NANCY V RATBOIS, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE DE STANISLAS
Rne da faubourg Stanislas, 3
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-^^" MÉMOIRES
L'ACADÉMIE DE STANISLAS
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COMPTE REINDU DES ANJNÉES 186S-1867
snifi des TRAVAUX ADMIS A L'IMPRESSION DANS LES MÉMOIRES
Par m. L. LEUPOL
Secrétaire aimael.
Messieurs,
Le renvoi de notre séance publique au mois de juillet et la modification du programme habituel m'avaient dispensé, Tannée dernière, du soin d'écrire le rapport auquel m'obligeaient nos statuts : mais, en me nommant une troisième fois votre secrétaire, vous m'avez mis dans la nécessité d'acquitter avec ma dette de 1865 celle de 1S66. Double tâche, Messieurs, et tâche doublement
TI
pénible; car, puisque je dois vous entretenir de nos pertes en même temps que de nos acquisitions, plus longue est la liste de ceux dont nous a dépossédés la mort et de ceux que nos regrets ont suivi loin de la cité nancéienne, d*où nous aimions à croire que rien ne viendrait les enlever.
De quel prix étaient dans votre affection et dans votre estime ceux qui ne sont plus (}es nôtres, et de quelle considération sympathique vous entourez nos nouveaux confrères, vous n*avez assurément pas besoin que je vous le rappelle : aussi, me contenterai-je de mettre sous vos yeux, en quelques lignes, la physionomie des frères d'armes que nous avons perdus et de ceux que nous avons récemment enrôlés sous notre drapeau plus que séculaire. Ma seule finesse oratoire. Messieurs, ce sera de citer presque en même temps les anciens et leurs successeurs, de présenter les défunts à leurs héritiers, et de faire recevoir, pour ainsi dire, ceux qui nous arrivent par ceux qui nous ont laissés : tant nous souhaitons que le souffle de nos devanciers passe dans Tàme de nos membres vivants, et que nos amis d'autrefois aient à jamais leur place à côté des camarades d*hier et des compagnons de demain.
Souffrez donc, Messieurs, que je nomme ensemble devant vous ceux dont nous a dépouillés le temps, qui, feuille à feuille, arrache aux arbres leur parure ; et ceux dont nous a dotés le renouveaUf qui vient périodiquement rendre à la futaie sa forte sève et sa verte émeraude.
va A mesure qu'apparaîtront les ombres éteintes et les YÎves images, le public qui daigne nous favoriser de sa présence, saluera sans doute plus d*une figure bien connue et bien chère : c*est que, dans le choix de nos élus, nous visons à nous montrer digne de cette ville de Nancy dont le tort est de ne se croire qu'un chef- lieu de département, alors qu'elle brille au loin comme une capitale, comme un foyer d'études que notre devoir est d'entretenir, comme un point lumineux, qui, s'il n'est pas Athènes, est évidemment le phare de la route par laquelle les uns en arrivent et les autres y retournent (1).
Après k séance du 18 mai 1865, noU'e nouvelle année académique débuta sous les plus heureux auspices. Dès le 16 juin, nous recevions trois des professeurs de cette jeune Ecole de Droit qui promettait déjà beaucoup^ et qui, depuis, a dépassé toutes les espérances. M. Paringault, légiste consommé, littérateur érudit et patient, devenait membre titulaire; MM. de la Ménardière et Vaugeoîs étaient proclamés nos associés : ils s'avançaient par cette nomination vers la place qu'ils occupent aujourd'hui dans nos rangs.
Le 30 du même mois, nous apprenons la mort du
(1) AllasioD à la DominatioD de M. £m. Barnouf au poste de Directenr de TEcole d'Athènes^ après en avoir été Pélève, ainsi que MM.'BeDoit^ Lacroix, SIezièreSi etc., comme loi professears à notre Faculté det Lettres.
savant helléniste Piccolos, notre confrère depuis douze ans, médecin, naturaliste, philosophe et poêle, lequel charge ses exécuteurs testamentaires de nous envoyer son buste, en mémoire des sentiments d affection qu*il nourrissait à notre égard; et, comme remplaçant de M. Beaupré, que ses longs services avaient promu naguère à rhonorariat, nous élisons membre titulaire M. Desjardins, ce jeune professeur que son talent devait condamner si tôt à s'éloigner de notre ville, pour gagner ce Paris dont nous serions jaloux si les emprunts qu*il nous fait n'attestaient pas notre richesse.
Les cinq mois suivants laissèrent nos travaux s*accom- . plir avec calme, dans cette paix où Téiude se flatte d'échapper à Tagitation qui régit l'espèce humaine. Mais le 10 novembre nous apportait la nouvelle du décès d'un de nos correspondants les plus distingués, les plus dévoués à notre Compagnie; de l'honorable M. Malherbe, conseiller à la Cour impériale de Metz , notre associé depuis le 2 mai 1844; et le même jour, nous rangions au nombre des correspondants, c'est-à-dire des absents, MM. Pariiigault et Desjardins, qui s'éloignaient de Nancy, l'un cédant au deuil du passé, l'autre séduit par les promesses de l'avenir. Ce qui nous consolait de cette double perte, c'est qu'elle nous rendait un confrère que l'Université de France avait retenu loin de nous douze années entières: M. le Recteur Guillemin, membre titulaire chez nous jusqu'au 14 septembre 1853, et qui se félicitait de son retour dans notre ville avec autant de joie que nous éprouvions de bonheur f l'y revoir.
L*aDnée 1866 s*ouvrit pour notre Académie par une séparation nouveIle/j*allais dire par une nouvelle défection si je ne savais pas, moi dont le prédécesseur occupe avec éclat une chaire à la Sorbonne, que l'Université nous prête ses fleurs les plus rares ou ses plus sérieux espoirs, et que, lorsqu'il faut qu'elle les reprenne, elle est obligée de nous les arracher avec effort, tant notre sol lorrain les acclimate à leur gré : de membre titulaire M. Lafonl devint correspondant ; ce ne fut pas le confrère qui s*éloigna, ce fut le professeur de la Faculté des Sciences que nous enleva, sinon son étoile, certainement au moins son mérite.
Dans la séance du 2 février, l'Académie est informée du décès de M""* Elise Volart, associée, morte à Tàge de quatre-vingts ans, après avoir fait honneur à la France par le mérite littéraire et la haute moralité de ses nombreux ouvrages, par son beau caractère, par sa vie sans tache, par son modeste courage au milieu des situations les plus difficiles. Il n'arrive pas souvent. Messieurs, qu'on ait à subir des pertes semblables ; car ici tout se réunissait pour faire aimer autant qu'estimer la vénérable académicienne.
En remplacement de MM. Desjardins et Paringault, sont élus membres titulaires, à la même date, deux honorables associés qui nous appartenaient en cette qualité, Tun depuis 1837, l'autre depuis 1863 : celui-ci, M. Léon Parisot, notre confrère en titre pendant neuf ans et plus, un transfuge qui ne désertait nos séances
que pour suffire au travail dont sa réputation était cause, et qui conservait avec nous Tespérance de la rentrée au bercail, le vœu d*un retour qu*il désirait presque inaperçu^ mais que nous avons fêté par une promotion à la présidence; celui-là, M. Maggiolo, vif esprit et prompte volonté, non moins habile à nous rendre Tbistoire de notre vieille Université Lorraine qu'à nous faire admirer la grande littérature de Tltalie.
Le 16 février, nous eûmes la joie d^entendre lire, d*écouter avec gratitude la letu*e où S. Ex. M. le Ministre de rinstruction publique accédait aussi généreusement que vite à nos prières en faveur des soubaits qu'avait formés la respectable M"°* Yoîart au lit de mort.
Le même jour^ TAcadémie plaçait au nombre de ses membres correspondants français, sur cinq compétiteurs en présence, M. Jacquemin (de Schirmeck), docteur es sciences, professeur à Técole supérieure de pharmacie de Strasbourg, candidat en faveur de qui les titres les plus sérieux firent pencher la balance.
Parmi les choses que TOccident a cru découvrir, il en est un grand nombre que TOrient avait trouvées avant lui, mais qu*il ne nous a pas léguées, fautes de moyens suffisants de transmission. Ainsi, nous savons par les récits de voyageurs du dix-huitième siècle, que depuis longtemps déjà les médecins tonquinois procuraient aux malades un sommeil léthargique, dans certains cas et pour certaines opérations chirurgicales. Gomment ces praticiens de TAsie endormaient-ils les patients? Nous
rignorons. Et certes, il Tignorait aassi le savant docteur américain Jackson, Tauteur de cette rénovation qui bit sa gloire, Phomme illustre qu*à partir du 10 nnars 1866 nous avons inscrit avec orgueil parmi nos correspondants étrangers.
Dans la même séance, nous recevions membre titulaire un éminent professeur qui nous appartenait déjà comme associé depuis près d'un an. Vous savez si M. de la Ménardière fait moins d'honneur à FAcadémie de Stanislas, par le charme et la distinction de son esprit> qu*il ne répand de lusu*e sur notre Ecole de droit par la sagacité de ses inductions et retendue de son savoir.
Le 20 avril, nous donnions à M. Léon de Rosny le titre de membre correspondant. A Tappui de sa candidature, il avait présenté ses nombreux labeurs, les uns d^orientalisme et les autres d'ethnographie, sa revue lin* guiatique des Deux-Mondes et son excellente Introduction à Tétude de la langue japonaise. Vous connaissiez. Messieurs, son zèle de vulgarisateur, qui parfois remporte avec succès vers le terrain des plus lumineuses initiatives ; et vous avez jugé que cette audace juvénile, ce vif amour des spéculations de Tintelligence est chose précieuse, à coup sùr^ dans un siècle où tant d'hommes, bafouant les vieilles mœurs, ne font emploi de leur virilité qu'au profit du sybaritisme et de l'agiotage.
Dans la séance du 1^ juin, après avoir donné notre assentiment et voté notre souscription à l'œuvre du ra-
lu
chat de la tour de Jeanne d'Are, nous accordons Pbonorariat à M. Fabbé Marchai et nous déclarons M. Dubois associé correspondant.
M. Tabbé Marchai était depuis 1850 Tun de nos membres titulaires. Longtemps avant de nous appartenir, il se livrait h de savantes recherches sur la Lorraine ; et ces études, il sut les continuer avec un succès tel, que quiconque s*occupe de travaux lotharingiques, s*empresse de consulter notre vénérable confrère, sorte de bénédictin dont la modestie égale le mérite^ et que nous tenons d*autant plus à garder parmi nous qu'il 8*efface davantage.
Quant à M. Dubois, professeur à la Faculté de Droit, il se recommandait à nos suffrages, non-seulement par la publication de divers opuscules rédigés avec talent, mais surtout par sa thèse de doctorat, écrite avec unp judicieuse méthode, avec une remarquable clarté même, quoique Tauteur ait beaucoup étudié les jurisconsultes allemands.
Ce qui prouve, à nos yeux du moins, que notre Ecole de Droit, cette ancienne Faculté rajeunie et déjà florissante, ressuscite pour un avenir aussi beau que son passé fut illustre, c'est l'empressement de ses professeurs à se rattacher par nous à Nancy; c'est leur désir de s'asseoir dans nos rangs et de prendre place dans les volumes de nos Mémoires ; leur résolution de n'être plus seulement les hôtes de notre ville, mais d'en devenir les habitants; et, si la fortune nous les enlève, leurs regrets
de nous avoir quittés et leur hâte affectueuse à nous tendre la main, à travers la distance qui ne les sépare de nous qu*à demi.
C'est ainsj que M. Desjardins nous envoyait de Paris une charmante pièce de vers, composition spirituelle et gracieuse, pleine de cœur, pleine aussi de bons souvenirs à l'adresse de TAcadémie de Stanislas ; et c'est de même encore que, le 15 juin, nous recevions membre titulaire M. Vaugeois, qu'il nous avait été donné d'accueillir comme associé le 16 juin de l'année précédente.
A cette époque de notre pacifique histoire remonte pour nous la conquête de cinq illustres morts.
Des lorrains transplantés à Paris conçurent, au printemps de 1866, le projet de s'associer aux fêtes qui s'organisaient à Nancy pour y célébrer l'anniversaire séculaire de la réunion de la Lorraine à la France; anniversaire que la souveraineté du pays, dans sa plus gracieuse majesté, devait venir consacrer par sa présence, à défaut de l'Empereur lui-même qui regrettait de ne pouvoir se rendre aux vœux des populations de l'Est. La pensée de nos compatriotes se porta tout d'abord vers l'Académie de Stanislas, dernière institution subsistante des temps où restait encore une couronne de Lorraine. Comme manifestation et comme preuve de leurs sentiments, de leur désir de resserrer les noeuds qui les avaient jadis unis à notre province, ils s'ingénièrent pour offrir à notre compagnie les bustes de quelques célébrités qui fussent à la fois lorraines et fran-
çaises. Ils choisirenl premièrement deux grands noms littéraires, Pontenelle et Montesquieu, lesquels avaient été, Tun et Tautre, membre de TAcadémie française et correspondants étrangers de l*Académie de Stanislas. A ees deux noms , infiniment plus français que lorrains , ils ajoutèrent ceux du duc de Choiseul, premier ministre à Versailles, mais lorrain par le sang; du général Drouot, Teofent de Nancy, dont Napoléon disait à Fontainebleau : u Celui-là^ c^est la vertu; n de M. de Serre, natif aussi 4eA9i Lorraine, et Tun des plus grands orateurs, des plus nobles caractères de la* Restauration. Parmi ces trois hommes, le général Drouot avait appartenu seul à I* Académie de Stanislas; mais, placer le buste des deux autres dans la salle de nos séances, c'était nous donner Taimable illusion d*avoir pour confrères ces illustres compatriotes, qu*il aurait été fort possible que nos prédécesseurs comptassent dans leurs rangs.
Or, comment parviendrions-nous à dignement accueillir de tels hôtes? Peut-être, pensàmes*^nous, l'Académie Française, à laquelle avaient appartenu Fontenelle et Montesquieu, daignerait^elle participer à Tinauguration solennelle de leurs bustes, et 6*associcr aux hommages qu'allait recevoir leur mémoire. Jamais encore, il est vrai, Tillustre Compagnie ne s'était prêtée à pareille démarche; mais, en faveur de la seule Académie qui, sur le territoire de l'Empire, n'ait pas toujours été française, peut*étre dérogerait-elle à ses habitudes, par condescendance. Nous osâmes croire que Nancy pouvait
porler jusques-là son ambition ; nous sollicitâmes cette visite : et, par une exception toute flatteuse, nous obtiiimes, VQ notre rang ^a^cî^""^ capitale, une réponse favorable.
Mais TAcadémie Française ne pouvait se rendre auprès de nous que par délégation. Elle chargea de ce rèle les deux membres que leurs fonctions désignaient naturellemenl pour le remplir, son Directeur et son Chancelier, qui se trouvaient être alors M. S*-Marc- Girardin et M. le prince Albert de Broglie. Le hasard, comme on voit, ne nous avait pas mal servis ; il doublait le prix de Thonneur fait à notre ville. Certes, dans cette solennité patriotique où, par un bonheur merveilleux, allait se déployer, en face de TEurope attentive, le rare et beau spectacle d*une pleine unanimité de sentiments dans Tunion du présent et du passé; certes, répétons-le. Messieurs, le hasard qui semblait alors favoriser Nancy de toutes manières, nous promettait de doux rayons de gloire pour la portion intellectuelle des (êtes séculaires, pour la part qu'allaient y prendre les nobles jouissances de Tesprit.
Déjà donc nous attendions leà délégués de Tlnstitat, et nous leur préparions une cordiale et respectueuse hospitalité. Soudain nous fut* ravie Tespérance de les voir et de les entendre. Le sort n'a pas voulu, ce semble, permettre que se réalisassent tant de réussites extraordinaires, ni que nous fussions enivrés de trop de bonheurs à la fois. Des joies d'innocent orgueil que
nous nous promettions, une seule nous est restée : celle de compter désormais parmi nos correspondants MM. S*-Marc-Girardin et de Broglie^ qui s'étaient fait précéder à Nancy par leur demande d'admission dans notre Académie, ayant eu la courtoisie de réclamer comme une grâce le droit de s'asseoir au milieu de nous à titre de confrères en même temps que comme ambassadeurs de leur illustre Compagnie, u Dans un siècle d'ici, disait le rapporteur de leur candidature, nos successeurs se pareront de ces deux noms, comme le fait à présent l'Académie de Stanislas de ceux de Fontenelle et de Montesquieu, if Parons-nous-en dès aujourd'hui, Messieurs; et quoique le mécompte soit venu suivre de trop près l'allégresse, estimons-nous heureux encore, puisque la Fortune, malgré son caprice, a bien voulu nous laisser, en fuyant, d'aussi précieux joyaux.
Le 22 juin, à la place de M. Lubanski, devenu correspondant français depuis qu'il n'habite plus le département des Vosges et qu'il réside à Nice, nous recevions associé lorrain M. Edmond Lallement, jeune et discret talent, dont tous les échos nous avaient appris les sérieuses aptitudes et que voulaient encourager nos suffrages. Aujourd'hui, M. Lallement est membre Utulaire; vous l'entendrez parler tout à l'heure, et vous jugerez si nos prévisions à son égard ont été pour nous un mirage.
Dans la séance du H juillet, M. Léon Parisot et M. de Warren sont nommés, l'un Président et l'autre Vice-
Président de l'Académie de Stanislas, en remplacement de M. de Margerie et de M. Lemachois, démissionnaires, h qui la Compagnie adresse les témoignages de ses regrets et de sa reconnaissance.
Le S août, T Académie décide que les discours qui, selon le programme, eussent été prononcés par M. S** Marc-Girardin et par M. de Margerie, seront imprimés dans le prochain \oltmie de nos Mémoires, ainsi que le rapport sur le prix institué par M. Bonfils, en attendant la proclamation publique de cette récompense dans la séance solennelle de 1867.
Les vacances vinrent nous reposer d'une année laborieuse; mais à peine avtons>nous repris le cours de nos travaux, le 9 novembre, que nous eûmes à déplorer la perte de deux confrères : Mgr Cruice, évéque de Marseille, ancien Directeur de FEcole des Hautes-Etudes ecclésiastiques, notre correspondant depuis 1844; et M. de Roguier, Conseiller à la Cour impériale de Nancy, notre associé depuis 1822 : celui-ci, que sa famille maternelle avait rapproché du monde slave, encore si peu connu chez nous, était Tun des anneaux qui rauachent la génération académique d*à présent à celle qui se souvient d'avoir vu quelques-uns de nos premiers confrères; celui-là comptait parmi les gloires du clergé de France, qu'il représentait dans le savoir moderne.
La séance du 23 novembre nous appelait à chercher une compensation aux pertes que nous venions d'éprou-
ver : nous avions à faire choix d*un correspondant français et d*un associé lorrain.
Le correspondant français que nous élûmes, c*est un agronome lettré, plus poète que laboureur, M. Henri Gaileau, longtemps attaché comme précepteur à Tillustre famille Esterhazy, plus tard chef d*institution en Suisse, et finalement propriétaire rural dans le Pas-de-Calais ; mais, dans toutes ces positions, aux environs de Saint-Paulen-Artois ainsi qu*aux bords du Danube ou du lac de Genève, en France comme en Hongrie, versificateur facile, esprit ingénieux, cœur honnête, homme d*un talent aimable, dont les principales compositions ont cet accent de mélancolie religieuse qui s^exhale de Fàme ainsi que la gomme coule de certains arbres blessés.
L*associé lorrain que nous aimâmes à proclamer, ce fut M. Félix. Mais nous n*avons pas joui longtemps de cette affiliation; car, sept semaines après sa nomination, M. Félix n'était déjà plus. Si quelque chose nous a consolé d*une telle mort, c*est que nous savions à quel point le respectable candidat avait souhaité se mettre des nôtres, et que nous avons pu ceindre de cette humble et douce auréole, à sa dernière heure, Télève du savant abbé Janny, Tancien principal du collège de Remiremont, plus tard Maire de cette ville, le maître instruit et zélé, bon par excellence, dont nous garderons avec respect le nom vénéré sur nos listes, quoiqu'il n*ait fait que passer parmi nous.
Dans la séance du 21 décembre, TAcadémie accorde
rboDorariat à M. Simonin père, qui nous apparlenaii comme membre titulaire depuis 1838. En un sujet où j'aurais à louer tant de choses, je suis fort gêné de ma personne & la vue du père et de son fils : veuillez donc. Messieurs, excusant mon embarras^ suppléer à ce silence par une justice rendue, qui, venant de tous les cœurs sans en excepter le mien, se trouvera sur toutes les lèvres hormis sur les miennes.
Le vendredi, 18 janvier 1867, nous allions nous réunir comme à Tordinaire, quand soudain la mort nous donna conye-ordre et renvoya noire séance à Tautre semaine. Nous venions de perdre notre doyen, notre archiviste-trésorier, le conservateur de la Bibliothèque, Tàme — et si je peux employer ce mot, la cheville ouvrière de tout le mécanisme intellectuel à Nancy. Non, Messieurs, nous ne pourrons plus consulter rexcelleni homme, peut-être trop peu compris, qui depuis quarante-cinq ans était membre titulaire de TAcadémie de Stanislas; nous n'aurons plus M. Soyer-Willemét, ce savant naturaliste, ce catalogue vivant des traditions et des livres : nous ne Taurons plus comme exemple de patience et de résignation, de courage et de zèle, de cet amour du travail et de ce dévouement qui le rendaient capable, malgré ses infirmités et ses souffrances, de suffire h plus de fardeaux que n*en sauraient commu* nément porter les épaules humaines.
En février, disparut de la liste de nos correspondants français M. Lefèvre-Bréart, dont la réputation d'écrivain
agronome avait franchi les Ardennes et s*était répandue dans toute la zone du Nord-Est, où ce travailleur avak prêté son concours actif aux diiœrses innovations uitlea.
Trop souvent obligée de pourvoir à de regrettables vacances, mais assez heureuse pour rencontrer des remplaçants dignes des défunts et dignes d'elle, TAcadé* mie de Slanislas choisit, dans le même mois, M. LaUement comme membre titulaire et M. Louis Benoit» de Berthelming, comme associé de la première catégorie.
M. Louis Benoit, de Berthelming, que la promplîcude de son crayon suffirait. à ranger avec distinction parmi les artistes, est un archéologue, un numismate, un lotharingiste (or, de ces derniers le nombre diminue chaque jour : Rome n*est plus dans Rome; les Lorrains sont devenus si Français , et — Dieu soit loué! — veulent le rester si bien, que Thonneur de la grande natio^ nalité leur fait déserter un peu trop, même dans l'Aca** demie de Slanislas, dit-on, le culte de la patrie antérieure). Versé dans plusieurs sortes d*étude9 et pouvant se reor* dre utile dans divers rôles, M. Louis Benoit n*a besoinque d*un plus large théâtre pour révéler tout ce qu*il vaut.
Le mois de mars commença fatalement pour nous, Messieurs. Dès le premier jour, nous perdions M. Grandville; et bientôt après, M. Henry.
Digne frère de Tillustre artiste dont Tune de nos rues se glorifie de porter \e nom, M. Grandville qui nous appartenait depuis le 3 janvier 1821, et qu*à peine ve-
nions-^nons depuis quatre mois de ranger parmi nos membres honoraires, était un poète léger mais judi-cteux, d'un gotît délieat et 6n, d*une imagination riante f t ¥Î¥e; tradiicteut d*Horeee, aVée qui soto genre d'espfîl aympalhisail, il avait edmme son modèle unfe raison droite et saine, mais il y joignait une application aux labeurs (k>sitifs et des connaissances administratives qui manquaient au poète de Venouse.
M. Henr^, professeur au Lycée impérial de cette ville, était associé correspondant de TAcadémie de Sta*^ nislas, depuis le 20 avril 1859. Il excellait a faire revivre les hommeÉ et les choses de nos anciennes chrohiques. Nous lui réservions une place de mentbre titulaire, il venait de la demander; chacun de nous attendait la visite du candidat : ce fut un billet de mort que Ton BOUS remit; et le docte confrère que nous voyions déjà s'avancer vers nous, hélas I nous allâmes au devant de lui pour le conduire à sa dernière demeure. Consolonsnous cependant : il se survit à lui-même dans son œuvre posthume, la Réforme et la Ligue, que Ton vient d'imprimer et dont il avait si patiemment érigé le monument k sa mémoire.
Heureusement pour nous. Messieurs, que ces Ides de Mars, sinistres d'abord, s'accomplirent ensuite sous de plus favorables augures. Il nous fut donné, du 15 de ce mois au 3 mai suivant, jour où M. déDumast obtint nos suffrages pour la vice-présidence en remplacement de M. de Warren que des soins de famille et de santé
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contraignirent à solliciter un congé d*assez longue durée; il nous fut donné d*élire un membre titulaire, M. Blavier, et quatre associés nouveaux, MM. Gérardin, Gharmoy, d*Arbois de Jubainville, et Mgr Lavigerie.
M. Blavier, inspecteur des lignes télégraphiques, est entré dans votre Compagnie, Messieurs, précédé d*une grande réputation de savoir^ que justifiait surabondamment le livre dont il vous avait fait hommage et qui traite de la manière la plus compétente, la plus classique pour ainsi dire, dé ce qui fait Tobjet des fonctions de notre nouveau confrère.
M. Gérardin, docteur es sciences, professeur de physique et de chimie, est un homme qui nous aime et qui promet d*enrichir nos Mémoires. Cette tâche lui sera facile et ses travaux nous seront précieux, parce que M. Gérardin est un maître qui fait autorité dans le monde savant.
M. d*Arbois de Jubainville porte un nom bien connu dans nos contrées : il met à profit ses connaissances spéciales et ses goûts studieux, autant pour faire honneur à cette Ecole forestière dont il fut élève et dont s'enorgueillit votre ville, que pour tenir son rang dans notre Compagnie à qôté du laborieux Henry d*Arbois de Jubainville, lauréat de Tlnstitut, archiviste du département de TAube, notre associé depuis le 16 décembre 18S2.
L*esprit souffle où Dieu le veut, la semence germe où le vent la dépose. M. Charmoy, français-lorrain de naissance, tenant à Nancy par sa famille, ancien élève du
collège de Phaisbourg et disciple sanscritiste du vénérable Ghézy, M. Cbarmoy nous revient du Nord de TEurope, de ce Nord qui touche à TOrient et lui dérobe la mission de répandre la lumière. Notre nouvel associé, professeur de langues asiatiques et conseiller d*Etat en Russie, est honorablement classé dans la république des letyes, car il a publié des ouvrages d'une grande érudition philologique. Il veut que sa vieillesse ait pour abri le ciel de la France, comme on nous dit que les oiseaux voyageurs tâchent de regagner toujours le nid témoin de leur premier essor.
C'est à de semblables impressions, à ces délicatesses exquises des bons cœurs, à ce doux instinct d'amour de la mére-patrie, et, dans la patrie, de la tribu providentielle où Ion avait planté sa tente, que nous devons de compter aujourd'hui dans les rangs de nos membres associés français Mgr Lavigerie, archevêque d'Alger. Nos éloges ne s'adressent point au prélat qui vint se faire tout à tous dans le diocèse de Nancy; non. Messieurs, nous n'avons pas cette prétention, parce qu'il faudrait trop abaisser la hauteur des cieux pour mettre b charité chrétienne au niveau terrestre des Académies : celui que nous avons reçu parmi nous, c*est le docteur, le lettré, l'écrivain, l'auteur d*un savant ouvrage sur le jansénisme et d'une étude remarquable sur saint Martin de Tours; c*est, le dirai-je? l'intrépide missionnaire en Orient, le courageux apôtre qui va déployer, à côté du drapeau national, Tétendard de la foi catholique jusqu'au
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sommet de TAtlas, dans cetle Afrique française, que déjà trente-sept ans d'efforts ont voulu eonquérir à la civilisation.
Pendant que notre Compagnie se modifiait chex notis de la sorte^ elle s'affirmait hautement à la Sorbonne, où nous avons l'habitude d'être représentés par une délégation et par des Mémoires. Cette année encore, devant les célébrités du Sénat et de l'Institut, au milieu d'une réunion formée en l'honneur des trois cents Sociétés savantes de l'Empire, dans la vaste salle où retentissent alternativement les bravos du grand concours et les voix les plus éloquentes de l'Université, les travaux intellectuels de la ville de Nancy n'ont manqué ni d'éloges ni de récompenses, notamment en faveur du docte archéologue qui préside aux archives de la Meurthe ; et c'est là. Messieurs, en face de cet imposant auditoire, que, pour la première fois, ont été proclamés aussi par S. Ex. M. le Ministre de l'Instruction publique les progrès de l'Orientalisme rendu classique, de ces études sanscrites dont la Lorraine a pris l'initiative et dont l'Académie de Stanislas, encouragée par les sympathies de son illustre sœur de Metz, a gardé seule en France jusqu'à ce jour le glorieux privilège.
Tel est. Messieurs, le résumé des faits qui se sont accomplis, de 1865 à 1867, dans notre corps académique. Si le règlement, désireux d'épargner la fatigue à nos bienveillants auditeurs, ne me défendait pas de lire le sommaire des ouvrages que nous avons publiés et
doDt j*aî mis le calilogue k la suite de ce compte rendu. Ton yerrait que n*ous essayons d*étre de bons et sages travailleurs, modestes autant que laborieux, je veux dire que nous nous tenons en garde contre les deux excès qui perdent la littérature, la science, Tart et les nations où ces deux vices dominent, — la paresse et Torgueil : la paresse, qui rend Tesprit sourd-muet; Torgueil, qui Taveugle; la paresse, qui laisse aller le mal; Torgueil, qui le fait ; la paresse, qui s*endort au milieu de Tengourdissement des intelligences; Torgueil, qui se jette dans des abimes en y précipitant les générations avec lui. Sans doute, il faut savoir; mais à quelles conditions? Je viens de le dire. Et pourquoi? Cest ce que nous apprend une page sanscrite que je demande la permission de citer i la fin de ce rapport.