Le salon de Mars servait de salle des gardes
2. Noailles (Adrien-Maurice, Duc de), 1678-1766. Connu jusqu'en 1704 sous le nom de comte d'Ayen, entra aux mousquetaires en 1692. Il fit les campagnes de 1694 à 1697 et épousa en 1698 la nièce de Mma de Maintenon. Lieutenant général en 1706, il succéda l'année suivante à son père dans la charge de capitaine des gardes du corps. Membre du conseil de régence en 1715, exilé par Dubois, maréchal en 1734, ministre d'État en 1743. Succéda à Amelot aux Affaires étrangères sans avoir le titre de ministre, fut remplacé (novembre 1744) par le marquis d'Argenson et prit part aux guerres de 1747-174S. Son mariage a fait entrer la terre de Maintenon dans la famille des Noailles.
3. Les gardes du corps appartenaient exclusivement à la cavalerie. Ils faisaient le service du roi nuit et jour. Chacune des quatre compagnies comprenait 360 hommes ayant pour capitaine un des plus grands seigneurs du royaume, souvent depuis Louis XIV un maréchal de France. Les privilèges des gardes du corps étaient considérables ; les capitaines prêtaient serment entre les mains du roi et l'épée au côté. A l'armée, où la maison du roi avait la droite sur les autres troupes et le poste d'honneur, les gardes du corps avaient la droite sur les autres parties de la maison du roi. Les compagnies servaient par quartier ou par trimestre (janvier, avril, juillet, octobre).
4. Le salon des Trophées (ou de la Guerre) est l'œuvre de Le Brun et de Coysevox. Les grands trophées ont été posés en 1701 et en 1704.
lettre de son maître; il pénétra dans la galerie et commença son premier salut.
Sa Majesté se leva alors et ôta son chapeau. La foule des courtisans, loin de s'écarter devant l'ambassadeur et sa suite, devint au contraire plus dense. Mehemet Riza Beg, pressé, bousculé, ne put continuer les saluts d'usage et ne réussit à effectuer le dernier qu'au pied même du trône. Il monta jusque sur la plateforme où Sa Majesté s'était de nouveau assise, et fut suivi du maréchal de Matignon, du duc de Noailles, du marquis de Torcy et du baron de Breteuil. Le grandmaître et le maître des cérémonies, lés officiers des gardes du corps, le secrétaire à la conduite, les gens de l'ambassadeur, qui avaient à grand' peine fendu le flot des curieux, s'arrêtèrent à quelque distance du trône, mais sans beaucoup d'ordre.
Son Excellence remit la lettre de son maître au roi qui la passa aussitôt à Torcy et se couvrit ensuite. C'était là une dérogation aux usages. Dans les audiences solennelles, les ambassadeurs avaient toujours coutume de prononcer une harangue ou un compliment à Sa Majesté avant de lui présenter leurs lettres de créance. Mais il avait fallu, cette fois encore, en passer par les volontés de l'étrange diplomate persan et même faire agréer à Louis XIV une autre modification au cérémonial. Invoquant l'usage de sa Cour et
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affirmant qu'en parlant le premier au roi il commettrait le manquement de respect le plus grand dont on pût se rendre coupable en Perse, Mehemet Riza Beg avait déclaré que l'empereur des Français devait lui adresser tout d'abord la parole. Louis XIV l'avait trouvé bon. Ayant donc replacé sur sa tête son chapeau, il demanda à l'ambassadeur des nouvelles du roi de Perse. Mehemet Riza Beg répondit ; l'interprète traduisit ses paroles. Le roi lui reparla encore, l'ambassadeur répliqua à plusieurs reprises, de sorte que son discours tenait plus de la conversation que d'une harangue préparée. Cet entretien décousu se prolongeant trop longtemps, Sa Majesté marqua par un signe à Breteuil son désir d'y mettre fin. Elle ôta derechef son chapeau, et le Persan, prévenu par Padéry, descendit du trône. Au bas des marches, il reçut des mains d'Agobjan la cassette contenant les présents du roi de Perse, l'offrit à Torcy et fit encore un salut à Sa Majesté. La même foule qui l'avait gêné, en arrivant, dans ses politesses, le troubla encore lorsqu'il se retira. Il y eut la même difficulté à le faire sortir de la galerie qu'à l'y faire entrer, et l'on ne put rendre solennelle la reconduite du grand escalier, malgré les appels des trompettes. Un détail de l'audience avait frappé les courtisans : les princes du sang étaient restés découverts. Breteuil en donne l'explication : « Comme>
< les mahométans, dit- il, n'ôtent jamais leur tur- « ban et qu'ainsi ce n'est point, dans leurs per- « sonnes, un droit d'ambassadeur de parler la « tête couverte, les princes du sang ne mettent « jamais leur chapeau en pareille occasion parce « qu'ils ne le mettent qu'à cause que les ambas- « sadeurs qui portent un chapeau se couvrent « dans le moment que Sa Majesté met le sien. « Ainsi le dauphin et tous les princes du sang « demeurèrent découverts pendant l'audience de « l'envoyé du sophy. Le dauphin, trop jeune en- « core pour avoir la tête découverte, avait un « bonnet de velours noir couvert de pierreries « sur sa tête, mais il avait un chapeau à la main « pour montrer qu'il devait être découvert. »
Les questions de chapeau ont toujours eu décidément une réelle importance.
La surprise des assistants n'avait pas été moins vive en écoutant, ou en voyant, l'espèce de dialogue qui s'était engagé entre le roi et l'ambassadeur. On attendait un discours et Mehemet Riza Beg n'avait prononcé que des phrases hachées. Il sembla qu'il y aurait intérêt pour la majesté royale à ne point répandre l'originalité de cet entretien. On improvisa donc, à l'usage du vulgaire, une superbe harangue qu'on attribua au Persan.
« Sire, aurait dit Son Excellence, d'après les « relations des gazettes, l'empereur mon maître
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« qui est au service de Dieu et observateur de la « loi du grand Prophète, m'a envoyé exprès, moi « qui suis son esclave, au service de Votre Ma- « jesté, pour demander à Dieu la continuation de « sa santé, en même temps augmenter et renou- « vêler l'ancienne amitié. Il m'a ordonné de for- « tifier les fondements de cette alliance, de la « manière que Votre Majesté souhaiterait. De « plus, j'ai ordre de donner satisfaction en tout « ce que Votre Majesté peut désirer et de l'exé- « cuter, pour tout ce qui regarde encore quel- « ques affaires que Votre Majesté a souhaitées. « Votre esclave, sire, a ordre de la part de son « empereur de lui donner toute la satisfaction « qu'uu fils doit donner à son père puisqu'il con- « sidère Votre Majesté comme son propre père ; « de plus, sire, Elle peut être assurée qu'il ne « rompra jamais, de son côté, le traité ni le « noble seing signé, à moins qu'il ne provienne « de la part de Votre Majesté.
« J'espère aussi que Dieu me fera la grâce d'exé- « cuter les ordres que Votre Majesté me donnera « ici. Maintenant que j'ai le bonheur de la voir « sur son trône de gloire, je sens que c'est bien « peu de chose d'avoir tant pâti pour le service « de deux grands empereurs.
« Que Dieu conserve à jamais Votre Majesté « sur son trône éclatant ; qu'il confonde toujours « ses ennemis, leur fasse ressentir la pesanteur
« de son bras redoutable, et qu'il lui plaise de « donner à Votre Majesté et à mon empereur « une paix profonde. Que Dieu le veuille l. »
Par malheur ce beau langage n'avait pas été tenu et ces souhaits délicats n'avaient nullement été formulés du moins sous une forme aussi châtiée. En réalité Mehemet Riza Beg s'était exprimé tout autrement et la traduction que Padéry donna plus tard, au marquis de Torcy2, des propos de l'ambassadeur était plus pittoresque. Elle était ainsi conçue :
« Ta Hautesse me Voit interdit, et qui ne le « serait pas, sachant qui tu es et te voyant bril- « 1er avec pplus de gloire que n'en a publié la « renommée, quoiqu'elle t'ait annoncé à l'uni- « vers comme le plus grand empereur qui ait « jamais régné. J'aurais perdu à ton aspect, la « voix, l'usage de mes sens, si tes yeux par leur « clémence et leur douceur ne m'avaient rassuré « et ne me rendaient l'usage de la parole. J'ai « même oublié ce que mon maître, le plus grand « empereur d'Orient et qui est assis sur le plus « ancien trône du monde m'a ordonné de te dire. « Grâces à notre grand Prophète; il rend à mon « idée, non le discours que j'avais médité, mais « ce que je viens t'annoncer de la part de l'em- « pereur mon maître.