à toutes les sommations de se retirer, M. le président de la Cour d'assises et l'un des conseillers furent obligés d'entrer par la fenêtre dans la salle d'audience ! »

Le prévenu lui-même, Béranger, eut toutes les peines du monde à pénétrer dans l'enceinte. Il avait beau dire aux gendarmes : Mais je suis Béranger! je suis le prévenu I je suis l'accusé ! on a besoin de moi ! — On lui répondait comme au reste de la foule : // ny a pas déplace. — Enfin, après une demi-heure de lutte, il put arriver au siège qui lui était destiné.

M. de Marchangy, dans un plaidoyer parfaitement écrit, développa le système de l'accusation, qui roulait: 1" sur le délit d'outrage aux bonnes mœurs ; 2* d'offense envers la personne du Roi ; 3" de provocation au port public d'un signe extérieur de ralliement non autorisé par le Roi.

Je lui répondis sur-l^-champ.

L'auditoire était bien disposé , et la défense reçut un

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brillant accueil. Ce succès était-il mérité? — Ce n'est point à moi à le dire : je laisserai parler l'éditeur des Annales du Barreau. Après avoir fait un juste éloge du réquisitoire écrit de M. l'avocat général de Marchangy , il continue et dit :

tt II ne faut pas chercher dans le plaidoyer de M. Dupin le même poli d'expression ; une improvisation n'admet guère le précieux du style, surtout de la part d'un orateur dont le caractère se distingue principalement par la vigueur des pensées et la fougue des mots.

y> Cependant on fut agréablement surpris de voir un jurisconsulte ordinairement si grave , accoutumé à discuter sur des clauses d'actes et des textes de la loi , prendre successivement tous les tons qui convenaient au sujet, et se montrer également habile, également supérieur, soit qu'il cherchât à se concilier l'auditoire par un exorde gracieux, soit qu'il appelât l'intérêt sur son client par un exposé de faits où l'éloge du poêle était adroitement glissé ; soit que, parcourant les différentes phases de l'accusation, il en fit ressortir tantôt la futilité et tantôt les contradictions; soit qu'enfin arrivant à la discussion, il montrât que les questions les plus élevées, les réflexions les plus fortes pouvaient s'allier dans cette cause à tout ce que la littérature a de plus léger, l'ironie de finesse, l'expression de piquant, quelquefois même de satirique, sans jamais blesser aucune convenance et en gardant sévèrement toutes les règles du goût.

)) Un morceau qui produisit beaucoup d'effet est celui où l'orateur, feignant de citer Milton, trace le tableau de la situation des différents peuples. Chacun y fut trompé ; on fut seulement frappé du rapproche-

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inent que celte peinture offrait avec les événements les plus récents , tels que les attroupements des radicaux , le licenciement de notre armée , les restrictions apportées à l'enseignement dans divers pays de l'Europe, l'invasion de Naples et de la Sicile par les Autrichiens, l'insurrection des Grecs, la guerre des Perses contre les Turcs , les Russes sur le Pruth. Mais il est de fait que cette revue des différents peuples n'est pas dans l'auteur du Paradis perdu : et ce n'est pas une petite gloire pour un orateur que d'avoir pu faire douter s'il ne traduisait pas en ce moment un des plus grands poètes I L'avantage qu'en tira l'avocat est qu'il ne fut pas interrompu par le président, qui ne se doutait pas de l'artifice. «

Si M. Béranger ne fut pas entièrement acquitté , il ne fut du moins condamné qu'au minimum de la peine, trois mois d'emprisonnement et une amende de 500 francs, dont il fut amplement dédommagé dans sa prison par l'affluence des visites les plus aimables et les plus gracieuses, et quant à l'amende, par la vente de son Procès j imprimé avec le texte des chansons, et dont trois mille exemplaires furent promptement débités.

Mais de cet incident même naquit un second procès* En effet Béranger, pour faire ressortir davantage l'injustice de la censure à son égard , avait déclaré dans sa Préface qu'il imprimerait tout, non-seulement ce qui était pour, mais aussi ce qui était contre, non-seulement le plaidoyer de son avocat, mais même V arrêt de renvoi. Et de fait, cet arrêt se trouvait imprimé textuelkment à la fin du volume, parmi les pièces justificatives, titre assez plaisant si l'on fait attention que ces ip\hce%à\\e% just^icatives ne comprenaient que le réqui-

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