Expression employée par la Muse historique
2. Il sert actuellement de caserne à la Garde républicaine. L'ambassadeur d'Angleterre y fut logé en 1636. Cet hôtel étant devenu la propriété du duc de Nivernais, on chercha à le remplacer et on se servit successivement de l'hôtel du Petit Bourbon, de l'hôtel Pontchartrain, situé rue neuve des Petits' Champs, puis de l'hôtel d'Évreux (aujourd'hui Palais de l'Ély-
cierge et de deux jardiniers en assurait la garde et l'entretien ; lorsqu'une ambassade extraordinaire était annoncée ou qu'un ambassadeur permanent allait prendre possession de ses fonctions auprès du roi, les tapissiers de la Cour et du Garde-Meuble étaient chargés, sous la haute direction de l'introducteur, de Faménagement des appartements.
Louis XIV ayant ordonné de faire descendre le Persan rue de Tournon, le baron de Breteuil avait averti aussitôt le duc de Tresmes *, premier gentilhomme de la chambre en année, à qui l'usage réservait le privilège d'envoyer, à l'hôtel des ambassadeurs, l'intendant des meubles de la couronne avec ses gens. Ce dernier s'était mis alors en rapport avec l'introducteur par l'intermédiaire du premier commis du Garde- Meuble, et les dispositions avaient été prises pour que l'ameublement fût magnifique. Saint-Olon avait eu la précaution d'adresser, de Moulins, la liste exacte et complète de la suite de Son Excellence, et grâce à ses indications, aucune difficulté ne se produisit pour l'attribution des appartements. L'aménagement en était d'ailleurs très
sée) acheté par le roi au marquis de Marigny après la mort de Mme de Pompadour.
1. Tresmes (François-Bernard Potier de Gesvres, duc de» 1655-1739. Pair de France, combattit en Hollande, devint gouverneur de Paris en 1704. Exerça les fonctions de grand-chambellan au premier lit de justice tenu par Louis XV.
réussi. On avait meublé l'hôtel des plus belles tapisseries à personnages du Garde-Meuble et, pour respecter les préceptes de la religion des Persans qui leur interdisent d'avoir aucune figure d'hommes ou de femmes dans les lieux où ils prient, l'introducteur avait eu le soin de faire placer dans la chambre de Mehemet Riza Beg une tapisserie sans personnages, en velours vert à bandes brodées d'or. La répartition des chambres fut faite par le baron de Breteuil lui-même, conformément aux droits qu'il tenait de sa charge. En prévision des visites ou séjours qu'il serait appelé à effectuer à l'hôtel, l'introducteur s'était réservé une grande chambre, sans lit, comme bureau. Il appartenait à Saint-Olon seul de coucher dans l'hôtel, d'y avoir table ouverte de vingt-quatre couverts et de s'assurer que les quatre hommes des cent suisses, exigés par l'étiquette, étaient installés à leur poste, deux à la porte de l'hôtel sur la rue et deux à la porte de la salle à manger. En raison de la multitude qui stationna, du moins pendant les premières semaines, devant la demeure des Persans, les quatre hommes des cent suisses ne devaient pas, d'ailleurs, quitter leur faction à la porte de la rue.
Quand l'ambassadeur du grand sophy prit possession de ses appartements, tout était prêt pour le recevoir, lui, sa suite, Saint-Olon et les interprètes. L'absence de Breteuil n'entraîna pas
ENTRÉE A PARIS DE l'aMRASSADEUR PERSAN 137
trop de confusion et chacun s'installa comme l'introducteur l'avait réglé d'avance. Il n'y eut guère que certaines protestations de l'abbé Richard, à qui sa chambre parut trop froide et trop exiguë, mais ces plaintes restèrent sans résultat et l'on estima même inconvenant qu'un petit abbé osât créer des difficultés. On devait le faire taire en le menaçant de l'envoyer loger dans la maison des missionnaires.
Commencée dans d'assez fâcheuses conditions, la journée du 7 février 1715 se termina donc honorablement. Mehemet Riza Beg était entré à Paris d'une façon très convenable. L'accueil que la foule lui avait réservé avait été somme toute sympathique ; il fût devenu chaleureux si Son Excellence eût paru moins morose et daigné sourire. L'ambassadeur, en dépit de la lune néfaste de février, avait échappé aux catastrophes qu'il s'était plu à prédire et que, par son entêtement et son orgueil, il avait, d'ailleurs, tout fait pour provoquer.