CHAPITRE VII
Pour agir pratiquement c’est-à-dire avec chance, avec certitude de bénéfice économique dans le Maroc oriental (... et ailleurs) on doit changer et les directeurs et les principes de notre politique coloniale.
Ce n’est point la politique coloniale qui est une chose mauvaise en soi.
C’est la politique coloniale basée sur de mauvais principes et dirigée par des hommes mauvais qui est une chose ma^uvaise.
De la théorie? .Des théories !
Je sais. La prétention généralement est mal accueillie surtout parles gens d’affaires. Eh bien! je les prie de lixer leur attention tout spécialement sur le propos, car c’est pour eux, tout spécialement que j’écris.
Je n’ignore point qu’ils ont fait leur, un mot célèbre de M® Barhoux.
L’éminent avocat plaisanta quelque jour « ces
)) professeurs érudits qui critiquent les décisions )) judiciaires avec toute leur candeur scientifique, » en géométrie, sans souci des conséquences, » sans tenir compte de la pratique, cet hôpital » des théories. »
Et beaucoup de gens d’alfaires quand on leur parle « théorie » répondent « pratique » en rappelant que « la pratique est Thopital des théories ».
Oui. Des mauvaises théories.
Et c’est précisément parce que réalisées dans la pratique elles ont donné mauvais résultats que j’ai le droit de dire mauvaises les théories de l’opportunisme en matière coloniale et d’en exiger d’autres.
C’est parce que je vois péricliter les affaires économiques dans la politique sans principes de l’opportunisme colonial que je veux, pour que nos affaires, pour que mes affaires économiques prospèrent dans le Maroc oriental, pour qu’on m’y donne le chemin de fer Oudjda-Port-Say et non celui d’Oudjda-Marnia-Nemours, que je voudrais dans ce pays une politique à principes. Si le mot n’était point galvaudé, je dirais une politique radicale.
Entendez, une politique dont le principe, au lieu d’être subordonné à l’éphémère opportunité d’une réalité qui passe, sera dans l’accord avec
les nécessités constantes de la réalité qui demeure.
Une puissance politique existe aujourd’hui qui voudrait pour le Maroc oriental un débouché sur la mer par la route de Nemours.
Elle dit cela aux gens d’affaires.
L’écouter, c’est obéir à l’éphémère apportunité d’une réalité qui passe.
La réalité qui demeure est celle de la nature qui a mis entre Oudjda et Nemours 72 kilomètres et cette haute barrière du Chaïh-Ra,sso, la sauvage et l’incultivable montagne, alors qu’elle a mis entre Oudjda et Port-Say 50 kilomètres de route à travers 3 plaines fertiles communiquant par le col de Garbous et les gorges du Kiss.
En politique coloniale opportuniste actuélle on écoute une puissance éphémère. Dans la politique coloniale à principes que je réclame on écoutera la nature. Et ce sera la seule politique pratique. Pour que tout le monde gagne de l’argent dans les affaires coloniales, il faut que ces affaires soient régies par une politique à principes.