‹ Une actrice en voyage, piéce en un acteChapitre 70 sur 80 · UI · texte numérisé non relu

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Ce n*est pas, en général, au début de Finstitution des banques d*Etat que Topposition du papier et du numéraire se manifeste et que les hostilités éclatent. Au moment où un gouvernement se fait banquier, il procède d*abord doucement, à la manière du commerce libre, et il émet avec mesure un papier qui se rembourse exactement. En France, sous la Régence, la Banque a été pendant quelque temps fidèle à toutes ses promesses. En Chine, le succès des débuis était infaillible, parce que le remboursement des billets n'étant qu*à long terme, on commençait 'toujours par les prendre sur la foi de rengagement, et que le discrédit ne venait que si, le terme étant échu, le remboursement n*avait pas lieu. Et c'est ce qui arrivait ordinairement, sauf dans ces moments de sage et honnête administration que nous avons signalés plus haut avec Fauteur du Tsao-Mou. Alors, pour ne pas renoncer à l'avantage qu'il Urouve dans la faculté de battre monnaie à sa fantaisie, l'Etat ne se gène plus, et, pour soutenir ses papiers, il les fait passer

par une série indéfinie de transformalions qui produif* sent des efifels d'autant plus fâcheux que rémission devient de plus en plus abondante.

Mais plus il multiplie ce papier qui contient des pro** messes, plus il se met hors d*état de les remplir; e| moins le public est remboursé, plus il Yem Télrt. On court après la monnaie métallique avec d*autant plus d'empressement qu elle devient plus rare, et cette poursuite acharnée achève de la rendre introuvable ; tandis que le papier-monnaie, de plus en plus discrédité, en vient quelquefois k n*étre plus que du chiffon. En même Temps les denrées renchérisseni tous les jours, et Ton meurt de faim auprès des richesses fictives dont on a les moins pleines. Sous le dernier Mongol, Chounty, il fallait donner 780 francs en ichao ou billets pour se procurer un boisseau de riz (1). Cest Téquivalent de la dépréciation de nos assignats, dont on finit par ne pluB pouvoir faire aucun usage, ainsi que des biUets de la banque de Law, tombés dans un tel discrédit qu*on

(1) Ed. Biot, mémoire, etc., p. liO. — Il en était de même en France aa temps des assignats et de la loi da Mammum, Voici an compte de ménage de la sœur de Beanmarehaît, en décembre i70^ trooyé par M. de Loménie dans les papiers de Tanteor da Mariage de Figaro : ane voie de bois, 1 ,460 francs ; la chandelle, le sncre, rhuilc , 100 francs la livre ; le boissean de pommes de terre, SOO francs; une livre de viande, 30 francs; une livre de pain, i5 francs ; le (ont , il est vrai, payé en assignats (De Loménie, Beaumarehaiê et êon tempe, t. II, p. i86).

— MO — n'en voulait plus nulle part, à la fin de 1720, et qu*un édit du 10 octobre de cette année déclara qu*il8 ne pourraient, u à compter du l*' novembre prochain, être donnés ni reçus en paiement, pour quelque cause et prétexte que ce soit (1). n

Mais, avant d*en venir à Taveu de sa défaite, TEtal a livré un grand combat où il use de tous ses moyens pour écraser Targent, le rival redouté du papier qu*il protège. Partout où elle s*engage, cette guerre se conduit avec la même tactique et se décide avec les mêmes armes. D*abord on a recours à la fraude : on altère les monnaies, afin de les déprécier, pour obtenir ||u*elles ne soient plus recherchées, pour faire en sorte qu*on les dédaigne, qu*on les repousse, et que le gouvernement puisse les attirer dans ses coffres, et les y retenir, si déjà elles n*en ont pas disparu par détresse ou par dilapidation. Du reste, en France comme en Chine, cette pratique de l'altération des monnaies a depuis longtemps précédé leur conflit avec le papier. On sait quelles détestables maximes dirigeaient autrefois Tadministration monétaire, dans les moments de gène de Tancienne monarchie, à remonter jusqu'au temps de Philippe le Bel. Malgré la réprobation dont elles étaient déjà fhippés depuis longtemps, elles furent remises en vigueur quand s'engagea la lutte entre l'argent et le

(1) Levasseor^ Recherches hiiloriquei sur le système de Law, p. 28t.

crédit. PourtaDt, dans un de ses bons moments^ Law* s'élevanl contre cet abus, avait établi dans un mémoire que tt Tempreinte ne donne pas la valeur à la monnaie, que tout affaiblissement de monnaie est injuste et porte préjudice à TEtal (l).n Mais, entraîné par la logique, ou plutôt aveuglé par la passion de son système, il méconnut ces vérités pour Taire triompher des erreurs qu*il réprouvait, et jamais le scandale des altérations monétaires ne fut poussé si loin que sous son administration. Il y eut vingt-neuf fixations des monnaies d*or pendant les années 1719 et 1720» et il y en eut quarante-neuf pour 1^ monnaies d*argent dans le même intervalle. On n*en avait jamais tant fait, même sous le roi fauxmonnayeur; et, en cela comme en plusieurs autres points, le xviii® siècle, si fier de ses progrès, est tombé même au-dessous de ce moyen âge pour lequel il affichait tant de dédain.

En Chine, il y avait longtemps qu*en vue d*agir fortement sur l'état politique et social du pays, le gouvernement s'était attribué le droit de régler à son gré l'usage et la circulation de la monnaie, pratique à laquelle Matouanlin trouve fort à reprendre, en homme qui comprend tout le prix de la liberté en matière économique (3). En même temps il ne se faisait pas faute d'y recourir, pour se créer, par l'altération fréquente de la

(l)LevasseQr, ibid,, p. 397.

(2) Ed. Biot» Mémoire $ur U tyêtème monéiaire dêê CAinoii, p. 76.

nromiate, dcô tessotirces qui, sans être bien cfonsidérahiesy poisqtie les Chinois ne monnayaient nî For ni Târgent, ne laissaient pas de lai venir en aide dans s« déinssse habittrefle. Mais qaand FEtat ftit devenu batiquier, quand il eut beaucoup de biNeis et que hi lutté se Alt engagée entre son papier et le miméraire, alors, pour soutenir la eonenrrence, il usa plus que jamais de la ressource des altérations monétaires, qui se fbnt purloiut de même, et qui finalement prodtrisaient en Oiine d'aussi fàcheut résultats que chez nous. Car, en dé6nitive, ces mesures n'aboutissent qu'à faire disparaître la monnaie, qui se cache au dedans ou qui s'éctftile au dehors, et elles ne ressuscitent jamais le crédrt, qui est incompatible avec un régime de fraude et de violence.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : touteg ces rigueurs du pouvoir contre la monnaie métallique ne prouvent nullenieni qu'il en méconnaK le prix et qu'il la dédaigne. Loin de là, au contraire, il sait bien au fond qu'il n'y a qu'elle qui art de la valeur, et il l'aime tant qu'il ne la maltraite que pour la forcer à venir à lui, à se réfugier dans ses coffres, d'où il la lire pour subvenir aux besoins de TEtai, et trop souvent aux prodigalités de ceux qui le dirigent. On sait que, sous ce rapport, le système de Law donna pleine satisfaction au Régent et à son entourage. Grèce aux ressources factices qu'il suscita comme par enchantement, la cour du Régent put continuer, au milieu de la détresse générale, à

nager dans Tabondance, toujours en fonds pour soutenir le train dévorant de sa joyeuse orgie. Cesi oe qui explique la préférence donnée, sur le régime de réduction et d'économie que préconisait le duc de Noailles» à ce système décevant qui, par un emploi illimité des ressources du crédit, entraîna tout le monde à s'éprendre follement du papier au mépris du numéraire, et qui, par cet engouement momentané, mit tout Targent du royaume dans une seule main. G est au poifU qu*on en vint à penser que tout ce manège de finances n avait pas d autre visée que d accaparer les valeurs métalliques e( de faire passer tous les écus de la poche des particuliers dans le gouffre béant du Trésor. U se passa quelque temps avant que Ton comprit où Ton en voulait venir, et Ton ne démêla pas tout de suite ce qui se cachait de ruse ei de friponnerie derrière ces opérations qui paraissaient si savantes, et qui Tétaient réellement dans Tart de duper le public et d^attirer à soi les capitaux. Mais il fallut bien se rendre à Tévidence et se ranger du G(^té de ceux qui avaient d*abord deviné le tour, quand on vit TEtat u permettre à la Compagnie des Indes de fouiller toutes les maisons, d'y confisquer jusqu'au dernier écu, de n*y laisser que des pièces de vingt sous et au-dessous, et encore jusqu'à deux cents livres, pour les appoints des billets et pour acheter le nécessaire des moindres denrées; quand on vit Tespionnage, la délation, la violence employés pour soutenir ces odieuses mesures et assurer, par la ter-

rcur, la réussite de cette tentative de spoliation universelle (1). «

Les pages éloquentes par lesquelles Saint-Simon Ta flétrie occuperaient ici trop de place, et je renonce à les citer dans ce travail qui déjà 8*allonge outre mesure. Contentons-nous de transcrire ce court chapitre de TEsprit des lois où Montesquieu signale un des actes de radministration de Law, en le réprouvant comme il le mérite, u César, dit-il, défendit de garder chez soi plus de 60 sesterces. Cette loi fut regardée à Rome comme très-propre à concilier les débiteurs avec les créanciers, parce qu*en obligeant les riches à prêter aux pauvres^ elle mettait ceux-ci en état de satisfaire les riches. Une même loi faite en France du temps du système fut trèsfuneste : c*e8t que la circonstance dans laquelle on la fit était affreuse. Après avoir été tous les moyens de placer son argent, on ôta même la ressource de le garder chez soi ; ce qui était égal à un enlèvement fait par violence. César fil sa loi pour que Targenl circulât parmi le peuple. Le ministre de France fit la sienne pour que Fargent fût mis dans une seule main. Le premier donna pour de Targent des fonds de terre ou des hypothèques sur des particuliers, le second proposa pour de Targeni (les effets qui n'avaient point de valeur par leur nature, par la raison que la loi obligeait de les prendre (2). ti

(1) SaiDl-Simoo, Atémoirei, i, XVII, p. iiJi,

(2) MoDlesqaieu, E$prit des lois, 1. XXIX, c. ti.

Voilà bien comme il convenait à la gravité de Montesquieu de caractériser el de flétrir ce que Saint-Simon, avec la verve et la crudité d'expression qui lui est propre» appelle de t» cruelles opérations de finiances el un perpétuel jeu de gobelets pour tirer tout Targenl, des tours d'adresse et de passe-passe, des torquets et d'inévitables panneaux, qui mirent toutes les fortunes en l'air et la confusion dans les familles, afin de remplir les coffres du roi et la bourse des courtisans (1). n

Or, ce conflit douloureux, qui se produit en France avec une extrême violence dans les mauvais jours du système, est en Chine un iâit habituel qui se renouvelle de règne en règne, mais avec plus de mesure et plus de raison d'être, ce qui fait qu'on s'y résigne plus faciment et qu'on prend son parti de vivre avec son mal. Là aussi on voit, dès le temps de la décadence des Thang> au x" siècle, le gouvernement enlever les matières métalliques des mains de ceux qui les possèdent, par des lois qui transforment en crime d'accaparement la possession des matières de cuivre, de plomb, d'étain, d'or ou d'argent au-delà d'une certaine somme. Il faut savoir, pour comprendre la portée de ces mesures, que l'or et l'argent n'étaient pas monnayés en Chine; les riches, les hauts dignitaires de l'empire, en possédaient d'énormes quantités sous forme de lingots, d'objets

(1) Sainl-SimoD, Mémoires, l. XX, p. 81.

BMMiers» d'ustensiles ei d*œuTres d*arL. Ce qui le fmaure^ c cil qu'aoe lot du même genre, renifaie sous les Song, au m* siècle (1160), ea vue de tirer les mé^ taus des mains de œux qui les avaient aoeumulés, laissait eneore aux grands officiers de Tempire la facuUé d*eD déienir pour la somme de 3,000 tnfii (environ 1B0,000 frênes), el la moitié pour tout individu qui B*étaîl pas en place (1). Un auure édit impérial, datant de Tannée 11 B8, avait déjà confisqué les instruments de ouivre dans les maisons particulières, les doebes et les cjrmbales dans les bonzeries des sectes de Fo et du Tao. Sans doute il faut reoonnaiure, avec Malouardio, que ces mesures éuient déterminées par des vues d*ulilité publique et qu*il s'agissait par là de favoriser la circulation des espèces, en se servant de ces amas de matières métalliques pour accréditer le papier, qui doit les représenter et les mettre à la disposition du commerce. Mais Tobjection que Saint-Simon oppose à ces pratiques dans tout pays 011 les finances ne sont pas gouvernées librement, c'est-à-dire par ceux^à seuls qui les fournissent et qui rien fournissent qu'autant el comme il leur plait (2), se reproduit sans cesse dans Malouanlin ; et c'est parce que Tabsolutisme préside à toutes les opérations de ce genre qu'elles perdent le caractère d'utilité

(1) Ed. Biot, Mémoire sur le système monétaire des Chinois, p. il3.

(2) Sainl-SimoD, Mémoires, t. XIII, p. i70.

publique qaî les recommande à rorîgine, et qu'elles deviennent peu à peu des mesures violentée, lyrenniques et funestes , qui font souffrir les peuples, qui minent sourdement les dynasties et qui préparent leor chute.

Saint-Simon s*étonnc que Ton ait enduré si patiemment en France tout ce que le système entraîna après soi de violences, de misères et de ruine, u Jamais, ditil, souveraine puissance ne s*était si violemment essayée et n*avait attaqué rien de si sensible ni de êi indispensablement nécessaire pour le temporel. Aussi fut-ce mi prodige plutôt qu'un effort de gouvernement et de conduite, que des ordonnances si terriblement nouvelles n*aient pas produit, non-seulement les révolutions les plus tristes et les plus entières, mais qu1l n*en ait pas seulement été question, et que de tant de milliers de gens, ou absolument ruinés ou mourant de faim et des derniers besoins auprès de leur bien, et sans moyens aucuns pour leur subsistance et leur vie journalière, il ne soit sorti que des plaintes et des gémissements (1). n Mais Saint-Simon a-t-il raison de s*étonner ainsi, et comprend-il bien la cause des révolutions ? Ce ne sont jamais les malheureux qui les font, autrement il y aurait toujours des révolutions puisqu'il y a toujours des malheureux. Sans doute ils s y associent toujours et ils

(i) SaiDVSimos, Mémoirm. t. XVII, |k 4ttt.

— 4i8 — les rendeDl plus terribles, selon qu'ils souffreni plus ou moins, et qu'ils sont plus ou moins nombreux. Mais ils ne peuvent rien tout seuls et ils ne font rien s'ils ne sont conduits par des hommes ordinairement heureux, mais qui aspirent à dominer dans un nouvel ordre de choses établi par eux et pour eux. Or, rien de semblable ne pouvait encore se produire à cette époque ; ni les idées ni les hommes n'étaient propres à une telle entreprise. Il y avait tout au plus de quoi faire des émeutes, et nous avons vu qu'elles ne manquèrent pas absolument.

Du reste il faut toujours s'attendre à voir mal finir un gouvernement qui ne parvient pas à rétablir son tempérament financier. Les peuples se lassent de vivre dans la détresse ou dans la banqueroute, et les embarras d'argent coïncident le plus souvent avec les catastrophes politiques. Aussi qu'on nç s'endorme jamais dans une fausse sécurité sur le lendemain, dès qu'on sent que l'on est mal dans ses affaires. Quand les finances s'altèrent, il faut songer au plus vite aux moyens de les rétablir. Ces moyens sont de diverses sortes, et on fait bien de les meure tous en œuvre. Mais il n'y en a qu'un qui soit nécessaire et infaillible, qui à lui seul puisse tenir lieu de tous les autres, et sans lequel tous les autres n'aboutissent à rien : ce grand moyen, c'est la réduction et l'économie. Sans doute c'est un remède héroïque et il en coûte d'y recourir. Mais, s'il impose un rude régime, il rétablit la santé; tandis que la ressource des emprunts,

qui n*a jamais qu*un temps, ne fiiit qu'ajouter de nouvelles charges à celles dont on est déjà écrasé, et creuse tous les jours le gouffre où Ton ira s'engloutir.

Mais qu'importe, tant qu'on a du crédit, on en use, et Ton aime mieux se tirer d'affaire par des banqueroutes que de se ranger et de revenir à Téconomie. Depuis la Régence, on n'y a jamais songé sérieusement sous l'ancien régime, et notre histoire financière au XVIII* siècle est toujours restée quelque chose d'assez lamentable. Les dynasties chinoises ont tenu la même conduite, et, pendant plusieurs siècles, du xii* au xv* surtout, où le papier-monnaie a été dominant, on voit qu'elles ne vivent que d'expédients, altération de monnaie, confiscation de la richesse métallique des particuliers et des temples, émission continuelle de papier qu'on relève sans cesse et qui retombe toujours, non sans entraîner chaque fois de nombreuses victimes dans sa chute; en un mot toute la série des plus détestables mesures financières dont notre propre histoire offrait autrefois tant d'exemples, et qui sont aussi contraires à la science économique qu'à la bonne foi et à l'honnêteté, qui en sont inséparables. Aussi, quoi qu'en dise Marco Polo, qui probablement n'a vu la Chine que dans un temps relativement prospère, rien n'est triste comme l'état des finances du Grand Empire sous la dynastie des Gengiskhanides. u Le crédit public y était totalement ruiné par l'incertitude des remboursements, et même 011 lie peut guère dire si aucune série de ces papiers

émis depuis 1160 fut remboursée par TEiat autrement qu*avee d*aulres papiers (1). n Impôts» traitements» approvisionnements, U'avaux» service public, tout se payait en papier; mais personne n*y trouvait son compte» et» à la fin, toute la population civile et militaire de Tempire se souleva et remplaça les conquérants par une dynastie nationale. Quant aux Song et aux Kin , (fài avaient précédé les Mongols» ces dynasties s'étaient ruinées de la même manière, et sans aucun doute» comme le fait remarquer M. Ed. Biot, leur chute fut également facilitée par Tabus incroyable du papier-moimaie, qui mécontentait le peuple et qui démoralisait les troupes (2). Ce que doit produire à la longue Teffet d*un pareil système sur Tesprit des populations et principalement sur larmée, Tavocat Barbier nous le fait bien entendre lorsqu'il nous apprend que les uroupes» payées avec du papier par le Régent» étaient fort mécontentes» et que le gouvernement ne pouvait guère compter sur elles, en cas d'émeute. Le passage vaut la peine qu'on le reproduise, et d'ailleurs rien ne convient mieux, pour fermer le cercle que nous venons de parcourir, que de revenir à notre point de départ, en terminant ce travail par une citation de Tauteur même à propos duquel nous Tavons commencé, u Les troupes que Ton fait venir autour de Paris, dit Barbier, ne serviraient guère au Régent, car

(1) £d. Biol, Mémoire sur le système monétaire des Chinois, p. 122.

(2) Ed. Biot, t6td. p. 130.

tout le monde en pârticufier est indigné du bouleversement général. Il n'y a pas d*ofBcier qui ne perde et qui ne mange son bien par la cherté excessÎTe de tout, parce que le marchand, qui est fripon naturellement, veut s'exempter de la perte qui peut arriver sur les billets de banque, et il vend les deux tiers de plus. Une paire de bas vaut 40 livres, le beau drap gris vaut 70 ou 80 livres Tanne ; un train de carrosse qui valait 100 écns vaut 1,000 livres; l'ouvrier qui gagnait 4 livres 10 sous par jour veut gagner 6 livres, et il est quatre jours sans travailler, à manger son argent. De sorte qu'on ne peut venir à bout de rien faire, et tout coûte extraordmairement. Le moellon qui se payait 12 livres la toise vaut 80 livres, et ainsi du reste. Cela est général et tout particulier souffre infiniment, hors une petite poignée de monde qui a gagné, ce qui ne sert qu'5 ruiner les autres davantage. Les officiers, qui en cela sont particuliers, jurent tout haut contre le gouvernement ; ils ne demandent qu*un mouvement pour frapper, et ils le disent généralement dans les auberges (1). «

Il se peut que Barbier exagère le mécontement des troupes et que les officiers n'aient pas été alors si disposés qu'il le dit à se soulever contre le gouvernement, mais il est certain qu'il n'aurait pas fallu que cet état de gène durât longtemps pour qu'ils en vinssent à quelque

(1) Btrbier, Journal, t. I, p. 10, il.

extrémité, ei celte mauvaise humeur des soldats contre le Régenly pour quelques mois de souffirance, explique bien comment les empereurs chinois, qui tenaient si souvent et si longtemps leurs armées à ce régime, en étaient mal servis et finalement abandonnés. Certes ce ne sont pas les troupes les plus grassement payées qui se montrent toujours les plus fidèles, et Ton en a vu dont le dévouement monarchique ou patriotique était à répreuve de tous les dénûmentsetde toutes les misères. Mais il n*en est pas moins constant qu*un gouvernement n'est pas dans un état normal quand il ne peut pas récompenser convenablement les services qu*on lui rend, et qu*il ne doit guère compter sur Tobéissance des sujets ni sur Tappui des soldats, quand il n*a plus que du papier-monnaie à imposer aux uns et à distribuer aux autres. H importe donc à tout pouvoir de bien comprendre que remploi des instruments du crédit n*est avantageux que s*il est contenu dans une sage mesure, et que la fonction du papier n*est pas de remplacer la richesse, mais simplement de la multiplier en en facilitant le mouvement et la circulation. Cette vérité, que personne aujourd'hui ne songe à mettre en doute, reçoit de notre propre histoire une démonstration suffisante, mais il n*était peut-être pas inutile d*établir aussi que même ThistoVe de la Chine, malgré des apparences contraires, loin de la contredire, ne fait que lui apporter des preuves nouvelles, et qu'elle Tentoure de la plus incontestable évidence.

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