‹ Une actrice en voyage, piéce en un acteChapitre 69 sur 80 · SM · texte numérisé non relu

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fois que les projets de Law y sont en cause, u Je lui dis que ce qu*il tenait de in*expliquer paraissait bon eo soi, en ee que, sans levée, sans frais et sans faire tort ni embarras i pereonne, Targent se doublait toui d*un coup par les billets de celte banque et devenait portatif avec la plus grande facilité; mais qu*à eet avantage je trouvais deux inconvénients : le premier, de gouverner la banque avec asseï de prévoyence et de sagesse pour ne pas faire plus de billets qu'il ne fallait, afin d*étre toujours aUKiessus de ses forces, et de pouvoir faire hardiment feee à tout et payer tous ceux qui viendraient demander l'argent des billets dont ils seraient porteurs; Tautre, que ce qui était excellent dans une république ou dans une monarchie où la finance est entièrement populaire, comme est TAngleterre, était d*un pernicieux usage dans une monarchie absolue telle que la France, oii la nécessité d'une guerre mal entreprise et mal soutenue, Tavidité d'un premier ministre, d'un favori, d'une maîtresse, le luxe^ les folles dépenses, la prodigalité d'un roi, ont bientôt épuisé une banque et ruiné tous les porteurs de billets, c'est-è-dire culbuté le royaume. M. le duc d'Orléans en convint, mais en même temps me soutint qu'un roi aurait un intérêt si grand et si essentiel à ne jamais toucher ni laisser loucher ministre, maîtresse, ni favori,* à la banque, que cet inconvénient capital ne pouvait jamais être à craindre. C'est sur quoi nous discutâmes longtemps, sans nous persuader l'un l'autre, de façon que, lorsque quelques jours après il

proposa la banque au conseil de régence» j*opinai tout au long comme je viens de Texpliquer, mais avec plus de force et d*étendue, et je conclus à rejeter la banque comme Tappàt le plus funeste dans un pays absolu» qui dans un pays libre serait un très-bon et très-sage établissement. Peu osèrent être de cet avis, la banque passa (!)•««

Or» Saint-Simon n*était pas le seul en France à comprendre ces choses et à les dire. La première fois qu*on discuta au conseil de finances sur |a question de savoir si TEtat reconnaîtrait la banque de Lavir» un maiu^ des requêtes» appelé à siéger dans cette assemblée» repoussa la création de la banque pour les mêmes raisons que développe Saint-Simon. Voici ce qu*on lit à ce propos dans le procès- verbal de cette séance : u M. de Saint- Gontest ne croit pas que la banque puisse jamais avoir de solidité dans le royaume» parce que Tautorité y règne toujours et que le besoin y est souvent ; ainsi il n*y aurait jamais de sûreté ni de solidité (2). u Tout cela aurait dû donner à penser à ceux qui poussaient la France dans une entreprise si hasardeuse, ou du moins les rendre prudents et modérés dans l'exécution. Evidemment, s'ils se sont trompés, s'ils ont échoué, ce n'est pas faute d avoir été avertis.

(1) Saint-Simon, Mémoirea, t. XIH, p. iZ% édit. Chéruel.

(2) Saint-Simon, Mémoires, l. Xlll, p. i70.

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A l'autre bout du monde, au xit* siècle, le savant Maiouanlin raisonnait de même sur la banque, et traitait les questions de principes en homme bien plus avancé qu'on ne Tétait généralement en France, au xviu* siècle, sur les questions qui constituent la science qu'on a appelée depuis iVconomtV? politique. Il trouve institution d'une banque excellente de soi, à condition que l'Etat ne s'en mêle pas ; ce qui est incontestable, tant qu'il s'agit d'un Etat absolu. Il sait la vraie théorie de la monnaie et du papier, et ce qu'il dit à ce sujet est admirable de précision et de bon sens, u Le papier ne devait pas être une monnaie ; il ne devait être employé que comme un signe représentatif de valeurs quelconques en métal ou en denrées, lequel devait être échangé promptement contre de la monnaie métallique et en économisait le transport. Dans le commencement, tel était l'usage du papier-monnaie chez les commerçants. Le gouvernement, prenant cette invention des particuliers, en a voulu faire une monnaie véritable, et dés lors l'intention primitive se trouva dénaturée (1). » On ne saurait mieux définir l'utilité du papier-monnaie et des banques, et, comme le fait remarquer M. Ed. Biot, ni Adam Smith, ni J.-B. Say n'ont rien écrit de plus précis et de plus clair sur ce sujet.

(1) Ed. Biot, Mémoire sur U Système monétaire des Chinois, p. 126.

G*€8l doM ib une dooCrine bien «tétée dans la pettsée du publicifie chinM. TooieB lei tm qu*îl reMM sor ees qneêttons, et M Je fait aoineni» c*est loujoun eo efBmianI les mêmes principes sans se contredire ni se démentir jamais. Toujours H rend justice aui banques fibres, indispensables dans un pays qui ii*av«i qoe des monnaies pesantes ei en petite quantité pour moyen d'échange, et chot qui l'emploi du papier rendait au commerce des serrtees dont H ne pouvait se passer. Mais toujours aussi il s*éléve contre riniotelligent despotisme et contre Tavidité mal raisônnée do gouvernement, qui, poussé à bout par les dépenses de ses guerres, et après avoir épuisé toutes les ressources que lui of«fraient des opérations frauduleuses sur les monnaies, s^empfarait du papier et ne savait pas résister à la tentation d*abuser de cette heureuse invention. Ainsi, les deux moments, celui de la liberté et celui du monopole» sont toujours bien nettement distingués Tun de Tautre dans les considérations des économistes chinois. Quand l'auteur de Touvrâge intitulé Tsao^Mou^ cité dans la continuation de Matouâniin, foitréloge des premières banques des kiao-tseu créées par Tchang-Yang, c'est que pendant longtemps elles restèrent fidèles a la pratique du crédit libre, en conduisant leurs opérations avec mesure et en maintenant Téquilibre entre le capital el les billets. u Alors, dit-il, il était ordonné que, dans les bureaux des maisons riches qui dirigeaient Tentreprise, quand les billets arriveraient, la monnaie sortirait; quand les

billets sorttrftiem, lu monnaie entrerait. Ainsi la monnaie était la mère, le billet était le Bb. Le flk et la mère 8*écbangeaient rèciproqaemeni (1). n

C'était avec cette sagesse et cette modération qtte fonctionnaient autrefois les banques privées ; ce fut aussi dans ces limites que surent se renfermer quelques-uns des souverains de la Ghine^ surtout dans les commencements de leurs opérations de banque. Mais on ne tardait pas à dévier de cette ligne, et rémission des billets se faisait sans aucune mesure. Les Mongols, qui étaient des conquérants, poussèrent plus loin que les dynasties nationales fabus de celte institution, qu'ils trouvèrent en vigueur dans le pays subjugué par leurs armes, et tous les auteurs chinois attribuent leur chute au mécontentement général qu'ils soulevèrent contre eux par Tabus du papier-monnaie.

Non contents de signaler Tîncompatibilité des institutions de crédit avec le pouvoir absohi^ on les voit aussi très-attentifs à combattre Terreur qui consiste à confondre le papier avec la richesse, et qui aturibue à l'Etat le pouvoir de le produire et le droit de Timposer. u Employer le papier en guise de monnaie, dit encore Matouanlin dans le préambule de la section II de son Encyclopédie, qui traite de l'argent et de la marchandise, c'est se servir d'une matière tout à fait inutile. Cepen-

(i) Ed Biot, Mimoirtf êtc, p. 139.

danty nous sommes arrivés au point qu*UD misérable lambeau de papier, fait de Técorce de mûrier à papier, ayant à peine un pied carré et nommé tchhu^ suffit pour se, procurer les nécessités de la vie. Avec ce papier, vous pouvez avoir des vêtements, des aliments et d*autres objets ayant de la valeur ; voilà ce qui n'existait pas autrefois (1). n

Au reste, les saines idées en cette matière n'étaient pas le partage exclusif des lettrés de la Chine, et nous les voyons quelquefois se faire jour dans les régions du pouvoir, et trouver des défenseurs parmi les plus hauts personnages de TEtat. En voici la preuve dans la conversation suivante, qui s'engagea entre Ogodai, Tun des empereurs de la dynastie des Song, et son ministre Thsou-Thsaî, dont la vie a été racontée dans un mémoire d'Abel Rémusat, qu'on peut lire au tome II de ses Nouveaux Mélanges asiatiques, u Sage ministre, dit le prince, aujourd'hui même on m'a proposé de créer un papier-monnaie; qu'en pensez-vous? — Du temps des Tchang-Soung, de la dynastie d'Or (les Kin), répondit Thsou-Thsâï, on a commencé à meure du papier en circulation concurremment avec la monnaie. Il y avait alors un ministre qui gagna beaucoup dans l'émission de ce papier, et le surnom de Seigneur-Billel lui est resté. Les choses en vinrent au point que, pour dix

(1) Journal càatique, 2* série, t. X, p. \2, article de Klaproih.

mille billets, on pouvait à peine acheter un gâteau de riz. Le peuple souffrit beaucoup et TElat fut ruiné. Ceat un exemple qu*il faut avoir devant les yeux. Si Ton frappe maintenant du papier-monnaie, il ne faut pas en émeure pour plus de 100,000 onces d*argent (750,000 francs). Ces conseils judicieux furent suivis par Ogoda! (1). n

On voit par là que ni les leçons ni les avis ne manquèrent aux souverains chinois, et que la science et rexpérience n*avaient pas failli h la tAche de faire par* venir la vérité jusqu^à eux. Que s*ils ont persévéré si longtemps dans la pratique d*un système de finances qui offrait tant et de si grands périls, c'est peut-être qu*ils étaient placés sous la pression de besoins plus grands encore. Après tout, il faut bien voir, dans la longue existence du papier-monnaie en Chine, la preuve qu'on s*en servait habituellement avec assez de modération pour qu*on pût en prolonger Pusage sans atteindre immédiatement aux derniers excès; de sorte qu*il se passait toujours un long intervalle avant que les inconvénients de ce régime devinssent tout à fait insupportables et produisissent leurs catastrophes naturelles. Tandis que, chez nous, mis en œuvre, dès qu*il parait, avec cette impétuosité qui nous est propre, et où je vois un signe de plus de ce trait de notre caractère national

(1) Abel Rémoiat» Nouveaux Méhngei, t. Il, p. 70.

qu*on ai^Ue la /tene française^ il est pooMé loul d*abord à des eitrémkés <|ui enpicbeni l^eMploî d*cQ èure dorable, et qui le font arriver k sa ftaaalendBHiftMi même du jour où il a oommenci.

àimip en France, au temps da Lav ou à Tépoqve de la Révoluiion, dès que le papier a été teeé elles noua, au lieu d*avoir un cours régulier et continu» cêmMe celui d*ua fleuve, il eat deverai ausaitàl ua déluge qui a tout bouleversé de ses débordemefU. En GUnev pendant le rj^gac de Khoubilal-Khan.,» août lequel, eomaae noua Tavons vu par Marco^Polo, Tusage du papiermonnaie était exclusif et universel, pendant mi règne de trente-cinq ans,, de 1360 à 1294, la somne totale dea tchao émia par le gouvernement n*a pas atteint 3 miUiarda, ce qui ne laissait pas que d*éire énome pour le temps cl pour le pays (1). Tandis qu'en France, au moment de la chute du système de Lav^, qui avait duré quatre ans ii peine, dans le conseil de régence tenu le 24 janvier 1721, M. le Due faisait monter à 2 milliards 700 millions la somme des billets de banque répandus dans le public et réduits à néant par la prodigalité de celte émission (2). Maia cela n*est rien en compa-

(1) Voyez, dans le Livre de Marco Polo, édil. Paalhier, 1^® partie, p. 321, en noie, la liste des émissions de papier-monnaie faites sons ce règne, année par année, d'après les annales chinoises, et dont le total est de l,872,i07,175 francs.

(2) Saint-Simon, Mémoireê, i. XVUI, p. 90.

raison de b rtpidité vertigioettse de raaoeaaioD des assignats, doMll'éoussioQy étant de 3 milliards 700 nû^ lions en 1793» avait atteint» en 1796, le cbi&ire fabuleux de 45 milliards K78> millions.

Quoi d*étonnant si de tels ench ont emporté à riastanl une institution dont les Chinois firent prolonger la durée par leur modération relative à s*en servir? Sans doute , chez eux Tabus se produisait ii la longue, et finissait aussi par pousser à bout la patience des peuples. Mais enfin il iallaiA ebea eux un long temps pour parcourir toutes les phases que le papier-monnaie traverse habttuellemeni les une» après les autres; tandis que, chez nous, eUea se sont toujours sueeédé instantanément pour ainsi dire; de sorte que ce qui n*étaît ici qu*an fléau passager» se maintenait lit-bas pendant des siècles comme une maladie chronique el incurable.

Maisv k part cette différence dans la durée, je ne suia firappé que des analogies qui se présentent sans cesse ài moi dans le cours de cette comparaison; et, pour eu achever le tableau, je vais montrer comment les gouvernements s*y prenneni quand ils oui adopté Tuiage du papier, k Texciusion de la monnaie, pour soutenir la kitte conU'e le numéraire», pour vaincre cdui*ci en Texpulsant ou en le faisant captif, afin de laisser le cbanip libre à letu* papier et lui assurer le U*iomphe sur son rival. Ici encore, dans ces deux sociétés, si distautes el si distinctes, que nous meuons en regard Tune de Tautre» nous u*ouvons des faits corrélatifs, produits par les mêmes

causes, régis par les mêmes lois, engendrant les mêmes effets» et donnant aux vérités de la science économique et financière, que la leçon durât cinq ans ou cinq siècles, peu importe, la confirmation, la démonstration de tous les principes qu*elle proclame.

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