‹ Une Algérie nouvelleChapitre 57 sur 75 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Les achats de terre et la propriété dans le Maroc oriental.

J’ai terminé le chapitre qui précède en disant :

« Il faut qu’on trouve de bonnes terres pour le progrès de la colonisation algérienne.

« Ces bonnes terres existent.

« Elles sont dans le Maroc oriental. »

Elles y sont même en superficie irrigable égale à celle de l’ensemble des terres irriguées de toute l’Algérie, de toute la Tunisie, et (( ramassées » tassées dans l’hinterland immédiat d’un seul port, de Port-Say.

Et la question qui se pose maintenant est celle-ci.

La colonisation algérienne peut-elle acquérir ces terres ?

Et je réponds immédiatement : Oui. Aussi facilement qu’en Algérie. Mais suivant une autre méthode. Pas d’expropriation. Pas de séquestre*

Pas de prix imposés. L’achat discuté librement entre les deux parties. Les prix établis suivant le cours normal.

Evidemment telle méthode gênera beaucoup de vieux algériens. J’en sais qui n’ont pas encore compris que le commandant du camp d’Abercane n’ai point pu forcer les indigènes à leur vendre de bonnes terres à cent sous l’hectare.

Les théories du pape Urbain II sont encore celles de beaucoup de gens.

Vous vous rappelez n’est-ce pas que ce pontife soucieux d’envoyer les Auvergnats à la conquête des lieux saints parlait beaucoup moins religion que bonne terre à prendre.

Il disait aux croisés de Clermont :

(( La terre que vous habitez, cette terre fermée de tous cotés par des mers et des montagnes, tient à l’étroit notre trop nombreuse population; elle est dénuée de richesses et fournit à peine la nourriture à ceux qui la cultivent. C’est pour cela que vous vous déchirez et dévorez à l’envi, que vous vous combattez, que vous vous massacrez les uns et les autres. Apaisez donc vos haines et prenez la route du Saint-Sépulcre ».

Aujourd’hui je vois des algériens qui disent :

« Au lieu de nous disputer aux enchères du gouvernement général quelques maigres domaines, prenons la route de Port-Say, d’Oudjda... »

Ils ont raison. J’écris même ce livre pour les encoLirag’er à prendre celte route, mais j’ai bien soin d’ajouter que la route est la seule chose qu’ils pourront prendre. La terre ils devront la payer. Et son prix d’ailleurs est encore très modéré.

Donc, voulant acheter, vous admettez que vous paierez. ^lais si toujours il y a des indigènes prêts à recevoir de l’argent pour vendre, l’achat que l’on aura payé sera-t-il valable toujours?

Et c’est la question de la propriété indigène. C’est la convention de Madrid, c’est l’acte d’Algésiras. Et vous avez lu de belles consultations sur le droit coranique, où l’on vous affirmait, sans rire, que toute la terre appartenant au créateur, pour acheter un champ dans la plaine des Triffas ou dans la banlieue d’Oudjda, vous seriez obligé d’aller demander au sultan si ce représentant officiel de Dieu sur le Maroc daignerait en accepter le prix!

— Deux faits. Un particulier. Un général. Quand le sultan voulut construire la casbah do Sa’i'din, sur la frontière, à l’embouchure de l’oued Kiss, il en acheta le terrain à l’homme des ouled Mansour qui en était le propriétaire.

— Il y a dans tout le Maroc, à Oudjda comme ailleurs, des biens habous urbains et ruraux. Ces biens sont constitués par les donations pieuses

des particuliers. Donc les particuliers possèdent.

Maintenant, comment acheter régulièrement, aux garanties absolues de régularité, avec la certitude que le véritable propriétaire aura vendu ? *

Ici, j’en conviens, c’est moins simple que Tâchât d’une maison ou d’un jardin d’Asnières par devant notaire parisien. Mais c’est quand même très' facile. Toutefois si le roi de Prusse me le demandait je ne me croirais point obligé de le lui dire, car il se pourrait que mes amis des Beni- Snasson qui ont terres à vendre ne voulussent point d’un pareil acheteur.

Quant à ceux que l’indigène agréerait, ils n’ont qu’à s’adresser à Louis Say. Mon ami leur indiquera comment il est devenu grand propriétaire marocain.

Page 1