‹ Une Algérie nouvelleChapitre 11 sur 75 · Livre Jaune, Juin · texte numérisé non relu

Livre Jaune, Juin

« ...Le problème était celui-ci : établir la prépondérance de la France au Maroc, par conséquent augmenter sa puissance dans la Méditerranée sans s’aliéner, en se conciliant au contraire les puissances dont la situation dans la Méditerranée se signalent d’elle-même à nos préoccupations.

« Eh bien! nous n’avons perdu ni notre temps ni notre effort! »

Chambre des Députés, 10 novembre 1904.

De la déclaration du Comité du Maroc :

« Rien n’importe plus actuellement à notre destinée nationale que l’avenir du Maroc : Ce pays est le complément nécessaire de notre domaine colonial dans l'Afrique du Nord, la dernière chance qui nous reste d’étendre l’aire occupée par notre race dans le monde, presque tout le reste de notre empire n’étant que terres tropicales où nous ne pouvons créer que des colonies d’exploitation.

Malheureusement cette magnifique région, que les autres nations se résignent peu à peu à voir tomber sous la direetion de la puissanee déjci maîtresse des . deux tiers du Maghreb ne préoccupe i»as assez l’opinion française et est trop i)eu connue en elle-même. 11 ne saurait échapperai! public que seul un groupement libre comme le Comité du Maroc peut, ainsi que l’a constamment fait le comité de l’Afrique française dont il émane, seconder, compléter et au besoin stimuler l’action du gouvernement en présence d’une question comme celle du Maroc ».

(Rien n’est plus net que cetle déclaration... sinon le démenti donné par Tévénement aux possibilités qu'elle affirmait.)

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Cependant les coloniaux qui la signaient croyaient bien qu'ils savaient voir; leur porte-plume M. de Caix écrivait :

« Ils représentent dans la politique internationale française l’élément qui sait voir ce qui est actuellement possible et désirable, et qui amène maintenant la vieille diplomatie arrachée aux questions sans issue à le voir et à le vouloir avec eux ».

B. G. A. F. Juin 1904.

Notre action au Maroc ne doit pas non plus s’attarder demander des permissions aux tiers.

La situation internationale est telle que nous devons, que nous pouvons agir.

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« L’Allemagne ne dira rien. »

Ibid., avril 1904.

Et ceci :

« Lorsqu’une nation prétend au rang de grande puissance elle doit suivre résolument son chemin du moment où il ne travene pus le domaine d'autrui et ne mène pas par conséquent à des conflits délibérément recherchés.

Ibid.

Il y avait des gens qui disaient à ces enthousiastes optimistes : (( Prenez garde ! Et en admettant même que vous puissiez prendre ce Maroc, êtes-vous sûrs que la France y gagne grand chose, ne tirerez- vous point les marrons du t'eu pour autrui? »

Cela fut dit notamment par le Maroc français de J. Pélissier.

Mais on leur répondait ceci qui est de M. Robert de Caix de Saint-Amour dans Panalyse d'un livre de M. Fidel et toujours dans le B. G. A. F.

« Gela ne veut pas dire, comme certain Font avancé, que nous n’irons au Maroc que pour tirer au bénétice d’autrui les marrons du feu. La puissance maîtresse de l’Algérie a dans ce pays des intérêts de politique, nous dirons môme de sécurité qui excluent des vues si sommaires. La domination politique n’est jamais, en outre, stérile de bénéfices économiques, ne serait-ce que dans le chapitre des grands travaux publics. »

De M. Joseph Chailley Pâme de VUnion coloniale française. C’est lui qui avait écrit dans sa Quinzaine Coloniale : (( Le temps est passé pour nous d’être les gendarmes du droit; prenons.., » Il croyait qu’on pouvait prendre le Maroc, c’est qu’il avait un système. De pas^ ^ ser par très loin; par le Sud oranais. Il l’expliqua gentiment dans un article du Figaro^ 26^mai 1904.

. « Le Sud oranais a une valeur politique considérable,

Cette valeur lui vient de ce qu’il est voisin du Maroc. Il lui est contigu sur des centaines de kilomètres. C’est pour cela que le parti colonial s’y est attaché. Du jour où il a eu Vambition et l’espoir de placer le Maroc sous IHnfluence exclusive de la France, il a vu qu’il avait dans le Sud oranais un atout sans rival. »

Du moment que l'on avait pareil atout l’on devait jouer la partie en bravant n’importe quel rival. Et l’on n’eut point peur.

Car M. de Goubertin avait dit ddns le Figaro du 25 juillet 1905.

« Avoir peur ou. en donner l’impression c’est creuser » dans la chair des peuples un puits artésien sanguinaire. »

J’espère qu’on ne m’accusera plus d’être un pamphlétaire, car je ne commente pas, et je ne cueille dans le jardin, pourtant richement fleuri de notre littérature coloniale (si on peut dire!) que ce tout petit bouquet de citations.

Et encore ne les eussé-je point faites s’il ne l’avait absolument fallu. Je suis colon dans la plaine des Angad. Je veux, pour expédier mon blé à Marseille, la route la moins coûteuse et la plus courte, la ligne droite, en plaine jusqu’à Port-Say par le col de Garbous, et tous ces gens que l’on consulte, ces gens dont l’autorité coloniale paraît aussi intangible que l’infaillibilité dogmatique de N. S. P. le Pape, ces hommes qui régentent les capitaux et les administrations, la presse et le Parlement, ces hommes voudraient que ma récolte des Angad, piour trouver un port d’embarquement, s’en allât par Marnia et les massifs du Ghaïbrasso jusqu’à Nemours, ou bien fît le grand tour par Tlemcen !

Et on les écoute! Alors je suis bien obligé, pour qu’on

ne les écoute plus, de montrer ce que vaut leur opinion... à Pusage.

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