‹ Une actrice en voyage, piéce en un acteChapitre 5 sur 80 · DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RÉCEPTION

Missiiims,

Admis au milieu de vous, il y a trois mois k peine, c*est à moi, le dernier venu, que vous avez confié l/i périlleuse mission de parler devanl cet auditoire d*élite, ^ vous avez ainsi avancé réehéance de la deue que j*ai contractée envers vous. Si Faccomplissement de ce devoir est d'ordinaire un sujet d*émotion et de crainte, vous comprendrez aisément quel est mon trouble et mon embarras : jeremplis.à cette heure le rôle réservé à ceux de nos collègues qui sont entrés avant moi au sein de votre Compagnie. Vous comptiez entendre leur parole éloquente et bien plus autorisée que la mienne; vous savez comment votre attente a été dégue. C*est eutface de ce silence si regrettable pour nous tous qu*il me faut élever une voix bien inhabile, et si je commence ;par invoquer votr« indulgence comme prix de

ma bonne volonté, vous serez bien convaincus que je ne fais pas un acte de cette modestie obligée prescrite par la tradition.

L*un des plus éminents et des plus honorables membres de cette Académie, Tun de vos doyens d*àge, M. le docteur Simonin père, après trente années passées au milieu de vous, désirant malgré vos instances et vos regrets , s*arracher aux habitudes d*assiduité dont il vous a toujours donné Texemple, vous avait contraints de changer sa place de membre titulaire en celle de membre honoraire. Encouragé par le souvenir de la bienveillance avec laquelle vous m*aviez accueilli peu de temps auparavant comme associé correspondant, je sollicitai la succession de ce vénérable confrère. Votre vote est venu légitimer cette ambition pourtant bien téméraire. Jeune médecin, en effet, mon bagage scientifique ne devait être près de vous qu*une bien faible recommandation ; que pouvais-je vous offrir pour mettre en parallèle avec la vaste expérience, avec les trésors de science et d*crudition de celui dont vous regreuez la retraite prématurée?. Vous n*avez pas pesé mes titres ou mes travaux ; j*ose le dire, votre accueil sympathique je le dois à ces sentiments en quelque sorte paternels du maître pour Félève. J*ai rencontré parmi vous, au milieu des hommes les plus savants et les plus diserts de la cité, les maîtres qui ont guidé mes premiers pas dans la science, m*en ont aplani les obstacles et qui m*oni soutenu au début de la carrière.

UXVII

En m*hoDorant de vos suffrages, vous vous êtes souvenus du disciple d^autrefois ; aussi, Messieurs, assis à la place que vous m'avez donnée dans ceue enceinte à côté de mon savant et respectable prédécesseur, permettez è un élève reconnaissant de saluer en ses confrères d'aujourd'hui des maîtres aimés qu'il se propo* sera toujours pour modèles.

Les circonstances de ma réception m'inviteraient à prendre pour texte de ce discours la Médecine, ceUe science à laquelle M. Simonin père a consacré et consacre encore tous ses labeurs et à laquelle j'ai voué ma carrière. Dans une assemblée comme la vôtre, composée de travailleurs dans toutes les branches du savoir humain, il ne serait pas déplacé de parler d'une science sœur de celles que vous cultivez avec tant de zèle. Je n'aurais pas à vous rappeler combien la médecine est étroitement liée à toutes les autres sciences et combien, ses progrès sont subordonnés à ceux de la physique et de la chimie. — La science de la vie, la Biologie, dont la médecine n'est qu'une des parties, ne se fonde-t-elle pas touf d'abord sur les lois générales qui régissent la matière? Mais les actions dont l'organisme est le théâtre, bien plus complexes que les phénomènes du monde inorganique, lui apparaissent sous la dépendance d'une force spéciale, la Vie, dont l'unité et la spontanéité sont tout à fait étrangères au physicien et au chimiste. Quelle que soit l'énergie de cette nouvelle puissance.

tlltni

868 manifestations n'en ont pAs moins teur condltfte lïécéssaire dans les phéàomèn^ physico-chimiqfiès auxquete elles sont enchaînées d*ane manière ébsolM.

y QUE montrer qoels sont >e^ rapporte exaets qui tt^ Kent toutes ces sciences, établir en quoî lé Mologie s*éii dtstingue et tes surpasse par Tobjet p\M délieàf él beaucoup plus élevé de son obseryation» ptovNët enffiA que les doctrines médicales reposent entièrement sur la notion bien précise de cette différéncfe, serait à coup sûr un travail digne de vous être ptésenfé» que mM esprit peut entrevoir, mais que le temps et le seniîttiem de mon impuissance m*empéchent de réaliser. De ffts hautes conceptions, H me faut descendre à un sujet plus sUnpIe ; au lieu de vous exposer des aperçiis gériéfsMix sti^ la constitution et Tenchainement des sciences Mtii* relies, je ven me borner à vous entretenir de la Vie dans ses dernières créations accessibles à nos moyens d*investigations, de ces infiniment petits qui tantôt, réduits è eux-mêmes, forment des organismes rudimentaires, et qui tantôt, associés è une multitude d'autres semblables dans une harmonieuse unité, constituent les tissus et les ofganes des êtres vivants supè* rieurs.

Pour étudier ces corps qui se dérobent à la faiblesse de noU*e vue psir leur extrême ténuité, il faut un instrument qui supplée à Fimpuissance de nos sens. -^ Le télescope, dirigé vers les espaces éthérés, révèle aux astroifômes TeiUMence dé mondes innombrables, la

xx\m mmrebe des corps eétestes, les tois île leurs monte-* ments ; fe aiveroecope, fixé sur les dernières (MirtieiiiM de la matière, dèanontre è é^ntres explorateurs les formes cristalHnes des minéraux, des séries inflales d*Étomês animés Jusqu*)alor9 ineoniias, et, pénéfrint plus kriu encore, les mystères de l'organisation des plantes el des animaux» Ces instruments, metiMM fe profll la découverte récente des pbéwmènes de \^o^ tîqw, fareni inventés tous deux vers la même époqae dans le coprs du dix-septième siècle. Mais combien il y a loin de ces petites perles de cristal enehésséea dans une monture d'argent , — instruments primitifs et d^è ' bîea précieux entre tes mains de Swammerdaa^, de Ma^nghi et de Leeuwenhotk, •*- à ces appareils mcr^ veilleux qui nous servent aujourd'hui. Leur adourahie agencement est le fruit de Tapplication ingénicuae des lois de la physique par des ariistea d*une habileté consommée. L*alome, qu*éclaire une lumière dirigée et graduée avec art, apparaît à Tobservateiu* avec des dimensions gigantesques, avec ime netteté de contours surprenanle, el cette image, amplifiée douie et quinze cents fois, peut-être dessinée, calquée pour ainsi dire avec la plus scrupuleuse vérité, ou, si le crayon est impuissant à en rendre lous les détails, c*est encore la lumière elle-même qui, par la photographie, nous en offrira la rigoureuse reproduction.

Puis*je vous décrire toutes les différentes modifications apportées à la construction du mieroscope? Ooi^

je vous parler de eet appareil magique par lequel les rayons du soleil ou de la lumière électrique, projettent sous les yeux d*un nombreux amphithéâtre^ sur une surface immense, Timage énormément grossie d*un objet imperceptible? Je ne puis pourtant passer sous silence un instrument bien plus curieux encore, qui, véritable stéréoscope, nous permet de percevoir les saillies et les dépressions avec leurs reliefs tellement augmentés par la puissance de Tamplification, qu*il nous semble assister à un spectacle fantastique. Quelques parcelles d*un sel cristallisé apparaissent comme une montagne de rochers entassés les uns sur les autres, resplendissants des plus vives couleurs ; Timage» tout ik coup renversée par un mécanisme ingénieux, se transforme en un profond précipice creusé de sombres anfractuosités.

Tel est rinstrument si parfait dont se sert le micrographe ; mais quelle adresse, quel art ne lui faut-il pas pour préparer Fobjet qu'il soumet à son observation et pour éviter les illusions trompeuses qu'il rencontre dans une étude si délicate! Enfin, armés de notre microscope, experts sur sa manœuvre, pénétrés par une longue expérience des services qu*il peut nous rendre, mettons-nous à la recherche des infiniment petits.

Rejetons d*abord de notre examen tous les objets dépourvus de structure ; le champ de notre observation reste immense, et, tout de suite, nous allons encore le circonsèrire : nous ne voulons nous occuper

que de ce qui est animé par la vie. Laissons donc au chimiste les sels minéraux dont il ' étudie les formes cristallines, dont il compte les arêtes et mesure les angles ; et cependant le microscope qui lui décèle les traces impondérables des corps, n*est-il pas souvent un moyen d^analyse plus précis que le réactif ou la balance la plus sensible?

En jetant les yeux sur le monde qui nous entoure, notre regard, d^abord attiré par les animaux et les plantes d'une certaine dimension, descend par un examen plus attentif à des êtres de plus en plus petits. Déjà, pour étudier les insectes ou les végétaux les plus délicats, nôtre instrument grossissant est indispensable, et ce qu*il nous permet de découvrir est déjà bien fait pour exciter les transports de noire admiration. Bernardin de Saint-Pierre, croyait « par analogie qu*il y a des animaux qui paissent sur les feuilles des plantes, comme les bestiaux dans les prairies, qui se couchent à Tombre des poils imperceptibles et qui boivent dans leurs glandes façonnées en soleil des liqueurs d*or et d'argent. > Le microscope nous a révélé bien d*autres merveilles, il nous dévoile avec Tinfinie petitesse l'infinie multitude se reproduisant avec une prodigieuse fécondité et réalisant les plus grands phénomènes de la création. Comment ne pas partager Fétonnement, la stupeur de Swammerdam, Textase de Leeuwenhoek découvrant, selon Texpression de ce dernier, les Arcanes de la nature dans ce monde des atomes bien digne

lin

d*inspirer de telles pensées, ear dans ses plus infime» productions, comme dans ses phénomènes^ les plus, grandioses, la naiinre nous montre une riehesse de formes, une variété d*exécution qui surpasse et confond Fimagination la plus brillante.

Vous vous souvenez des doutes que suggéraient à Voltaire les curieuses expériences de Treablay sur la régénération du polype d*eau douce, et des sarcasmes que lui inspirait la découverte des anguillules de la paie de farine par Needham ; combien est plus étrange encore ce rolifère dont la léte, armée de deux cerdea de cils animés d*un mouvement semblable ii celui des roues d*un bateau à vapeur, agite Teau d*un tourbillon rapide, et qui, se contractant tout à coup sur lui-même, s* élance en avant au milieu d*une goutte d*eau, pour lui océan sans rivages! Ce rotifère est doué d*une faculté bien extraordinaire qui lui a été reconnue par Spallanzani et qui lui est commune avec tous les animacules. Il vit dans la mousse humide ou sur les racines des plantes ; la chaleur d*un soleil ardent le dessèche sans lui donner la mort ; plongé au milieu de la poussière dans une sorte de vie latente, le retour de la pluie lui rend toute son énergie, et après plusieurs années de dessèchement complet, il ressuscite dès qu'il retrouve rhumidité nécessaire à son existence. — Oserai-je, à ce propos, vous rappeler que cette faculté de reviviscence prêtée à Thommc par Timagination d*un spirituel écrivain est le sujet d*un roman des plus piquants que vous connaissez tous.

Mm le rotifdre, « ce ror des atomes, > est encore haut |rfacé dtm l*éebelle zook>gique ; hèton^-4iOfis de INirrenîr tu dernier terme de ranimalité. Nous trouvons des myriades d*atomes vivants, les ïnfrisoires, tout un monde que Linné appelait chaos, et qui, exploré depuis moins d*un siècle, compte une multitude d'espèces différentes.

Les ptos volumineux de ces animacules forn^ent par leur masse une poussière ténue flouante dans le liquide ; ime seule goutte d*eau contient cinq cents millions des ptos petits; six milliards se logeraient dans un miUîmétre eube, cinq fois la population humaine du globe dans une tète d*épeingle! — Ils sont sur fa limite de Tinvlsible, et avec Taide de nos plus forts grossissements, ils nous apparaissent comme de simples points animés d*on mouvemeni vibratoire. Les plus monstrueux sont pourvus de cils qui leur servent pour se mouvoir et pour saisir leur proie ; les autres, tels que les Monades et les Vibrions, sont formés uniquement d'une substance charnue homogène, sorte de gelée vivante contractile, de forme sans cesse variable ; aussi a-t-on donné le nom de Protées aux Amibes, les plus instables d'entre eux. Le spectacle de ce monde microscopique est bien fait pour donner le vertige; aussi ceux qui ont passé leur vie à en révéler les merveilles n'ont-ils pu toujours se défendre de quelques exagérations ; éblouis en quelque sorte par tant de découvertes étonnantes, quelques-uns se sont plu à prêter à ces atomes des organes d'une

perfection trop élevée. A côté du célèbre Ehrenberg, permettez-moi, Messieurs, de vous rappeler Tun des savants membres de celte Académie, M. Paul Laurent qui, dans son enthousiasme scientifique, leur attribua, sur des preuves peut-être incomplètes, des instincts, un sentiment de sociabilité, une intelligence égale à celle des fourmis ou des abeilles.

Nous sommes parvenus au dernier degré de la matière vivante; cette gelée sans structure distincte ne réunit-elle pas toutes les propriétés fondamentales de Fanimalité, la nutrition et la reproduction, la contractilité et rirritabilité? Elle absorbe directement Taliment dont la simple pression suffit pour creuser dans sa substance un estomac temporaire ; coupée en fragments , elle donne la vie à chacune de ses parties, ou bien, abandonnée à elle-même, elle semble se résoudre en une foule de molécules qui sont autant de germes destinés à perpétuer respèce. La vie de ces infusoires n^est que de quelques heures, mais leur génération est assurée par une fécondité inouie ; enfin leur existence n*a rien à redouter des agents extérieurs ; desséchés par le soleil, emportés par le vent, enfouis dans la poijissicre, la plus légère pluie, Feau qui les reçoit les ressuscite et leur permet de continuer leur développement.

Mais ranimai ne peut vivre que des aliments préparés par le règne végétal dont la mission est de fabriquer la substance organique aux dépens de la matière brute.

A côté des animalcules se montrent les rudiments de h plante sous forme de filaments floconneux ou de molles cellules. Ce sont les conferves, les algues, les champignons microscopiques, « ces atomes, indécis encore, qui convolent du végétal à Tanimal. » C'est ainsi que dans son poétique langage M. Michelet exprime les hésitations de la science qui, bien souvent, ne peut décider dans quel régne elle doit ranger c ces premières ébauches de la vie. >

Les cryptogames inférieures qui représentent la vie végétale è son degré le plus infime, sont formées d'utricules isolées ou juxtaposées qui se reproduisent ou se développent avec^une incroyable exubérance. Elles sont chargées d'accumuler les matériaux de la vie dans rhurnus sur lequel croîtront les végétaux supérieurs qui permeUront eux-mêmes Texistence des animaux. Les infusoires fourmillent dans la vase, dans la tourbe, restes amoncelés des générations de ces plantes rudimentaires ; c*est ainsi que commence « la longue série des êtres qui ne deviennent possibles que par ces infiment petits. • Ce n*est pas là seulement qu'habitent ces proto-organismes; nous serons véritablement émerveillés en découvrant leurs innombrables légions transportées par les flots, recouvrant le fond des mers, formant de leurs débris des chaînes entières de montagnes ou de puissantes couches dans les profondeurs de récorce de notre globe.

Une utricule, tour à tour classée dans le règne

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