‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 6 sur 133 · À. E. Perse, t. 3, f08 172 sqq · texte numérisé non relu

À. E. Perse, t. 3, f08 172 sqq

3. Les « khans » étaient les gouverneurs des provinces : les principaux d'entre eux portaient le titre de beglerbeg ou soi-

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qu'on ne pouvait guère soupçonner d'une telle mission, le soin de choisir l'ambassadeur destiné à la Cour de Versailles.

Pour obéir aux ordres de son souverain l'invitant à désigner l'un des plus grands personnages de la province d'Erivan, le khan fit appel à Mirza Sadek, chef de la justice et commandant de la cavalerie du pays. Les risques de l'ambas-

gneur des seigneurs. Le khan d'Erivan, province frontière, était beglerbeg.

D'après Chardin (op. cit., tome 2, p. 161) Érivan était une grande ville, mais laide et sale, sans beaux bâtiments. Située dans une plaine entourée de montagnes, elle possédait une forteresse ovale, ayant quatre mille pas de tour et huit cents maisons environ. Cette forteresse se composait de trois murailles de terre ou de briques d'argile à créneaux flanquées de tours et munies de remparts fort étroits. Elle s'étendait au nordouest sur le bord d'un précipice escarpé de plus de trois cents toises de profondeur et au bas duquel coulait le Zengui. Deux mille hommes en constituaient la garnison. Les portes de la forteresse étaient revêtues de fer, munies de barrières, de herses et de corps de garde fortifiés. Le palais du khan était dans la forteresse sur le bord du précipice.

L'air qu'on respire à Erivan est bon, ajoute Chardin, mais un peu épais et très froid. L'hiver y est rigoureux et long. D'après les Arméniens, Érivan remonte à la plus haute antiquité. Noé y avait habité avant le déluge. Sous le règne d'Amurat III, en 1582, les Turcs s'emparèrent de la ville et bâtirent la forteresse. Les Persans l'occupèrent en 1604, la perdirent peu après, la reprirent en 1635, là reperdirent en 1721. Le fameux Nadir chah sut la reconquérir encore en 1734. Un an plus tard les Turcs s'y installaient et devaient la conserver jusqu'en 1769, date à laquelle les Persans purent à nouveau s'en rendre maîtres. Conquise en 1827 par les Russes, elle est restée sous leur domination depuis lors.

C'est aujourd'hui le chef-lieu du gouvernement de l'Arménie russe et son importance commerciale et stratégique est réelle par sa position à l'entrée de la haute vallée qui mène à Tiflis. La forteresse existe encore et le climat est toujours aussi rude. Les jardins et vergers y sont célèbres.

sade effrayèrent Mirza Sadek et un cadeau opportun de 10.000 écus fit agréer son refus.

Il fallait, dès lors, trouver un suppléant dont le rang fût encore suffisamment élevé et le khan investit Mehemet Riza Beg du périlleux honneur de se rendre auprès de Louis XIV.

Le seigneur Mehemet Riza Beg, ainsi promu à la dignité d'ambassadeur du roi des rois, n'y était guère préparé. C'était le « kalender » l de la province d'Erivan, le troisième personnage local, dont le rôle consistait à percevoir les impôts pour le compte du gouverneur. Il semblait jouir d'un certain crédit et possédait une assez nombreuse clientèle personnelle, mais son fâcheux caractère le rendait peu propre à ses nouvelles fonctions.

Quoi qu'il en fût, Mehemet Riza Beg ne songea pas à décliner l'ambassade. Etant trop avare pour consentir au même sacrifice que Mirza Sadek, ou trop religieux pour se soustraire aux volontés du Très-Haut, ou simplement curieux de connaître l'Occident, il commença même immédiatement ses préparatifs de départ.

De son côté le khan d'Erivan, dans le dessein de diviser les risques, ne négligea rien pour

1. Ce titre de < kalender » et cette explication des fonctions de Mehemet Riza Begfurent donnés par Marie Petit, le 7 mars 1715, lorsqu'on crut devoir l'interroger sur le compte de l'ambassadeur. Marie Petit déclara, à cette occasion, avoir connu à Érivan, l'envoyé persan. A. E. Perse, t. 3, f°» 12 sqq.

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assurer la sûreté de l'ambassadeur et le transport des présents envoyés par son maître au roi de France. Il choisit à cet effet un Arménien nommé Agobjan, le plus riche marchand de la province, dont la femme, les enfants et les biens, devaient servir d'otages et lui confia la garde et les clefs du trésor que Mehemet Riza Beg remettrait lui-même à Louis XIV. Ces cadeaux furent soigneusement cachés dans des balles de soie, et le 15 mars 1714, précédant de peu l'ambassadeur, Agobjan quittait Erivan.

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