‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 69 sur 133 · Paul Masson (op. cit.), p · texte numérisé non relu

Paul Masson (op. cit.), p

2. Lettres patentes de 1609, arrêts du conseil de 1633 et 1644. Lettre du 19 septembre 1669.

capitaux, capable d'efforts plus étendus, et susceptible d'élargir notre horizon commercial en coordonnant les initiatives individuelles. Les manufactures du royaume trouveraient, grâce aux agents de cette compagnie, le moyen de vendre leurs produits, et la richesse du pays s'en trouverait accrue. Ces diverses considérations déterminèrent la constitution de compagnies commerciales qui obtinrent un succès médiocre, mais envoyèrent du moins des missions à l'étranger, notamment en Perse.

Les voyages accomplis dans ce pays par François Bernier *, par Tavernier2 avaient révélé que des Français pouvaient s'établir et trafiquer avec profit sur le territoire du grand sophy. Les Anglais les y avaient devancés. Ils faisaient le commerce de la Perse par le golfe Persique, depuis 1613, et neuf ans plus tard, leur compagnie des Indes Orientales ayant rendu au chah Abbas le

1. Bernier (François), 1620-1698. Il partit pour la Syrie, l'Egypte et la Perse en 1656, devint médecin du grand Mogol et rentra en France en 1675. Il était élève de Gassendi.

2. Tavernier (Jean-Baptiste), 1605-1689. Fils d'un marchand de cartes de géographie d'Anvers, à 22 ans il avait parcouru l'Europe et en savait les langues essentielles. Il fut page du vice-roi de Hongrie (1620) et entra au service du duc de Mantouo. En 1636 il partit pour Constantinople et Ispahan et lit de 1638 à 1663 des voyages en Perse, Mongolie, aux Indes, à Batavia, à Sumatra, où il acquit une énorme fortune dans le commerce des pierres précieuses. Rentré à Paris, il fut emprisonné lors de la révocation de l'édit de Nantes, et se rendit en Suisse et à Berlin. Nommé directeur d'une compagnie des Indes que l'électeur de Brandebourg se proposait d'tablir, il mourut pendant le voyage.

service de l'aider à prendre Ormuz aux Portugais, devait obtenir, en échange, trois loges ou comptoirs dans trois villes persanes, vingt mille écus de rente sur les douanes de Bouchir, et l'exemption d'un tiers des droits de douane. Les Hollandais, toujours entreprenants, avaient cherché également à nouer des relations avec les Persans. Quant aux Français, leur action avait pris un caractère plus religieux que commercial. A l'instigation de Richelieu, le roi avait bien chargé un gentilhomme, M. des Hayes, de se rendre en Perse pour y saluer en son nom le chah, le remercier du bon accueil fait à ses sujets, des libertés accordées aux chrétiens, et l'entretenir du commerce à établir entre les deux pays, mais des Hayes n'avait pu réussir à dépasser Constantinople en raison du mauvais vouloir du grand seigneur.

Désireux d'imiter les Pères Augustins et les Carmes déchaussés installés depuis peu à Ispahan, et de créer à leur tour des établissements dans les Etats du sophy, les Capucins se décidèrent, en 1628, à y envoyer une mission. Ce projet ne pouvait qu'être bien accueilli par le gouvernement royal et il était dû peut-être aux conseils de l'éminence grise de Richelieu (*), le

1. Le P. Joseph (François-Leclerc du Tremblay dit) 1577-1638. Devenu capucin en 1599, il fut le confident intime de Richelieu et son agent dévoué.

P. Joseph. N'était-ce pas une occasion de rappeler au chah le nom de la France? Les R. P. Pacifique de Provins1, Gabriel de Paris et Juste de Beauvais, choisis far leur supérieur, s'embarquèrent donc à Marseille au mois de juin, emportant avec eux pour le chah Àbbas des portraits de Louis XIII et des deux reines. La relation de ce voyage donnée par le P. Pacifique est curieuse 2. Les religieux gagnèrent Alep, et Babylone, puis le P. Pacifique seul, se rendit à Ispahan. Il y trouva le meilleur accueil de la part des autorités locales, des R. P. Augustins et des Carmes, ainsi que du prieur de ce dernier ordre, Jean Tadée. Son arrivée inquiéta beaucoup, par contre, les Anglais et les Hollandais qui crurent que ce capucin était chargé « d'établir une compagnie de marchands français avec l'autorité du Roi Très Chrétien. » Les assurances fournies par le P. Pacifique sur le but uniquement religieux de son voyage calmèrent tout d'abord les préoccupations de nos rivaux, mais leur jalousie se réveilla dès que le chah 3 eût fait appeler auprès de lui à Casbin * le moine français. L'accueil ré-

1. Le P. Pacifique de Provins devint supérieur-préfet de son ordre. Il mourut à Paris en 1653.

2. Relation du Voyage de Perse, par le R. P. Pacifique de Provins, prédicateur capucin. Paris, 1631, 1 vol. in-4°.

3. Le chah était alors Abbas 1er qui régna de 1587 à 1629 et dont Chardin a dit : « Quand ce grand prince cessa de vivre, la Perse cessa de prospérer. »

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