‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 33 sur 133 · I. A. E. Perse, t. 3, f · texte numérisé non relu

I. A. E. Perse, t. 3, f

l'ambassadeur a charenton 105

« parle point la langue, de se conformer à des « usages qui lui sont entièremont inconnus sur- « tout quand il est aussi peu docile que Mehemet « RizaBeg. »Nul n'était cependant mieux préparé que l'introducteur à traiter de questions d'étiquette avec un Persan : n'avait-il pas pris soin de se mettre au fait des usages du pays en lisant le récit du voyage de Chardin ' et de l'ambassade de don Silva de Figuerroa en Perse? Le petit missionnaire Richard, bien qu'assez ignorant de la langue qu'il prétendait parler, avait hélas « gâté l'esprit » de l'ambassadeur en lui mettant dans la tête qu'à force de s'obstiner, il obtiendrait tout ce que sa vanité lui suggérait. Mehemet Riza Beg ne ménagea donc ni ses plaintes ni ses cris.

1. Chardin (Jean), né à Paris le 26 novembre 1643, mort à Londres le 26 janvier 1713. Fils d'un joaillier et protestant, il entreprit en 1664 un premier voyage aux Indes orientales pour les opérations commerciales de son père. De retour en Perse, en 1665, après avoir été à Surate par terre, il ne revint en France qu'en 1670. Ayant constaté que sa religion était loin d'être en faveur, il repartit pour la Perse le 17 août 1671, d'où il passa aux Indes à la fin de 1677. Ayant regagné l'Europe par le cap de Bonne-Espérance, il se fixa à Londres le 14 avril 1681 et y reçut de Charles II le titre de chevalier. Il y publia la première édition de ses Voyages en 1686. Nommé par Charles II plénipotentiaire auprès des États de Hollande et désigné comme agent auprès de ces mômes Etats par la Compagnie anglaise des Indes orientales, il en profita pour faire imprimer une nouvelle édition (1711) de son ouvrage dont le succès fut considérable. Les voyages du chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient, sont restés célèbres et sont considérés encore aujourd'hui comme l'un des livres les meilleurs et les plus intéressants qui aient été donnés sur la Perse.

Il manifesta la volonté d'être accompagné de Charenton à l'hôtel des ambassadeurs à Paris par le marquis de Torcy en personne. D'après lui, ce haut personnage était le grand vizir du roi : en Perse, disait-il, le grand vizir venait chercher les ambassadeurs ; le même honneur lui devait, dès lors, être accordé, et si le jour de l'entrée le secrétaire d'Etat des Afiaires étrangères ne lui amenait pas le carrosse de Sa Majesté, il était décidé à ne pas quitter Charenton. Cette prétention « impertinente » était insoutenable. Jamais un secrétaire d'Etat n'avait conduit aucun ambassadeur même à l'audience royale, et jamais, en Perse, le grand vizir n'avait joué le rôle que Mehemet Riza Beg lui assignait. L'usage consacré faisait charger un maréchal de France de la conduite d'un ambassadeur et rien ne pouvait justifier une dérogation à cette coutume. Mais l'ambassadeur s'obstinait: depuis quelques jours cette idée avait germé dans son esprit et il avait même poussé l'inconvenance jusqu'à la formuler par écrit, mettant en doute les explications qu'on lui avait données sur la situation et les fonctions d'un secrétaire d'Etat. « Je suis surpris, avait-il mandé à Torcy l, qu'on « veuille me faire entendre et qu'on pense que « vous n'êtes pas grand vizir et que je ne suis pas « ambassadeur. C'est vouloir faire entrer, sui-

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