LR JOURNAL DES DÉBATS. 2V
Irône désormais ne pouvait trouver de solide appui que dans l'alliance sincère et franche de la royauté légitime avec les libertés constitutionnelles, que réclamaient avec une égale force les lumières du siècle et les vœux du pays.
Entré dans cette large voie par goût autant que par conviction , le Journal des Déhais fut plus ému que tout autre à l'apparition des triumvirs du 8 août ; il crut voir dans leur avènement au pouvoir le triom* phe d'un parti dont l'allure lui était assez connue pour en déduire immédiatement les plus affligeantes prévisions.
C'est alors que pour avertir, et non pour blesser; non pour outrager, mais pour remplir un devoir; l'homme courageux qui présidait au Journal des Dé^ bats, M. Berlin aîné , ce royaliste éprouvé dans l'exil comme aux jours de prospérité, chargea l'un des rédacteurs dont il connaissait le mieux l'attachement à la dynastie (M. Becquet , volontaire royal au 20 mars) de rédiger un article dans un sens qui répondît à leurs communes affections; article qu'il s'était approprié tout à fait en le revisant ; expression vive de douleur et de regrets , d'inquiétude et d'anxiété , où les intérêts de Charles X n'étaient point séparés de ceux de la patrie, et où le rédacteur, les unissant dans un même sentiment d'affection et de crainte, s'écriait avec l'accent d'un sujet fidèle : Malheureuse France ! malheureux Roi I
C'est pour cet article que M. Berlin aîné fut tradpit devant les tribunaux (( comme coupable d'offense enyi vers le Roi et d'attaque contre la dignité royale. )>
Je connaissais à peine M. Berlin aîné; mais j'étais ami de son frère, M. Bertîn-Devaux , député du centre
su LE JOURNAL DES DÉBATS.
gauche, à côté duquel j'avais été m'asseoir en entrant à la Chambre des Députés, en 1827.
Tétais en vacances dans la Nièvre lorsque Bertin- Devaux m'écrivit pour me proposer d'accepter la défense de son frère et du Journal des Débats. — Pour toute réponse , je partis et je me rendis à Paris.
Le 26 août , je plaidai en première instance devant le tribunal de police correctionnelle. Là, nous succombâmes; M. Bertin aîné fut condamné à six mois de prison.
L'accusation avait étonné le public; la condamnation l'émut bien davantage ; tout se prépara pour une nouvelle défense sur l'appel devant la Cour royale.
Le 24 décembre s'ouvrit l'audience sous la présidence de M. le premier président Séguier. C'était la cause de la liberté de la Presse, la cause du régime constitutionnel tout entier I
L'affluence était extrême. Plus de cent avocats se pressaient dans l'enceinte du barreau, et jusqu'aux pieds des banquettes des magistrats. Le public débordait jusque dans la salle des Pas-Perdus.
Après ma plaidoirie, M. l'avocat général Berard-Desglajeux soutint l'accusation. Je lui répliquai sur-lechamp. On ne put contenir les applaudissements, surtout lorsqu'en finissant je prononçai ces mots : tt Messieurs , ne faisons point de prétoriens I Aujour- » d'hui pour le Roi contre les lois , plus tard ils pour- » raient être pour un usurpateur contre le Roi lui-
» même I C'est un mauvais jeu que d'employer des
» soldats à faire un coup d'État : — Les coups d'État, » qui sont les séditions du pouvoir , ne lui réussissent » pas mieux contre les lois, que les séditions du peuple » contre la royauté, y^