‹ Une actrice en voyage, piéce en un acteChapitre 6 sur 80 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

animal et dans le règne végétal» celle-là même qui donne une teinte verte ou rouge de sang aux murs humides, multipliée à Tinfinî communique à la neige cette coloration pourpre que M. de Saussure obsersf^ sur quelques montagnes de la Suisse <ei qui depuis fut rencontrée dans les Pyrénées, en Norw^e et jusque dans les régions polaires. La teinte de la mer Rouge est due è ime algue du même geore qui se retrouve dans les eaux -mères des salines et dans les cristaux de sel gemme. Les différentes nuances que prennent les ondes sur les côtes de la Chine, de la Californie, des Açores, ces taches immen* ses d'un blanc de lait aperçues dans les mers tropicales par les navigateurs qui les ont prises pour des récifs, sont produites par les végétaux et les animalcules mi^ croscopiques accumulés dans les flots. — • Ce magnifique spectacle tant admiré par les marins qui nous représentent les ondulations des vagues se dessinant en serpents de feux, le vaisseau entouré de flammes laissant derrière lui un sillage éblouissant, les flots se brisant contre les écueils en gerbes d'artifices illuminant les ténèbres, — la phosphorescence de la mer, en un mot, est encore causée par des myriades dinfusoires, les Noctiluques, Iticioles microscopiques de TOcéan.

Au milieu des rameaux décharnés du corail couverts de brillantes fleurs animées, autour des massifs.de madrépores qui élèvent sans cesse du fond de TOcéan des iles et des continents formés de leur trame solidifiée,

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dans €68 faRtastiquefl foréU animales qui recouvrent le tel de Ja mer, s*af ite un monde infini d'êtres inférieurs auquel Tonde marine doit cetle surprenante propriété «utrilive que mènent à profit sas innombrables babi*- 4aBls, ei doac les débris s'accumulent dans ses profon- 4iran eo une couche toujours croissante. Dans les sondages de TAtlantique qui ont révélé le plateau sur lequel repose le cable télégraphique, le commandant Maury a retiré de profondeurs de plus de trois mille mètres des parcelles de vase que le microscope a reconnues pour de frêles coquilles de Diatomées et de Foraminifères d une structure si élégante et si régulière qu'elles semblent l'œuvre du plus habile ciseleur.

Les carapaces calcaires ou siliceuses de ces infusoires et de ces végétaux rudimentaires, arrachées à de lointains parages, entraînées par les eaux chaudes du grand courant du Guif Stream, tombent avec l'abondance et la molle lenteur des flocons de neige dans les mornes profondeurs d'ime mer plus froide à l'abri des tempêtes de la surface. Ces microscopiques coquilles ont été pêebées dans l'Océan Indien, dans l'Océan Pacifique, sous foutes les latitudes : elles se rencontrent en foule dans nos étangs, dans la tourbe sur laquelle repose Berlin, dans les ensablements de l'embouchure des grands fleuves; elles forment le fertile limon du Nil, les plages entières de certains rivages, aussi bien que ces farines fossiles dont se nourrissent quelques peuplades de la Laponie et de l'Australie. Elles se retrouvent Jtisque

dans les cendres des volcans. Enfin, accumulées en masses compactes, elles constituent des terrains entiers, les sables verts siluriens, les bancs de craie de la Champagne, et le terrain parisien tout entier. Soulevés dans les grands cataclysmes du globe, leurs gisements se dressent en hautes montagnes calcaires, les Apennins, les Alpes, la Cordillère des Andes.

Ces petits êtres qui nous dévoilent la formation géologique de la terre, qui nous révèlent la marche des courants océaniques, nous démontrent encore la théorie des grands courants de Tatmosphère ; entraînés par les vents à des dislances immenses, ils causent ces pluies colorées observées au Cap-Vert, à Lyon, à Gènes et jusqu*en Tyrol. Ehrenberg n*a-t-il pas prouvé que ces infusoires, enlevés aux plaines arides de TOrénoque, ont été transportés par les vents alises du Sud-Est depuis TAmérique méridionale, à travers TAtlantique, jusqu'au centre de TEurope ?

En résumé, ces êtres microscopiques, répandus avec une abondance si prodigieuse du fond des abimes de rOcéan aux altitudes les plus élevées, de la zone torride aux régions glacées des pôles, sont les plus anciens habitants, les fondateurs de la vie à la surface du globe, et le paléontologiste, en recueillant leurs fossiles ou leurs empreintes dans les sédiments les plus anciens, reconnaît en eux les précurseurs des colossales fougères de répoque houillère, du chêne majestueux des forêts,

du mastodonte, du mammouth, de Thomme lui-même, le dernier né de la nature.

Siy abandonnant les grandes scènes de la physique du globe, nous examinons les phénomènes qui se passent autour de nous, les infiniment petits nous apparaissent encore comme un des grands ressorts toujours actifs de la création. Ce mystérieux travail de la matière organique, la fermentation, que la chimie expliquait naguère par une force hypothétique, est Toeuvre de ces agents invisibles. La bière, le vin, Talcool, les acides acétique, lactique, butyrique, toutes ces fermentations sont les produits de sécrétion de champignons spéciaux qui s'accumulent sous le nom de fleur de vin, fleur de vinaigre et qui, semés dans une liqueur convenable, s*y développent comme dans un champ fertile. A mesure qu'une espèce de cryptogames dépouille la matière fermentiscible des principes dont elle se nourrit, elle périt toute entière pour être remplacée par une autre espèce, et ces générations successives, fixant Toxigène de Tair, sont les agents de la combustion de la substance organique qu'elles transforment enfin en ses derniers éléments : Teau et Tacide carbonique. C'est ainsi qu'on voit dans le vin comme dans une infusion végétale apparaître les unes après les autres ces séries de mucédinées sous forme d'ondes soyeuses qui sont les véritables causes des altérations de ce liquide.

Toute matière organisée, dans les conditions ordi-

naîres de température et d'humidité, devient uo terraia propice à TéclosioD et au déveio^^ement de ces cham* pignons microscopiques, aussi avec quelle promptitude et quelle luxuriance de végétation surgissent à la surface du pain et de nos conserves alimentaires ces moississures qui se présentent à rinstrament grossissMl comme de véritablei forêts aux branches entaeées charcfées de semences sans nombre.

Bien plus^ la piMréfaetio» n*est qu*une fermentation. Les mucedinées et les înfusoires, associés dms une commune action, sont les grands expurgateurs de la terre ; ils se chargent de faire disparaître les corps abandonnés par la vie qui gisent à la surface du sol. Le ver rongeur de la tombe n*est plus qu*une poétique fiction.

Le tronc de Farbre gigantesque, comme le cadavre de ranimai, en proie aux générations se succédant tour à tour de ces infiuiaient petits, &*évanouit en vapeurs. L*antique adage, la corruption source de la génération, devient une vérité. La vie complète Tœuvre de la mort; elle-même restitue au monde nrinérai les éléments qu'elle lui avait empruntés et qu'elle avait wA^ mes si longtemps dans tant d'organismes successifs.

Ce n'est pas tout ; ces êtres ehétifs qui nous paraissent jusqu'à présent si utiles, vont nous donner une grande IcQon d'humilité et nous montrer combien grande est notre iaiblessé. ^ Ils s'attaquent à tout ce fui nous est nécessaire ; par leur ténuité même, ils deviennent nos ennemis les plus redotUables* Cette poussière

renge, bnine ou noire qui souille les feuilles (fts rosisn el des arbres b fruits, qui envahit le blé en détnUiaiK Tespoir du oultivaleur; Tergot du seigle, le verdel do maïs qui eœpoisooneni des populations entières ; roidimn de la vjgne, la maladie de la pomme de terre, la muscardine qui ?rappe b mort les vers à soie, toutes ces sources de misère et de famine, tous ces fléaux sont des végétaux microscopiques. L*homme lui-néme, ce prétendu roi de la nature, est leur victfane; ces algues, ees champignons se développent à la surface de la peau et des muqueuses, ils puilulem dans Im enduits de la bouche, dans les produits de sécrétions, ils envahissent le système pileux avec une implacable ténat^. Les maladies charbonneuses, les grandes épidémies comme le choléra, la fièvre jaune, les affections contagieuses qui déciment le genre humain sont peutêtre causées par les infiniment petits qui pénètrent dans l*org«Disme, infectent le sang et anéantissent les sources de la vie. Est*il nécessaire de compléter la liste déjà si longue de lotis ces parasites, et de signaler encore des insectes qui percent la peau de leur rostre acéré, les aearBS qui creusent leurs galeries sous Tépidermei les behnialhes qui vivent dans Fintestin ou au milieu des tissus après avoir parcouru le triple cycle de leurs gèoératfdns alternantes? A côté du mal, j*aime mieux vous présemer te remède ; un ennemi démasqué est à demi vaincu. Déjk Thygiène écarte la chair infestée de trichines et de cysticerques, assainit Tair que nous res-

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pirons ; la médecine guérit avec une certitude mathématique bon nombre de maladies parasitaires jusqu^alors si rebelles à toute thérapeutique; Tagriculture arrête parfois le mal qui envahit les fruits de la terre eC le produit de la vendange, et le génie du savant a su faire tourner la puissance destructive des végétations cryptogamiques au profit de l'indusu^ie.

D*où viennent donc tous ces animalcules, ces infiisoires, ces algues, ces champignons qui se développent partout avec une si prodigieuse fécondité ? Naissent-ils de germes répandus è profusion dans Fatmosphére, ou bien se forment-ils spontanément au sein de la matière elle-même? Telles sont les deux théories, la panspermie et la génération spontanée qui, de tout temps, ont divisé la science. La spontiparité, Tenfantement de la vie par la matière, s*est d*abord imposée par la simplicité de sa conception ; depuis Aristote jusqu'à Buffon, elle a été acceptée par les naturalistes et les philosophes de toutes les écoles. De nos jours, rajeunie par les découvertes micrographiques, elle est défendue avec une grande vigueur par des savants du premier ordre. Personne ne s*imagine plus, il est vrai, que les rats, les poissons et les serpents soient engendrés par le marais dans lequel ils habitent ; les hétérogénistes prétendent seulement que certains organismes élémentaires peuvent naître aux dépens des particules qui résultent de la décomposition des êtres ayant eu vie, par la trans-

Lin fiMtnation d*uoe existence qui s'éteint en un grand nombre d*autres.

Les infiniment petits obéiraient-ils à d'autres lois que les animaux ou les végétaux supérieurs qui nous montrent la force créaU'ice dont ils sont animés, transmise par eux des êtres dont ils procèdent à Tembryon qu*ils engendrent?

La méthode expérimentale, avec la haute autorité qu'elle oppose aux inductions les plus brillantes, a répondu en instituant les procédés d*investigalion les plus délicats. D*une part, Tair atmosphérique, filtré ou décanté à travers des tubes habilement disposés, dépouillé ainsi des particules solides quil tient en suspension, n*a pu fertiliser le liquide putrescible avec lequel il est amené en contact ; d*au(re part, les spores ou les germes recueillis sur le filtre, semés dans cette même liqueur, se sont développés avec leur féconde énergie comme dans un milieu favorable. Les corpuscules qui nous apparaissent flouants dans Tair traversé par un rayon de soleil, la poussière accumulée par le tempa dans les coins reculés de nos édifices, ne sont pas autre chose que ces germes mêlés à des débris de toutes sortes. Leur présence a été constatée en quantité variable dans les différentes couches de l'atmosphère depuis les glaciers du Mont-Blanc jusqu'à la surface des marais de la Sologne. Leur extrême diffusion, leur abondance, leur ténuité infinie, leur propriété de résister à une température élevée et de rester dessé-

chés durant de longues années sans perdre leur ttUH lité, expliquent leur développement si prodigfeux tor0qu'ils rencontrent un terrain propice, c*6St-4Mlire une matière orgranique qui leur offre une allmeaMion toute préparée. La grande loi 4e la génération reste vraie Ai haut en bas de Téchelle des êtres.

Remontons maintenant d*an seul i>ond jusqu'aux animaux supérieurs ; les manifestations de k vie, tout à rbeure rudimenlaires, se montrent d^autant plus parfaites qu*elles 8*opèrent par des organes plus variés et plus déiieats; la perfection des fonctions est le résultade la division du travail physiologique. Les appareils dont se compose le corps des insectes de petite taille nous offrent déjà une grande complexité. Gomment dépeindre leurs mâchoires modifiées de cent bçons différentes, leur trompe déliée, les fines dentelures de leur dard, les innombrables facettes de leurs yeux, les crochets formidables dont leurs pattes sont armées, les élégantes spirales de leurs trachées ramifiées dans tous leurs organes ! Tant de beautés, qu*on me pardonne ce mot, dérobées è Toeil nu ne vont-elles pas éveiller la curiosité d*abord naïve et enfanUne de lobservateor, exciter ensuite le désir d'apprendre et de lire enfin avec méthode sur ces pages encore inédites du grand livre de la nature? Tels durent être les sentiments qu'éprouvèrent les premiers micrographes et qtil leur firent découvrir tant de choses. C'est en scrutant Tor-

ton, «e nouveau domaine qui s'offrait à ses investigMloiM, que Leeuwenboek aperçut ces singuliers oorpoteoies fécondateurs aux nouvemenis rapides que flpallanxaini prH plus tard pour sujet de ses curieuses expértenees. Il suivit au milieu des tissus le eours merveillevK du sang, il vHses innombrables globules courir avec une vitesse Incroyable dans des vaisseaux Jusque- 1h invisibles qui, par leur ensemble, sont comparables i« à tme earte de géographie dont tous les fleuves, toutes les rivières, tous les ruisseaux viendraient à 6*«imer et è cireuler b la fois. » La dreulation capilhire venait conflrmer et compléter la grande découverte du eélébre Harvey. Pour la première fois, les éléments de Torganlsme étaient entrevus ; h la même époque, Malpighi, aux yeux de (ynx, ainsi que Tavaient surnommé ses contemporains, démontrait la struetin*e des principaux viscères.

Un siècle plus tard, Tanatomie générale, s*élevant audessus de la description des organes pour pénétrer leur texture, établit que ces instruments de la vie étaient constitués, en proportions diverses, de parties cornnfbnes douées de propriétés semblables. Biehat, le eréatem* de cette nouvelle science, donna à ces parties sfanilaires le nom de tissus, et à chacun d*eux il reconnut propre une manifestation spéciale de la vie. De même qu*une étoffe, un tissu vulgaire, est un assemblage de fils de coton, de lin ou de soie, le tissu vivant est formé de particules extrêmement ténues qui en soni

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