CHAPITRE XXXV
La colonisation européenne de l’Algérie ne trouve plus de bonnes terres dans cette colonie. Le Maroc oriental lui en offre deux cent mille hectares... et plus.
Tout ce qu’on vient de lire sur la valeur agricole du Maroc oriental, on peut facilement le conlrcMer. Ce n’est point comme pour la valeur minière où Ton est obligé de croire les autorités, sans avoir la possibilité de regarder soi-rnôme dans ce que parfois les prospectus en mode chirurgical disent les entrailles de la terre. Comme je sais que n’importe qui peut voir s’il y a de l’eau dans la Moulouya, s’il y a des jardins à Port-Say, si la plaine desTritfas c’est de la bonne terre ou de la marne ou du tuf, si la vallée du Zegzel est cultivée, s’il y a des champs de blé et des oliviers autour d’Oudjda, et si à « perte de vue » la plaine du Sud est recouverte d’alfa, je sais qu’il ne m’est pas possible de mentir ni
d’exagérer en exposant les éléments delà valeur agricole du Maroc oriental. Sur tel propos l’écrivain est fatalement obligé à la sincérité.
Aussi je pense que le lecteur accepte maintenant comme certain le fait qu’il y a dans le Maroc oriental, en respectant les actuelles cultures de l’indigène, deux cent mille hectares et plus de bonnes terres à mettre en valeur par la colonisation pratique à l’européenne.
Quels européens sont indiqués pour cette colonisation?
Et c’est encore les faits qui doivent répondre à cette question.
— Deux cent mille hectares... et plus... de bonnes terres attendent la colonisation européenne dans le Maroc oriental.
— La colonisation européenne que l’on appelle, que l’on dirige en Algérie n’y trouve plus de bonnes terres.
Je me rappelle que lorsque j’ai publié mon livre la Vérité sur V Algérie les zélateurs de la richesse légendaire de cette colonie poussèrent les hauts cris et m’accusèrent de dénigrement systématique parce que j’écrivais que l’Algérie avait très peu de bonne terre.
Pour qu’une terre soit bonne, pour que le labeur en fasse vivre non pas un indigène mais un
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européen, dont l’existence est plus dispendieuse, il faut, en dehors de la richesse chimique du sol, que cette terre soit irrigable.
Dans tous les pays du inonde la seule terre qui vaille quelque chose, la seule qui constitue les domaines sur quoi le propriétaire puisse vivre de son tra,vail personnel sans être obligé d’aller, entre temps, louer ses bras à d’autres propriétaires de plus grands terroirs, c’est, comme on dit au Piémont, l’arrosable. Dans les vallées du Piémont le paysan qui possède quelques hectares d’arrosable peut vivre toute l’année sur sa terre, uniquement de sa terre, alors que celui qui possède, même en très grand nombre des hectares de non arrosable est obligé pour se nourrir d’aller travailler la moitié de l’année chez autrui. C’est à cause de cela, d’ailleurs, que l’on trouve dans le Midi de la France des ouvriers pour les travaux pénibles.
Eh bien! il en est de même en Algérie.
Le colon français ne peut pas vivre sur du non irrigable, à moins d’en posséder de très grandes étendues en même temps que de gros capitaux d’exploitation.
Mais la civilisation indigène en restreignant à l’invraisemblable les besoins sociaux du paysan musulman permet à « l’arabe » de vivre sur le non irrigable, à cette condition toutefois que les
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vastes réserves de parcours demeurent à sa disposition.
C’est la connaissance de ces réalités qui, aux imaginations des rhéteurs célébrant, la fécondité de la terre d’Algérie à l’égal de celle de Clianaan, me permettait d’opposer les constatations de l’observateur.
Ces constatations n’eurent point l’beur de plaire aux Algériens. Elles sont cependant vraies, car le journal deM. Etienne a publié récemment une étude qui les coli firme et que je reproduis en note à ce chapitre.
L’Algérie a peu de bonnes terres cultivées et il lui est impossible d’en trouver beaucoup à cultiver.
Et par ailleurs elle en a besoin.
L’empressement du public à pousser les enchères pour les bonnes terres quand le service de la colonisation en vend, prouve ce besoin.
Donc il faut qu’on trouve de bonnes terres pour le progrès de la colonisation algérienne.
Ces bonnes terres existent.
Elles sont dans le Maroc oriental.