V. — La note coûteuse
Celle-là coûte cher au contribuable. Beaucoup trop cher. Elle contribue chaque année à l’augmentation de nos contributions.
Quand un intérêt politique, parlementaire, électoral l’exige il n’y a pas de travaux publics trop coûteux pour l’administration. Ce n’est en effet pas les administrateurs qui paient. Ce n’est que le public.
AF.GKPJE NOTTVELLE i7P>
i\e faisons point le tour du monde colonial pour montrer quelques exemples. Un petit tour eu Algérie suffit.
Allez-voir le port de Mostaganem.
L’intérêt électoral veut que l’administration fasse un port. La mer ne veut pas. Les esclaves du satrape, lorsque le maître ordonnait que l’on fouettât la mer, obéissaient. Il est vrai que cela n’empêchait point la mer d’engloutir les flottes du Perse quand ça lui chantait. En Algérie l’administration obéit aussi à la politique électorale qui veut qu’on arrête la mer à barrière de blocs devant Mostaganem et autres lieux. 11 est également vrai que cela n'empêche point la mer de faire^avec ces blocs du sable devant Mostaganem et autres lieux, y compris Nemours, quand ça lui chante. Et ça lui chante tous les hivers. Car en Algérie la mer pour être docile et respecter les jetées suit d’autres lois que les opportunités électorales de l’administration. On a beau vouloir qu’une jetée ne tienne point à Port-Say et tienne à Nemours. Gomme les lois naturelles, à quoi docilement obéit la mer, veulent le contraire c’est le contraire qui a lieu.
En routes, en chemin de fer, l’administration est souvent aussi malheureuse qu’en matière de ports. Suivez donc la route de Nemours à Rachgoun. On avait compté sans l’oued Saftar. Et celui-là il est impossible de le combler comme un simple agent qui veut de l’avancement, ou de le franchir comme on passe a par-dessus )) l’opposition des récalcitrants. Il faut (( tourner » et c’est des millions imprévus... et qu’on n’a point.
Pour mettre Marnia en relations faciles avec la mer par une voie ferrée, au lieu de suivre la route commode qui conduit à Port-Say à travers des régions fertiles, on choisit la route montagneuse, incommode qui conduit à
Nemours à travers des régions stériles qui n’ont produit, ne produisent, ne produiront jamais rien, et l’on peut lire dans les délibérations du Conseil général d’Oran des déclarations comme celle-ci, qui est de M. Griboin :
« Il ressort du rapport et notamment de la lettre du général de division que cette ligne a un intérêt essentiellement stratégique. 11 ne m’appartient pas de discuter cette importance.. .
Mais qu’il me soit permis d’en discuter l’importance économique, au point de vue purement départemental il est indiscutable que les sacrifices consentis par le département seront hors de proportions avec les résultats à espérer.
Car toute la région comprise entre Marnia et Nemours est une région essentiellement montagneuse et ne permettant pas de développement agricole assez important pour alimenter cette ligne.
Néanmoins, je volerai ce chemin de fer parce que j’espère que cette ligne sera prise en charge par le gouvernement général, dès qu’il aura réalisé l’exécution de la ligne de Bedeau à Marnia par El Aricha et Berguent. »
Malgré la meilleure volonté du monde ce brave conseiller général ne pouvait, devant l’évidence géographique, accepter comme ligne d’intérêt économique une ligne dont le seul intérêt c’est l’électoral ; mais il mettait sa conscience en repos à l’idée que l’autorité militaire affirmait cette ligne d’intérêt stratégique.
Je ne voudrais point dire que la stratégie du général commandant la division d’Oran soit, elle aussi, électorale. Cependant on permettra à mon bon sens de penser... et d’écrire... qu’une ligne stratégique dans une région frontière doit permettre de couvrir le plus rapidement possible tous les points de cette frontière et non seulement un de ces points... et que la vraie ligne stratégi-
que de la mer à Marnia dans cette condition n’est point celle de Nemours à Marnia, mais celle de Port-Say à Marnia... C’est toujours l’histoire du triangle.
La géométrie électorale conduit l’autorité militaire à des conclusions de même absurdité que l’autorité civile. Considérez le triangle A B C. A = Port-Say. B = Nemours. C = Marnia. A B c’est le littoral. A C.. c’est la frontière. Afin de pouvoir amener de la mer un soldat, un canon, une caisse de munitions ou de vivres sur un point de cette ligne A C, l’autorité militaire déclare qu’il faut suivre d’abord la ligne B C!
Best vrai que les géomètres du gouvernement général disent : Il y a 64 kilomètres de Marnia à Port-Say, tandis qu’il y a seulement 54 kilomètres de Marnia à Nemours.
Mais il convient d’ajouter que Port-Say-Marnia c’est une ligne plane et que Nemours-Marnia c’est une ligne brisée de toutes les escalades et de toutes les descentes que nécessite la traversée du masisif du Chaïb-Rasso, montagne d’aussi mauvaise tenue qu’un terrassier espagnol car on n’y vit jamais un vrai col,
UNE AEaÉRTE NOÜVELT.E
Vf. — La note enfantine. — Au service de la politique V administrationvoulait débaptiser Port-Say.
M. Say a donc fait une œuvre éminemment nationale. Si, au lieu d’être Français et de travailler pour la grandeur de sa patrie, il fût né sur les bords de la Tamise et eût travaillé pour la Grande Bretagne, on l’aurait appelé un (( Grand Anglais », selon l’expression de Gouttebaron. Français, on l’a combattu.
Hâtons-nous de dire que l’hostilité contre laquelle il eut à lutter pendant plusieurs années s’est déjà beaucoup atténuée. Les pouvoirs publics commencent à lui rendre justice et à reconnaître l’importance et l’utililé de son œuvre.
Mais avant d’en arriver là, combien de tracasseries mesquines, on pourrait môme dire criminelles 1 On a voulu l’empècher de construire son port, sous prétexte qu’un pareil ouvrage pourrait entraver la navigation au lieu de la faciliter. Plusieurs fois, des agents des Ponts et Chaussées furent envoyés avec mission de verbaliser contre lui. C’est dans une de ces occasions que se produisit l’amusante aventure contée à la barre par M® Gouttebaron. Un de ces agents verbalisateurs, qui venait par mer, arriva à Port- Say pendant une tempête, et il ne put débarquer que grâce à l’abri fourni par le môle que l’on reprochait à M. Say d’avoir construit.
Tout récemment encore, les adversaires de M. Say ont tenté d’effacer son nom de l’œuvre qu’il a réalisée à force de courage, de ténacité et de capitaux. Après avoir fait signer au Gouverneur général un arrêté disant que les territoires de Port-Say, odu Kiss, d’xVdjeroud et de Beni-Meni Mengouch porteront désormais le nom unique de « territoire du Kiss », ils se sont hâtés d’annoncer partout que Port-Say n’existait plus. Le commandant du cercle de Marnia a porté cette nouvelle à la connaissance de tous ses subalternes. Au bureau de Poste de Nemours, on a affiché un avis prévenant le public que les lettres et télégrammes
UXE ALGÉRIE NOUVELLE
à destinalion de Porl-Saj. devaient à l’avenir porter l’adresse du Kiss.
En apprenant cela, M. Say est parti pour Alger et a eu une audience avec le Gouverneur général, lequel a déclaré qu’on avait dénaturé le sens de son arreté. 11 a réuni quatre territoires sous un seul nom : le Kiss, mais il n’a pas débaptisé les centres habités. Port-Saj continue de s’appeler Port-Sa.j, en territoire du Kiss, comme Rcl-Abbès, IMostaganem et Mascara s’appellent Mascara, Mostaganem et Rel-Abbès, en Üranie. De ce «pie le département s’appelle département d’Oran, il ne s’ensuit pas (juc tous les villages, bourgs et villes doivent s’appeler Oran.
Nous aurions encore beaucoup de laits à relever, mais en voilà a^ez pour donner une idée de la guerre mesquine qui a été faite à M. Saj par ceux qui auraient du le plus l’admirer et l’aider.
Mais n’insistons plus. Du moment que la haute administration commence à apprécier plus sainement les choses, il convient de la laisser agir. Bientôt nous pourrons tirer un voile sur les fautes passées, en disant : « Tout est bien qui finit bien. »
Avenir de l'Oranie, 15 décembre 1905.
NW.—'Lanote comique. — Pour ne point toujoiira accabler les coloniaux^ nous la prendrons en France.
(( M. Joseph Flourou est hôtelier à Villefranche de Rouergue. Un beau jour le maire de celle ville paisible prit un arrêté interdisant à tout véhicule l’accès de la promenade Guiraudet. Et pour que nul ne put se méprendre sur la portée de ses injonctions, le magistrat municii)al s{)écifiait en un langage barbare « à tout véhicule même à traction humaine.
Or l’hôtel de M. Elourou est situé sur la promenade Guiraudet. Il s’ensuivit que lorsqu’il voulut brouetter les bagages des voyageurs de la gare à son hôtel un agent sur-
UNE ALGÉETE NOUVKULE
vint qui dressa procès verbal. L’agent revint Ions les jours et môme plusieurs fois par jour. C’est ainsi que M. Elourou a dû payer déjà cent cinquante amendes.
La maison où M. Flourou tient son commerce appartient à M. Cibiel député, lequel est en mauvais terme avec la municipalité de Ville franche !... »
Figaro, mars 1909.