‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 82 sur 125 · MARIAGES ET DOTS DES ENFANTS DU ROI · texte numérisé non relu

MARIAGES ET DOTS DES ENFANTS DU ROI

Mariage de la princesse Louise, fdle aînée du Roi, avec le Roi des Belges.

Je fus désigné pour être un des témoins ofiBciels du mariage de la princesse Louise , fille aînée du Roi

Louis-Philippe, avec le Roi des Belges, Léopold, célébré à Compiègne le 9 août 1832. J'y assistai '.

Dans le contrat de mariage de cette princesse, outre la portion de biens territoriaux qui lui appartenait en nue propriété en vertu de la donation du 7 août, il avait été dit que : a une dot d'un million de francs )> serait proposée au vote des Chambres législatives. »

.... Une loi fut en effet proposée à cette fin dans la session de 1837, et votée le 26 avril sous ma présidence—

Toute cette dot, mobilière et immobilière, après la mort de la Reine des Belges, est devenue le patrimoine de ses trois enfants.

Apanage du duc de Nemours.

Dans cette même session de 1837, un apanage fut aussi demandé pour le duc de Nemours^ second fils du Roi : — mais dans des circonstances et avec des conditions les moins propres à faire réussir la proposition.

En même temps qu'ils apportaient cette demande à la Chambre , les ministres présentèrent trois propositions de lois politiques les plus capables d'exaspérer l'opposition , et qui même étaient fort mal vues d'une portion de la majorité :

1*^ Une loi sur la disjonction des procédures en matière criminelle;

2** Une loi destinée à ériger de nouveau la nonrévélation en crime de lèse-majesté;

' J'ai également assisté aux mariages des princesses Marie et Clémentine^ et du duc de Nemours, signé les acles de célébration et concouru à la rédaction de leurs conventions matrimoniales.

3^ Une M ifciî (par une ag<]fravalimi noBv^rffe de b pénalité) insfîtnait la prison dans l'exil.

Celle pléiade de toi» si mafeneontrraseiiKnt devait avmr an triste sert.

La loi de dfis|ônetion, après nn vif et débat, aoqnel jer pris part, fnt rejetée : — X Rflycav Collard se préparait à attaqper la seeonde; — le minisfère se hâfa de retirer la troisième.

Kesfait la loi d'apanage poor le dne de Biemmirs... Mais on était fort irrité contre le ministère... L'aigrevr s'en méia ;. . . qneiqpties maladresses commises par les agents dans l'étahiatîoti des tieos amenèrent des objections particulières dans le sein de la commission

Snr ces entrefaites , la situation se compliqua d'une crise ministérielle —

Dans cet état , M. le duc de BTemours , ayec une grande noMesse d'âme et le désintéiessemeut dont il a tonjofirs fyiî preme, ne Tonlant pas q[a'mie question d'intérêt persofinel vint ajouter aux difficultés du moment , prit l'initiatiTe et alla lui-même prier le Roi et le Président du Conseil de faire retirer le projet de loi.

Ce retrait eut effectÎTement lieu à la séance du 18 atril 1837. — Certaines réserves n<m suffisamment expliquées firent craindre un instant à l'Opposition, toujours défiante, que le retrait ne (ut que simulé: mais M. Mole, président du nouveau cabinet, répondit u qu'un retrait n'était pas un ajournement. » — M. Gui/.ot^ qui sortait du ministère, déclara qu'il regardait la question comme Jinie: — et M. Martin du Nord, garde des sceaux, dont les paroles avaient causé quelque émoi, et qui cédait la place à M. Barthe, expliqua de son côté que les réserves qu'il avait expri-

mées n'avaient eu pour objet que le principe tel qu'il est écrit dans Tarticle 21 de la loi du 2 mars 1832 ^

Dotation du duc d'Orléans, prince royal.

La dotation du Prince royal se produisit sous de meilleurs auspices.

Dans le premier projet de loi sur la liste civile présenté par M. Laffitte le 15 décembre 1830, ce mi* nistre avait introduit (art. 21) une disposition portant que u l'ancien Apanage d'Orléans (qui, par l'avénen ment du Roi, avait fait retour à l'Etat) formerait » la dotation particulière de l'héritier présomptif de » la Couronne, quand il aurait atteint l'âge de dix-huit 3) ans.» Mais ce projet fut abandonné; et le Roi ayant préféré garder l'apanage dans sa liste civile, Casimir Périer, qui avait succédé à Laffitte, présenta, le 3 octobre 1831, un nouveau projet, dans lequel, comme nous l'avons déjà dit (page 355), les biens de l'ancien apanage furent incorporés dans la dotation immobilière de la couronne (art. 3). — Quant au Prince royal, il fut dit (art. 20) : a L'héritier présomptif de la cou- » ronne. Prince royal, recevra sur les fonds du Tré- » sor une somme annuelle d'un million. Cette sonmie » sera portée à deux millions lorsqu'il se mariera. »

Cette dernière condition allait s'accomplir par l'union du Prince royal avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Le contrat de mariage en la forme diplomatique avait été signé à Perleberg le

* Voyez le Moniteur, et Farticle Apanage qui résume loute la question des dotations dans \ Encyclopédie du droit de MM. Sebire et Garteret,

4 avril 1837, sur les Articles envoyés de Paris et à la rédaction desquels j'avais coopéré.

Dans le même temps, un projet de loi fut présenté à la Chambre des Députés pour obtenir un supplément de dotation conformément à Tarticle 20 de la loi sur la liste civile. Le chiffre de ce supplément avait été laissé en blanc...

J'étais alors Président de la Chambre des Députés. Dans mon bureau Je fus nommé Commissaire, et après le retrait du projet concernant l'apanage du duc de Nemours, j'acceptai le titre de Rapporteur de la commission. Dans cette commission on croyait que le duc d'Orléans possédait déjà une part égale à celle de ses frères et sœurs dans la donation du 7 août, et on voulait prendre cette part en considération. J'en référai à M. le duc d'Orléans, et je ne fus pas peu surpris quand j'appris de lui quil n était pas compris dans cette donation! et que le patrimoine royal tout entier avait été distribué seulement en sept parts, c'est-àdire entre les trois princesses et les princes puînés.

Je priai alors M. le duc d'Orléans de me procurer une expédition de cette Donation pour en donner une connaissance précise à la commission.

Le Prince se hâta de me l'envoyer, et y joignit un état de dépenses constatant l'emploi qu'il avait fait jusqu'à ce jour des annuités de sa première dotation (d'un million); offrant, s'il le fallait, d'y joindre toutes les pièces justificatives.

Cette communication produisit le meilleur effet. Un journal de l'Opposition ^ en parla en ces termes : « Ce « ne sont pas les comptes de la liste civile que M. Dupin 5) a communiqués dans le neuvième bureau , ce sont

* Le TempSy numéro du 25 avril 1837.

)) les états de dépenses de M. le duc d'Orléans, qui lui » avaient été remis par le prince, avec offre de com- » muniquer toutes les pièces à l'appui. Il en résulte » que Son Altesse Royale a fait le plus noble emploi de » la dotatiofijet que, sans faire ni dettes ni économies, >? il a satisfait à tous les devoirs comme à toutes les » convenances de sa position. Le bureau a entendu » avec le plus vif intérêt ces détails qui ont aussi été )) portés à la connaissance de la commission par son 3î honorable rapporteur, w

L'envoi de ces documents était accompagné de la lettre suivante, qui montre toute la franchise et l'abandon que le jeune prince mettait dans cette affaire : — «Voici, mon cher Président, les papiers dont nous TU avons parlé hier : ma comptabilité peut justifier de )' tous les détails des dépenses qui figurent sur l'état yy ci-joint , et qui pourront servir à la fixation du nou- » veau chiffre sur lequel je crois devoir m*abs(enir de » donner aucune indication. En m'en rapportant com- » plétement, ainsi que je le fais, à l'appréciation de la » Chambre, j'ai la confiance qu'elle croira de sa dignité » de hâter assez la discussion du projet de loi pour que » la sanction royale puisse lui être donnée avant que la » princesse quitte le Mecklembourg. J'ose dire que î) c'est un devoir de convenance vis-à-vis d'une prinw cesse qui vient avec confiance et empressement se y> faire Française; et pour ma part , je dois dès à pré- » sent vous remercier, mon cher Président, des senti- )î ments que vous m'avez témoignés à cet égard , et je » viens vous renouveler l'assurance de mes sentiments « d'amitié. F. d'O. »

Mon rapport présenté à la séance du 21 avril fut très-simple : il consistait dans ce peu de paroles :

4 avril 1837, sur les Articles envoyés de Paris et à la rédaction desquels j'avais coopéré.

Dans le même temps, un projet de loi fut présenté à la Chambre des Députés pour obtenir un supplément de dotation conformément à l'article 20 de la loi sur la liste civile. Le chiffre de ce supplément avait été laissé en blanc...

J'étais alors Président de la Chambre des Députés. Dans mon bureau, je fus nommé Commissaire, et après le retrait du projet concernant l'apanage du duc de Nemours, j'acceptai le titre de Rapporteur de la commission. Dans cette commission on croyait que le duc d'Orléans possédait déjà une part égale à celle de ses frères et sœurs dans la donation du 7 août, et on voulait prendre cetle part en considération. J'en référai à M. le duc d'Orléans, et je ne fus pas peu surpris quand j'appris de lui qu'il n'était pas compris dans cette donation! et que le patrimoine royal tout entier avait été distribué seulement en sept parts, c'est-àdire entre les trois princesses et les princes puînés.

Je priai alors M. le duc d'Orléans de me procurer une expédition de cette Donation pour en donner une connaissance précise à la commission.

Le Prince se hâta de me l'envoyer, et y joignit un état de dépenses constatant l'emploi qu'il avait fait jusqu'à ce jour des annuités de sa première dotation (d'un million); offrant, s'il le fallait, d'y joindre toutes les pièces justificatives.

Cette communication produisit le meilleur effet. Un journal de l'Opposition ^ en parla en ces termes : « Ce » ne sont pas les comptes de la liste civile que M. Dupin 3) a communiqués dans le neuvième bureau , ce sont

* Le TempSy numéro du 25 avril 1837.

» les états de dépenses de M. le duc d'Orléans, qui lui » avaient été remis par le prince, avec offre de coai- » muniquer toutes les pièces à l'appui. Il en résulte » que Son Altesse Royale a fait le plus noble emploi de » la dotation, et que, sans faire ni dettes ni économies, y> il a satisfait à tous les devoirs comme à toutes les yy convenances de sa position. Le bureau a entendu » avec le plus vif intérêt ces détails qui ont aussi été » portés à la connaissance de la commission par son 3) honorable rapporteur. «

L'envoi de ces documents était accompagné de la lettre suivante, qui montre toute la franchise et l'abandon que le jeune prince mettait dans cette affaire : — tt Voici, mon cher Président, les papiers dont nous » avons parlé hier : ma comptabilité peut justiCer de » tous les détails des dépenses qui figurent sur l'état n ci-joint , et qui pourront servir à la fixation du nou- » veau chiffre sur lequel je crois devoir m*abstenir de yy donner aucune indication. En m'en rapportant com- )) plétement, ainsi que je le fais, a l'appréciation de la 5î Chambre, j'ai la confiance qu'elle croira de sa dignité » de hâter assez la discussion du projet de loi pour que )) la sanction royale puisse lui être donnée avant que la » princesse quitte le Mecklembourg. J'ose dire que » c'est un devoir de convenance vis-à-vis d'une prin- » cesse qui vient avec confiance et empressement se yy faire Française; et pour ma part, je dois dès à pré- 5) sent vous remercier, mon cher Président, des senti- » ments que vous m'avez témoignés à cet égard, et je » viens vous renouveler l'assurance de mes sentiments « d'amitié. F. d'O. »

Mon rapport présenté à la séance du 21 avril fut très-simple : il consistait dans ce peu de paroles :

argument qui suivrait la loi ; car votre loi , si elle n'est pas attaquée avant , le sera après : c'est l'argument de richesse suflSsante , de richesse considérable , de patrimoine particulier! —

» Eh bien I messieurs, je lé dis très-haut pour qu'on le sache, et je le dis l'acte à la main, cdxje n'en œn^ nais le texte que depuis peu^. J'ai voulu l'avoir, et je l'ai apporté avec moi. Il en résulte que le Prince royal n'a pas un sou de patrimoine, ni en réalité, ni en expectative ; car, à la différence des anciennes lois qui donnaient beaucoup à l'ainé et fort peu aux puînés, l'a« bandon du patrimoine du Roi a été fait aux sept cadets seulement, à l'exclusion de l'aîné, auquel l'acte ne réserve pas même sa légitime! (Sensation.)

y> M. Odilon BarroU C'est une explication qui était nécessaire.

3) M. Dupin. Ainsi , le Prince royal n'aura rien que ce qu'il tiendra de la Nation ; et c'est ici que ressaisissant la noble pensée du projet , la pensée du Prince lui-même, qu'il m'a exprimée avec instance, je dis

^ a Uacte dont je parle ici est F acte notarié du 7 août 1830, acte bien regrettable ! par lequel Sa Majesté a abandonné, par égale portion ^ à ses quatre fils puînés et à ses trois filles, la totalité de son domaine privée dont il s'est seulement réservé Tu^ufruit. Je ne connaissais cet acte que d'une manière indirecte : je n'en ai lu le texte, potir la première fois, qu'à l'occasion du mariage de Son Altesse Royale M. le duc d'Orléans. C'est seulement alors que j'y ai vu, à mon grand étonnement, que M. le duc d'Orléans était totalement exclu du partage, et qu'il n'avait pas même sa part héréditaire ! »

(Cette note a été imprimée et distribuée avec le discours même extrait du Moniteur, car j'ai toujours saisi toutes les occasions de dire et de constater combien j'avais été étranger à cet acte à la fois si valable et si malencontreux. — J'ai été d'autant plus à mon aise et d'autant plus fort quand, plus tard, le moment est arrivé d'en réclamer les effets et d'en soutenir la validité.)

qu'il serait indigne de lui comme du rapporteur de ¥olre commission de disputer sur des chiffres : ils sont en blanc dans le projet de loi ; considérez-les comme en blanc dans le rapport ; c'est à votre vote que j'en appelle 1 » (Marques presque unanimes d'adhésion. )

La Chambre a voté la loi à la majorité de 307 voix contre 49.

Ainsi la dotation du Prince royal — (un million de rente avec le million pour frais d'établissement et les 300,000 francs de douaire) , — fut obtenu avec tous les honneurs de la discussion et du vote à une trèsgrande majorité. — Mais aussi ce devait être la dernière demande de ce genre dont les Chambres auraient à s'occuper, quelque amertume que ressentit le Roi de la disposition des esprits désormais bien manifeste à cet égard.

MORT DU DUC D'ORLÉANS, le 13 juiUet 1842 '.

C'est a l'histoire politique à dire quelle sensation douloureuse produisit la mort du duc d'Orléans I Quel deuil I Quels regrets 1 Quelles appréhensions de l'avenir I....

Dans l'intérieur de la famille et sous le rapport des intérêts privés, il fallut pourvoir à d'autres soins.

* Dans Fouvrage sur le MorvaUy p. 55, se trouve rapportée Tinscription gravée sur le cîppe élevé au centre du cimetière communal de Gacogne, paroisse de Rafigny, qui rappelle la date de ce funeste événement. La mort du duc d'Orléans est devenue le sujet du prix d'honneur donné cette même année aux élèves du collège de Varzy^ dont le programme a été inséré dans VAp^ pendice^ au t. V des Réq.^ p. 525.

374 LE DIG D'ORLKA\S.

Le 26 juillet, le fiavàe des sceaux me traosmit rampUalioa d'une ordooaance du 24 par laquelle le Roi constituait le conseil de £unille de ses peiiU-fils de la manière suivante :

a Article 1^. Le Conseil de famille de nos chers et » bien-airaés petits-ûis Louis-Philippe-Albertd'OrléaDs, » Comte de Paris, Prince royal, et Robert-Phitippe- » Louis-Ëugène-Ferdinand d'Orléans, duc de Chartres, » présidé par M. le chancelier, sera composé, iodé- » pendamment des Princes de la famille royale qui ont » atteint leur majorité, des personnes dont les noms » suivent :

» \L le maréchal duc de Dalmatie ,

» M. le maréchal comte Gérard,

)> M. le comte Portalis, premier président de la Cour » de cassation ,

w M. Barthe, premier président de la Cour des 7> comptes,

w M. Dupin, procureur général à la Cour de cassa- » lion.

» Article 2. Notre garde des sceaux est chargé de » l'exécution de la présente ordonnance. »

En exécution de cette ordonnance , ilous fûmes convoqués individuellement par lettres du Chancelier^ à nous adressées d'après les ordres du Roi, à l'efiet de nous réunir au palais des Tuileries le 9 août 1842, à onze heures du matin.

Sa Majesté nous reçut tous avant la tenue du conseil, nous remercia d'avoir accepté, et nous recommanda les intérêts de ses petits-fils.

Nous nous séparâmes de Sa Majesté pour entrer en séance.

M. le Chancelier a pris place ayant à sa droite Son

LE DLG D'ORLÉANS. 375

Altesse Royale M. le duc de Nemours, et à sa gauche Son Altesse Royale M. le prince de Joînville, et les au« très membres dans Tordre de leur nomination.

M. le Chancelier a reçu le serment des princes et celui des membres du conseil a de délibérer en leur » âme et conscience sur les objets qui seraient soumis n au conseil de famille. »

Le conseil a été constitué.

Le conseil de famille a ensuite délibéré sur le mode d'acceptation de la succession, l'inventaire, et ultérieurement sur les différentes questions qui étaient de nature à lui être soumises. Les lettres pour chaque convocation étaient toujours adressées (Taprès les ordres du Roi j par M. Pasquier, chancelier. J'en trouve une notamment pour le 8 janvier 1843, à l'effet de a re- » cevoir le serment de M. de Verbois, nommé par le » Roi administrateur des biens du feu duc d'Orléans. »

M. le duc d'Orléans ne possédait qu'un seul immeuble , le haras de Meudon , dont le Roi son père avait délivré M. le duc d'Angouléme en lui remboursant sa valeur avec toutes ses impenses. Le Roi se déchargea ensuite de cet établissement sur le duc d'Orléans, à qui ce don fut en réalité plus onéreux que profitable. C'est comme propriétaire duharcLS de Meudon et pour les soins qu'il apportait au développement de ce haras, que le Prince obtint une médaille au comice de Grignon en 1837 * •

Dans la partie politique de mes Mémoires, je reviendrai sur des faits qui ont un autre caractère : — ma

^ Voyez Comices agricoles^ page 102. Le Prince avait aussi assisté au Comice de 1835, douné en son nom une médaille à nu vieux serviteur, et prononcé une allocution qui fut très-applaudie. IMLy page ^.

visite dans la chapelle ardente à Xeuiliy ; la conférence à la suite avec le Roi, le maréchal Soult et madame la duchesse d'Orléans sur la question de Régence....

Mais je veux consigner ici le souvenir de deux faits intéressants dans la vie du duc d'Orléans : — Le désir qu'avait eu le Roi de lui donner le général Drouot pour gouverneur ; — le Cours de droit qu'il a suivi sous ma direction lorsqu'il était duc de Chartres.

Le général Drouot à Neuilly.

Année 1823.

En 1823, le duc d'Orléans qui voyait son fils aîné, le duc de Chartres, déjà fort avancé dans ses études classiques, désirait lui donner un Gouverneur. Il avait d'abord pensé au général Foy ; mais Foy était le principal orateur de l'Opposition ; on craignit que ce choix n'en prît le caractère ; le général lui-même en fit la remarque.

Alors le duc d'Orléans jeta les yeux sur le général Drouot; le brave, le sage, le modeste Drouot, honoré de l'armée et de la nation, mais demeuré étranger aux partis et aux luttes politiques. Le duc d'Orléans savait que j'avais lié connaissance avec le général Drouot lors des contestations élevées sur l'exécution du testament de Napoléon ; qu'en un mot Drouot était devenu l'un de mes clients : il me chargea de la négociation.

Le général Drouot était alors à Paris, rue Richepanse , hôtel du Danube. J'allai le voir de la part du duc d'Orléans pour lui faire part de ses intentions. Drouot fut comme effrayé de la proposition ; il alléguait ses fatigues, son goût pour la retraite, son désir de rester étranger à tout nouvel engagement. Je repris avec

LE DUC DORLËANS. 377

lui toutes ces objections : — Ses fatigues , ses blessures n'avaient rien ôté à l'activité de son esprit ; il aioDiait l'étude ^ la méditation, et la carrière qu'on lui offrait semblait plutôt sympathiser avec ces goûts que destinée à les contrarier. — Sa vie serait douce dans la maison d'Orléans , au Palais-Royal , à Neuiliy , avec une riche bibliothèque , de beaux jardins , et des relations que le caractère du duc d'Orléans et l'humeur de toute sa famille rendaient tout à fait attrayantes, sans lui rien imposer qui ressemblât à la servitude des Cours. Je lui citai pour exemple mes leçons de droit , qui n'ôtaient rien à l'indépendance de ma profession et de mes allures : je lui dis enfin que y malgré son désir de rester étranger aux affaires, il ne pouvait pas être indifférent à l'honneur de diriger le caractère et l'entrée au service des armes d'un jeune prince dont l'éducation et la conduite pouvaient influer sur le sort du Pays.

Sans l'avoir convaincu, j'obtins de lui du moins qu'il viendrait avec moi à Neuiliy, ne fût-ce que pour remercier M. le duc d'Orléans. Le lendemain , à onze heures, je vins le prendre dans la voiture qu'on m'envoyait ordinairement pour me conduire au Cours. Nous arrivâmes à l'issue du déjeuner. Le roi était dans son cabinet avec son aide de camp, le colonel Althalin. Après quelques mots d'introduction , au moment oii la conversation allait devenir plus intime, nous nous retirâmes avec Atthalin dans le salon d'attente ; et au bout d'un quart d'heure, le Roi nous fit rappeler; il était fort ému, Drouot aussi; des larmes tombaient des yeux de ce dernier. Il demanda la permission d'aller faire un tour seul dans le parc pour se remettre un peu. Le Roi nous dit qu'il croyait l'avoir fort ébranlé, mais

sans avoir pu Je décider. Eq effet Drouot à son retour dit que, réflexion faite, il croyait la mission au-dessus de ses forces ; il exprima en termes affectueux sa reconnaissance pour le duc d'Orléans, mais il demeura inébranlable dans son refus.

En se quittant, ils s'embrassèrent en se donnant encore mutuellement des marques de leur sensibilité. Je ramenai le général Drouot à Paris. Depuis , il ne s'est point passé d'année sans que je reçusse de lui des lettres dans lesquelles il avait toujours grand soin de me charger d'être l'interprète de ses sentiments poui^ le duc d'Orléans ; — et plus tard pour le Roi.

Drouot avait mis au nombre de ses motifs d'excuse le grand affaiblissement de sa vue. En effet, il finit par devenir aveugle. Mais cela même ne l'empêchait pas d'écrire encore quelques lettres à l'aide d'un procédé qu'il s'était rendu familier pour guider sa main et sa plume. J'ai plusieurs lettres qu'il m'écrivit ainsi. J'en donnerai plus tard quelques extraits.

Le duc d'Orléans étant mort le 13 juillet 1842 ', je me hâtai d'en faire part au général Drouot. Voici ma lettre et sa réponse ; on y verra quels sentiments ce cœur d*or ' avait voués à la famille d'Orléans.

Au général Drouot

« Paris, ce U juillet 1842.

» Mon cher général, La mort du duc d'Orléans est une bien triste nouvelle 1 La Nation perd en lui une espérance que ses beUes qualités réalisaient déjà en partie.

* Voyez ci-dessus, page 373, en note.

* C'est ainsi que rappelait M. le duc de Vicence dans nn petit bilkt du 1« mai 182a

L^ârmée perd un de ses chefs les plus dévoues à sa gloire et à son bien-être. J'y perds un auguste ami I

yy Rappelez-vous que vous deviez être son Gouverneur; que j'ai été Theureux intermédiaire de cette négociation y que la modestie seule vous a empêché d'accepter, et que, dans cette liaison, Ton n'a pas cessé de vous tenir dans cette haute estime que vous méritez. — En vérité , depuis longtemps , la France n'a pas de bonheur I Que Dieu nous soit en aide I

» Recevez, mon cher général, etc. Dupiv. »

Réponse du général Dronot.

u Nancy, le 18 JDillet 1842.

)î Monsieur et cher député. Je vous remercie de m'avoir écrit dans un des moments les plus douloureux de ma vie. Nous avions le bonheur de posséder Mgr le duc de Nemours lorsqu'une fatale nouvelle a fait succéder les larmes et le deuil à la joie et aux cris d'allégresse. J'ai été plongé dans la consternation et la douleur en apprenant la mort du Prince royal , dont les grandes qualités faisaient l'ornement et l'appui du trône^ et promettaient à la France le plus heureux avenir. Quel affreux malheur I Dieu protège le Roi, protège la France I

» Je n'ai certainement point oublié que le Roi avait daigné jeter les yeux sur moi lorsqu'il eut l'intention de donner un gouverneur à son fils. Cette haute mission était infiniment au-dessus de mes forces ; j'aurais été coupable si j'avais accepté des fonctions que je ne me croyais pas en état de remplir dignement. Les témoignages d'estime et de confiance que le Roi m'a donnéf: en cette occasion ont laissé dans mon cœur des traces

profondes et ineffaçables. Dès lors^ j'ai voué au Roi amour, reconnaissance et dévouement : j'ai voué aux fils du Roi affection et tendresse paternelle. Chaque jour j'adresse au ciel les vœux les plus ardents pour toute la famille royale. Le ciel, sourd à ma voix, me condamne à survivre au duc d'Orléans, pour qui j'aurais voulu donner ma vie et tout ce que peut offrir le cœur le plus tendrement dévoué.

» Je vous prie, cher député, de continuer à accueillir avec intérêt l'assurance de ma haute considération et de mon véritable attachement. Général Drouot. )>

Cours de droit professé à M. le duc de Chartres , depuis duc d'Orléans , prince royal,

Je puis considérer comme appartenant à ma vie de jurisconsulte le cours de droit que j'ai professé à M. le duc de Chartres.

Le duc d'Orléans tenait à ce que son fils ne restât point étranger aux lois de son pays , et qu'il eût an moins des notions générales sur le droit public et le droit privé.

Il me demanda à cet égard mes idées , et après plusieurs conférences sur ce sujet, il me pria de rédiger un programme de ce cours, tel que je le concevais.

Je lui remis mon travail le 3 février 1823. Je le reproduirais ici s'il n'avait pas été déjà imprimé dans V Appendice du tome VI des Réquisitoires j pages 544 et suivants. Il suffit d'y renvoyer pour voir sur quelles branches du droit j'ai principalement dirigé les études du jeune prince , et à quel point de vue.

Ce cours a duré un peu plus de deux ans. Je donnais

mes leçons au jeune duc en présence de M. de Boismilon, son gouverneur. M. le duc et madame la duchesse d'Orléans y assistaient régulièrement.

Le jeune prince , au commencement de chaque leçon, devait présenter le résumé de la leçon précédente. Dans les premiers temps , ce résumé était écrit. Le duc d'Orléans désira ensuite que ce résumé se fit de vive voix et sur simples notes : il voulait que son fils s'accoutumât à parler en pubUc ; et notre petit auditoire ne semblait pas de nature à l'intimider. Cependant il eut d'abord beaucoup de peine à s'y résigner ; ce ne fut pas sans quelques larmes qu'il balbutia ses premières répétitions 3 mais à la fin il s'enhardit, il y prit goût , et s'en tira parfaitement.

C'est pour Raffermir dans cette habitude de disposer intérieurement ses idées , en vue de les exprimer ensuite dans un certain ordre et sans se troubler , que je composai pour lui une sorte de dissertation sur /Vmprovisation à l'usage des Princes, qui a paru depuis dans le livre des Cent-un, et dans la troisième édition du Manuel des Etudiants en droit, page 601.

J'avais aussi rédigé pour lui quelques cahiers intitulés Notions sur la justice, le droit et les lois, dont j'ai donné plus lard trois éditions ; la première en janvier 1827; la seconde, en mars avec quelques additions; et la troisième en 1835, dans le Manuel des Etudiants.

M. le duc de Chartres avait l'esprit juste , la parole facile ; sans devenir légiste , je puis dire qu'il connut passablement le droit. Après l'avènement du Roi son père, il a, plusieurs fois, à la Chambre des Pairs, et dans ses voyages, en répondant comme Prince royal aux harangues officielles dont il était l'objet, parlé avec une grande convenance et un merveilleux à-propps.

382 PBINGESSE ADÉLAÏDE.

S'il eût vécu , je ne doute pas qu'il eût voulu aussi que ses fils étudiassent un peu le droit... Sed noktêre fatal

Cet excellent prince m'a toujours montré une sincère affection Lors de son mariage, j'ai été Je rédacteur de son contrat, l'un des témoins officiels signataires de l'acte de célébration , et , comme on vient de le voir, le rapporteur de sa loi de dotation. J'ai aussi été l'un des nombreux signataires de l'acte de baptême du comte de Paris a Notre-Dame; — après sa mort, le Roi m'a désigné comme membre du conseil de tutelle de ses deux fils; — le 24 février 1848, je me suis trouvé seul aux Tuileries près de sa veuve, que j'ai accompagnée avec le comte de Paris, dans l'apparition toute virile qu'elle a faite à la Chambre des Députés, où l'émeute furieuse nous a séparés et a tout envahi. . .

Quelques jours après, il ne restait plus personne de la maison d'Orléans sur le sol français ; tout était rentré dans le silence et l'isolement de la vie privée....

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