‹ Une Algérie nouvelleChapitre 25 sur 75 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Dans toute affaire de colonisation l'argent est un élément

essentiel.

Cela est un truisme. Cela est une évidence dont il semblerait puéril de faire le titre et la matière d’un chapitre dans un ouvrag“e sérieux. J’en conviens. C’est pourquoi j’ajoute aussitôt :

L’argent est nécessaire dans toutes les affaires.

Dans toute affaire sur terre française ou d’influence française il vaut mieux que l’argent soit français.

L’emploi de l’argent français doit donc être de préférence en affaires françaises sur terre française ou d’influence française.

Cela fut encore une des idées maîtresses de mes écrits. C’est pourquoi tant de gens après les avoir tenus dans le mépris, les voudraient dans le silence.

Le nationalisme braillard des ligues m’a tou-

jours paru quelque chose crabsolument inoffeusif

contre les ennemis de la nation française.

Le nationalisme financier que je désire serait seul effectif et capable de rendre un jour français le petit cimetière d’Alsace où j’aurais consolation d’aller dormir sous une croix à l’inscription française mon dernier sommeil dans la terre du village où je suis né.

Mais c’est un phénomène très curieux. Personne parmi les plus chauvins de nos patriotes ayant les moyens de signaler à la foule ce nationalisme efîectif... ne veut en entendre parler.

Depuis quelques années je promène un peu partout la note suivante sur la question

Quel doit être V emploi du Capital français?

Le capital-or de la France est produit par le travail national, constitué par l’épargne nationale, et placé, utilisé par la banque.

Lorsque la banque avait une personnalité qui Punissait à l’industrie, au commerce (également personnels) en même temps qu’à l’épargne, elle était surtout nationale et notre capital-or avait un emploi national avant tout autre.

A cette époque la France était, concurremment avec l’Angleterre, la plus grande puissance industrielle et commerciale du monde.

Aujourd’liui la l)anque, et, suivant, la même influence en eonséquence de la même action l’industrie et le commerce ont moins de personnalité.

Au lieu de réalités concrètes, connues, responsables matériellement, et moralement, cela devient en quelque sorte des abstractions cachées, irresponsables par l’anonymat des intérêts directeurs.

Et le capital-or de la France est dispersé dans un emploi moins national qu’international.

Et c'est maintenant que la France tombe aux seconds rangs des points de vue de l’industrie et du commerce, pour ne parler que de ceux-là.

Voilà des faits.

Quelles en sont les relations?

De causalité ? — Alors un retour à l’emploi national de notre or serait nécessaire.

De simple coïncidence ? — Alors on pourrait continuer sans danger l’emploi international de notre capital-or.

Je crois que cela constitue le plus intéressant problème du temps présent, car il est essentiel.

Aussi, faut-il préciser quelques-uns des faits qui en sont les éléments.

J’ai dit qu’aujourd’hui l’emploi de notre capital-or est surtout international.

Cet emploi n’est pas fortuit, ni seulement voulu par les étrangers.

Il est raisonné, calculé et recommandé par les économistes français dont les doctrines dirigent nos grands anonymats financiers. Lors d'un banquet fameux devant une élite parmi les gens d’affaires, le Président Félix Faure affirmait en substance : « Il est bon que les Français placent leurs capitaux à l’étranger, parce qu’ensuite, et de tous pays la France reçoit annuellement, sans efï'ort ni travail nouveau, de l’or, celui qui paie les intérêts de ses prêts ».

Travaillée, suggestionnée par la banque, l’épargne française réalise la théorie séduisante. Elle prête son or à tous les pays. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’allonger cette note par l’énumération des emprunts étrangers de toute nature placés chez nous, pour avoir le droit do dire : « L’emploi de notre capital-or est surtout international ».

C’est une évidence.

Que si on ne la voulait point voir elle serait tôt mise en pleine lumière.

C’est également une évidence que le malaise social dont notre pays subit la crise.

Tout le monde sait :

— notre dette publique inamortissable;

— le déficit annuel du budget de la république;

— l’appauvrissement progressif de la majorité des citoyens ;

— le crédit trop court au commerce;

— le loyer trop cher de l’argent pour l’industrie ;

— la diminution des affaires extérieures ;

— l’augmentation de la concurrence étrangère dans les affaires intérieures ;

— les ruines dans le patronat ;

— les misères dans le prolétariat ;

en un mot tout ce qui fait dire à tout le monde que (( ça ne va pas! »

Pour chercher les relations qui peuvent exister (causalité ou coïncidence) entre ces deux catégories de faits évidents — l’emploi international de notre or et notre malaise social — je pense que l’on doit avoir des notions claires sur le rôle social de Por et du crédit. Et je prie qu’on se rappelle quelques vérités bien connues et souvent dites.

Dans les états modernes, de civilisation capita-

liste, organisés sur la base de la propriété personnelle, avec des lois servant Tetre constant, réel de l’individu, plus que l’être conventionnel et changeant d’une société, la valeur de toute chose a pour étalons celles des stocks de l’or en circulation, en réserve. La richesse active, la richesse aujourd’hui féconde, c’est la possession et réchange d’un métal. Actuellement toute richesse naturelle est chose morte si elle n’est point vivifiée par cette chose cependant naturellement inerte qui est l’or, c’est-à-dire le capitalmonnaie réparti et circulant sous l’impulsion et la direction du crédit.

Pour qu’un état moderne fonctionne convenablement il y faut donc une harmonieuse répartition des capitaux et leur circulation régulière.

Ce n’est pas sans dessein que j’emploie ce mot circulation. Il montre en claire simplicité la vie économique. Cette vie tient essentiellement à la circulation de l’or. Cette circulation était nationale et nous nous portions bien. Cette circulation est internationale et nous nous portons mal.

Encore une fois, cause ou coïncidence ?

Et cette santé économique des nations, qui dépend de la circulation de l’or actionnée par le crédit, la pourrions-nous comparer à la santé physiologique de l’individu qui est soumise à

rémission de Tiiiflux nerveux assurant la circu" lalion du sang- ?

Produit par la nutrition, entretenu par la respiration, le sang qui circule en nous obéit à Pinflux nerveux. N’y a-t-il point quelque chose de comparable dans les faits du capital-or qui, produit par le travail, entretenu par l’épargne, circule dans les sociétés en obéissant au crédit?

Et serait-il bien téméraire de croire que des lois également comparables doivent régir ces deux circulations?

Il faut que la circulation sanguine demeure absolument personnelle pour que l’individu soit fort. Le sujet qui se prêterait souvent à la transfusion mourrait.

Ne faut-il pas également que l’emploi du capital soit national, que la circulation de l’or se fasse à l’intérieur pour qu’un peuple soit fort ? Et la nation qui à l’excès prête son or aux autres n’est-elle pas condamnée à mourir?

La question est posée. Elle vaut, je crois, qu’on l’étudie.

Eh bien ! je n’ai encore trouvé personne — ayant les moyens de publicité nécessaires — qui voulut présenter cette question à la foule des contribuables et des épargnistes français.

Et c7est. regrettable.

Car cette question est une de celles qu’il suffit (le p(^ser clairement, comme je l’ai posée, pour que la réponse du bon sens, de la raison et du patriotisme ne puissent faire doute une seule minute en n’importe quel esprit logique.

Ce n’est que par des sophismes de métèque ou d’employé d’étranger que l’on pourrait prétendre le contraire.

Et encore, parmi ceux qui le prétendraient, je crois bien que, libre de l’écrire, nul n’oserait en soutenir la thèse devant quelques centaines de Français, ou, que s’il avait ce courage, il ne sortirait pas vivant de la réunion à qui j’eusse montré ce qu’il y a de criminel contre la patrie dans le sophisme...

Affaiblir la France en prêtant aux étrangers son or qui est la plus grande force des nations quand il y a des emplois français pour l'or français, je dis que c’est un crime... et le plus vil.

Et, encore une fois, je regrette que le peuple français n’ait pas été mis à même de voir cette vérité car tout l’argent nécessaire pour que la colonisation du Maroc oriental se fasse au bénéfice de la France on n’aurait pas besoin de le demander aux Bamjues... on n’aurait pas eu besoin d’aller solliciter les Allemands pour rOuenza.

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