LE MIEL ET LES MOUCHES
Un vieux moine bouddhiste, à la nuit, en rêvant. Ployé SUT son bâton, regagnait le couvent. Succombant à la peine, après une journée  la charité pure entièrement donnée.
Et calculant les maux à soulager demain. Par les sentiers poudreux il suivait son chemin, Quand s'offre à ses regards la tremblante lumière De rhumbie intérieur d'une pauvre chaumière. Il s'avance. Aussitôt, pour le repas du soir. Le saint religieux est prié de s'asseoir;
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Le mattre du logis^ ses enfants et sa femme  leur h6te épuisé se livrent de toute âme. Des fruits^ que le soleil a lentement mûris, Des racines, du lait, quelques gâteaux de riz, (Composent à la fois ce festin de famille Où, par honneur, s'ajoute en un vase qui brille Et de l'obscur ménage est le seul ornement. Un blond lingot de miel, savoureux, écumant. On se met au régal. Si la langue, moins vive, Paie un juste tribut de respect au convive. Le visage imposant de Taustère étranger N'empêche pourtant pas le soudras de manger. Puis, on parle : on se plaint du travail qu'on endure, 1a campagne vend cher l'espoir de sa verdure; On est trop misérable; on n'a ni bien ni rang; Et pour comble de mal, on est fort ignorant.
Le pieux cénobite, à cette causerie.
Rentre dans sa tristesse et dans sa rêverie. Ses yeux sont attachés sur le vase de miel. Et de là, tout rêveurs, se tournent vers le ciel. Tandis que devant soi, dans un profond silence. Il promène sa main, l'agite et la balance Au-dessus de Targile où vient d'être entamé De la ruche en travail le produit embaumé. Qu'est-ce à dire? On ne voit que des mouches furtives Qui, friandes du suc des abeilles actives. Se repaissent de miel» les unes prudemment. Les autres sans mesure, avec enivrementj Pendant qu'au pied du vase, il en est dont la vie Rampe dans la famidi et s'éteint dans l'envie.
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a Ah! dit enfin Tascète^ il faut être savant; Oui^ mais 7oyez 1 Ma main, qui trouble, en se mouvant^ Les insectes groupés sur l'œuvre des abeilles, Cette main, c'est la mort; ce miel^ plein de merveilles^ C'est la science^ un fruit dont l'arbre fut planté Pour Theur ou le malheur de notre éternité. Quant aux mouches^ c'est nous; oui, nous, tant que nous Ces atomes changeants qu'on appelle des hommes, [sommes, Vienne à se présenter la mortl On voit soudain Les insectes frémir sous cette affreuse main, Qui va les menaçant de sa terrible étreinte^ Et dont le spectre seul les glace tous de crainte. Ils veulent fuir; mais ceux qui de miel sont gorgés^ Pris dans leur passion^ y demeurent plongés. Ils périssent^ hélas ! Leurs ailes prisonnières Ne se rouvriront plus aux clartés printanières. Les autres cependant, ceux que leurs appétits N'ont point au fond du vase à jamais engloutis^ Ceux-là prennent l'essor^ et d'un élan rapide S'envolent triomphants au ciel libre et limpide.
Savoir, c'est, évitant la paresse et l'orgueil^ Mener son âme à Dieu^ malgré ce double écueil. >