‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 2 sur 133 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

produit pour tirer Louis XIV de sa mélancolie en lui rappelant sa grandeur passée 4, soupçonné d'avoir été un simple jésuite portugais désireux de mystifier la Cour 2, Mehemet Riza Beg n'a guère été mieux traité par Montesquieu.

« Il paraît ici, écrit Usbeck à Rustan 9, un per- « sonnage travesti en ambassadeur de Perse qui « se joue insolemment des deux plus grands rois « du monde. Il apporte au monarque des Français « des présents que le nôtre ne saurait donner à « un roi d'Irimette ou de Géorgie et par sa lâche « avarice il a flétri la majesté de deux empires. Il « s'est rendu ridicule devant un peuple qui pré- « tend être le plus poli de l'Europe et il a fait « dire en Occident que le roi des rois ne domine « que sur des barbares. Il a reçu des honneurs « qu'il semblait avoir voulu se faire refusera lui- « même ; et, comme si la Cour de France avait « eu plus à cœur la grandeur persane que lui, « elle l'a fait paraître avec dignité devant un « peuple dont il est le mépris.

« Ne dis point ceci à Ispahan : épargne la tête « d'un malheureux. Je ne veux pas que nos minis-

1. Duclos, Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV, la, Régence el le règne de Louis XV, Paris 1808, 2 vol. in-8°, t. I, p. 154.

12. V. Fournel, Les rues du vieux Paris, Paris 1881, 1 vol. in-8, p. 601.

3. Montesquieu, Lettres Persanes, Lettre XGII d'Usbeck à Rustan, de Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2

4 UNE AMBASSADE PERSANE SOUS LOUIS XlV

« très le punissent de leur propre imprudence et « de l'indigne choix qu'ils ont fait. »

La page est mordante et le jugement sévère. Mais si des documents officiels ou inédits établissent, contrairement à l'avis d'historiens illustres *, que l'ambassadeur persan fut, à la fois, ambassadeur et persan, rien n'autorise toutefois à réhabiliter sa mémoire.

Par ses aventures, ses allures et ses actes, Mehemet RizaBeg a justifié les doutes les plus méprisants et mérité son fâcheux renom»

Nous y avons gagné les Lettres persanes, et lui, l'immortalité.

1. Michelet écrit ainsi (Histoire de France, t. XIV, p. 287) . « le même jour, 13 août, le roi fit l'effort de recevoir debout « un prétendu ambassadeur de Perse et de signer avec lui un « traité. Cette comédie dont les ministres avaient flatté sa « vanité l'acheva réellement. »

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