Le leben est du lait aigri
rité souveraine est environnée d’un véritable pres- | tige religieux, où d’ailleurs elle est trop faible pour se laisser parodier, une comédie pareille à celle de la fête des tolba pût se produire librement chaque année. Mais il parait que l’origine de cette fête se confond avec celle de la dynastie actuelle, et qu’elle est réellement une sorte d'institution nationale. D’après la légende, qu’il ne faut pas confondre avec l’histoire, ce sont les tolba qui ont fondé cette dynastie, et, si on leur permet tous les ans de créer un faux sultan, c’esten récompense du sultan vrai qu'ils ont créé autrefois. L’amour de la science n’est pour rien dans l’espèce de royauté accordée pour quelques jours au chef des étudiants. Il n’y a point là, comme on pourrait le croire, un souvenir des jours glorieux où Fès exerçait une domination intellectuelle bienfaisante et incontestée dans le monde arabe. Un simple incident historique, ou plutôt romanesque, a donné lieu à la fête des tolba. On sait ou on ne sait pas qu’à la chute des sultans mérinides une anarchie épouvantable régna quelque temps au Maroc. Le gouvernement était passé aux mains de chérifs qui ne l’exerçaient que par le pillage, le meurtre et tous les crimes. Fès, en particulier, eut cruellement à souffrir de leur violence, ainsi qu’en témoigne encore le nom donné à certaines
parties de la ville. On raconte, par exemple, qu’une jeune fille d’une grande beauté, sortant un jour du bain, un chérif édrinite la suivit et la saisit devant la boutique d'un cordonnier, Bou Afia, qui était juif; la femme n'eut que le temps de lui crier : « Sauvemoi! » Le chérif l’enlevait et l’emportait malgré ses plaintes. Le curdonnier se rua sur le ravisseur, et, dans son effort pour lui arracher sa victime, il le tua. Quel que füt son respect pour le sang de Mahomet, la population se souleva, massacra les chérifs, les précipita dans le ruisseau qu’on appelle depuis l’Oued-Cherfa. Un autre jour, un chérif, entrant dans la maison d’un voisin, trouve dans la cour une femme avec son enfant; la femme se sauve, ferme la porte de sa chambre sans parvenir à entrainer l'enfant avec elle; le chérif lui déclare que, si elle ne lui ouvre pas, il tuera l’enfant ; comme elle résiste, il le tue en effet. Le père arrive, trouve son enfant mort et ne prononce pas une parole. Il place le cadavre dans un mekeb “ et invite ses amis à déjeuner. Lorsqu'ils sont assis pour prendre part au repas, le père enlève le mekeb et leur montre l'enfant égorgé. Aussitôt tous prennent les armes et se ruent encore une fois sur les chérifs.